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Ce n'était pas gai, ni confortable : l'apparence d'un lieu dévasté, après un tremblement de terre ou un saccage. Cette chose qui commence a l'air d'une chose déterrée ; les fouilles de Pompéi. A Textérieur, de la vase remuée, de la boue et de la poussière^ des morceaux de construction^ des échafauds, des échelles, des pioches^ des moellons, des planches, des wagons, des caisses défoncées, des charrettes. Â l'intérieur, des portes fermées, des barrages devant les portes ouvertes, des lambris avec des clous, des armoires vides, des vitrines voilées. Telle une vaste maison, le jour du terme, avant qu'elle soit emménagée.
Les invités à la cérémonie d'ouverture avait été cloîtrés séparément dans des salles spéciales, sans faculté de circulation dans les salles voisines. Le cortège impérial a fait sa tournée en silence devant, une compagnie ennuyée dans ces prisons cellulaires. Je n'ai pas vu l'exposition universelle à Paris en 1855, mais j'ai vu les expositions universelles de Londres et Texhibition de
Manchester. Elles avaient un caractère de fête nationale et . cosmopolite, dans une atmosphère de liberté et de progrès. La France d'aujourd'hui paraît sombre, en comparaison de la n Merry England », que les Français traduisent volontiers en <( flegmatique Angleterre » .
Cela seulement fait plaisir, que ce champ de Mars, où. manœuvraient des troupes d'oisifs organisés pour le meurtre, soit ainsi labouré par les travailleurs de l'industrie, au profit ultérieur de la prospérité sociale et du développement de l'intelligence humaine.
Après le passage de l'Empereur -et de sa suite, les galeries des beaux arts ont été ouvertes et les visiteurs ont pu prendre un premier aperçu, très-sommaire, 4es tableaux exposés par les artistes des diverses nations, sauf les Belges, les Hollandais et les Bavarois, auxquels on n'avait pas attribué une place suffisante* et qui ont dû faire construire à leurs frais, dans le jardin, des baraques isolées. Leurs expositions ne sont pas encore prêtes, et elles ne seront ouvertes que vers la fin de la semaine.
L'exposition des objets d'art classés sous le titre : Histoire du travail chez les différents peuples, est également close jusqu'à Qd que Tarrangement soit terminé.
Pour se guider dans le labyrinthe du grand bâtiment de l'exposition, il faut avoir une idée du plan général. Imaginez un édifice ovale, avec une série de tubes circulaires et concentriques, autour d'uif jardinet dont un bassin fait le milieu. On dirait que cette forme singulière a été inspirée par le mécanisme de ces boites ovoïdes, contenant une série de boîtes de moins en moins
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9rtDd<»8, qu'on ouvre successirement jusqu'à ce qu'on arrive à un petit noyau oentraL
Le premier tube autour du jardinet est consacré à Phistoire du travail ; le second aux beaux-arls, peinture, sculpture, gravure, dessins d'architecture; les suivants, aux catégories des divers produits industriels jusqu'au grand tube qui enveloppe tout, qui est consacré aux machines de dimension gigantesque.
Cette disposition en demi-cercle a l'inconvénient de commander des salles tournantes, surtout aux deux pôles de Tovale ; de sorte qu'en entrant dans ces salles on n'en voit qu'une section, et que Teiïet d'ensemble est perdu* Aux deux flancs de l'ovale, on a pu cependant ménager, dans le tube des beaux- arts» des salles taillées à angle droit. Les tableaux français occupent deux de ces salles, sur le côté oriental de l'édiGce ; les Anglais ont la mauvaise chance d'occuper le pôle nord.
L'exposition de Técole française est à peu près complète; l'arrangement des autres écoles n'est pas si avancé^ et même, dans certaines salles, les murs sont encore presque nus. Il n'est pas impossible, néanmoins, d'indiquer k première impression, qui sera sans doute fortifiée par l'étude comparative de ces œuvres très* divergentes chez les différents peuples.
Réservant la Belgique, qui aura, je crois^ un grand succès avec des peintres tels que Leys, Alfred Stevens et bien d'autres ; la Hollande, qui a su conserver son caractère autochthone; la Bavière, où marquera surtout Kaulbach, la France paraît tenir le premier rang; à côté d'elle, l'Angleterre est saisissante par son originalité; les Allemands sont toujours un peu les mêmes;
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les Suédois tournent trop à Técole de Dûsseldorf ; les Russes commencent à prendre place dans Tart euro* péen ; les Italiens et les Espagnols ont presque perdu la place gibrieuse qu'ils tenaient autrefois.
L'école française se montre dans toute sa splendeur^ actu/sUe. Les étrangers pourront la juger en toute assurance, à cette exposition de 1867 ; car tous ses peintres célèbres y ont fourni des œuvres choisies. Hélas 1 les plus fameux ont disparu. A Texposition universelle de 1855, Decamps avait soixante tableaux et dessins^ Dehtcrqix en avait trente-cinq, Horace Vernet vingtdeux, Ingres quarante-quatre. Delacroix et Decamps ne sont pas remplacés. Mais pour les batailles, nous n'en matiquons pas. Quant à « la tradition du grand art » que représentait M. Ingres^ il faut en -faire son deuil. c( Ce qui est mort avec M. Ingres, dit'un de ses panégyristes, M. de Ronchaud^ c'est la dernière autorité qui maintenait un reste de règle... C'est le glorieux passé. » Le passé étant mort^ cherchons à nous consoler avec le présent, et surtout espérons en l'avenir.
Il est vrai que le grand art n'a point de représentant dans l'école française, peut-être parce que le grand art se dégageant du passé, cherche encore une inspiration nouvelle et des formes qui traduisent la vie moderne. J'ai idée que le grand art de l'avenir ne ressemblera point à l'art païen, ni à l'art catholique, et qu'il n'est pas impossible aux artistes de créer de belles images sans les dieux grecs, sans les saints et les anges.
M. Cabanel cependant, avec le Satyre enlevant une nymphe, la Vénus autour de laquelle voltigent de petits amours et un grand tableau où des figures ailées des*
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cendent du ciel, toucherait-il au grand art? les forts critiques de la presse parisienne nous le diront. Et M. Moreau, avec son Sphinx et son Orphée ; et M. Gérôme avec sa Phryné et son Alcibiadet Tous les trois, M. Cabanel,M. Gérôme et M. Moreau, seront très-remarques à l'Exposition. M. Gérôme y compte une douzaine de tableaux* Après ces favoris de la critique française, on ne peut manquer de voir les batailles sur les toiles de dix mètres, c6mme celle de M. Pils. Mais peut-être que la peinture de petit genre et le paysage attireront davantage les artistes et les amateurs, libres des vieilles traditions et des vieux préjugés.
Parmi les vrais peintres de la France actuelle, deux surtout cxoîteront un vif enthousiasme et seront consacrés définitivement : Théodore Rousseau et Meissonier.
Meissonier a rassemblé une douzaine de petits chefsd'œuvre, entre autres la Halte à la porte d'une auberge^ de Tancienne galerie Morny, et un portrait exquis de femme blonde ; Rousseau, des paysages d'une qualité extraordinaire, celui qu'on appelle le Chêne et dont il a gravé une fine eau-forte, un Été splendide, et un Printemps adorable : de Teau, quelque^ arbres frais, en feuilles et un lointain lumineux. Ce petit tableau de printemps est une merveille dans son œuvre si variée et si sympathique. Je me risque à signer que cette peinture égale les plus beaux paysages de Hobbéma, de Ruisdael ou de Claude, et qu'elle ne leur ressemble point du tout. Elle ne ressemble qu'à la nature, vue par un poète.
Millet, avec sa Bergère de la collection de van Praet, et plusieurs autres fortes peintures; Jules Breton, avec
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ses Rogations j ses Faneuses et ses belles ouvrières des champs, se classent encore sur la première ligne. M*** Rosa Bonheaf^ dont les tableaux ne paraissent guère aux expositions françaises, se présente^ cette fois, avec une douzaine de chaudes peintures. M°*' Browne 'remontre sa Sœur de Charité; M. Hébert, ses jeunes filles à \fii fontaine; M. Marchai, ses naïves Alsaciennes; M. Leleux, ses rudes Bretonnes. Les paysagistes sont très-brillants: Jules Dupré, Corot, Paul Huet, Daubigny, Bellj, etc., etc.
Pour aujourd'hui, après un premier coup d'œrl, nous ne nous aventurerons pas davantage dans l'exposition de Técole française, car nous voulons citer au moins quelques peintres anglais qui attireront leS fanatiques de la peinture originale. Un des tableaux le*s plus étranges représente une ferrnne qui fait je ne sais quoi^ — je ne sais où, — une femme verte et bleue, sous je ne sais quelle fantastique lumière, unoiemme debout et droite comme un spectre, laissant tomber ses draperies près d'un rideau qui cache je ne sais quoi. Je sais seulement que Fauteur, M. Millais, bien connu en Angleterre, est un grand artiste dans cette œuvre qui rappelle Gœthe, Hoffmann, Shakespeare, les plus hardis inventeurs de visions poétiques. Celte Femme verte est destinée à soulever des tempêtes sur la mer de la critique. M. Hook, M. Hunt, M. Hugues, M. Frith, M. Nicol, M. Linnell, aussi M. Landseer et M. Leslie, voilà les Anglais qui feront du bruit à Paris. Citons encore un portrait d'un grand caractère, et qui est le portrait d'tin grand homme : Abraham Lincoln. ,
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Ne vous pressez pas encore. Nous ne sommes pas en relard. Les premiers Américains viennent seulement de débarquer. Laissez arriver un second chargement du Great'Eastem. Je vous ferai signe. Ce sera le moment, sans attendre a la visite des souverains ». Quand le roi de Prusse et l'empereur de Russie viendront voir TExposition, il fera chaud. A présent, du moins, nous avons une sorte do printemps, et l'on commence à espérer que ce premier soleil décidera le gazon à sortir de la poussière; car, pour do Therbe et des feuilles, on n'en voit guère dans ce champ, qui s'appelait Champ de Mars à l'époque peu reculée où nous étions encore mystifiés et mystiques par de vieuï dieux antipathiques au monde moderne.
J'entends dire cependant que Mars et Vénus n'ont pas perdu leur empire sur la société française. Les nymphes de Vénus vont toujours à quatre chevaux dans les Champs-Elysées, avec bouquets et pompons. Une des plus vives attractions de TExposition universelle est le quartier anglais des refreshmenê rooms, où apparaissent — pour disparaître le lendemain — les plus jolies filles de ces trois royaumes. Paris a été émerveillé des beautés anglaises: des yeux étonnants; la prunelle d'un bleu tendre comme la petite fleur «ne m'oubliez pas»; et autour de ce bleu d'iris, le blanc de l'œil est vert! vert marin, de la nuano» de Palgue marine ! Le teint couleur
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:UH EXPOSITION DE 1867.
de groDade; Tabondante chevelure^ couleur de soleil, ou couleur de feu ; depuis le blond de Rubens jusqu'au fauve du Giorgione! Uexposilion de 1867 semble devoir garantir encore Talliance intime de la France avec l'Angleterre.
Tout en prenant des verres de pale ale^ ou de la bière de Vienne qui a, pareillement, grand succès^ on se met au courant des affaires internationales : on apprend beaucoup — en buvant^ — en voyageant autour du globe, dans les tuyaux de TËxposition universelle. Quelqu'un qui aurait la capacité d*un tonneau saurait toutes les nouvelles de l'univers.
De qtioi surtout l'on entend parler^ c'est de canons et d'engins martiaux. Heureux les armuriers^ — sua si bona norint l 11 paraît que certains projectiles traversent des murs d'acier, et que la science moderne vient d'inventer un revolver qui peut tuer mille hommes à la minute. Je ne l'ai pas vu, mais on assure qu'un enfant peut le manier. C'est admirable! Des beaux-arts, on ne dit rien, et rinvention ne révolve pas de ce côté-là. '
Tout est vieillerie dans les salles affectées à l'art. Mais peut-être qu'il faut prendre ces expositions périodiques et solennelles comme des inventaires que les peuples font de leur passé. Je le veux bien. Réglons nos comptes. Il va de soi que l'impartialilé est strictement commandée dans ce résumé d'une période, historique désormais.
On a exposé quelques œuvres de deux morts qui eurent de la célébrité à des titres fort divergents : Hippolyte Flandrin et Troyon. H. Flandrin est peprésenté par soi! portrait de l'Empereur et par trois dessins de ses peintures de Saint-Germain des Pr^: c'est triste à voir,
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bien que ce portrait de l'Empereur vaille mieux que le portrait peint par M. Cabanel. Troyon n'a pas eu de chance : il était facile de choisir dans son œuvre des chefs-d'œuvre, au lieu de cinq tableaux très-secondaires. Cependant Troyon monte et montera; Hippolyte Flandrin baisse et baissera.
Au premier aperçu, le jour de Touverture^ nous avons indiqué les quatre peintres français qui marquaient le plus, dans cette Babel de l'exhibition : MM. Cabanel et Gérôme, Meissonier et Théodore Rousseau. Je ne suis pas du jury impérial, mais ces quatre vainqueurs en sont. Â chacun une médaille d'honneur*
Il est certain que depuis la mort de Decamps> de Paul Delaroche, d'Horaco Vernet, d'Ary Scheffer, d'Eugène Delacroix, de M. Ingres, — MM. Cabanel et Gérôme ont pris les meilleures places de la peinture officielle, à l'Institut, à ÎÉcole des beaux-arts, à la cour et à la ville ; ils priment tous leurs concurrents, ils ont escaladé le sommet du Parnasse pictural^ et après eux il faut tirer l'échelle. ' ,
Il est certain aussi que Meissonier est hors ligne comme peintre de « petit genre, » et que Rousseau est le premier paysagiste de notre époque.
