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des anciens gouvernements. Là où M. Duban aurait mis vingt ans, M. Lefuel en à mis trois. Le résultat ? Un amalgame monstrueux de tous les genres, un produit bàlard dont les prétentions ne sont égalées que par la mé-
diocrité. ë Avec ce système de constructions surmenées on nous > forme un Paris factice et artificiel, sans lien avec notre *
histoire, sans rapport avec nos mœurs, et qui, si je ne n'abuse, devra donner à nos descendants la plus déplorable idée de notre génie. Nulle invention, nulle originalité ; par'out limitation, partout le plagiat, et une inon- | dation de Louis XVI, comme si, entre Louis XVI et nous, il n'y avait pas l’abime creusé par trois révolutions et dix changements de gouvernements. Que deviennent nos ar- 4 chitectes au milieu de cette débauche de moellons ? Les vrais, C'est-à-dire les studieux, les austères, se tiennent | à l’écart. Les autres cherchent d’où souffle le vent, et qui peut mieux les protéger. Si c est l’Institut, on fait du classique; si c'est le diocèse, on tient pour l’école de Viollet- & le-Duc; si c’est l’administration, on lui donne tout ce | qu'elle demande, du grec, du romain, de l’étrusque
et surtout du Louis XVI : le Louis XVI est en faveur.
Cette confusion, cette impuissance du dehors, nous en trouvons naturellement le reflet dans les salles de l’exposition. Je ne m’arrêterai pas à tout décrire, Je dirai seulement les envois qui m'ont le plus frappé. Ils sont peu nombreux et nous en aurons bientôt fini.
M. Constant Moyaux, élève de M. Lebas, se présente avec une série d’éludes faites à Venise et en Sicile. Toutes sont charmantes comme aquarelles, exécutées avec une justesse, une harmonie, un sentiment artislique des plus rares. Mais cene sont pas là projets d’architecte, et c’est peut-être dans la salle des dessins qu'il eût fallu exposer ces jolies choses.
M. Batigny, autre élève de Lebas. nous apporte, avec un projet d'église pour la ville de Lille, l'hôtel de ville de Valenciennes. Voilà un architecte. Pas de couleur ici. pas d'artifices, pas d’amusettes pour les yeux : le dessin est au trait, rehaussé d’un lavis d’encre de Chine. C'est par la ligne pure, par la force du style que M. Batigny intéresse. Sa restauration renaissance à été parfaitement étudiée, parfaitement comprise ; on n’en saurait penser trop de bien.
Heureuses les villes qui ont à traiter avec des hommes aussi habiles et aussi consciencieux!
Car la conscience n’habite pas partout. J’aperçois d'ici la foule des praticiens peu scrupuleux, qui, sans avoir l'originalité ni la science de Viollet-le-Duc, se sont lancés sur ses traces et, copiant plus ou moins bien ses dessins, sont devenus à Paris et en province de grands construteurs de chapelles devantle Seigneur. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur leur compte et à leur adresse. Mais qu'importe? leur besogne ne touche l’art qu'indirectement; ct, sila pensée de notre siècle ralionaliste et librepenseur lui doit survivre, on n'ira certainement pas la chercher dans les églises que nous aurons bâties. Laissons donc ces exhumations maladroites, et rentrons dans la vie moderne.
Voici une chose faite par les Parisiens, et qui répond
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aux besoins les plus pressants. C’est un projet de passerelle, tel qu’on en pourrait appliquer au eroisement de nos grandes voies de communication. Supposez, pour bien comprendre, la rencontre du boulevard et de la rue Montmartre, cet endroit même qu'on a appelé mort-aux- “piétons. M. Joigny; l’auteur du projet, établit une pre- -mière passerelle; Comme qui dirait du café de la Porte- Montmartre au restaurant Vachette, puis une seconde qui, joignant les deux autres angles, vient croiser la première-en diagonale. Les escaliers, à double révolution, donnent accès aux promeneurs, de quelque côté qu'ils arrivent et sur quelque trottoir qu'ils marchent. L'idée, ce me semble, est nouvelle et ingénieuse. Peut-être y aurait-il lieu de la combiner avec des tunnels, de façon à ce que la circulation puisse s’opérer à la fois en dessus et en dessous. Dans tous les cas, ce projet, amendé ou non, intéresse la sécurité des passants; les lignes qu’il présente n’ont rien de disgracieux à la vue. Il serait temps : que notre édilité voulut bien remettre la question à son ordre du jour ets'arrêter à un parti définitif.
