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AQUARELLES, DESSINS, GRAVURES

Quand on quitte les salles de la peinture pour entrer dans celles réservées à l’architecture, à la gravure, aux | + aquarelles et aux dessins, c’est comme si l'on passait ir | tout à coup de la région du tumulte dans le pays du silence. Plus de poussière, plus de rumeurs, plus rien. Les bruits ont expiré à cette porte. Tout à l’heure la foule, maintenant la solitude. Vous pouvez marcher librement dans ces pièces désertes, regarder à loisir ces pauvres cadres qui s’ennuient à la muraille, vous ne serez dérangé par aucun fâcheux, vous ne serez troublé dans votre pacifique examen par aucun enthousiasme désordonné. Seul vous êtes entré, et seul vous resterez pendant des heures entières. Il faut bien le reconnaître, la foule n’accorde d'intérêt réel et persistant qu’à la peinture et à la sculpture. Le reste lui est ou lui semble indifférent.

Sans chercher la raison de cetimmense abandon, je ne peux pas m'imaginer qu'on aimerait entendre discuter

ur des choses qu’on à pas aimé voir. Le public a passé ite dans ces salles; je vais faire comme lui, me borner à #r donner une mention rapide aux œuvres qui nécessairc-

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ment ont dü çà et là, et sans qu'il le voulüt, frapper ses regards. Ainsi, il est certain, par exemple, que les deux aquarelles de Harpignies ont attiré son attention. Iarpignies n’est pas seulement l’excellent paysagiste que vous savez, il est encore un des plus renommés parmi nos aquarellistes actuels. Sa Vue de l’Institut, prise du quai des Tuileries, du pied des peupliers qui sont devant le pavillon de Flore, est une pièce originale et de nature à tenter plus d’un amateur. Il faut donner les mêmes éloges aux Vues de Genève, de M. Edmond Taigny, son élève. Les Scènes espagnoles de Vibert, touchées avec une grande énergie, n’ont pas eu moins de succès. Je lis dans le livret que ce sont là des études de tableaux : je voudrais que l’auteur conservät en prenant la brosse un peu de cette fougue et de ce brio. La Porte de prison et le Bachi-Bouzouk, de M. Esbens, sont deux petites orientales très vivement enlevées ; tandis que la Vue prise à Argenteuil, de M. Faure-Dujarrie, est une excellente étude sur nature française, pleine de vérité et de justesse. Je citerai encore la Vue prise de Barbizon, de M. Emile Herson, le Dessous de bois, de Bonnefoy, et les jolis épisodes de guerre que met en scène avec lant de finesse et d'esprit la main légère de M. John Lewis Brown.

Parmi les dessins, avec les beaux fusains de M. Appian, qui certes sont supérieurs à sa peinture, ce qui m'a frappé le plus c’est deux portraits au crayon de M. Paul Flandrin, dans le goût de Ingres; deux études de M. Pierre Billet, une Servante et une Jeune fille, où le jeune arste dépassant Jules Breton, son maitre, s'élève presque au sentiment et à la grandeur de Millet; et par-dessus tout une Décollation de saint Jean-Baptiste, par Bida, admirable composition où le célèbreillustrateur atteintles himit:s du caractère, à force de simplicité dans la grandeur. Peut-être cependant la femme qui attend la tête at-elle une tournure un peu trop sculpturale; on dirait d’une statue et non d’un être vivant : l’immobilité ne doit pas aller jusqu’à la pétrificalion.

En ce qui touche les graveurs, il faut renoncer à dire

He | leur mérite et même à dénommer leurs œuvres. Com- FRE. ment apprécier en peu de mots le talent si fin, si fort et {a quelquefois si original d'artistes comme Bracquemond,

|. Dh Courtry, Hédouin, Lalanne, Jacquemart, Martinet, Franck, pl Veyrassat, Rochebrune, Bœtzel, Meunier, et surtout La Léopold Flameng, qui dans trois eaux-fortes emprunjL tées à trois maitres différents, Ingres, Prud’hou et Latour, |

à nous donne une si étonnante idée de la subtilité de sa 18 main et de la sûreté de son art? Ce que pourtant je veux faire, c’est demander au jury comment il a pu pas-

s ser devant la gravure d’Auguste Lehmann, le Dante aux enfers, d'après Hippolyte Flandrin, sans la voir et la dis- | tinguer d’une médaille ? C'était la plus méritoire peut-être f:1 de toutes celles exposées, une œuvre qui à coûté cinq ans de travail assidu à son auteur et qui, jene crains pas | de le dire, renferme toute la science du genre. H. Flan- F4 drin y est compris, traduit, interprété comme chaque ar- \f liste voudrait l’être. L’exécution est aussi irréprochable i que le sentiment. Que fallait-il donc de plus? [

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