Les quatre médailles d'honneur ne pouvaient être plus convenablement attribuées.
L'heureux homme que M. Cabanel! Quelle chance prodigieuse ! douze années de triomphes sans interruption! £n 1855, une médaille de 1^« classe et un ruban rouge; en 1863, l'Institut; en 1864, la décoration d'officier; en 1865, la grande médaille d'honneur; en 1867^ encore la médaille !
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Tout succès sVxplique : M. Cabanel est le parangon du grand art. Une société policée ne saurait vivre sans la mythologie païenne et la mythologie catholique. Ce qui constitue le grand art^ c'est la perpétuation des vieilles formes étrangères à la vie. Exemples : Nymphe enlevée par un faune; le monstre à pieds de bouc est ce qui exalte l'image jusqu^au style; Naissance de Vénus , vous feriez une baigneuse au bord de l'eau, ce serait du réalisme grossier ; le Paradis terrestre, avec un vieillard assis sur un nuage et des'hybrides qui'ont des ailes. Ce dernier tableau appartient au roi de Bavière; les deux autres à l'empereur des Français. L'exposition de M. Cabanel est complétée par le portrait de l'Empereur et le portrait de M. Rouher, ministre d'État. On voit que la clientèle correspond au succès.
M Gérôme a des qualités très-particulières : il peint les figures comme M. Biaise Desgoffe peint les objets inanimés. Ses personnages sont toujours précieusement exécutés en ivoire^ en métal, en quelque matière dure et luisaute*. Ça n'a pas l'air de vivre, mais c'est curieux comme un bijou d'orfèvre. Peinture comprimée, compressée, constipée, consternée, resserrée, immobilisée. Prenez à la main la petite Phryné, un biscuit de Sèvres, ou l'Aimée, une figurine grotesque en porcelaine japonaise. La manière de M. Gérôme a beaucoup d'analogie avec la manière de Willem Mieris. C'est un rapetissement et tin refroidissement des figures et des objets. Plus une image est petite, plus on en voit tous les détails dans ces tableaux miscroscopisants.La nature offre l'effet conlraire. Si vous regardez de près un être ou un objet quelconques, vous en pouvez distinguer toutes les* mi-
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£XI*OSIT10N JD£ 1867. 351
nulles qui s^effacent successiveoieat à mesure que Tohjet s'éloigne du regard^ de sorte que, à distjpuce, quand la proportion est réduite par la perspective, quand une figure de grandeur naturelle semble n'avoir qu'un dixième de sa taille réelle, on n'en voit plus que la forme générale et certains accents caractéristiques. Le procédé de Willem Mieris, de M. Gerôme et de tous les peintres porcelainiers est donc antipathique au sentiment de la nature et à l'art véritable. Ce qui n'empêche pas que ee genre de coloriage poussé à une extrême délicatesse ne séduise de riches amateurs. Willem Mieris est plus cher que l'excellent Nicolas Maes. M. Gérôme est aus^ cher que Rembrandt.
Il a treize tableaux à l'Exposition universelle^ et ses plus célèbres : la Mori de César, les Gladiateurs^ la Phrynéj VAlmée, le Molière^ le Rembrandt^ etc. C'est surtout ce Rembrandt qui contrarie les fanatiques du grand artiste hollandais. Treize est un nombre néfaste. La douzaine suffisait, sans Rembrandt.
M. Gérôme, malgré ses mièvreries, est pourtant un peintre qui restera. S'il est biirlesquo dans ses sujets grecs et romains, Alcibiade ou César ^ et dans ses sujets historiques, Rembrandt qvl Molière, il a une certaine personnalité dans ses représentations de l'Orient moderne, par exemple dans le Boucher turc, du Salon de 1863 : prodige d'exécution fine, patiente, très-distinguée.
Meissonier est plus nature et plus vivant, dans ses petites scènes d'intérieur. Avec une lorgnette grossissante, ses petits personnages prennent une apparence de réahté : ils pourraient remuer et changer d'expression. Meissonier approche de la photographie : c'est sa qua-
iité, et peui-A(re son défaut. Car Tartiste doit ajouter quelque chone de lui-cnême à l'image qu'il reproduit.
Cette impression que Thomme ressent devant la nature fait l'intérêt essentiel de l'art. Je ne sais pas pourquoi Ton se plaît à discuter la supériorité de l'art sur la nature. Ce sont choses différentes. La natur^est parfaitement belle en ce qu'elle est. Il y a beaucoup de femmes aussi belles que les Vénus grecques ou que les madones do Raphaël. J'aime mieux une photographie d'après un beau modèle vivant que les odalisques de M. Ingres. Finalement l'artiste n'est qu'un traducteur qui interprète avec son sentiment et dans son style. Devant la nature môme ou devant une photographie, on a le plaisir de faire directement cette interprétation, avec plus ou moins de poésie. Quand le peintre, au lieu d'humaniser la nature par une influence de sa propre originalité, dégrade une image et la vulgarise, alors la nature brute est au-dessus de l'art imparfait.
Toutes les théories de grand art et de petit genre, de naturalisme ou d'idéal, ne signifient rien relativement à la valeur d^une œuvre produite. Assurément Daumier est bien plus grand artiste que l'auteur du Faune enle* vant une Nymphe^ et le moindre petit tableau de Meissonier vaut mieux que l'énorme Enfant prodigue de M. Dubufe.
L'exposition de- Meissonier est extrêmement variée. Quatorze tableaux d'après lesquels on peut juger de ce qui convient le mieux au talent du peintre. Ce n'est pas moi qui l'encouragerai aux sujets historiques, aux batailles de Solferino, aux souvenirs de chauvinisme. L'œuvre militaire de Meissonier ne tient pas auprès des
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lithographies de Charlel et de Raffet. Mais ii n'a pas d'égal pour les petits intérieurs familiers, comme le Corps de garde, au marquis de Hertford, ou VA^tente, à M"® Meissonier. Peut-être encore que son principal bijou à l'Exposition universelle est la ffalte à* la porte dune auberge, achetée par lord Hertford à la vente de Morny. Plus. les figurines sont microscopiques, mieux réussit Meissonier. Sitôt que ses personnages prennent une certaine proportion, comme le bonhomme en rouge, assis de face et lisant, ou comme le portrait de M. Delahante, généralement fort admiré, la touche devientlourde et la couleur perd de sa finesse. Le portrait de M«« Thénard, plus petit que celui de M. Delahante, ne craindrait pas le voisinage d'un Metsu. Inscrivons donc Meissonier parmi les peintres dont l'avenir confirmera la réputation. •
Théodore Rousseau va tout droit aussi à la postérité, en tête de la pléiade de nos paysagistes contemporains ; car ils sont plusieurs qui, avec Rousseau, passionneront les amateurs futurs, de môme que nous nous passionnons pour Ruisdael, pour Hobbema, pour Albert Cuijpf Diaz a peint des merveilles, et certains paysages à choisir dans son œuvre sont insurpassables. Jules Dupré est un vrai grand maître, savant, profond, expressif. Troyon parfois égaleAlbertCuijp.Etsi vous prenez aussi Decamps et Delacroix comme paysagistes, quel groupe superbe et charmant pour rivaliser avec le groupe des Hollandais du dix-septième siècle. Ajoutez quelques rêves poé tiques de Corot, quelques effets magiques de Courbet, quelques larges décorations de Paul Huet ; et Marilhat, et Càbat, et Daubîgny; et toute une génération nouvelle
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qui aime naïvement la nature. En oonscienee, c'est la peinture do paysage qui illustrera Técole française da dix-neuvième siècle.
Les huit paysages exposés par Rousseau naontrent des aspects de la nature très-divers. Rousseau excelle à représenter le caractère d'un site et les effets capricieux qui animent la terre et le ciel à certaines phases des saisons ou à certaines hisures du jour : a Coup de soleil par un temps orageux », « l'Automne en Sologne », a le Soir après la pluie». Ces titres de ses tableaux ne sont pas trompeurs. Dans les Gorges d'Apremont^ forêt de Fontainebleau, domine une mélancolie qui se traduit par des tons rompus, en une gamme presque aïono* chrome, sans éclats de lumière. Cette belle peinture date d'environ dix ans. Dans le Chêne de roche^ c'est la force, robur : ce tronc d'arbre qui sort du granit semble un composé de roc et de fer. Les pays sauvages comme la forêt de Fontainebleau accusent très nettement cette espèce de solidarité du règne minéral et du règne végétal.
, Quel contraste de ces drames sentis au cœur de la forêt de Fontainebleau avec les fraîches images du printemps ou d'une végétation arrosée par la pluie, avec le paysage du Berry, tout ensoleillé sur des arbres d'un vert tendre, avec ce délicieux effet de printemps, — intitulé, je crois, Bords de la Bouzanne^ petite rivière berrichonne, — qui rappelle les paysages de George Sand. C'est ce petit Printemps que nous avons déjà signalé et qui comptera parmi les œuvres les plus parfaites de Rousseau ; il date aussi de quelques années. : Comcne la plupart des maîtres (}ui ^nt eu le honlievMr
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de travailler assez longtemps, Rousseau aura eu trois manières principales : d^abord la jeunesse fougoettse, étonnante d'originalité et de poésie; puis la pleine possession de âoi-mérae, la sérénité^ la certitude d'une exécution équivalente au sentiment intérieur ; puis je ne sais quel tourment, des raisons mirobolantes qui remplacent la spontanéité. Chez Rembrandt, chose singulière, ce fut le contraire : d'abord il est modeste, il lient encore à ses prédécesseurs ; puis il va de l'avant, il s'affirme davantage ; il ose être quelqu'un de nouveau; puis il s'abandonne, il s'exagère, il ne connaît plus do limites, Turner aussi^ le grand paysagiste anglais^ après des imitations timidçs, finit dans une exubérante folie.
Pour moi, je préfère le Rembrandt de la Ronde de nuit au Rembrandt de la Leçon d'anatomie. Je préfère également le Rousseau de la première époque et de la secondQ au Rousseau de ces dernières années. Nous trouverons plus tard, au salon des Champs-£lysées^ une œuvre que Rousseau vient de terminer, Vue de vignes en Savoie, avec la chaîne des Alpes à l'horizon, et qui appartient je crois, au chevalier de Knyff. C'est tricoté comme un morceau de tapisserie, & point égal. Nous nous en expliquerons une autre fois avec notre ami Rousseau, comme aussi de la présidence d'un jury qui a dépassé les injustices des anciens jurys de l'Académie.
S'}1 vous plaît, quel est l'artiste qui fut le plus persécuté par les institutions officielles, alors qu'une jeune école, dite romantique, luttait contre les vieux potentats del'^t dit<^6$i(}ue?Qiuel est le peintre dont le nom
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revenait sans cesse, quand on reprochait au jury académique la proscription des hommes de talent ? La notoriété de Théodore Rousseau commença par les protestations réitérées que la critique écrivit en sa faveur. Il était devenu célèbre avant qu'on eût pu voir ses œuvres. Durant quinze années, la publicité des salons lui avait été refusée ! N'était-ce pas odieux? et que gagnèrent à cela les Bidauld de llnslitut?
Il est donc inexplicable — et bien triste — que l'ancien paria devienne à son tour le proscripteur de la jeunesse qui cherche ce qu'elle veut. J'espère que Rousseau luimôme n'a pas voté les proscriptions, mais encqjpe la loyauté et sa propre dignité lui commandaient d'abdiquer la présidence et de refuser son concours aux messieurs décorés et patentés qui, sans doute, ont leurs raisons pour écarter de nouveaux producteurs et peutêtre un art nouveau.
Jules Dupré fait en quelque sorte sa rentrée «à cette exposition universelle de 1867. Car depuis longtemps il avait renoncé aux salons périodiques et il n'avait rien envoyé à Texposilion universelle de 1855. Le revoici 1 tant mieux I avec une douzaine de paysages. Qui donc a le plus vaillamment contribué à la conquête de l'originalité dans le paysage? C'est lui vraiment. Paul Huet protestait déjà après avoir vu Constable. Car les Anglais eurent les premiers l'instinct de cette révolution. Tout jeune, Dupré fit un petit pèlerinage en Angleterre, et, depuis lors, il n'a point varié. Quelle série de peintures puissantes il a exécutées dans une vie de retraite au milieu de la nature ! Pas d'autre ambition que le progrès de son art. C'est celui-là qui a sauve-
gardé son indépendance. Presque toujours campagnard et forestier, il ne s'est jamais inquiété des intrigues qu'on fait à l'a ville, autour des administrations et de TElat. Ah! sa notice n'est pas brillante dans le livret ! Il a eu la médaille de â« classé en 1833! Et depuis? Rien, si ce n'est qu'il fut décoré par hasard en 1849. On dit — quelle ironie î — que le jury de 1867 vient de lui voter une médaille de 2^ ou de 3« classe! Pourquoi vit-il en sauvage dans la forêt de Tlsle-Adam ? S'il allait en culotte courte dans le beau monde, au lieu d'aller en guêtres dans les bois, peut-être eût-il été gratifié de quelque faveur éclatante.
