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manque ainsi que l'élévation. C’est un commencement. Nous en sommes encore à la petite peinture, la peinture de la vie privée. Mais à qui la faute? Est-ce que si nous avions une vie publique au lieu d’une vie officielle, nous ; 12 n’aurions pas depuis longtemps une grande peinture? Je k ne veux pas insister sur cet aperçu qui m'entrainerait trop ne - loin. Je ne sais si les événements sont en train de nous | préparer la vie publique que je rêve; mais ce dont je suis sûr c’est que, le jeur où elle viendra, elle trouvera la peinture toute prête.
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ANNÉE 1868 315 PORTRAITS MM. Léon Glaize, — Cabanel. — Jalabert. — Jules Lefebvre. Bonnegrâce. — Chaplin. — Dehodencq. — Pons. Mademoi-
selle Nélie Jacquemart.
Quel que soit le jugement que l’on porte sur la peinture française au dix-neuvième siècle, on sera forcé de reconnaitre que le portrait a été une de ses originalités. Cest dans ce genre difficile, où le peintre, sous peine de n'être pas, doit monter à la hauteur du moraliste, qu'il nous aura été donné de déployer le plus librement les qualités de notre esprit exact et bien équilibré. David et ses élèves y excellèrent. Ingres, au temps de son douloureux séjour à Rome, y chercha un gagne-pain et y trouva son meilleur titre de gloire; enfin l’on sait par le beau portrait de M. de Nanteuil qui est au Louvre, le parti que Pagnest en aurait pu tirer si la mort ne l'avait brusquement arrèté avant l'heure. A la vérité, durant l’époque du romantisme, il y eut défaillance, fléchissement. M. Delacroix, le chef de la turbulente légion, plus préoccupé de poursuivre les rêveries de sa cervelle enfiévrée que de regarder en dehors de lui les traits précis de ses contemporains, ne fit jamais de portraits; si Ary Scheffer et Paul Delaroche en eurent quelques-uns de célèbres, la majorité des artistes tomba rapidement dans la manière, en substituant à l'étude réfléchie de la nature l’imitation d'écoles où anciennes ou étrangères. Mais cette période d’obscurcissement ne dura guère. Avec le temps, les facultés d'observation qui sont le propre de notre tempérament reprirent le dessus; et dans cette branche de
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l’art comme dans toutes les autres, de par le fait du naturalisme envahissant, il y eut révolution et progrès. Est-ce à dire que cette révolution ait porté les fruits que nous avons le droit d’en attendre? Nullement. Mais déjà elle a signalé son importance par des résultats caractéristiques. Je ne crains pas d'avancer par exemple que pour le naturel et la vie, je dirai même le style, si l’on n’attachait à ce mot des idées fausses, certains portraits de Courbet égalent les plus beaux spécimens du genre. Pour ne citer qu’un morceau, parce que le mérite n’en a jamais été contesté, l'Homme à la pipe ne vous paraît-il pas renouer exactement la chaine des grandes œuvres avec Bertin, Mme de Senonnes, le Pape Pie VII et pensez-vous qu'il aurait à souffrir quelque chose à NA leur voisinage ? WT 1 Au Salon de cette année les portraits abondaïent; non ' | | les officiels, ceux-là on ne les regarde plus, mais les or- ES dinaires, ceux des gens sans uniforme et sans épaulettes, le vôtre, le mien.
| Tous étaient-ils remarquables ? Non, mais quelques- L 1 uns.
# J'ai déjà cité le Portrait de M. Emile Zola, par Manet. Il faut mettre sur le même rang, pour des qualités oppoy? sées, le Portrait de M **, par Léon Glaize. La dame, LA déjà mûre, est assise, enveloppée de son peignoir. Pose simple et familière, dessin plein de caractère. Pour l’arrangement et la disposition, c'est un tableau complet. L’harmonie en est un peu triste, mais de cette tristesse
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À qui peut passer pour de la sobriété. Comment l’auteur ñ s'est-il mépris à ce point de choisir la tapisserie à rama- #: ges qui lui sert de fond? Son ton jaunasse se mêle par
be: endroit avec celui de la personne représentée, ce qui nuit 4: singulièrement au relief.
De | Je n’aime point la façon de M. Cabanel. Il cherche la 0 | noblesse dans l’effacement des formes, et chose plus bi- : zarre encore, dans l’allongement du cou. C'est un idéal que le premier venu n’imaginerait pas. Jalabert, ce me : | semble, doit mieux réussir auprès du vrai grand monde.
ANNÉE 1868 à 0
Ce n'est pas qu’il accentue davantage la réalité ; mais, au:
moins, à un dessin souple et savant il joint une élégance native, une distinction de bon alci qui font que les duchesses sorties de ses mains ont vraiment la tournure aristocratique. C’est aussi par le dessin que brillele Portrait de Mlle L. L..., par M. Jules Lefebvre, un excellent morceau bien meilleur que la Femme couchée du même, mais dont le tort irrémissible, à mes yeux, est d’avoir été conçu dans le sentiment de M. Ingres. Il faut être soi ; c’est la qualité supérieure en toutes choses.
Cette qualité je la cherche et je la trouve chez Bonnegrâce, chez Chaplin, chez d’autres encore. Travailleur, consciencieux, intègre, Bonnegräce a montré cette année, sous deux faces diverses son talent ingénieux et fort. Le Portrait de M. Guillaume Lavessière est une œuvre virile, tandis que Mlle M... est charmante de grâcejuvénike et de candeur touchante. Il était impossible de ca-
resser avec plus d'amour un visage féminin et de préciser
avec plus de netteté une expression difficile à obtenir.
M. Chaplin abandonnerait-il la peinture décorative ? Je le regretterais, car il est de ceux qui savent, dans les sa- Jons blanc et or, asseoir les Vénus sur des nuages et enguirlander les amours avec les fleurs. Son Portrait de Mme *Ÿ a une apparence plus solide. Bien posé, bien dessiné, simple et vrai comme la maternité qu’il exprime J'en trouve seulement le ton de chair un peu crayeux en certains endroits. En revanche de quelle façon magistrale les étoffes sonttraitées! M.Dehodencqmontre delamanière dans le portrait de Théodore de Banville, et c’est dommage, car les qualités sont réelles. Le visage est bien modelé, la physionomie bien rendue, mais pourquoi cette chair sanguinolente, hors nature, qui dénote chez l’auteur de regrettables attaches romantiques ?
Après ces œuvres importantes je dois citer encore, pour ces mérites divers, la Tête si originale et si boudeuse de M. Pons, et surtout de Mlle J. B..., par Mlle Nélie Jacquemart, la seule de nos artistes féminins qui ait obtenu une médaille ; récompense bien méritée
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d’ailleurs, car Mlle Nélie Jacquemart montre dans son art des qualités de composition et même d'exécution qui n’ont rien d'ordinaire: Le portrait du président Benoit- Champy avait un accent surprenant et, quant à Mlle J. B..., elle vous laissait dans la mémoire une impression si persistante, que je la vois encore, debout dans son cadre avec son corsage de tulle noir, ses frisons, son œil gris, sa figure incorrecte à la fois et spirituelle, éclairée d’un calme et virginal regard.
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