‹ SalonsChapitre 18 sur 99 · LE · texte numérisé non relu

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A | 30 SALONS j une destination sociale ; mais, à l'heure au'il est, il n en sh croit plus un mot, et en faisant déboucher une porte ie | À derrière de Saint-Lazare jusque dans les prés fleuris de | ÿ madame Deshoulières, il se moque de lui-même, des au- [a tres et de son art. Comme paysagiste, il n'a guère entrevu la friture que par la fenêtre d'une auberge. Ses sites N pose tou,ours l'idée d'une bonne partie : on devine 4. que c'est la nature qui nage au courant de ses ruisseaux; ju à et aux alentours, le long de ses tallis, il se dégage comme | VS un pate de gibelolte.

LR est comme pertraitiste qu'il me parait avoir le plus à 7 ‘aleur. La tête de L’Homme à la pipe est une œuvre à de premier ordre.

N à Xavier de Cock, un Belge, peint avec facilité des sites K d’un pittoresque bourgeois et des natures d’une compré- Je hension vulgaire. Î a cependant le mouvementgénéral et x $ l'intelligence de l’ensemble ; mais, au délail, rien ne se | e lient. Je doute, malgré Péclat apparent de son début, : & qu'il y ait en lui un sérieux paysagiste. Les Vaches à lPa- LE breuvoir, les Vaches traversant les prairies, manquent Le d’élévation et de solidité. Ses animaux donneraient difficilement l’idée de ces « faces bovines, si bien coiffées et si calmes dans leur puissance », dont parle George Sand: ti « Oui, je comprends que Jupiter ait pris cette forme dans HR un jour de poésie. Il y a du Dieu dans ce large front si 1 4 : bien armé, et dans cet œil noir à la fois si fier et si doux. M - Il y a de l'enfant aussi dans ces naseaux si courts et dans te. à le poil fin et blanc qui entoure proprement leurs lèvres 1 délicates. Il y a du paysan dans ces genoux larges et rapra prochés, dans la jt de cette démarche tranquille. Il à ya du lion dans cette queue vigoureuse qui fouette l'échine

toujours noueuse et sèche. Oui, c’est un bel animal! Le fanon est magnifique et le flanc a un développement 1mmense. La face exprime la force et l'ignorance; elle a du

1-4 rapport avec la physionomie de l’homme qui cultive la JP à terre et soumet l'animal. »

| ce La Bénédiction des blés (Artois) de M. Breton est LE à d'une belle et harmonieuse entente : la plaine jaune, la C4 }

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procession qui se déroule, le dais, les surplis qui s’éclairent, le5 personnages agenouillés au premier plan, quoique faits un peu trop en trompe-l’œil, tout cela est empreint d'un pittoresque large et simple: il y à du style dans certaines poses et un art peu vulgaire dans la draperie. Somme toute, c’est un bon tableau et qui mérite d’être remarqué.

Après ceux que j'ai nommés, il en vient d’autres el puis d’autres encore, qui attaquent la nature par tous les bouts. pressant sur elle de tout leur poids pour lui faire rendre quelque chose. Mais la nature discrète et pudique ne dé- Houe pas Sa Ceinture devant le premier passant. Il faut l'aimer d’un amour longtemps éprouvé pour se faire accepter d'elle. Aussi les paysagistes inférieurs pullulent. I y en à qui font des landes, des bruyères, des fulaies, des prairies, des lacs, des vallées, des mon lagnes, et qui voudraient tout traduire dans la fièvre deleur impatience. Il y er à qui sont étrangers, et qui nous apportent de leur pays des effets singuliers et des sites étranges, comme ce Russe qui fait coucher le soleil dans un troupeau de moutons. Îl y en à d'autres enfin qui trouvent vulgaire et mesquin ce qui les entoure, et qui vont chercher au loin dans l'Orient, au fond du désert, une nature tout exceplionpelle et sans analogie avec nos idées et notre tempérament.

Je ne parlerai ni des uns ni des autres : ce serait sans profit qu'on pousserait plus loin le dénombrement depuis longtemps complet. Les premiers, d’ailleurs, ont des qualités toutes négatives, dont les nuances infinies dans x genre neutre Géfieraient la langue la plus souple. Les seconds consacrent vainement les ressources de leur pinceau à la reproduction d’effets dont nous, hommes de l’Occident, nous ne pouvons nous faire juges, ces effets étant sans harmonie avec nous. J'aime la nature qui m’entoure, parce que, né au milieu d’elle, habilué à la voir, nous sommes, elle et moi, en corrélation intime; elle est entrée pour quelque chose dans le développement de mes ilées; elle a participé à la formation de ma personnalité,

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et, où que j'aille, je la porte en moi. Or, votre désert, vos palmiers, vos chameaux, peuvent étonner mon intelligence, mais ils n'auront jamais pour moi l’émotion douce et paisible que me donne l'aspect des bœufs dans un pré bordé de peupliers. Les brises qui me sont familières et qui égayent mes poumons ne passent pas sur vos sables torréfiés. Vos végétalions bizarres et vos ruines insolites se dessinent mal sur ma réline et me fatiguent par leur étrangeté. Ah! imprudents, la nature est à vos portes, elle vous entoure et vous presse de loutes parts, elle se mettout entière dans le plus humble de ses coins, etvous la fuyez pour courir après l’exotiqueet l’inattendu! Ce n’est pas ainsi que les maitres flamands et hollandais entendaient le paysage. Ils prenaient tout naïvement le ruisseau voisin, l’arbre du détour de la route, un buis-. son éraillé, üun pan de leur ciel nuageux. Peu de chose suffisait à leur puissante improvisalion; mais ce peu de chose, la nature de leur pzys, ils l’imposent aujourd’hui à l’admiralion de toute l’Europe. Je me range de leur côté, et aussi du côté d’Obermann, le grand naturaliste, qui, pour l’heure de sa mort, souhaitait, à défaut d’un homme, au moinsun paysage doux et ami, tel que chacun de nous le pourrait désirer: — « Si J'arrive à la vieillesse, si un Jour, plein de pensées encore, mais renonçant à parler aux hommes, j'ai auprès de moi un ami pour recevoir mes adieux à laterre, qu'on place ma chaise sur herbe courte, et que de tranquilles marguerites soient là, devant moi, sous le soleil, sous le ciel immense, afin qu’en laissant la vie qui passe, je retrouve quelque chose de lillusion infinie. »

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