Mais qu'importe? Les honneurs passent ; les tableaux restent. Les tableaux de Jules Dupré sont et demeurerontclassés au premier rang. Il en a douze à l'Exposition : souvenirs des Landes e*t des Pyrénées, de la Sologne, du Berry, delà Picardie. Un des plus beaux est un intérieur de la forêt de Compiègne, n^ 228, appartenant à M. Binder, peinture extrêmement énergique de dessin et de couleur. On remarque aussi la Vanne, qui a déjà ^assé dans des collections célèbres, une Saulée, un Marais. Le reproche qu'on peut faire à Dupré. c'est qu'il pousse trop loin ses tableaux et qu'à force d'empâtements, il alourdit ses terrains et surtout ses ciels. Avec moins de travail et d'obstination, il gagnerait en légèreté et en limpidité.
Corot, bien au contraire, semble s'arrêter fatalement
dans les limbes d'une exécution incomplète. Ses images
n'apparaissent que derrière un brouillard. S'il n'a pas
le don de la force, il a un certain charme qui résulte de
i son impression presque mystérieuse. Il n'a pas varié non
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plus depuis ses commoncemeDts^ et il a presque toujours fait et refait le même tableau^ même quand il a peint des sites très-différents. Où a-t-il pris son Lac de Nemit Dans le voisinage d'Auteuil ou de Meudon? Chose singulière, ce peintre vaporeux réussit parfois très-bien les figures assez grandes dans ses paysages presque immatériels, et le tableau intitulé la Toitelte, avec une femme demi-nue sous des arbres vacillants^ évoque je ne sais quel inonde poétique. Il paraît que Corot a aussi été jugé digne d'une médaille de... 2^ classe. Comme Dupré^ il avait déjà obtenu cette glorieuse récompense... en 18331 Voilà deux intrigants qui ont fait du chemin en trentequatre ansi Les nouveaux vont plus vite aujourd'hui.
Un autre médaillé de 1833, Paul Huet, représente le paysage conçu dans un étalage grandiose, librement et magistralement exécuté. Aussi la plupart de ses tableaux ornent-ils les musées publics. Son Inondation^ du musée du Luxembourg, est un chef-d'ceuvre en ce genre. Il a huit paysages à l'Exposition, lesquels appartiennent aux musées de Bordeaux, de Montpellier, d'Orléans, ou sont destinés à d'autres musées de la province.
Les paysages de M. Ch.-Fr. Daubigny ont également été prêles par des musées pu des établissements publics : musée du Luxembourg, musée de Bordeaux, musée de lilarseille^ palais de Compiègne. M. Daubigny n'est qu un talent de la seconde heure, et qui procède à la fois de plusieurs des maîtres déjà cités.
Français a eu plusieurs manières : il appartenait d'abord au groupe plantureux de Fontainebleau; ayant tourné au style et au grand art^ il est triplement médaillé de r^ classe \ son Orphée est au Luxembourg et
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son Buis sacré au musée de Lille. Outre ces deux tableaux, on revoit encore à l'Exposition sa meilleure œuvre dans le grand genre : les Fouilles de Pompéi^ du salon de 1865.
Cabat fut aussi de la première pléiade qui révolutionna le paysage, et dès 18*31, il était médaillé pour de petits paysages agrestes qui sont des chefs-d'œuvre et qu'on aimerait à retrouver aujourd'hui. Plus tard, l'Italie et Poussin l'ont transformé, et les deux tableaux qu'il mofitre à l'Exposition appartiennent à sa manière poussinesque, idéale, arcadique, peu humaine et point moderne.
Quels que soient leur style et leur tendance, tous ces paysagistes ont un talent que la critique, avec ses idées personnelles, pourrait discuter, mais qu'elle ne saurait détruire. Question d'esthétique. Si l'art est progressif, comme l'humanité dont il est sans doute une expression caractéristique, où est le passée où est l'avenir?
Il ne semble pas que l'ordre règne parfaitement dans l'univers. Le ciel lui-même est troublé : il a des caprices inexplicables. Il y a huit jours à peine, ciel sombre, terre froide. On a vu de la glace, l'autre semaine. Le vent, la pluie, la grêle, l'orage, se disputaient sur nos têtes. Une sorte d'électricilé néfaste circule de l'atmosphère dans les nerfs de l'homme et lui communique une agitation désordonnée. Paris est vraiment un peu affolé. Nous avons trop à voir et trop à faire. Outre Texpositiou
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universelle et ses dépendances, il y aie salon annuel dans * le palais des Champs-Elysées; Texpositioa de Trianon (à Versailles), où sont rassemblés les souvenirs de Marie- Antoinelle et de son époque, empruntés surtout aux collections de Timpératrice Eugénie, de M. Double et de lord Hertford ; l'exposition de la Malmaison, consacrée aux souvenirs de rimpéralrice Joséphine et de la reine Hortense; les expositions particulières cfe Clésinger,. rue Royale ; de Théodore Rousseau, au cercle de la rue de Choiseul; de Courbet, dans la grande baraque qu'il a fait construire au rond point de l'Aima, en face du Champ de Mars; de Manet, sur le même boulevard de TAlma; il y a l'exposition de la galerie Salamanca, dans le magnifique hôtel rue de la Victoire ; ettoujours, à rhôlel Drouot, la ^érie d'expositions des ventes ; sans compter les musées du Louvre, du Luxembourg, de rhôlel Cluny, etc., ouverts chaque jour au public.
L'universelle (comme tout le monde est pressé, on supprime maintenant le substantif exposition) n'a donc pas pour les arts une importance exclusive. Sans doute, elle montre aux étrangers un ensemble des écoles contemporaines, et c'est cette comparaison qui est intéressante et instructive. Naturellement, chaque peuple s'admire dans les produits de son pays. Et peut-être qu'il n'a pas tort i car chaque peuple a encore une virtualité particulière, qu'il sera bon de sauvegarder dans la promiscuité que préparent ces concours universels et tous les éléments d'une civilisation collective. Les Anglais sont bien Anglais t quelques Russes ont un caractère barbare et naïf ; les Belges et les Hollandais ont leur originalité; les Italiens et les Espagnols sont effacés
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et neutres. Les Français représentent une moyenne, assez vulgaire, mais qui s'impose par un certain goût et par de l'éclat.
Tout ce qu'ils appellent «de la grande peinture» est banal et insignifiant. Rien à citer dans les tableaux milit^iresy religieux, allégoriques, ou môme historiques. C'est un malheur. L'école française ne marque vraiment que par le paysage, où elle est première, et par les sujets familiers, où l'Angleterre d'abord, et aussi laBelgique, la Hollande, TAllemagne, rivalisent avec elle. L'Angleterre a môme plus d'humour, l'Allemagne a plus d'observation, la Belgique et la Hollande ont plus de naturel.
Millet et Breton nous semblent les deux artistes qui sortent tout de suite hors ligne. Très-diiïérents l'un de l'autre, quoiqu'ils s'attachent à des sujets analogues, à l'expression de la vie rustique. Millet y apporte une mélancolie austère^ et ce qui frappe dans ses paysanneries, c'est la rudesse d'un travail sans trêve et presque sans récompense. Breton montre' plutôt la fête du travail en plein air, avec sa saine gaieté et même son élégance. Les paysans de Millet sont encore des serfs dominés par une sorte de fatalité traditionnelle ; ceux de Breton se sentent émancipés et ils prennent plaisir à leur fonction agreste. L'utilité et l'agrément sont en effet les deux extrémités du poème campagnard. Millet fait penser : - — Tiens, ces gens qui produisent tout n'ont pas déjà l'air si heureux, et ce bêcheur a bien du mal. Breton : —Ah! que les prés sentent bon quand on vient de couper l'herbe^ et ces faneuses sont mieux là que dans iin ate** lier industriel ou dins un sajon bourgeois.
362 EXPOSITION DE i867.
Millet a exposé neuf tableaux, la Tondeuse de moutom, qui parut au salon de 1861 à Paris et au salon suivant à Bruxelles-, la Bergère avec son troupeau^ du salon de 1864, et qui appartient à M. van Praetj les Glaneuses, à M. Blschoiïsheim^ etc. Il est notable que la plupart des peintures de Millet ont passé dans des collectionsbel ges, chez le baron Goethals, le chevalier de Knyff, etc. Son tableau le plus admiré, et peut-être le plus parfait, est -toujours la Bergère^ qui tricote machinalenient, debout au milieu de son troupeau, par une belle soirée d'automne. Le public ordinaire commence à se familiariser avec ces œuvres fortes et sincères dont Tadmiration des artistes commença les succès. Millet a été gratifié d'une première médaille. C'est assez de chance pour un homme qui vit à Barbizon.
Breton, qui vit h Courrières, a également obtenu la première médaille, comme aux salons de 1859 et de 1861. Parmi ses dix tableaux, deux appartiennent au Muséo du Luxembourg, un troisième au Musée de Lille, les autres à deux ^amateurs distingués. Les Sardeuses, au comte Duchâtel, tiennent dans l'œuvre de Breton à peu près le même rang que la Bergère dans Tœuvre de Millet. On aimerait que ces deux belles peintures fussent rapprochées dans une galerie publique, pour représenter ces deux maîtres de l'école vraiment moderne.
C.-F. Marchai traite la paysannerie dans le môme sens que Breton^ en mêlant parfois un peu de causticité à ses images spirituellement élégantes. On revoit avec plaisir son Choral de Luther et sa Foire aux servantes^ qui ont rhonneur d'appartenir au Musée du Luxembourg.
Eugène Fromentin a sept tableaux excellents; d^à
vantés aux précédentes expositions : le Siroco, le Berger kabyky le Bivac arabe, le Fauconnier arabe, la Chasse au héron, les Voleurs de nuit et la Tribu nomade, acquise, l'an dernier, par le prince Khalil bey. M. Fromentin a bien mérité aussi sa médaille, car il peint avec une délicatesse exquise ce pays et ces mœurs de TAlgérie qu'il a si finement caractérisés comme écrivain.
Les autres médaillés de première classe sont M. Pils, sans doute pour un grand tableau officiel d'une Fête impériale à Alger; M. Tony Robert-Fleury, pour le Mêhsacre de Varsovie , appartenant au comte Branicki ; MM. Français et Daubigny^ pour leurs paysages dont nous avons déjà parlée et M. Bida, pour ses dessins^ très-adroitement travaillés.
On voit que les Français ne se sont pas ménagé les récompenses : 4 médailles d'honneur sur 8, et 8 médailles de première classe sur 15. La moitié pour la France seule dans ce concours européen, où il convenait que les hôtes pussent plus de générosité pour les artistes étrangers. L^\nglelerre surtout n'a pas obtenu justice : M»Millais, M. Orchardson^ M. Hobk, M. Charles Lewis et autres ont certainement bien plus d'originalité que certains favoris du petit cénacle distributeur des prix.
Miss Rosa Bonheur a été traitée comme une étrangère, bien qu'elle demeure près de Thomery, sur les bords de la Seine. Depuis son adoption par les Anglais, qui ont fait sa fortune, on ne voyait plus guère de Isa peinture dans les expositions françaises, ni nrême dans les ventes. A l'exposition universelle de 1855, à Paris, elle n'avait qu'un seul petit tableau égaré. Cette fois, elle montre dix de ses œuvres Notables, appartenant à
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raristocratie anglaise, sauf des Moutons que l'impératrice de France a préservés de. la transportation outre mer. Miss Rosa no pouvait manquer d'avoir au moins une de ses peintures dans la galerio de la prinoasse qui lui a piqué avec une épingle, sur le caraco d'artiste, la croix de la Légion d'honneur. Cette chevalière Rosa, je l'ai connue presque enfant, allant peindre^ comme un jeune rapin, dans les campagnes des environs de Paris. £l)e avait des cheveux courts et un corsage en blouse^ à §0u près comme dans son portrait^ qu'elle peignait plus tard, le coude contre le fanon d'un taureau, dans l'attitude d'un jeune pâtre; ce tableau, très-estimé, est en Angleterre. Après le succès du Marché aux chevaux et do quelques peintures dont s'affolèrent les Anglais^ miss Rosa se mit à étudier Landseer, Ward et autres favoris du sport britannique, si bien qu'elle ressemble aujourd'hui à une élève de Landseer. Elle en a les tons rougeâtres, la touche molle, les effets maniérés et vitreux, soit dit sans attaquer Landseer, qui est un peintre très-éminent. Mais elle a aussi cet amour sportesque qui l'initie aux mœurs, aux tournures, aux habitudes des animaux, poneys, bœufs, cerfs ou chevreuils. Je crains que son exposition n'ait pas justifié auprès des amateurs français la renommée anghcane de l'heureuse peintresse. Une médaille de première classe eût été une galanterie au goût anglais. Mais la vérité est que les ani* maux de M^'® Rosa Bonheur sont violacés et cotonneux à côté des animaux de Troyon. Elle a pourtant deux ou trois tableaux très-bien réussis, notamment les Poneys de nie de Sky,e (Ecosse), appartenant à la riche galerie du marquis de Lansdowne.
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M"« Henriette Browne n'a pas eu non plus les faveurs du jury mâle. Ses Sœurs de charité^ qui firent du bruit au salon de 1859, semblent aujourd'hui un peu anémiques. Elle a de la distinction et du goût, dans une débilité assez touchante. Ary Scheffer eût aimé ce talent pâle et poétique. Deux des tableaux de M°»« Browne appartiennent à l'impératrice des Français. L' Ecolier israélite y du salon de 1865, a émigré en Angleterre.
M. Hébert n'a-t-il pas quelque chose de féminin dans ses images élégantes et nébuleuses? Sa peinture, incomplètement affirmée par l'exécution, a presque toujours un certain charme inexplicable. Rêveur, il évoque le rêve. Un Oriental grisé de haschich doit voir des femmes comme la Perle noire, appartenant à M. E. André, ou la Rosa nera, appartenant à l'impératrice des Français. Singulier directeur d'une académie classique comme celle do Rome, que M. Hébert I Tant mieux s'il dénature un peu là-bas les traditions de la vieille école.
