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AQUARELLES, PASTELS, DESSINS, ARCHITECTURE

Après la peinture et la sculpture, ce que le public regarde avec le plus de curiosité et d'intérêt, ce sont les aquarelles les pastels, les gouaches, les dessins, tous les parallèles ou les diminutifs de l’art du peintre.

Nous ferons comme le public et suivrons l’ordre quesa logique nous impose.

Je ne crois pas qu’il soit possible de pousser plus loin l’aquarelle que ne le fait M. Vibert, et en général l’école

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des infiniment petits dont il tient la tête. C'est aussi bien composé, aussi bien dessiné, aussi fort et aussi monté de lon que les meilleures peintures à lhuile. Regardez le Café et surtout la Sérénade espagnole. Pour la vérité de l'observation, le naturel piquant des attitudes, la spiriluelle finesse des détails, et par dessus tout la maitrise “absolue de l’exéculion, ce sont deux chefs-d'œuvre qui dépassent de cent coudées le Gulliver et limporltun des hautes salles. Si M. Vibert consentail à se renfermer dans ce genre, où la nature de son talent semble si a laise, quel renom, ne se ferait-il pas! J’en dis autant de MM. Worms et Berne-Bellecour, qui sont aussi plus aqua rellistes que peintres. Croyez-vous que le Tribunal rèrolulionnaire de ce dernier, par exemple, ne soit pas bien au dessus de sa Procession? Il la fait oublier complètement, Une observation curieuse et que je dois consigner ici à l'avantage de M. Berne-Bellecour, C’est qu'il a reproduit un épisode de 93 au naturel, sans hostilité. Sans parti pris de dénigrement. Ce sentiment d’ indépendance est bien rare chez les artistes, qui croient toujours se Jaire des litres à la faveur ministérielle en insultant la grande époque. Nous en garderons bon souvenir à M. Berne-Bellecour.

Tout à côté de ces jolies scènes anecdotiques, se place la curieuse satire de M. Pasini, les Chanoines à vépres. (‘est une collection de tonsurés, devant lesquels passe le thuriféraire en balançant son encensoir. Chacun d’eux. à tour de rôle, est saisi à la gorge par la fumée grossière, et fait la grimace; ce qui prouve en passant qu'il n’est point d'honneurs sans quelque déboire à côté. La lecon est philosophique; et l'épisode, traité dans cette gamme

mi-partie sérieuse, mi-parlie comique -qu'affeetionnait -

Ieilbuth quand il touchait à la vie des cardinaux romains, plait à la fois par sa malice, son enseignement et sa facture.

Les paysagistes purs sont plus nombreux que les anecdotiers; et c’est tout naturel, car, en descendant d'un degré, Ia ns n’a pas changé. Ce sont en général

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des arlistes que nous avons déja rencontrés dans les salles de peinture, mais quelquefois dans laquarelle leur personnalité s'accuse avec plus d’ardeur et de vivacité. Aussi les belles pages sont en grand nombre. S'il était permis de se baisser pour en prendre, on en ferait un choix exquis. Ciels, eaux, terres, perspectives profondes, tout y passe. M. Paul Guigou nous raconte les plaines lumineuses de la Provence; M. Porcher, les canaux piltoresques de Venise; M. Rico, les molles sinuosités de la Seine: M. Herson, les côtes sévères de la Manche. Pendant ce lemps, M. Faure-Dujarrie, avec sa science d'archilecte. nous relève l'Abbaye de Chancelade, en Dordogne:; M. Eugène Lavieille, avec son vif sentiment du vrai, nous ressuscite Pierrefonds Lel qu'il était avant les travaux de M. Viollet-Le-Duc; et M. Harpignies, avec une aspiration imprévue vers la grandeur, nous écrit dans son Castel-Gandolfo un des plus beaux ciels qu'il soit possible de contempler. Quel artiste que cet Harpignies! Tout ce qu'il perd en peinture, il le regagne ici. Il s'est fait une place à part; et on ne le dépasse, ni pour là vaillance de l'exécution, ni pour le charme de lelfet.

Si Faquarelle se maintient, ou même fait des progrès, on n'en saurait dire autant du pastel. Cet art charmant des Latour. des Chardin, des Rosalba, qui dans leurs mains savantes rivalisait de délicatesse et de force avec la peinture à lhuile. semble aujourd’hui menacé de mort. Quelques hommes énergiques luttent toutefois contre la décadence générale. Au premier rang d’entre eux, il faut placer M. Galbrun, qui a gardé la tradition des maitres, et dont la Jeune ménagère, quoique avec un air de pasliche, forme une composition délicieuse. tout à fait digne de figurer à côté des Chardin. Son Portrait du comte Dubois n’est pas moins remarquable; à considérer l'ampleur du personnage, l'importance de son allure, la solennité de sa pose, il est impossible de ne pas se dire : Ce gros bonapartiste a fait voter oui an plébiscite.

Le Profil de femme, de M. Degas, attire par son étran-

selé et surtout par la justesse profonde de son harmonie.

