A GEORGE SAND
Autrefois, en commençant quelque entreprise littéraire, on invoquait les Muses, l'Olympe et les Dieux immortels : mais les anciens dieux sont morts. Un grand homme enterre souvent plusieurs générations de dieux. Homère a vécu plus longtemps que Jupiter.
L'année dernière, j'ai dédié mon Salon à un immortel qui n'est pourtant pas de l'Académie : permettez-moi de mettre le Salon de 1846 sous l'invocation de George Sand et de son immortalité.
Comme Béranger, vous êtes de votre temps et de votre pays ; vous êtes à la fois de la France du dix-neuvième siècle et de l'Humanité éternelle. Les autres sont plus ou moins étrangers et résurrectionnistes ; il leur faut TEspagne et l'Angleterre, Charles Quint et Cromwell, le moyen âge ou les nuages de l'histoire. Vous vous contentez d'une fleuriste, d'un compagnon ou d'un meunier ; et^ si vous ressuscitez Jeanne d'Arc^ par une métempsycose poétique^ vous transplantez son âme dans une paysanne du Berri.
La Lélia est bien du dix-neuvième siècle, comme lo Misanthrope était de la cour de Louis XIV, comme Manon Lescaut était de la Régence. Votre invention n'est