M. Bonnat, qui faillit avoir la grande médaille au salon de 1866, a réexposé son Saint Vincent de Paul prenant la place d'un galérien et quelques petits tableaux vaillamment peints. Pour quoi il n'a obtenu qu'une seconde médaille, ainsi que M. Hébert lui-même, que M^'® Rosa Bonheur et autres, qui s'attendaient à mieux. Mais plusieurs ex-grands-prix de Rome, comme MM. Bougereau et Lévy, n'ont eu qu'une médaille de troisième classe I II est vrai que des hommes d'un talent premier dans leur genre et dans leur pays, tels que M. Israels, d'Amsterdam,- M. Achenbach, de Diisseldorf, M. Orchardson, de Londres, ont été relégués au troisième rang! C'est raide!
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366 sxPOSiTioii DE 1867.
Il paratt que M. Biaise DesgofTa n'^ pas mâme oblena une simple mention. C'est pourtant uu arti^Q tout particulier et que personne n'égale, dans sa manière plus ou moins contestable. Je ne crois pas qu'on ait jamais peint, dans aucune école, des cristaux, des ciselures, des pierres précieuses, des bijoux, avec autant de finesse, d'éclat, d'adresse, que M. Biaise Desgoffe. Pour moi, je n'aime pas cette peinture qui ressemble à de la porcelaine ou à la reproduction par une glace extrômeaient claire. Mais elle fait l'admiration des amateurs de ce qui est fini, bien propre, et presque prestigieux.
M. Ribot n est pas nommé non plus par le jury. C'esi un peu sa faute. Il est un des peintres de la nouvelle génération, savant et solide ea sa pratique. Mais il n'^ pas encore su se débrouiller de l'imitation des ienebrosL Quand il voudra peindre en plein air^ oublier Ribera et traduire la lumière naturelle, il aura vite un grand succès^ bien mérité. Ses Rétameurs sont à l'Exposition universelle. Sauf la noirceur du coloris, c'est un des bons tableaux familiers que l'école moderne ait produits.
Courbet... Mais nous irons le trouver ailleurs, dans son propre établissement, dans le palais-baraque qu'il a élevé pour lui seul, en face de l'exposition du Champ de Mars, — sur l'autre rive, afin d'être bien séparé dans soq originalité excentrique, — et qu'il a rempli, à lui seul, avec une cinquantaine de toiles, dont plusieurs ont dix mètres de large. On voit cependant à l'Exposition universelle quatre Courbet, le Lièvre forcée deux portraits, et un paysage superbe, site du Jura, avec un torrent sous des rochers gris perle. Cette, peinture appartient à la maison de l'Empereur et des beaux-arts.
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Cherchons encore les maîtres peintres à PUniverselle : Couture n'y est pas ; Diaz, non plus ; Gustave Doré, non plus ; le jeune Roybet, non plus, mais il prime au salon annuel des Champs-Elysées. Il nous reste , comme gens de marque, M. Gusti^ve Moreau, avec son Orphée de 1866 et soii Chas$értau de 1865; M. Emile Lévy, aussi ^vec un Orphée, et un Vercingétorix du salon de 1863. Eh bien, je le confesse, Tensemble de l'exhibition française, sauf quelques œuvres déjà signalées, est si banate, qup Tart prétentieux de ces résurrectionnistes finit par intéresser, en comparaison des grandes machines de MM. Yvon et Pils, des nudités vitreuses de M. Cabanel, des rideaux d'avant-scène de M. Dubuffe.
Finalement^ rien de neuf. Mais, en fait de choses saciales, les enfantements exigent une longue couvée* Nous sommes de ceux qui ont vu naître, croître et 9'é-: vanouir le romantisme 5 vieux témoins, honnêtes e^ braves, qui encourageaient cet art nouveau relative? ment à récole inepte du premier empire. Le romantisme a produit sa pléiade caractéristique delà première moitié do notre siècle, et qui brillera^ dans 1 histoire de T^pt français. Depuis que les maîtres principaux con^me Decamps et Delacroix ont disparu, que lei^ autres encore vivants sont universellement acceptés et consacrés, on regarde devant soi pour deviner les initiateurs d'un art " vraiment moderne, correspondant aux réalités imprévues qui sont en trçiin de transformer le vieux monde. N'est-ce pas qu'au fond la société de 1867 est extrêmement divergente de la société de 1830? Sous le règn^ de Louis-Philippe, après les secousses de la Révolution française, les désastres de l'Empire et la convalescence
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de la Restauration, on se rej)osa, dix-huit ans, dans Tabslinence politique, avec la noble passion des lettres et .des arts. Belle époque^ sous cet aspect de Tefflorescence intellectuelle et poétique. En même temps, et presque sans qu*on y prît garde, à cause de réblouissement que causaient les poètes, les romanciers, les artistes de toute sorte, un courant scientifique creusait le lit d'un fleuve irrésistible, maître de la civilisation désormais.
Peu importent les défaillances partielles, Isi^ullifeé apparente de certains éléments propices, la vénalité des lettres, Finsignifiance des arts, je dirais pr^^sque les ténèbres que la fatalité répand sur le génie français ; ce qui console d'une décadence momentanée, c'est la certitude qu'une loi historique entraîne le monde vers une destinée supérieure. La philosophie , la politique , la poésie vont à une renaissance que décident forcément la science moderne et Téconomie sociale. Avec les superstitions et les despotismes tombera tout seul Tart qui cherche encore aujourd'hui son inspiration et ses formes dans un passé condamné, j'entends effacé de la vie subséquente, mais non pas de l'histoire, cet Herculanum enfoui, toujours si curieux à déblayer et à étudier pour l'éducation et resbattement des héritiers de la Mort.
Les éléments d'un art nouveau sont très-rares à l'Exposition universelle, dans l'école française. On en trouve . davantage chez les peintres du Nord, en Belgique, en Hollande, en Angleterre. C'est pourquoi nous avons hâte de passer aux écoles étrangères. Mais cependant il faudrait mentionner encore quantité d'artistes que leur
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taleDt recommande à U publicité, qui attirent et qui méritent l'attention des visiteurs étudiant Técole française.
Gigoux est un maître qui a eu de Tinfluence sur les peintres contemporains ; il a deux tableaux à TExposition. Philippe Rousseau est assurément un des plus habiles pour les sujets où domine la nature inanimée: il a quatre tableaux, dont un Intérieur de cuisine, appartenant à la maison de l'Empereur, et son Marché d'autrefois, casé au Musée de Caen. M. Hamon a huit tableaux, appartenant au Musée de Nantes, à Tlmpératrice, à M. Delahante, etc. Ai-je déjà nommé M. Adolphe Leleux, qui a sept Bretonneries, originales et spirituelles? et son frère, M. Armand Leleux, auteur de scènes familières, très-bien observées ? et M. Toulmouche, dont le F7uit défendu a passé, du salon de 1865, à la galerie de lord Hertford? et M. Brillouin dont la Visite d'amateurs appartient au roi des Belges? et M. Brion, l'auteur des Pèlerins de Sainte-Odile , appartenant au Musée du Luxembourg? et M. Mouchot, dont le Bazar des tapis^ au Caire, a été acquis par le Musée de Rennes?
En paysagistes, j'ai indiqué seulement les individualités les plus tranchées. Notez qu'il y a en France une centaine de paysagistes d'un vrii talent : MM, Belly, Tournemine, Brest, qui font des vues d'Orient -, M. Ziem, bien connu pour ses vues de Venise ; M. Appian, l'habile aquafortiste ; M. Chintreuil^qui a enfin obtenu une médaille-, M. Harpignies, M. Hanoteau, etc.
Nous ne pourrons d'ailleurs nous dispenser do jeter un coup d œil sur le salon annuel diu palais des Champs- Elysées, où nous trouverons les œuvres récentes des
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peintres français et aussi d'un certain nombre d^arttstes étrangers.
Au prochain article, l'école belge.
Je voulais — j'aurais dû peut-être, dans ce journal, — autant par sympathie personnelle que par galanterie parisienne, — examiner d'abord l'école belge à l'Exposition universelle.
Mais le pavillon séparé, dans lequel sont exposés les tableaux belges, n'a pas été ouvert en môme temps que les salles de 1 école française. On a dû attendre aussi la publication d'un petit catalogue spécial. Aujourd'hui que tout est en règle, les visiteurs confirment le succès que nous avions annoncé à vos peintres, après avoip soulevé un coin de la portière du pavillon belge, au moment où les peintures n'étaient pas encore accrochées aux lambris.
Le premier témoignage qu'il convient de rendre à la série des tableaux belges, c'est que l'ensemble est parfaitement harmonieux^ Sur 186 numéros portés au catalogue, il y a une centaine d'œuvres excellentes, une jiemi-centaine d'œuvres fort honorables ; le reste un peu neutre, mais sans discord choquant.
On n'en dirait pas autant de la série des tableaux français, 625 numéros dont 500 pourraient disparaître sans dommage pour la gloire de Tart français contemporain.
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A la célèbre exhibition de Manchester^ — il y a dii( ans^ -r- on imagina, pour la première fois^ je pense^ do séparer Thistoire .des anciennes écoles en deux catégo-f ries : écoles du IVlidi, — écoles du Nord : d'un côté, Tart qui procède du génie aqtique, grec et latin, en y mêlant, plu^ ou moins, son génie national; de Tautre côté, un art indépendant des traditions ipéridionalea, dégagé des inystagogies païenne et catholique. Assurément, Durer, dans sa Mélancolie ou dans le Cavalier de la Mort^ Holbein, dans la Danse macabre^ et^ plus tard, Rembrandt, dans ses interprétations de la Bible, n'ont rien de grec ni de romain. Francs originaux^ qui découvrent les images en eux- mômes et dans la nature, sans s'inquiéter autremopt des inventions antérieures.
Cette divergence des écoles du Midi et des écoles du Nord, très-apparante lorsqu'on étudie l'histoire de l'art, se continue avec un écart de plus en plus vif. En Franoe et en Italie, on peint encore des sujets mythologiquesi 911 des sujets do « sainteté » . En Belgique, en Hollande, en Angleterre, dans TAllemagne septentrionale, la vie courante impressionne les artiste^ et les dégs[ge des vieilles routines du passé. En France, cette tendance moderne, représentée par Coiirbet surtout, e^t encore attaquée par les jurys, par. les académies, par les institutions ofQ-; cielles, et même aussi par les critiques les plus au/onséil daps la presse. La France semble encore demeurer latine, quand le monde est entraîné à des destinées nouvelles dont le caractère efficace doit être l'universalité.
Les peuples du Noyd y vont de bon cœur, et naïveinent. Ils ont l'instinct du renouveau, et iU ^'y aj)andonnent. ^espac^^jr les «l^vts, «lais étudier \% yWi
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Il y eut autrefois une école, dont l'importance a grandi en 'ces derniers temps, Técole hollandaise, qui nous a transmis — en peinture — toute l'histoire de son peuple et de son pays : faits patriotiques, mœurs domestiques, mise en scène de toutes les classes avec leur caractère et leur originalité, dans leurs travaux et leurs divertissements, représentation du milieu naturel où s'agite cette vie humaine, les cités, les villages, les porls et les plages, les forêts et les dunes, la terre et la mer. Contrairement à cette brave école hollandaise, l'école française, et en partie l'école italienne, oa Ta souvent remarqué, semblent avoir été presque étrangères à leur civilisation nationale. Où sont les souvenirs du peuple français, dans son école du dix-septième siècle? Louis XIV, Aloxai^e, Jupiter, Apollon, les héros antiques et les dieux païens, les rois et les princes remplissent tout.
r/école belge contemporaine suit les traces de l'ancienne école hollandaise. Elle a des peintres civiques, des peintres familiers, des paysagistes et des marinistes/ Elle nous initie à son histoire, à ses mœurs, aux aspects de son pays. Pour la vie publique, M. Henri Leys; pour la vie intime des classes élégantes, MM. Alfred Stevens, Willems et autres; pour les misères des classes laborieuses, M. de Groux ; pour la vie rustique, MM. Verwée, de Cock, etc.; pour le portrait, MM. de Wienner, Eugène Smith, etc.; pour la marine, M. Clays ; pour les fruits et les fleurs, MM. Robbe etRobie; pour le pay-
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sage, MM. de Knyff, Fourinois, Lamorinière, de Scharapheleer et toute une pléiade de talents sincères.
Leys est un vrai peintre d'histoire, dans le bon sens du mot.
Les écoles dites classiques ayant des recettes pour tout genre de composition, il est presque toujours arrivé en France que les tableaux historiques, relatifs à n'importe quelle nation et à n'importe quel temps, se ressemblent tous. Les artistes n'y cherchent qu'un même aspect pittoresque ou un vulgaire effet dramatique. Les triomphes et les batailles, peints par Charles Lebrun, n'impliquent aucune date et aucune nationalité, si ce n'est par les costumes et les accessoires. La composition, justement vantée, de la Mort de Socrate, pair Louis David, donne bien Timpression de la mort d'un sage, mais ce Socrate et ses disciples ne sont pas plus Grecs que le Léonidas et ses héros des Thermopyles dans le tableau du môme peintre. Cette sorte de généralisation d'un fait particulier est précisément ce que la critique noble préconise sous prétexte d'idéal et de grand art. Je conviens que tout fait significatif ou héroïque peut être élevé jusqu'à l'allégorie, et que l'image d'un homme vertueux doit susciter l'idée de vertu. Abstraction métaphysique propre à l'esprit, mais subsidiaire dans les arts plastiques. Pour une image peinte, la nature est primordiale. En peinture, la réalité d'abord, telle que l'artiste la perçoit et la comprend. Si l'artiste est profond en exprimant le réel, c'est le spectateur qui opère ensuite le travail intellectuel d'idéalisation.