L’aquarelle reprend décidément faveur parmi nos peintres. C’est un genre aimable et facile, qui se prête aussi bien aux caprices de l'inspiration qu’à l'étude conscientieusede la nature. Aussinouslesrencontrons presque tous là, les fantaisistes aussi bien que les observateurs : Harpignies, Phillippe Rousseau, Vibert, Worms, Ranvier, Méry, Luminais; Français, Brown, Bracquemond, Amand Gautier. Même quelques-uns d’entre eux se trouventplus favorisés dans ce travail : l’aquarelle semble être leur véritable moyen d'expression. Tel est M. Vibert, dont la peinture est trop léchée, et qui ici montre une hardiesse de touche, une vivacité de main étonnantes. M. Worms, aucontraire, perd un peude sa fermeté. M. Philippe Rousseau excelle dans les deux genres : le motif qu'il a peint à l’aquarelle, buisson de roses et ombrelle bleue, ne le cède en rien à celui qu'il avait dans le grand salon carré;
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même il l’emportait, sinon sous le rapport du rendu, du moins sous celui de l'harmonie. M. Harpignies expose
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quelques Souvenirs de voyage et une superbe vue de la ('ilé, prise de la galerie d’Apollon, avec l’enlacement des bras de la Seine.C’est, si l’on peut dire ainsi, un paysage de pierres, mais un des plus beaux du monde. Le peintre l’a traduit avec ce sentiment de la nature qu'il a toujours, même quand il lui manque une connaissance parfaite des valeurs. M. Francais est de même; ses Vues du Mont ose ont une franchise de ton et de liberté d’allures.que sa laborieuse Vue du Mont Blanc ne nous avait pas fait pressentir. Il faut citer encore les Moines de M. Tourny, où la profondeur du sentiment se joint à une intensité de relief que la peinture à l'huile ne pourrait guère dépasser; les Episodes militaires de M. John Brown, toujours pittoresque dans ses piquantes productions; la Sentin2lle perdue de M. Benassit, d’une touche si spirituelle ; et par-dessus tout les Juges de cour d'assises du grand Honoré Daumier, salyre d’un comique effroyable, écrite avec cette puissance et cette sûreté qui distinguent le maitre.
Un Anglais, M. Mac-Callum, figure dans cette galerie avec un chôène dénudé qui dessine en noir sur un ciel en feu l'inextricable entrecroisement de ses branches. M. Mac-Callum appartient à l’école fameuse des pré-raphaélites, c’est-à-dire de ces gens qui ont des yeux de fourmi et qui voient à terre le plus imperceplibie fétu. Si la peinture était faite pourètre jugée avec le nez el non avec les yeux, M. Mac-Callum aurait le prix.
Les dessins comme toujours abondent : pastels, fusains, crayons, chez les artistes, aucun instrument ne chôme. Mentionnons à la hâte : l’Inondalion de Saint-Cloud, du véhément et dramatique Paul Huet; le Moine en prières, de M. Bida, si expressif dans son attitude prosternée ; le Paysan du Danube, charmante mine de plomb de M. Gérôme ; la Leçon de lecture, de M. Paul de Katow, un élève d’Eugène Delacroix, que les hasards de la vie ont jeté un jour sur les pas de l’armée prussienne, et qui est revenu de sa campagne avec un livre, Sadowa et les Prussiens, respirant la plus sainte hon-
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reur de la guerre; les fusains énergiques de M. Maxime Lalanne ; et enfin les deux portraits au pastel de M. Galbrun, un des maîtres actuels du genre.
La gravure à l’eau-forte monte considérablement. Il y a dix ans, sous l'impulsion intelligente d’un éditeur, M, Cadart, il s’était formé à Paris, une société d’aqua-for. üstes, qui avait fini par compter dans son sein tous les rois de la pointe, et même quelques rois sans métaphore, comme ceux du Portugal et de Suède. Cette société existe-t-elle ? Je l’ignore ; mais ce que tout le monde est à même de constater c’est que son influence a été salutaire. Aujourd’hui, le genre oublié a été remis en honneur et se touve représenté par tout un état-major d’artistes : Bracquemond, Jacquemart, Lalanne, Appian, Camille Bernier, Feyen-Perrin, Elmérich, Hedouin , Maxime Lalanne, Léopold Desbrosses, Veyrassat. OEuvres personnelles ouinterprétation des maîtres, tout plait à leur main savante et à leur outil ingénieux. On ne peut accorder à ces produits de la spontanéité individuelle l’importance qui s'attache au grand art collectif de la peinture. Aussi me bornerai-je à appeler l'attention sur les fantastiques compositions du fantastique Rodolphe Bresdin, le chien-caiilou de Champfleury, l'élève posthume d’Albert Durer, qui serait sans rival dans le monde de l’imagination s’il avait moins l’amour de l’infiniment petit et une plus grande connaissance de la perspective.
