‹ Salon deChapitre 1 sur 51 · LE SALON · texte numérisé non relu

LE SALON

LA PEINTURE

ous entrons, pour la dernière fois, dans ce Palais de l’Industrie qui est déjà presque une ruine et sous lequel on creuse, dès aujourd'hui, les fondations du monument qui doit le remplacer. C’est là que, depuis quarante-deux ans, se sont tenues les assises de l’art contemporain et qu'ont paru, dans leur fraîcheur première , les œuvres des artistes actuels dont l'avenir réservera les noms, s'il en réserve. Aussi devons-nous un salut d'adieu à ce Palais, d’aspect lourd et honnête, mais où se sont donné rendez-vous tant de belles œuvres ; nous lui devons même beaucoup de reconnaissance et de regrets pour les heures raffinées qu'il nous a été permis d’y vivre, dans de longues promenades à

travers les Expositions d’art moderne ou rétrospectif qui s’y sont établies tour à tour.

On sourit encore de la phrase romantique que « les murs ont des yeux et des oreilles ». Le mot, dans un autre sens, n’est peut-être pas aussi ridicule qu’il en a l’air. Imagination ou réalité, il reste toujours quelque chose aux murs de tous les spectacles qu’ils ont vus. En traversant, pour la dernière fois, les galeries diminuées du Salon de cette année, on ne peut se défendre de penser à tous ceux qui l’ont précédé. Nous ne les rappellerons pas, même d’un mot : ce serait refaire l’histoire de la peinture moderne. Il n’est pas sans intérêt, cependant, de feuilleter le catalogue de l’Exposition des Beaux-Arts de 1 855 , date de naissance du Palais qui va disparaître.

Une comparaison entre 1 855 et 1897 ne serait pas équitable; il serait trop aisé d’écraser le présent en s’armant du passé, par la raison péremptoire que, des oeuvres du passé, les meilleures seules ont subsisté et que les médiocres se sont anéanties d’elles-mêmes, tandis que le présent nous offre toute sa production, pêle-mêle, avec ses champs d’ivraie où germent de loin en loin quelques épis de bon blé. Et puis, ce serait un triomphe vraiment trop facile que de mettre en regard du livret de 1 855 , qui représentait le choix de trente années d’art, le livret de 1897, qui n’est le résumé que d’une année de labeur.

Cependant la lecture du catalogue de 1 85 5 , qui par instants semble être celui du Louvre, suggère à l’esprit quelques remarques assez inattendues. Il s’en dégage, entre autres enseignements, une leçon dont bien des artistes contemporains pourraient faire un utile profit : nous voulons parler de l’éducation artistique de ces grands peintres de l’Ecole romantique, de ces admirables paysagistes qui, dans leur temps, furent des novateurs et nous dirent sur la nature des choses que nous n’avions pas encore entendues.

On sait bien d’où vient l’art de Ingres et celui de Delacroix. Les portraits de Ingres, dignes parfois d’être égalés aux plus belles œuvres de la Renaissance, ont des ancêtres qui nous sont connus. Quelle

Page 1