Il me semble que Leys, dans ses tableaux historiques, ambitionne uniqiMAent de traduire le caractère d'une
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scène déterminée. La science inoderne procède aus^si d'une façon également dégagée de toute hj^pothè^e, étudiant les êtres, les objets^ les phénon^ènes^ par analyse exacte et sincère. Une vérité relative étant découverte et constatée^ qu'elle se rapporte à d'autres et conduise à d'autres découvertes, même à des généralisations et à des lois^ Irèsbieii. Qu'une scène dlnquisiticm à Anvers au seizième siècle provoque rindignation contre les persécuteurs de la libre conscience^ c'est è^ merveille. Plus l'image sera fermement ipontrée dan? son caractère spécial et réel, plus elle agira sons doute sur l'imagination du spectateur. La nature elle-môme est donc ainsi le plus puissant ressort de ce qu'on «^ppelle Vidéal.
Leys s'est attaché surtout à Tbistoire des Flapdres au seizième siècle, à l'époque troublée par les lutte:^ polir tiques et religieuses. Cette époque-là, il 1^ possède^ fond e^ forme, et l'on dirait qu'il a vécu avec les bourgmestres, ]es bourgeois, les artisans, qui défendaient leurs fr^pcliises. Après avoir vu ses tableaux, ou conn^^Jt le temps et le peuple qu'ils représentent, Peut-être, ^'il s'8(ttaiquait è^ d'autres périodes et à d'autyes nation^j^ n aurait-il plus la môme puissance pour leur imprimer une individualité historique aussi caractérisée. On peint, bien ce que Ton ressent vivement. Les Belges d'aujou^r d'h'ui sont, d'ailleurs, tout pareils aux Flamands d'a^trefois. Leurs qualités cou^titutives étaient i|lors ce qu'elles sont encore à présent. Solidité jusqu'à l'obstination: au travers de tant de vicissitudes, ce petit peuplÇj ballotté par une série de dopainations étrangères, a sauvegardé ses libertés co||uun<Eiles e| Tindii-
pendance personnelle ; en quoi il est, avec la Suisse, plus avancé que les autres peuples du continent européen. Ajoutez à sa tranquillité el à sa force de résistance une simplicité toute naturelle. Voilà les éléments qui attiraient vers les tableaux de Leys. J'ai enteodu des visiteurs dire, devant les personnages de Leys : — Quelles braves gens ! Comme l^s hommes sont sérieux et simples I Comme les femmes sont bonnes et naïves l' Luimême, Henri Leys^ toutes les fois que j'ai eu le plaisir d'aller le voir, il m'a toujours fait Teffet d'un bourgmestre d'Anvers, — de la meilleure race et du meilleur temps.
Il avait eu, en 4855^ la grande médaille. En 1867, la médaille d'honneur. AU rightl
Onze tableaux exposés. Un douzième tableau, porté au catalogue, le Luther enfant chantant des Noëls dans les rues d'Ëisenach, n'est pas arrivé — de Saint-Pétersbourg. On conçoit que Tamateur russe à qui il appartient n'ait pas livré son trésor aux aventures d*un si long voyage. Nous avons vu cette peinte excellente, que Fierlants a photographiée dans sa belle série de l'œuvre de Leys.
Sur les onze tableaux de Leys^ deux grandes composition^ et deux portraits, reproduits en fresques dans la salle de Thôtel de ville d'Anvers, donnent aux visiteurs de l'Exposition universelle une idée de la décoration que Leys est en train de terminer pour sa ville natale. Ce sera superbe et bien approprié à ce monument civique. Les Flamands y liront leur histoire, plus facilement que les Bavarois ne lisent les hiéroglyphes points sur les murailles des monuments de Munich, — l'Athènes germpiique, comme disait le roi Louis.
Une des grandes compositions^ le bourgmestre Lancelot van Ursel haranguant la garde bourgeoise pour la défense d'Anvers en 1542, est très-simplement agencée : à gauche le bourgmestre, les échevins et leur suite ; à droite, les hommes d'armes, avec les piques en Tair et les glaives hors fourreau. Le fond de ville, quartier pittoresque d'Anvers, sur lequel s'enlèvent ces groupes, est d'une coloration magnifique. Nous avons à la fois les citoyens et la cité.
L'autre tableau, plus archéologique, si Ton veut, montre, en avant, les hérauts d'Anvers, portant des écussons armoriés, et assis sur les degrésM'une halle où le jeunearchiducCharles(plustard Charles-Quint) prête serment entre les mains des magistrats d'Anvers, en 1515. On ne devinait pas encore que ce gentil petit Chariot introduirait l'inquisition dans les Pays-Bas.
Le tableau représentant la publication de ces cruels édits de Charles-Quint dans les rues d'Anvers est aussi d'une dimenafen assez large. Il appartient au comte de Liedekerke-Beaufort. Les figures y ont un caractère sombre et concentré, tout à fait saisissant. On remarque surtout au premier rang de la foule un homme de profil, vêtu d'un long manteau noir. Lui et les autres ne s'agitent point: ni gestes, ni cris. Mais Tintelligence, la dignité, la colère sont empreintes sur les têtes de ces fiers opprimés. Charles^Quint, Philippe II, le duc d'Albo et leurs satellites ne vaincront pas finalement ces masses opiniâtres.
Attendez ! voici nos placides Flamands qui conspirent dans un Conciliabule réformiste. La famille en est, et derrière les sages et les braves, assis autour d'une table
dans la maison de quelque bourgeois, une délicate jeune fille, debout, en mante jaunâtre, écaute. C'est peut-être un iàhleaxh de genre? oui, de genre très-sérieûx. La véritable histoire !
Serait-ce aussi de l'histoire que le tableau représentant V Intérieur de Luther, à Wiltenberg ? Il semble qu'il s^ émouvait là^ dans la pénombre de cette chambre, les germes d'une révolution qyi afait du bruit. Luther etses confidents n'en sont encore qu'à penser et à causer. Familiarité charmante : pendant que ces hommes débattent gravement un dogme et les destinées du monde^ une jeune fille modeste et silencieuse tricote dans l'embrasure de la fenêtre à vitres verdâtres. La lumière et le clair-obscur sont étonnants. Gomme exécution picturale et comme caractère parfaitement humain, cette peinture est une de celles que j'admire le plus dans l'œuvre de Leys, peut-être parce qu'elle joint à la profondeur intelligente les qualités de nos chers Hollandais Pieter de Hooch, van der Meer de Delft et autres.
Luther est encore représenté dans l'atelier de son ami Cranach, dessinant le portrait du réformateur dont il a laissé plusieurs portraits peints. Là encore, une jeune fille naïve et délicieuse, en robe vert-pomme, derrière Cranach, son père peut-être?
La Sortie de Péglise est, je le veux bien, un simple tableau de mœurs. Leys se sera rappelé quelque souvenir de sa jeunesse, — il y a trois siècles, — un matin de dimanche, qu'il aura vu passer les chastes dévotes et les petits enfants/ sortant du sanctuaire, un livre sous le bras. • '
L'Installation de la Toison cP or, appartenant au roi
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des Belges^ était un sujet d'apparat, plus difficile à traiter qu'une scèue civique ou un sujet de caractère. Point d'action ; des personnages assis et qui regardent ; tous en rouge ou en blanc. Leys a affronté, sans escamotage, ces colorations impérieuses , et le tableau^ moins significatif que les autres, est pourtant une belle et noble peinture^ digne de la collection où elle est classée.
Le onzième tableau de Leys est un Liseur. Prétexte à faire un bomme, toujours de ce temps que Leys affectionna. Ce liseur de la fin du seizième siècle lisait peut- Marnii ou quelque pamphlet contre les Espagnols. Un rude chevalier et une forte peinture.
L'exposition de Leys occupe le lambris principal d'une des travées du pavillon belge. Au lambris de l'autre travée sont réunis les tableaux d'Alfred Stevens : di](-huit chapitres de la vie des « femmes do qualité ». Si les membres du jury français s'étaient contentés de s'attribuer deux médailles d'honneur, au lieu de quatre, ils auraient pu donner une de ces médailles à M. Alfred Stevens et une autre à un artiste anglais, à M. Millais par exemple, ou à M. Orchardson.
Justice bien ordonnée commence par les autres.
La DAme rose, appartenant au Musée de Bruxelles, brille au centre de l'élégante compagnie, comme la plus fine fleur au milieu d'un frais bouquet. Debout, tète nue, elle vient de prendre une figurine chinoise sur un meuble en laque, couvert de chinoiseries. Sa robe de soie rose est argentée par une profusion de mousseline et de dentelles. Coloris tendre, exquis. Cette peinture et quelques autres de M. A. Stevens dégagent une sorte de
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parfum. I4% couleurs et les odeurs ont certainement beaucoup d'analogie. La Dame rose sent un peu le camélia.
La jeune femme en robe citron-clair sent Tambre. Elle vient de face, tenant un bouquet. Un chat se frotte contre le pan de la robe tratoante. La plus douce demiteinte enveloppe cette apparition de jeune femme, baptisée Y Innocence. Pourquoi ? Est-ce qu'elle ne sait seulement pas qu'elle est jolie ?
Une autre jeune femme en robe jaune rentre du monde. Assise près de sa toilette^ elle ôte son bracelet, à la lueur d'une lampe. « Une autre jeune femme » en robe de soie grise avec des rubans bleus, se repose, Pensive, dans son fauteuil. Ces trois charmantes peintures appartiennent à M. van Praet^ ainsi que le tableau intititulé Tous les bonheurs^ où une belle dame en robe de velours grenat allaite son enfant.
Après la dame rose et la dame citron^ une des plus séduisantes est la dame perle, debout, de profil, près d'une table sur laquelle est un vase avec des Fleurs d' automne. Elle a les cheveux blond cendré, et sur sa robe en gris bémol une mantille noire. Tons mineurs, comme on dirait en musique, tons brisés, comme on peut dire en peinture. Le grand coloriste Velazquez joue dans ces gammes harmonieuses. Fleurs d^ automne appartient au chevalier de Knyff.
La Consolation^ deux femmes en noir et une femme en blanc, assises sur un canapé^ f«it partie de la riche collection de M. Ravené à Berlin. La Visite, deux amies dans un boudoir, est au roi des Belges.
Miss Fauve4te, en robe de mousseline blanche, ôte
ses gants pour jouer du piano. Une autremss adaiire Y Inde à Paris, un petit éléphant en matières précieuses. Une autre accroche une branche do buis à un portrait. Une autre lit une lettre qui lui apporte une Douloureuse certUud^. Une autre regarde par la fenêtre si le Temps incertain ne Tempêchera point de sortir. Une autre... Vous voyez bien que tout ce qu'elles font est assez indifférent. Elles font la vie des « femmes de qualité ». Sentir des fleurs, s'amuser avec des bibelots, mettre ses gants ou ôter ses bijoux, Hre ou écrire un billet, sétendre sur un divan, regarder la couleur du ciel, s1mpatienter ou rêver, c'est l'existence des belles dames. L'insignifiance des sujets dans ces tableaux d'Alfred Stevens a donc^sa signification, parfaitement expressive des mœurs de la société aristocratique et même bourgeoise. Le «fleuve de la vie» coule ainsi, sauf à des passages où le flot contrarié tombe en cascades, faisant de la mousse et du bruit. A côté de l'expression nonchalante du grand monde, inoccupé et ennuyé, il y aurait, j'en conviens, comme pendant aux tableaux de M. Alfred Stevens, à peindre les drames qui agitent parfois celte vie monotone. La jeune femme qui veut sortir ne va-t-elle pas chez son amant? Cette lettre mystérieuse troublera peut-être toute une famille* Qui vous a donné ce bouquet, charmante -miss? A quoi pensez-vous, madame, en détachant votre bracelet ? Il n'y a pas une de ces femmes que la passion ne trouble et qui ne trouble par ses passions tout soii^entourage. Mais il ne s'agit pas de cela; il s'agit de peinture simplement.
Vous coniiaissez Terburg, Metsu, Frans Mieris, Pieter de Hooch, Vermeer et les autres peintres de la société
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hollandaise du dix-seplième siècle. Que fait-on, dans leurs tableaux? Une jeune femme pince de la guitare, un gentilhomme lui offre un verre de vin. Une autre femnae met son collier ou prend un bijou dans une cassette. D'autres font de la musique, mangent des fruits, jouent aux cartes. Souvent ils et elles ne font rien du tout, que de causer. Aussi appelle-t-on ça des conversations. Chez Brouwer et van Ostade, on ne fait que boire et fuDoer, Chez Jan Steen, il y a plus de malice, un peu comme chez Molière. Toujours est-il que le sujet n'importe guère, pourvu que l'artiste ait bien rendu l'image qu'il a choisie.
M. A. Stevens choisit les femmes élégantes, et personne ne peint mieux que lui les fraîches et riches étotîes, les cachemires, les tapis et les menus objets des demeures luxueuses. Il dessine et modèle correctement ses figures, les têtes, les bras et* les mains, ce qui est rare chez les peintres de petits personnages. Son exécution a l'ampleur qu'on exige dans les tableaux de grande dimension. Je suppose qu'il a dû peindre beaucoup d'après nature, et de grandeur naturelle.