N oublions pas les traducteurs; M. Flameng, dont la Source, a popularisé le nom, et quirevient cette année avec une œuvre plus considérable, Stratonice ; M. Outhwaite, qui reproduit l'Hiver d’après la composition de Léon Coignet à l'Hôtel de ville; M. Boelzel, qui a tant fait pour la gravure sur bois; M. Emile Vernier, dont le crayon lithographique s'applique avec tant de bonheur aux œuvres des Courbet, des Dupré, des Corot; et coupons court à cette nomenclature, qui, en se prolongeant, linirait par faire double emploi avec le catalogue.
ne 1 IX SCULPTURE
ë] | Si l’on considère l’ensemble de la production artistique | } en Europe, depuis la Renaissance jusqu’à nous, la pein- | ture française, trahie à l’origine par ceux-là même qui 12 avaient entrepris de la protéger, détournée de la voie
LH où d'observation et de naturalisme qu’elle avait spontané
ment choisie, submergée pour ainsi dire sous l’afflux irré- À sistible de l’école de Fontainebleau, la peinture française
ne ne peut lutter ni avec l’itahenne, ni avec l’espagnole, ni fi avec la flamande. Quelque bonne opinion que nos historiens aient de nous, de nos virtualités et de notre génie, ils sont forcés, pour demeurer impartiaux, ae la reléguer
au second rang. Il n’en est pas de même de notre sculp- | ture. La sculpture française, par la continuité de ses ma-
\r nifestations comme par l'excellence de ses produits, dé-
| passe tout ce que les autres peuples ont réalisé en ce
conre. L'Italie seule pourrait nous contester la primauté; mais ni son formidable Michel-Ange, ni son doux Sansovino ne lui suffiraient pour établir la balance : elle est
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l' | obligée de nous céder le pas. Jean Cousin, Germain Pilon, | Jean Goujon, Jean de Bologne, Sarrazin, Anguier, Puget,
à fi Coysevox, Coustou, Pigalle, Houdon, Clodion, David d’An-
gers, Rude, cette prodigieuse succession de zrands hommes s'avance sur elle comme une légion invaincue, défiant tout ce qu’elle voudrait mettre en parallèle. Pour tout dire en un mot, la sculpture française se place, dans l’histoire, immédiatement après la sculpture grecque, c’est-à-dire au dessus de toutes les sculptures modernes.
C’est pour cela que, songeant à son passé si glorieux, considérant son présent si robuste encore, nous ne pouvons nous empêcher de craindre pour elle en envisageant son avenir. Que deviendra-t-elle lorsque sera finie cette saturnale de reconstructions à laquelle M. Haussmann préside ; lorsque Paris, et à son imitation les divers chefs-
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lieux, auront {ous leurs palais, tous leurs églises, tous leurs théâtres, tous leurs mairies ; lorsque enfin s'ouvrira pour le moellon et la pierre de taille cette ère de repos après laquelle tant de monde soupire * Elle n’a plus aujourd'hui qu'un client, l'Etat; à qui s’adressera-t-elle lorsque l'Etat, ramené à ses justes limites, aura dû donner sa démission de grand acheteur ? La démocratie des communes, qui jadis à été sa nourrice et sa mère, renaitra- . t-elle parmi nous, exprès pour lui procurer sur le tard un jour de renouveau? Dans cette hypothèse, saura-t-elle accomplir sa (transformation, et d'art monarchique et corrupteur qu'elle s’est faite à la longue, conseztira-t-elle à redevenir l’art populaire qui, façonné à l’expression.des idées collectives, se donne pour tâche de moraliser et d'instruire ? | .
Problèmes, problèmes obscurs, qui, après qu’on les a silencieusement médités, laissent dans l'esprit plus de doute que d’espoirs !
La sculpture se présente cette année en nombre et en force. Même elle possède un morceau de premier ordre, Le désespoir, de M. Perraud.