On peut en rapprocher le Portrait de Mlle J. G..., par

Mlle Eva Gonzalès, tête charmante de grâce et de naïveté.

j'ai déjà eu l’occasion de signaler cette jeune débutante; : en retrouvant son nom parmi les peintres de pastel, je me confirme que la nature l'a bien douée. |

Quelle profusion de dessins! Il y en à au erayon, à la plume, au fusain, à la sanguine, et jusqu'à la mouchure de chandelle. Vous souriez? Arrêtez-vous sur le palier du grand escalier d'honneur. Là, vous verrez, accroché au mur, un paysage en noir, représentant une habitation rastique assez jolie, ma foi! et indiquant par une inscriplion que l’auteur s’est servi pour dessiner uniquement de mouchures de chandelle. Ce procédé, je dois le dire, n'est ni nouveau ni propre. M. Verreaux, s’il y à le gout, peut s’en faire une spécialité; mais je ne vois pas bien ce que l'art y gagnera. Restons du côté des moyens ordinaires.

Les fusains sont admirables. Comme toujours, ce sont MM. Lalanne, Appian, Bellel, qui dominent dans ce genre. Mais cette année leurs paysages sont enlevés avec un entrain et une vigueur nouvelle. C’est bon signe. Signülons en passant la jolie et originale Vue de Cernay-li- Ville, à l'encre de Chine, par M. Ulysse Parent; les deux portraits de M. Eugène Leygue, si pleins d’expression et de grâce, et arrivons à la royauté incontestée du crayon, M. Bida.

M. Bida a exposé deux compositions qui font partie de ses études sur la Bible : la Prédication de saint Paul à Athènes et la Cène. Je m'étonne de trouver dns la première des fautes grossières de perspective qui la déparent; il y a au fond un escalier qui refuse de fuir, et qui se présente à l’œil droit comme un mur. Mais la seconde, où M. Bida a mis en œuvre toutes les ressources du dessin, est vraiment admirable. C’est un effet à là Rembrandt. Le Christ, debout et rompant le pain, éclaire ta lable et les convives des rayons qui émanent de sa propre personne. La distribution de la lumière est étudiée

avec une patience, une habileté, une réussite sans ésale. Le dirai-je toutefois? Je ne puis m’abituer à ces turcos et : 1 ces zouaves que, sous prétexte de restituer l'histoire.

A M. ser & : l'arliste donne pour Compagnons au Christ. Si par le cosen | fume ils sont plus vrais que les apôtres de la tradition.

fl les avoir conduits dans le droit chemin jusqu'au jour de {| l'émancipation; avoir ainsi mérité leur reconnaissance. If, conquis tous les droits à notre respect: et agoniser auh! jourd’hui loin de la foule dans le mépris.des uns et dans | LE le silence des autres, c’est triste! :

| k Mais ce qui est plus triste encore, c’est que l'esprit se 14 A reüre des architectes. La stérilité les envahit. Ils ne pen- Le (Ee sent plus, et n'inventent plus. C’est à peine si, dans toul ’ hi É cef amas de plans rassemblés, nous pouvons signaler nne E 4 idée d'artiste, le Monument des girondins, par M. Gua: on © det. Un hémicycle avec crypte, les tombeaux sont rangés i/ (à à l'entour; au centre, une tribune vide, Ja tribune que Là leur parole emplissait et qui après eux resta muette. Une - EL 4 fenommée domine et couronne le tout. Rien de plus. h ! est simple, saisissant, d’une compréhension immédiate. { larement la symbolique funèbre a parlé un langage plus | clair, rarement aussi un plus élevé.

j. A côté de ce monument, placons le projet d'hôtel de L 4 ville que M. Ambroise Baudry avait fait pour Vienne, et 1ÿ) 4. qui lui aurait mérité le prix si des considérations de na- F1 üonalité n'étaient malheureusement intervenues pour BA : déterminer les Autrichiens. Il est supérieur de beaucoup | fi:

ils le sont moins par le visage et l'expression de la physionomie. Is n’ont rien d’évangélique. Ce sont des hommes d'action et non des prêcheurs. Ils monteraient plus prestement à cheval que dans la chaire. Ils feraient le coup de feu plus volontiers que le coup de langue.

De toutes les salles de l'exposition, Ja plus froide, la plus déserte, la plus inanimée, c’est celle de l’architee= ture. Cest aussi la dernière à laquelle nous arrivons:

Pauvre architecture! avoir élé autrefois la mère et la nourrice des arts ; les avoir élevés. instruits, enseignés : avoir réglé leurs premiers pas et protégé leur jeunesse :

ANNÉE 1870 44 mn)" 4

à tous les autres. Le plan en est magistral, l'aspect imposant, les lignes belles et simples, les dispositions intérieures excellement coordonnées. Pourquoi les Viennois

se sont-ils laissé entrainer par un faux patriotisme? Ils ont, pour donner le travail à l’un d’entre eux, forfait aux lois du concours et récompensé la médiocrité. Ils en seront punis par un piteux hôtel de ville.

4 Après ces deux belles études, mentionnons les travaux

de MM. Joigny, Crépinei et Henard. Et puis tenons “NPA nous en là. Un peu plus bas, nous tomberions dans cette n! $ épouvantable école de Viollet-Le-Duc, qui coule le go-

| thique dans un moule, et qui, si l’on n’y prend garde,

de complicité avec les curés et les maires, va empois-

d sonner la France de monuments XIII° siècle. Ah! les

| écoles! un grand homme en haut, une foule d’imbéciles

| en bas.

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