M. Florent Willems vient à côté do lui, et dans un genre analogue, si ce n'est qu'au lieu de peindre les contemporaines, il s'est voué aux dames d'autrefois. M. Willems a aussi les plus fines couleurs pour le costume et les meubles. Il rivalise avec Terburg pour les robes de satin blanc. Il a de l'élégance, de la distinction jusqu'au raffinement. Son pinceau est plus mince que celui de M. Alfred Stivens, et même un peu épingle. Parfois il tourne presque jusqu'à l'afféterie minutieuse de Willem Mieris. Mais, quand sa touche est plus grasse,
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quand il ménage ses lumières, quand il se rapproche un peu de Metsu, il est exellent.
Son exposition, très-brillante, a beaucoup de succès. Treize tableaux, dont plusieurs avec un certain nombre de personnages. Les meilleurs sont peut-être les moins compliqués, par exemple la Con^rf<?nce,. appartenant à M. Schuldt, de Hambourg, et J'y étais, appartenant à M. Schickler.
Une jeune fille en robe rose montre un tableau de bataille à un vieux gentilhomme en pourpoint gris. J'y étais l crie le vieillard en se redressant; on ne le toit que-de dos, mais on devine sa fière émotion à l'image 4e souvenirs glorieux. Ce tableau est très-juste de lumière et délicieux de couleur.
La Confidence représente un jeune cavalier ouvrait la portière d'un boudoir à une dame en satin blanc. La figure de Thomme est bravement posée, et pensez qiie la robe de satin est une merveille.
Leys, Alfred Stevens et Willems sont depuis longtemps classés au premier rang de Tart moderne. Un peintre belge qui, après l'Exposition universelle, aura sa réputation établie en France^ et, je l'espère, un peu- dans le monde artiste de l'Europe, c'est M. Clays. Il n*y a guère de bons marinistes dans les autres écoles. L§s Hollandais eux-mêmes ont désappris l'art des van de Velde. Les Allemands ne pourraient citer que M. Achenbach. En France, quel peintre a la passion de la mer et le talent d'en exprimer les effets? Je ne connais que Courbet, qui ait fait, comme il dit, des paysages de mer, d'une réalité extraordinaire, et par conséquent très-poétiqùé, L'iinmensilé, ce n'est pas facile à traduire.
Deux élémentSy — le mot est juste, — l'eau et Pair pour en composer un tableau : Teau profonde^ le ciel inûni ; à perle de vue, des vagues qui se meuvent sans cesse sous le ciel sans cesse changeant. C'est dans la peinture de marine qu'il faut surtout le sentiment prompt, avec un œil clair. Il faut être saisi par un effet qui soit un des mille aspects de la mer. Dans les vives études que Courbet a rapportées de Trouville, on en remarque une que nous avons baptisée la pluie qui marche : sur là mer pâle s'avance horizontalement, comme un rideau à rayures sombres, une cascade tombant d'en haut et se plongeant dans Teau d'en bas. Une autre de ces études, la mer qui brûle^ montre un terrible incendie allumé sur l'eau ; on dirait que la mer s'est enflammée à sa superficie et qu'elle va s'évaporer par le feu. Ce n'est qu'un soleil couchant. Ces effets, à la fois réels et fantastiques, sont familiers aux amoureux de la mer.
M. Clays aime et connaît la mer. Le caractère intense de la « grande eau » ^ lourde et violente, il l'exprime par le ton général de la couleur. La mer ne ressemble point dji tout à l'eau de savon ni à l'eau de fontaine. Elle a une nuance suigeneris^ quels que soient ses caprices momentanés, le calme ou Temportement. Le ciel cependant la domine et lui impose ses reflets. Pour être bon mariniste, il faut comprendre ce ménage du ciel avec la mer, leurs luttes et leurs harmonies. Le mariage de Neptune, flls de Saturne le vieux dieu du ciel, avec Amphitrite déesse de la mer, est une allégorie très-naturelle. La mythologie a du bon.
Tel ciel, telle mer. Les marins regardent en l'air pour
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deviner le temps. M. Glays exprime aussi très-fidèlement ces concordances de Tatmosphère et de TOcéan. Le Souvenir de Ueyst est surtout admirable pour Funité de Fimpression que l'artiste a ressentie et qu'il a fixée sur sa toile ; grosses vagues^ ciel pesant et sombre. C'est bien le flot, qui se soulève contre le nuage qui s'abaisse. En pendant à cet orage, le Calme plat (dull weather) est encore une excellente peinture. Les bateaux font bien dans Peau et dans l'air ; peut-être les voiles manquentelles de légèreté. Les vues du Moerdyk, du Ruppel, de l'Escaut, témoignent également de la science et de Thabileté de M. Clays comme mariniste. Notons-le pour une médaille aux prochaines expositions.
Un talent très-sympathique est celui de M. Charles de Groux. Il a du sentiment et de la simplicité dans ses représentations de la vie populaire. Il aime ceux qui souffrent. Ses tableaux sont comme des apologues évangéliquos. Il ne prêche pas cependant ; il montre, et souvent montrer, c'est démontrer. Voici une pauvresse accroupie sur une marche, au coin d'une rue couverte de neige. Ah ! qu'il fait froid dehors, et que la misère est dure en hiver ! Il faut secourir les nécessiteux et les abandonnés. La morale ressort de Timage même exprimée par le peintre. V Aumône, soit ; c'est le titre du tableau de M. de Groux. Commençons par donner à ceux qui ont besoin ; et puis l'idée vient tout de suite que l'é-
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conomie sociale doit lendro à détruire les causes de rindigence. Cette figure de femme terrassée par le froid et parla faim vaut bien le sermon de notre curé.
En pendant à la pauvresse est la Visite du médecin ; deux peintures fermes et sobres^ sans dramaturgie. La vraie misère ne fait ni grands gestes^ ni grand bruit.
U Hospitalité représente un intérieur de chaumière, où l'on vient de recueillir deux pauvres enfants, à peine vêtus ; ils grelottent encore devant une bonne flambée qui les réchauffera, tandis que la* jeune fermière leur coupe du pain. Je ne suis pas très-sentimental en peinture, mais je préfère ces inventions-là au plus beau satyre lutinant une faunesse. Je n'ai jamais vu de satyres, mais je les ai en horreur. Les faunesses , je demande à voir, mais il me semble que les femmes naturelles ont plus d*attrait. Et; comme de Groux, j'aime les pauvres, les petits enfants, les campagnards et les travailleurs.
0 le bel art moderne qu'il y aurait à faire dans les conditions originales, imprévues, orageuses, quelquefois grandioses, du monde actuel qui se transforme : (( Nous sommes entre deux mondes, comme disait un philosophe de nos amis, entre un monde qui finit et un monde qui commence: En arrière, les ténèbres^ la superstition, le despotisme ; en avant, la lumière, la science, la liberté. Partout le singulier mélange de vices et de vertus qui contrastent et qui se heurtent. Ici, la défaillance, des immoralités grotesques, des aspirations désordonnées, des existences folles, des événements incroyables ; là, du recueillement, de la gravité, des recherches laborieuses, des découvertes surprenantes, un vaillant effort vers l'affranchissement et la rénovation.
Ainsi , au quinzième siècle et au seizième, quand les papes, les princes et les aristocrates menaient une vie effrénée, Gutenberg et Christophe Colomb, puis Luther et Rabelais, et bien d'autres, opéraient ce qu'on a appelé une renaissance, relativement au moyen âge expirant. De môme, à notre époque , on sent vaguement que quelque chose se meurt et qu'une civilisation régénérée pourrait vivre. »
De là, ces deux courants contradictoires dés arts contemporains.
Êtos-vous du côté de Gutenberg et de Rabelais? Un critique de la grande presse française , assez indifférent , d'ailleurs , aux phénomènes sociaux , et (rèsamour^x de l'art du passé, écrivait Taulre jour qu'on pourrait égaler Véronèse en peignant une sortie de théâtre ou une sortie de bal, avec toutes les élégances des tournures et des costumes. C'est vrai : un tel tableau Serait plus intéressant que la tête d'Orphée recueillie sur un plat, ou que Diomède déchiré par ses chevaux. Les mœurs du haut monde et du demi-monde, les mœurs de toutes les classes, surtout de la partie énergique, et y si l'on peut dire, vitale dans chaque nation, des penseurs et des travailleurs, des producteurs du progrès sous toutes ses formes, quels thèmes pour les peintres ! L'intérieur d'une fabrique, une gare de chemin de fer, la descente des mineurs dans leur puils, feraient bien à côté d'une sortie de Topera. Velazquez a peint ses Pileuses de tapisserie {las Hilanderas)^ Rembrandt sa Sortie des arquebusiers [de Nachtwacht). Ils sont les ancêtres légitimes de l'art moderne, parce qu'ils furent les miroirs do leur temps, les témoins sincères qui nous
racontent encore TEspagne et la Hollande du dix-septième siècle. J'aimerais à voir en peinture une bande d'ouvriers étrangers visitant quelque travée de l'Exposition universelle, ou bien MM. de Gortschakoff, de Bismark, de Moustier , conversant autour d'une table à tapis* oriental, comme les Syndics des drapiers d'Amsterdam, dajjs le tableau de Rembrandt. Peut-être que ce serait là de la peinture historique au même titre que les scènes viriles représentées par Leys. Toujours avonsnous déjà de la peinture de mœurs, avec Breton, Courbet en France, avec Alfred Steyens, de Groux en Belgique, avec Israels en Hollande, avec Knaus en Allemagne, et bien d'autres d»ns ces pays et en Angleterre.
M. de Groux a exposé, de plus, deux grands tableaux : les Bourgeois de Calais devant Edouard IJI et la Mort de Charles-Quint y peinture d'une belle ordonnance, avec le clair-obscur bien ména^ la lumière frappant sur le lit blainc de l'homme qui va mourir.
M. Meunier , dans son Convoi du trappi^te^ semble avoir quelque analogie avec M. de Groux.
De même, plusieurs peintres de talent, par exemple MM. de Jonghe et Baugniet, sont un peu dans la trace de M. Willems.
M. Dillens se consacre aux scènes populaires de la Zélande. Un de ses bons tableaux est celui où Ion voit une jeune paysanne tombant sur la glace entre deux patineurs qui la relèvent.
M. Bource tient à la fois dlsraels et de Breton. Il a du naturel, du sentiment, une douce harmonie dans son tableau intitulé le Naufrage.
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Un des tableaux exposés par M. Hamman appartient au Musée du Luxembourg. Les deux autres représentent des scènes de l'histoire italienne.
M. Alexandre Thomas a exposé une grande Vierge au Calvaire^ un peu dans le sentiment d*Ary Schel^pr, et aussi avec un ressouvenir de Guide et des Bolonais. C'est, je crois, dans la série belge, le seul tabloMi de peinture religieuse, avec un Christ et une Madone, par M. Variât, Tauteur du Loup^ appartenant au roi des Belges. Il me semble que les artistes d'aujourd'hui peignent mieux les loups que les saints.
Pour la peinture des animaux, M. Joseph Stevens est toujours au premier ran^. Bruxelles^ le matiriy avec un àne qt des chiens, commissionnaires pour Tapprovisionnement de la ville, ferait bien dans un musée belge. Le petit Griffon d'écurie , attendant qu'on ouvre la porte, doit réjouir les sportsmen.
Les animaux de M. Joseph «flevens se rattachent à la civilisation, chiens savants, chiens de giron, malins singes, amusements des villotiers. M. A.-J. Verwée peint les animaux serviteurs de la campagne. On se rappelle que son Attelage flamand lui valut une médaille au salon de 1864 : quatre bœufs attelés à une charrette contre la porto d'une grange couverte déneigé. Aujourd'hui encore, ce tableau marque comme une œuvre do maître, et il ne craindrait pas le voisinage des Troyon. Il restera peut-être comme la meilleure peinture de M. Verwée, du moins jusqu'à présent. Le Coin de prairie n'approche pas de V Attelage flamand. On voit dans cette prairie un étalon rouge, debout, près de trois vaches couchées ; le cheval est court, mal proportionné.
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lourdement peint. V Etalon blanc, exposé par M. Verwée au salon des Champs-Elysées^ avait bien plus de tournure et de véritable caractère.
Ah I nous avons M"® Marie Collart, qui, toute jeune, el presque toute seule, avec quelques conseils de M. Chabry, a trouvé Texpression des campagnes plantureuses, des prairies fratches et tranquilles, où paissent les grands animaux de la ferme. Son Verger, avec une vache sous les arbres, appartient à M. F. BisschofTsheim. C'est, je crois, M. van Praet qui, le premier, patronna la jeune rivale de M"« Rosa Bonheur. Si j'étais la reine des Belges, je voudrais avoir demain un tableau de M»»"^ Collart.
Nous avons déjà cité les Fleurs de M. Robbie, grand tableau, inondé de lumière, un peu papillotante peutêtre, mais qui égale assurément, les tableaux de feu Saint-Jean de Lyon. M. Kremer a peint aussi des fleurs très-fines dans son portrait de Daniel Seghers, le célèbre jésuite d'Anvers.
