‹ Salons, 1844, 1845, 1846, 1847, 1848;Chapitre 19 sur 36 · XXXVIII NOUVELLES TENDANCES DE L'ART · texte numérisé non relu

XXXVIII NOUVELLES TENDANCES DE L'ART

0 mes chers artistes, que je ne connais pas, et qui ambitionnez la Beauté et la Vérité, tournez-vous vers ce qui est jeune comme vous, et qui demeure éternellement jeune, et qui ne meurt point , vers la Nature. C'est par Tamour et l'étude de la Nature que se sont renouvelés, comme elle qui se renouvelle sans cesse, tous les arts et toutes les poésies. Attachez-vous à la pensée qui embrasse (de genre humain. » Car l'art est comme le chèvrefeuille : il a besoin de s'accrocher à quelque tige ferme et vivace. qui ne dépende point des saisons, de s'enrouler autour d'une idée résistante ; et quand le chèvrefeuule a trouvé ce tuteur complaisant que lui préparent les buissons et les ha'liers^ alors ne grimpe-t-il pas en toute liberté, souvent jusque parmi les branches des chênes ; alors il s'enfeuille, il boutonne et il fleurit.

0 mes jeunes amis, que je n'ai jamais vus, votre divination mieux que l'expérience, votre impatience mieux que la sagesse, vous crient, n'est-ce pas, que ce qui est ne doit pas être, par la seule raison que cela est ; car ce qui est le présent n'est pas Tavenir, et sera le passé demain. Ce qui doit être^ — le mot indique à la fois Tavenir et le devoir, — c'est à vous de le réaliser. Chaque génération a charge d'idées, comme on a dit du poëte qu'il avait charge d'âmes.

Pensez, parlez, agissez. En vieillissant, on se reproche toujours de n'avoir point assez fait. Faites ! Il n y a rien d'indifférent. Il n'y a pas un de vos gestes qui ne se répercute à l'infini. Tout homme est un dieu dont le froncement de sourcils agite l'univers.

Quand on jette le moindre caillou dans un lac, tout en est émouvé jusqu'au fond des abîmes. Chaque molécule

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