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PRÉFACE

En juin 4890 — il y a déjà deux ans — la publicaon du livre qui paraît aujourd'hui a élé annoncée aux amis de Castagnary, présents à la cérémonie d'inauguration du monument qui lui à été élevé à l'entrée du cimetière Montmartre, dans les termes que voici :

€ Après avoir inauguré ce monument, il en est un autre que nous avons résolu d'élever à Castagnary : Je veux parler d’un livre où nous nous efforcerons de faire entrer ce qu’il nous a laissé de meilleur parmi tant décrits excellents qui ont occupé-sa vie. Dans ce livre, vous le retrouverez tout entier, avec ses doclrines, ses jugements, ses opinions et ses boutades, avec son style si souple et si varié, d'une simplicité exemple de toute manière, mais qui atteint souvent à l’éloquence par cette flamme qui brûlait en lui et qui s'était allumée en son cœur. »

L'ouvrage que le public à maintenant sous les yeux, se compose exclusivement des Salons que Caslagnary a publiés depuis 1857, à l'époque où il n'était encore que principal clerc d’avoué dans l'étude de M° Charles Boudin, jusqu’à 1879, date à laquelle il

fat nommé conseiller d'Etat en service extraordinaire, en sortant des fonctions de président du Conseil municipal de Paris qu'il avait exercées, de par le libre choix de ses collègues, avec autant de capacité administralive que d'aimable autorité.

Ce livre ne représente donc pas tout ce que Casta-

gnary a écrit dans sa carrière de journaliste, et n’en ne même pas l'idée; mais il offre certainement ce qu'il a écrit avec plus de soin et d'amour que tout le reste, Il a débuté dans la presse par un essai de critique et d'esthétique qui a été un coup de maitre, la Philosophie du Salon de 1857; et il n’écrivait plus que sur les beaux-arts, quand il a été appelé à prendre place dans notre Ste haute assemblée adminislrative. Il a ainsi donné aux beaux-arts la plus grande partie et le meilleur emploi de sa vie d'homme de lettres.

La critique des œuvres d’art était d’ulleurs pour lui sa vérilable vocation, comme l’ont bien prouvé l'autorité qu’il a d'emblée conquise et les succès éclatants qu'il a obtenus dans ce domaine particulier de la littérature. On peut même dire qu’il sy est fait une place si éminente que son nom est assuré de ne point périr. En matière de critique, il a le fond et la forme. Il a soutenu el propagé des doctrines vraies, sûres el élevées dans un langage clair, juste et d'une rare beauté. Que faut-il de plus pour conquérir et garder un rang parmi les écrivains deson pays?

La crilique, l’esthétique, la philosophie de l'art étaient si bien la vocation naturelle de Castagnary que l’on ne saurait vraiment dire, bien qu'il y ait excellé, qu'il s’y ft préparé par de longues et persé-

PRÉFACE Il]

vérantes études ni qu'il eût appris le métier qu'il devait pratiquer avec Lant de supériorilé. Originaire de Saintonge et très attaché à son «pays du litloral » comme 1l l’appelait, il était né avec une imagination vive el tendre, un-esprit bien fait, à la fois précis et vigoureux, une intelligence nette, calme et pourtant pleine de saillies ingénieuses et délicates, une mémoire heureuse et fertile en rapprochements et en comparaisons. Avec ces dons précieux, il avait fait,

comme {out lemonde, des éludes classiques, sans

grand éclat, mais toutefois assez fortes pour que son goût si pur en reslàl toujours marqué de la bonne empreinte. Pe Poitiers où il avait pris ses grades à l'Ecole de droit, il élait venu à Paris, pour y achever son éducation professionnelle de jurisconsulte et de praticien. Mais on n’aperçoit pas lé moment précis où, dans le cours de sa jeunesse, il s’est tourné du côte des Beaux-Arts pour s’y adonner spécialement. I n'avait jamais quitté la France, avant le premier voyage qu'il fit à Florence en 1865; il avait donc peu vu de tableaux et de statues, et ne connaissait guère que tes collections du Louvre et les expositions annuelles, quand, à la demande de quelques-uns de ses amis, il publia, dans un recueil presque ignoré deson temps et aujourd’hui oublié, {e Présent, son premier Salon ; il n'avait même rien écrit jusque-là pour le public; et ce qui est aussi surprenant que l’originalité, la vigueur et l'élévation des idées qu'il sut exprimer dans celle circonstance, c’est bien certainement la forme si pure et si attachante dont il se trouva comme par enchantement prêt à les revêtir.

Où donc s'élait-il formé ?

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