Comme peintre d'intérieur de monuments, M. van Moer maintient sa juste réputation. Un de ses tableaux est casé au Musée de Bruxelles, un autre au Palais du Roi. Les motifs en ont été pris à Belem , en Portugal. Deux autres compositions ont été prises à Venise. Les tableaux de M. Bossuet représentent des vues d'Espagne, Malaga, Calatayud, Cordoue. Ceux de M. Stroobant, un intérieur du palais de Casimir le Gravi, à Cracovie, Tanoien palais des princesévêques, à Liège,- et les Anciennes Maisons de la place de VHôtel'de-ville^ à Bruxelles. Les peintres belges n'ont pas besoin de couiir le monde pour trouver de beaux souvenirs d'architecture : la Bel- T. II. a«.
gique est un des pays les plus riches en monumentâ cw viques et religieux.
C'est peut-être en Italie que s'est perfectionné un jeune artiste, M. Eugène Smits, dont le grand tableau intitulé Roma fut remarqué au salon de 1865. L'Italie n'a jamais été Irès-saine pour les peintres du Nord. Le plus souvent, ils y tombent dans le dangereux moule de la vulgarité. M. Smits ne semble pas avoir été influencé par les vieilles théories qui commandent de l'autre côté des Alpes. Je suppose qu'au lieu d'écouter les Italiens, il a regardé les ItalieuDes. L'enseignement de la beauté vivante est plus décisif que les nobles esthétiques. M. Smits n'a rapporté d'Italie qu'un vif sentiment de la beauté des formes, de l'élégance du dessin, de la justesse du coloris. Avec une simple étude de femme qui se met une bague ou qui se mire dans une glace, il intéresse et il provoque un certain recueillement. Il est sincère, il a une perception distinguée , et il sait faire ce qu'il voit et ce qu'il sent. A mon idée, M. Smits peindrait très-bien le portrait. Les belles dames de Bruxelles peuvent Py encourager.
La Belgique possède, d'ailleurs , un bon portraitiste, M. Devirinno, qui a exposé cinq portraits. Celui de M°*°R... est très-fin de physionomie. Beaucoup d'attrait et beaucoup de simplicité. Voilà ce qui est rare chez les portraitistes français.
Un excellenjl^ portrait est celui d'une. Jeune Femme coiffée d'iin^ serpent d'or^ par M"»« O'Connell , classée dans récole belge, sans doute parce qu'elle a longtemps habité Bruxelles, ou peut-être parce que son talent procède un peu de van Dyck et des anciens maîtres d'An-
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vers. Exécution très-ample , couleur originale , et Irèsharmonieuse. M"« O'Connell dessine superbement les mains.
Restent les paysagistes^ qui sont nombreux et habiles dans le pays flamand.
Le paysage qui a le plus grand air est un intérieur de forêt intitulé les Murailles^ par M. deKnyff. La filée d'un vieux mur le long d'un chemin ombragé d'arbres, c'est tout le motif du tableau. Mais c'est peint à grande brosse, avec une certitude magistrale , et ça donne l'impression que la nature a dû produire sur l'artiste. Je me suis égaré un soir dans la forêt de Compiègne, où j'errai toute la nuit. Après des heures de marche, je me heurtai contre des murailles pareilles à celles du tableau de M. de Kny£F> derrière lesquelles il n'y a point d'habitation. Vieilles ^enceintes de vieux bois confondues dans l'immensité d'une forêt, comme celles de Compiègne et de Fontainebleau.
Les autres tableaux exposés par M. de Knyff ont toujours une certaine grandeur, mais peut-être n'ofîrentils pas les brillantes qualités de la Gravière abandonnée et de quelques-uns de ses paysages que nous avons admirés à Paris et à Bruxelles.
M. Fourmois a trois tableaux importants, une Chaumière dans la Campine, un Moulin à eau et la Mare^ où l'on voit un chasseur tirant sur des canards. La composition rappelle un peu celle du fameux Hobbema de la galerie Rothschild. La lumière et l'ombre y sont savamment distribuées. L'amour de la nature et la conscience de l'artiste s'y révèlent partout.
M. Quinaux n'est pas sans analogie avec M. Four-
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mois. 11 rend le détail sans compromettre rharmonie de Tensemblo. M. de Schampheleer est lumineux ; il cherche des effets, le caprice du ciel, de Forage et de la pluie. Sa bourrasque; sur le petit lac d'Alconde, près d'Amsterdam, ne manque pas de poésie. M. Ch. Tschaggeny anime ses paysages avec des scènes bien composées, comme la Diligence arrêtée dans la neige. U Attelage appartient au roi des Belges. M. Lamorinièro a toujours de l'élégance et une certaine originalité, mais son exécution est un peu mince et froide. Il faudrait citer encore MM. Jacob-Jacobs , Kuhnen, Papeleu, Mariette, Keelhoff et quelques autres, mais les Hollandais nous appellent dans leur petit pavillon voisin du pavillon belge.
Les Hollandais continuent assez naïvement la tradition de leur école. S'ils n'ont plus de grande peinture civique, comme au dix-septième siècle, ils ont toujours, du moins, le sentiment de la vie familière et Tamour de la nature. Les scènes de mœurs, le paysage, les animaux, les marines, les vues de villes,' voilà presque exclusivement ce qu'ils s'efforcent de reproduire en toute sincérité.
Leur exposition, peu nombreuse — 170 numéros seulement — est très-méritante. Israels vient en première ligne parmi ses compatriotes, et même aussi, à mon avis, parmi ses concurrents des écoles étrangères. Si j'avais à choisir un tableau dans le pavillon des
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Pays-Bas^ je prendrais sa Maison des orphelit^s^ à Katwyk, qui fut déjà très-remarquée au salon de 1866. Trois jeunes filles travaillant dans une chambre éclairée par une fenêtre au fond. Des robes grises et des fichus blancs. Le silence et la sérénité. Une lumière "douce et sobre, ménagée en cTSair obscur dans les angles de cette chambre à peine meublée. L'artifice est qu'on voit la scène sans se préoccuper du peintre. Les poses et les physionomies sont si naturelles qu'on n'a pas envie de les imaginer autrement. La couleur est juste, très-harmonieuse dans ses demi-tons neutres. Point d'éclat, mais la vérité même.
Les Enfants de la mer ont également paru dans une exposition précédente. Le Vrai Soutien ornerdi la galerie du comte de Flandres. Le Rahbin David^ étude de portrait dans le style rembranesque, appartient à M. J. de Clercq, d'Amsterdam. Le Dernier Sou ffle Te^résenie une agonie, dans l'intérieur d'une ferme hollandaise. Drame sentimental, d'ailleurs tranquillement exprimé, avec cette tristesse morne et résignée qui caractérise les gens de la campagne. '
Israels, à qui le jury avait accordé la haute faveur d'une troisième médaille, vient d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur. Je lui conseille d'attacher au ruban sa médaillé^ et de pendre ce trophée dans son atelier.
Quoique M. Bischoff ait étudié on France, il est resté
pur Hollandais. Peut-être même songe-t il un peu trop
aux vieux maîlres de son pays, surtout à Pieter de Hooch.
Il avait au salon des Champs-Elysées un tableau
' dont nous avons vu le pendant che^ Goupil, jeunes
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femmes, eo costume frison, qui se détachent aur dos murailles blanches. L'effet est excellent, et nous rappelle Vander Meer, de Delft. Mais encore faut-il être plus ami de la nature que de Vander Meer ou de Pieter de Hooch ^ plus ami de la vérité que de Socrate.
Le tableau de TExposition universelle, \à Prière inierrompue, est dégagé de toute imitation rétrospective. Une jeune femme, agenouillée dans la pénombre d'un temple, tourne la tête vers le spectateur — vers quelqu'un qui la distrait de sa prière, un amoureux, un fiancé? La tête est belle et sérieuse, dessinée avec élégance et correction. En arrière, on aperçoit une autre f^mme, prosternée et méditant sous son voile. Ces figures sont de grandeur naturelle, à mi-corps. Les fonds, en frottis légers, servent à la dégradationduclair-obscur et ^u relief de la figure principale. Par là seulement cette peinturé se rattache à Tadroite pratique des anciens Hollandais, quoique Tinspiration et le style en soient tout modernes;.
Un talent singulier dans l'école hollandaise^ c'est celui de M. Aima Tadema. Les artistes du pays de Rembrandt n'ont jamais été portés à ces compositions archéographiques, et Rembrandt lui-même fut toujours volontairement le plus rebelle à l'archaïsme des costumes et des accessoires. Amoureux du caractère essentiel que l'homme conserve à travers les civilisations diverses, il ne cherchait qu'à exprimer l'humanité do tous les temps et de tous les lieux. L'Artémise du musée de Madrid est cataloguée par Smith sous le nom de Cleopâtre, La Sainte Famille au Louvre est cataloguée comme un simple Ménage de menuisier.
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Mais c'est Jan Steon surtout qu il faut voir dans ses traductions de la Bible et de l'histoire romaine I 0 la belle kermesse que ses Noces de Cana I Ça se passe dans quelque taverne de Delft ou d'Amsterdam.
Sans doute, Rembrandt et Jan Steen avaient tort, et M. Aima Tadema a raison. La restitution fidèle des for-i mes extérieures n'empêche pas la profondeur de Texpression intime. Nous sommes aujourd'hui et nous devons être des positivistes. Plus d'hypothèses dans la science, plus de conventions et d'escamotages dans Tart. Ce qui est, ce qui a été : la tradition exacte et formelle ; là nature, telle qu'elle se découvre aux esprits clairvoyants.
Donc, faisant des Egyptiens et des Latins, il est bon qu'ils soient de leur pays et de leur temps. Mais il n'est pas facile de faire revivre de vieux peuples enterrés depuis des milliers d'années. Le bric-à-brac de ces civilisations mortes, soit: on peut copier des débris plastiques sur les lieux mômes ou dans les cimetières des musées. On peut, jusqu'à un certain point, imiter le type général des races d'après les effigies transmises par divers monuments d'art. Mais l'esprit vital, pour ainsi dire l'ac^ cent personnel, l'individualité originale, — mystères! Lo secours de la nature humaine manque forcément auX archéographes en peinture .
Leys, chez qui M. Aima Tadema s'est formé, ne rencontre point des difficultés pareilles, en évoquant rhisloire de son propre pays, à une époque peu reculée. Les Flamands actuels sont bien les tils des Flamands du seizième siècle. Ils se souviennent encore de Charles- Quint, de Philippe II, du duc d'Albe comme ennemis. Luther est une figure amie qu'on s'imagine avoir cori-
nue. L*art peut restituer ces hommes enespriteten vérité elle génie do Leys est d'avoir fait revivre Thistoire nationale sous ses apparences extérieures, et à la fois dans son caractère profond.
M. Aima Tadema reproduit, il est vrai, avec une science très-perspicace Tattirail de ces périodes obscares. Mettons que les meubles et bibelots^ les costumes, les armes, les bijoux, soient d'une exactitude indiscutable; mais les figures, les attitudes, les gestes, les physionomies, en un mot, l'expression, tout cela n'est que conjectures hasardeuses. Aussi les personnages de M. Tadema ont-ils l'air d'être en bois, en pierre ou en métal, comme les ustensiles qui les entourent. J'aime mieux aller voir au Louvre les peintures égyptiennes sur les sarcophages, ou même les copies qui décorent le fac-similé du fameux palais dans le jardin de l'Exposition.
Nous avons déjà vu à Paris Comment on s'amusait, il y a trois mille ans, en Egypte, et la bizarrerie de cette peinture avait excité la curiosité. Aujourd'hui M. Tadema peut être jugé sur treize tableaux assez variés, quoique les sujets appartiennent seulement à ses époques de prédilection. Il dessine fermement et sa couleur est puissante. Sa peinture a l'aspect d^'un émail brûlé. L'œil est assez réjoui par des tons violents qui se heurtent sans discord. Mais il nous semble que le public et même les artistes, et même les érudits, se fatigueront bientôt de cette sorte de transfusion de Parch'éologio dans l'art. Ces images combinées à grand'peine, avec des pièces ou des morceaux récoltés çà et là dans le passé, ne sont pas si instructives qu'un traité, un mémoire, un
livre compétent. On ne saurait conseiller à un artiste de faire autre chose que ce qu'il aime. Mais peut-être M. Tadema, qui est très-intelligent, se retournera-t-il quelque jour vers la vie présente, et s'il apportait dans les sujets modernes le même amour de l'exactitude, la même ambition du caractère, il aurait certainement beaucoup de succès.
Toutes les célébrités de Técole hollandaise ont concouru à celte exposition universelle, même les morts, B.-C. Koekkoek, A. Waldorp, paysagistes, et Loui^ Meyer, mariniste, peintres très-appréciés par un certain groupe d'amateurs. Aussi M. A. Schelfhout et M. van Schendel, dont les tableaux se vendent toujours à des prix élevés. On peut craindre cependant que les efifels de lumière, peints par M. van Schendel, ne soient plus recherchés avec la môme admiration, car les sept tableaux qu'il a exposés n'ont pas encore trouvé d'acquéreurs.
M. David Blés a six tableaux, d'une naïveté un peu vulgaire; M. Bosboom, deux vues d'église, assez largement peintes; M. RoAussen, un petit tableau historique, fin et spirituel ; M. S.-L. Verveer, trois paysages et une Rue du quartier juif ^ à Amsterdam, appartenant au baron van Brienen, fils du noble amateur dont la belle collection a été vendue à Paris en 1865.
Mais que font donc MM. Ten Kale, dont le talent est fort estimé en France et en Allemagne, aussi bien qu'en Hollande? Pourquoi n'ont-ils rien envoyé à l'exhibition?