Cest un jeune homme assis à terre, la tête inclinée, les mains enlacées sur les genoux, une jambe ramenée et l'autre presque étendue. Il rêve ; il est à cette heure abattement, où plus rien ne sourit dans l'esprit et où l’on songe vaguement au suicide. Pas un de ses muscles ne bouge ; mais à l’infléchissement de son corps, à la prostralion de son attitude, on comprend amertume de son mal et que la mer où il est venu s'asseoir se désole moins haut dans la nature qu’au dedans de lui la douleur sous laquelle il succombe. L'idée est belle e£ humaine, écrile avec une netteté qui ne laisse pas place à l’équivoque. Le mouvement se suit d’un bout de la figure à l’autre, sans s'abandonner un seulinstant:; et ce mouvement est d’une justesse qui forcerait l'adhésion la plus rebelle. Les bras se cadencent, les jambes s’équilibrent avec une harmonie sans égale. Quant au modelé, il est admirable. C’est là du grand art, aussi simple, aussi com-
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plet, aussi plastiquement expressif que les Grecs auraient pu le désirer.
Dirai-je qu'il y a dans cette exceptionnelle statue un vice capital? Pourquoi pas ? Jamais faute n’a empêché chef-d'œuvre d'exister. Eh bien ! la tête est manquée. Elle est vulgaire, triviale, mal construite, mal emmanchée ; de plus, inutile. Oui, inutile; je veux dire qu’elle n’ajoute rien à l'effet, qu’au contraire elle le gène dans une certaine mesure. Et, tenez ! essayez; supprimez en imaginalion cette tète malencontreuse, est-ce que la pensée se trouve amoindrie ? Est-ce qu’elle ne gagne pas en force et en intensité? Est-ce que le torse, les bras, les jambes n’en disent pas mieux ce qu’ils ont à dire, à savoir l’incurable tristesse qui a jelé ce vaincu de la vie, seul et désespéré, sur une grève déserte, écoutant, la mort dans l’âme, l'éternelle lamentalion des flots ? Est-ce que ce torse, ces bras, ces jambes ne constituent pas un magnifique débris tout à fait digne d’être rapproché des beaux fragments de l’antiquité? Que M. Perraud y réfléchisse, plus tard, quand il se sentira tout à fait désintéressé de son œuvre ; et je ne doute pas qu’alors, la justesse de ma réflexion Iui revenant en mémoire, il n'ait par moments la velléité de décapiter sa statue, faisant ainsi sauter avec la tête la seule faute qui la dépare.
La foule s’est portée, avec plus de curiosité peut-être, vers d’autres œuvres : la lemme adultère, de M. Cambos ; le Narcisse, de M. Hiolle ; la Cléopâtre, de M. Clesinger. [1 y a beaucoup à dire sur ces œuvres.
La Femme adultère, de M. Cambos, est un joli morceau, mais plus coquet que grand. Il y a de l’afféterie dans ces draperies plissées qui enserrent le corps de la belle pécheresse. Certes la pose est heureuse, d’autant plus heureuse que le geste de la suppliante abritant son front sous ses bras relevés fait supposer devant elle le personnage absent, le Christ, grave encore et non décidé au pardon. Mais où est la justesse des proportions ? Ne trouvez-vous pas que celte épine dorsale prolongée à l'extrême est trop longue de beaucoup pour la dimension
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des cuisses et des jambes ? Et puis cette exécution trop A
finie manque de largeur. Nous tombons dans la pratique italienne, la moderne s’entend, celle de nos jours, qui avoisine de si près Le biscuit de Saxe.
La Cléopâtre de M. Clésinger séduit par l’étrangeté. Jupe teintée, ceinture d’émail, fleur d’or à la main, elle s’'avance vers Antoine, triomphante et dominatrice. Heureusement elle à la poitrine nue, et par là nous sortons de l’archaïsme barbare pour rester dans l’art véritablement humain. Elle est belle, cette poitrine de marbre clair qu’un ciseau caressant a modelée et rendue vivante. Il est exquis de souplesse et de grâce, ce bras gauche qui présente le lotus avec tant d'autorité. Antoine est déjà vaincu, je le vois au mouvement de procession en avant qui emporte la jolie personne. Cet effet constaté, est-ce de la statuaire comme nous avons le droit d'en demander aux artistes contemporains? Non. Seulement, il faut savoir passer la gentillesse à qui si souvent a su nous donner la grandeur. Clésinger est un manieur de marbre, improvisateur quelquefois trop rapide ; mais, comme à | Puget, les gros blocs ne lui font pas peur, il a fait une Ariane qui demeurera un chef-d'œuvre. 0
Le Narcisse de M. Hiolle, étudié dans son anatomie et À dans son enveloppe avec un soin soutenu, serait une slta- { tue sans défaut, si la pose même ne fournissait matière à il crilique. Comment ! vous avez à faire un adolescent épris |