‹ SalonsChapitre 2 sur 99 · EE ES RE EL · texte numérisé non relu

EE ES RE EL

A cette question, pour ceux qui ont bien connu Castagnary, il n’y a qu’une réponse : il ne devait son éducation d'artiste et de critique qu’à lui-même, à | ses méditations prolongées autant qu’au fond même

de sa propre nature. Sa conception de l’art dérivait

de sa conception de la vie. Avant de se révéler à lui- 1. même et aux autres comme écrivain, il avait pensé, parlé et même agi comme doit faire tout homme qui | se sent au cœur des passions comme dans l'esprit des idées, au service desquelles il a dévoué toute son existence. Castagnary appartenait à cette génération de jeunes gens qui vit s’accomplir l'attentat du deuxdécembre. Il y résista pour sa part; mais sa cause ayant été vaincue et la République, qui était son \ idéal politique, ayant disparu pour longtemps, il ne If pensa point qu'il n'avait plus rien à faire pour la dé- ( fense de ses opinions, pour le relèvement de son | part, pour les progrès et la glorification de l'esprit | humain que nulle tyrannie ne saurait étouffer. Sans | se demander, en vertu d’une délibération préconçue comment il pouvait servir la liberté proscrite, il tourna d’instinct toutes ses pensées vers les différents i sujets qui captivent l'attention des hommes, qui l réchauffent et passionnent l'âme des peuples. À ce | moment, il était fort épris de poésie, et bien qu'il ait souvent raillé le romantisme et qu’il ait même travaillé à ruiner son crédit et son influence sur Îles. imaginations de ses contemporains, il était lui-même plus romantique qu’il ne voulait le paraître, et, parmi | ses amis, nul ne savait, autant que [ui ni comme lui, réciter les grands et beaux vers de Victor Hugo, ceux des C'hätiments surtout, dont on aimait à l’en-

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