M. Springer a exposé une de ses œuvres les plus importantes et les plus accomplies : Vue du marché princi-pal à Munster^ avec la maison de ville etlagrand'garde,
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M. Springer est un des meilleurs peintres d'architeciare qu'il y ait en Europe. Il n'a pas de rivaux en France, et il méritait une distinction dans ce concours universel. Quplques-unes de ses petites vues de villes hollandaises resteront au même titre que les vues peintes par . les Berckhcyden. Comme eux il est un peu froid, mais trèscorrect et Irès-consciencieux.
Plusieurs paysagistes se rapprochent aussi des anciens maîtres, sans aucune intention de les pasticher. M. J. Weissenbruch fait penser à van Kessel. M. Bilders est très- pittoresque dans sa grande vue d'un intérieur de bois. M. Roelofs est très-juste et très -sincère dans ses vues de canaux et de pâturages. Il ne craint pas le vert des prairies, et ses ciels ont dos gris argentins en parfaite harmonie avec la climature de la Hollande. Ses animaux ont la valeur qui convient dans Teffet d'ensemble. — M. de Haas sacriQe un peu ses paysages, somriiairement indiqués, pour faire valoir ses troupeaux modelés avec une abondance de pâte qui allourdit les formes. Un excellent tableau de Bétail, effet de malin, c*ost celui de M. W. Maris : fin* lumière, de la profondeur, un vif sentiment de la nature néerlandaise.
M. IVJaïtinus Kuytenbrouwer a pris la spécialité des chasses. Ses deux grands Combats de cerfs ont été peints pour le château de Compiègne. Il a fait également, je crois, d'aulres tableaux analogues pour le roi des Pays-Bas. Dans une lettre qu'il vient d'adresser aux artistes hollandais et où il critique les organisateurs dé leur exposition au Champ de Mars, il insiste pour que le gouvernement de son pays accorde aux arts une protection plus efficace. A notre avis, le talent des artistes
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et la gloire des éeoles ne dépendent point d'une iuter^ vention gouveraementale. En art, comme en industrie, cjpmme en toutes choses, la liberté vaut mieux que la tutelle la plus intelligente et la plus désintéressée.
L'auteur d'un ouvrage Irès-éminent, intitulé : Supériorité des arts modernes sur les arts anciens, M. Eugène Véron, a publié, Tautre jour, dans la Chronique internationale, un article décisif contre la protection des arts par l'Etat. Nous renvoyons aussi M. Kuytenbrouwer à la brochure de Louis Viardot : Comment faut-il protéger les arts^f
Nous devrions citer encore bien d'autres exposants de l'école hollandaise, M. Burgers, qui met du sentiment et de l'observation dans les scènes de mœurs; M"° Stolk, qui d'un bouquet* de fleurs sait faire un tableau; M. W. Gruyter, M. Stortenbeker, qui peignent habilement la marine et le paysage; MM. J. Bakhuyzen, Bakkerkorlî, etc. Suffit que presque toute celte école est dans le bon chemin.
Et pendant que les artistes consultent- la nature, les érudits hollandais fouillent les archives, et la lumière cornmence à paraître sur les différents groupes épars au . dijç-septièmQ siècle, dans les villes et jusque dans les villages. MM. Rammelman-Elsevier, Scheltema,Kramm, VQsmaer, van Weslrheem, Enschedé, van der Villigen ont fait et font souvent des découvertes intéressantes, publiées par le Nederslansehe Spectator, la Kunstkronijk et autres recueils, quelquefois en brochures, ou même ep volumes. A M. van der Villigen, nous devons des documents précieux sur les peintres de Haarlem; à IVÏ, van Westrheçm^ sur les peintres delà Haye. M, van
Westrhoem vient aussi de publier une étude sur Pautua Potter et il prépare une nouvelle édition, corrigée et augmentée de son travail sur Jan Steen, M. Vosmaer annonce la seconde partie de son Rembrandi. Encore un peu d'obstination, — avec un peu de chance, — et nous verrous clair dans Tépoque la pl^s féconde et la plus originale de Tart hollandais.
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L'école anglaise a, sur les autres écoles, cet avantage, qu'elle est jeune^ que sa tradition nationale date à peine d'un siècle et demi, qu'elle n'est pas empêtrée comme les arts du continent, dans les vieilles théories gréjcolalines, qu'elle est dégagée à la fois de la mythologie païenne et du mysticisme catholique.
Les premiers de ses peintres ont été des humoristes^ assez indifférents aux procédés exécutifs, comme Hogarth, pleinement satisfait quand il avait jeté son idée satirique dans une forme quelconque ; des expérimentateurs, comme Reynolds, qui avait analysé sur d'anciennes peintures vénitiennes la composition chimique des couleurs ; de naïfs aventuriers, comme Gainsborough, qui « peignait ce qu'il voyait », sans s'inquiéter du reste, si ce n'est un peu de ses deux maîtres affectionnés, Rembrandt et van Dyck ; des originaux sincères, comme John Crome et Constable ; des fous de lumière, comme Turner.
Quelles heureuses conditions pour se distinguer dans
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un sens moderne, tandis que^ chez les autres peuples, une routine consacrée par de glorieux souvenirs pèse sur les plus hardis novateurs I £n France, on s^ôtonlf^ longtemps qu^Eugène Delacroix ne ressemblât ni à David, ni à Poussin^ ni à Raphaël ; et Ton ne comprend point encore comment Courbet a osé représenter de grandeur naturelle des Casseurs de pierre et des Paysans franccomtois.
Je ne le cache pas: j^attends les. Américains pour nous aider à l'évolution, d'ailleurs irrésistible, que les éléments d'une société métamorphosée entraînent dans les arts, comme dans toutes les idées et tous les faits. Ah , ah^ ah ! Les Américains n'ont point d'art ! Sans doute, et tant mieux ! Ils ne seront pas gônés pour faire du neuf, et il se pourrait que les boys du pays de la liberté se missent, un de ces jours, à créer des peintures surprenantes. Quels sont donc les générateurs de toute œuvre d'art ? Le génie de Thomme et Tétude de la nature. Est-ce que les Yankees ne sont pas un peuple très-impressionnable, très-inventif, très-adroit et très-original î Est-ce que Jeur pays et leur civilisation ne sont pas curieux? Voici d^à que les Russes ont un commencement d'école nationale, avec un sentiment et des sujets parfaitement autochthones, dans les tableaux de M. PerofT, par exemple. Comptez que les Américains, une fois en train de beaux-arts, iront vite, et en regardant devant eux. GoaheadI ForwardI
Les Anglais ne regardent pas non plus en arrière, mais autour d'eux, la vie présente. L'un fait un champ de course, ou une gare de chemin de fer ; l'autre, un démit pour la chasse ; un autre, des marins, ou des ri-
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lOfi EXW)S1TÏ0N DE 1867.
flemen, oa des ourriers, ou quelque scène de mœurs. Ce qui n'empôche pas la fantaisie et la poésie^ un souvenir de Shakespeare^ comme le Christopker . 5/y, de M. Orchardson, une vision fantastique, comme la Femme verte, de M. Millais.
• Je ne sais, pas plus que le premier jour, pourquoi ce tableau de M. Millais est intitulé la Veille de Sainte- A^nès. Il y a sans doute en Angleterre quelque légende d'une nuit myslérieusa, oh il se passe n'importe quoi. Que va-til arriver à cette femme qui a dénoué sa chevelure et qui laisse couler ses draperies ? Je me défie du grand rideau derrière lequel elle va se hasarder. La lune seule la regarde de ses rayons verdâtres. Cette lumière pâle, d'un bleu nacré, avec un glacis de vert, vient de droite, par une fenêtre qu'on ne voit pas, glisse sur une table et une cassette d'argent, et s'étale, en carreaux analogues à ceux de la fenêtre, sur le tapis. Toute la femme est baignée dans ce flux de lueurs nocturnes. Debout et de profil, elle dégrafe le dernier crochet de son corsage, qui va tomber sur le tas de ses jupes brochées. La tête est charmante ; un petit nez à la Roxelane,* irrésistible chez les Anglaises, quand elles tournent ^ ces traits ca« pricieux ; l'œil vague et phosphorescent. Sainte Agnès, de quoi êtes- vous la patronne, ce soir?
Je me rappelle qu'à l'exhibition universelle de 186â, à Londres, M. Millais venait aussi en première ligne dans notre compte rendu. Là aussi, il avait une peinture étonnante : la Floraison des pommiers et le Retour de la Colombe, qui -avait surpris la critique française à l'exposition universelle de 1855, à Paris. - - . -
A cette époque,— il y a àouzA ans,'^M.- MitUis^it
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ëéjà associé à rAcadémie royale, dont il est membre titulaire aujourd'hui. Contesté d'abord, ainsi que tous les novateurs, il est accepté maintenant par ses compa-^ iitioies comme un grand artiste^ et ses tableaux se vendent très-cher. Grand artiste, en effet, par un singulier mélange de réalisme et de poésie. Très-inégal, comme la plupart des talents originaux. Son Satan semant /-ivtaiiî nous semble burlesque et ridicule. Son troisième tableau : les Romains quittant la Gronde- Bretagne, est mal peint : paysage, rochers, mer et ciel-, mais lafemme embrassant un Romain qui va partir a beaucoup de capactère.
Il faut ajouter que \eiVeiiie de Sainte-Agnès, fort admi-»-rée par certains artistes, a été acqablée de sarcasmes, et que le goût franco-latino-grec s'en tient toujours, en faif de nouveautés, aux faunessesel à la séquelle olympique. M. James Hook ne doit pas non plus avoir étésympalbiquement apprécié par la critique et le public fran*gais«-ll aime les scènes de la mer :.pourquoine peiitt il pas le navire d'Ulysse arrêté par les sirènes , ou le ba-' teau qui porte César et sa fortune? ou encore Vénus sortant de Tonde , ou Amphilrite sur son char traîné par des dauphins? Mais ces Anglais, comme les Hollandais du temps de Rembrandt, n^ent aucun idéal. M. Hook nous montre de simples Pêcheurs qui vident leurs filets sur le pont d'une barque , ou deux Gamins de ta mer, qui s'amusent sur un radeau. Ce n'est pas malin : il n'y a qu'à aller sur une petite plage quelconque pour en voir autant. Mais où iriez-vous pour voir deg sirènes et des tritons ?
Un t^oisièmo tableau de Mr Hook représente des ou -
vriers qai vont descendre dans une mine creusée sous un rocher au bord de la mer. Le wagon de fer qui les porte est lancé sur son rail et va disparaître dans le gouffre ^sous-marin, quand une jeune femme avec ses petits enfants leur dit adieu au passage. Cet épisode de la vie laborieuse et périlleuse n'est-il pas aussi intéressant qu'un choc de guerriers ou qu'une scène mythologique ? Voilà de la peinture dans le sentiment mo-, derne.
M. Hook est très-savant, dessinateur ferme et correct, coloriste vigoureux et hardi. Il pousse la force presque jusqu'à la dureté. Talent viril, qui contraste avec la peinture délayée dans la poudre de riz.
Pour captiver le public, il faut, avant tout, des sujets amusants. Aussi M. Orchardson> qui est d'ailleurs un très-bon peintre, a-t-il été plus heureux que M. Millais et M. Hook. Au lieu de la raillerie ou de Tindifférence, il s'est attiré Tapprobation universelle avec son Christopher Sly. La une invention que celte scène de Shakespeare, qui sert de prologue à la comédie de la Méchante mise à la raison I {Taming of the Sckrew.) On en a fait en France une pièce intitulée : le Dormeur éveillé.
Il s'agit d'un chaudronnieîr ivrogne qu'un grand seigneuiL revenant de la chasse ramasse endormi sur la bruyère et qu'il installe dans une somptueuse chambre à coucher de son château. Amusement de riche pour voir les ébahissements du p,auvre transporté au milieu du luxe.
Le matin, Ckristopher Sly {rusé, futé, en français) s'éveille dans un lit à baldaquins de soie, et les gens de Monseigneur^ accourant à son petit lever, lui offrent,
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en grande cérémonie, du vin d'Espagne, des conserves^ des aiguières et des parfums pour sa toilette, et de magnifiques habits. Lo chaudronnier se frotte les yeux et demande un pot de petite bière. — Votre Seigneurie par-ci, Votre Seigneurie par-là. Vos serviteurs attendent vos ordres : voulez*vous de la musique? aimez-vous la chasse au fa u(^n ? voulez- vous courir le cerf? aimezvous les tableaux ? — Mais, mais, ne suis-je pa3 Christopher Sly, autrefois meneur d'ours, présentement chaudronnier ? Demandez de mes nouvelles à Marianne Hacquet, la grosse cabaretière de Wincot; si elle dit que je ne lui dois pas quatorze pence de bière forte, tenez-moi pour le plus effronté menteur de la chrétienté. — Vous êtes un lord, oui un lord, et vous avez une lady d'une beauté merveilleuse\ — Tiens, tiens, est-ce que j'ai rôvé jusqu'à ce moment? Ahl je suis un lord, et non Christopher Sly, le chaudronnier. Eh bien I qu'on m^amène ma femme et qu'on me donne un pot de petite bière!
Le peintre a choisi le moment où le chaudronnier, en belle robe de chambre, et tout ébouriffé, s'est assis sur le bord du lit, apostrophant les serviteurs qui lui présentent avec révérences leurs plateaux d'or. A droite, derrière un paravent, un page déguisé en lady, se prépare à faire son entrée. Le tableau, appartenant à M. e.-P. Matthews, a été gravé par M. Sharpe.
Le chaudronnier est excellent d'attitude et de physionomie. Les figures des serviteurs, bien dessinées, sont parfaitement en scène ; le majordome surtout affecte une dignité très- burlesque. M. Orohardson peint avec une largeur qui n'est pas habituelle aux peintres de pe-