‹ Salons de W. Bürger, 1861 à 1868Chapitre 11 sur 16 · I. II · texte numérisé non relu

I. II

i06 EXPOSITION DE i867«

tits tableaux familiers. On croirait qu'il a passé pis l'atelier de Thomas Couture. Ses personnages sont d'aplomb, mouvementés justement /modelés par plans qui accusent les formes essentielles. 11 ne craint pas la variété et la richesse du coloris. Il ne donne pas aux fonds plus d*importance qu'il ne convient^ et il amusô son pinceau aux accessoires qui égayent^l'ensenable.

Bonne comédie, bien traduite de littérature en peinture. Il est vrai que Shakespeare lui-même est aussi peintre que poète.

Le second tableau de M. Orchardson est encore mieux réussi que son Réveil du Chaudronnier. Mais la composition en est moins compliquée : il ne compte que trois figures au lieu de neuf. Le Défi : un jeune homme en pourpoint et hauts-de-chausses couleur citron, le torse incliné, le bras tendu^ présente un cartel à la pointe de répée. Son adversaire, droit et sérieux , va prendre le billet, mais il en est empoché par un vieux en longue cape noire. Je n'en sais pas plus long sur le sujet du tableau, et peu m'importe. Si c'est une allusion à quelque fait historique ou à quelque coutume d'autrefois, je le veux bien. Il suffît que Timage soit parfaitement disposée, très-claire, que le jeune provocateur soit très-distingué, très-fin de forme et de couleur , que la peinture ait do la solidité, du relief, de l'éclat, beaucoup de charme. L'ordonnance de ce tableau fait penser aux tableaux de Meissonier ou de Willems, peut-être à cause des costumes ou d'une certaine élégance gentleraanesque.

Une peinture devant laquelle tout le monde ^'arrêta, è'est encore le Payement du loyer, par M^ ÎHieoh Le

yGoosle

EXPOSITION D£ iS&i* 40Î

bourgeois assis à sa iMe, ccurerte de papiers, taillo sa plume; son secrétaire, la plume au bee, le sourcil froncé, lit péniblement quelque bail embrouillé. Un des loeatairesy espèce de farmer, assis à gauche, fait un terrible effort pour tirer de sa pocket un sac d'argent. Qbs trois têtes ont un accent caricatural dans la manière de Hogarth. La vérité y est un peu exagérée, mais les types anglais ont un acceât si prononcé. J'aime mieux cela que le genre de Diisseldorf, un pou mince, et d'une

. réalité vulgaire. M. Nicol peint à pleine pâle, mémo avec trop de pesanteur. C'est acceptable dans les accessoires matériels, mais lo contraste de la finesse et de la légèreté dans les chairs et dans les plans reculés donnerait de Pair à ses compositions.

Un autre tableau de lui offre les mêmes qualités et les mêmes défauts : une mimique très-accusée, une exécution lourde. Deuic personnages seulement : un bonhomme en lunettes, sans doute un magister de village^ qui corrige un petit paysan ; le gamin gratte ses cheveux roux^ et le bouhomme hésite à user du martinet : Tous deux emâarrassés, dit le catalogue.

Les Anglais cependant n'ont point renoncé à aller consulter la nature italienne, et il se trouve que M. Prinsep a rapporté de Venise une élude superbe : Bérénice, ou plus simplement un portrait de Vénitienne^ debout

-et de face, à son balcon. Elle a celte abondante chevelure rousse qui fait l'envie des Parisiennes. Sa forte poitrine rebondit sous une chemisette blanche, dont les

. plis se perdent dans un bas corsage de couleur rougeâtre. Un de ses bras nus s'appuie sur le rebord de la balustrade ; Tautre, portant une draperie, se replie contre là

hanche. Véronèse a peint autrefois de ces Vénitiennes dont la beauté plantureuse s'allie à une majesté souverainement élégante. II paraît que la race n'en est pas perdue, car cette Bérénice, qui fait sa princesse^ est pif^ablement un modèle peint d'après nature, ou quelque batelière des canaux.

Feu David Roberts, un grand peintre d'architecture, affectionnait ausvsi Venise, dont il a laissé beaucoup de vues, comparables à celles de Canaletti et de Guardi. Ses deux tableaux à TËxposilion universelle sont, je pense, de sa dernière manière : V Hôpital de Greènwick et la Tamise à Westminster. Peut-être semblent-ils un peu froids aux étrangers qui ne connaissent pas l'Angleterre. Mais cette vapeur grise qui voile et éteint les reliefs des monuments est saisie sur la nature même. La science architectonique, un coloris harmonieux,, une touche adroite, avec des rehauts de ton dans les premiers plans, tout est louable chez Roberts, que l'école anglaise peut classer désormais parmi ses maîtres consacrés.

M. Stan&eld, dont les aquarelles ont, même sur le continent, une réputation bien méritée, n'est {fas si fort dans sa peinture à l'huile. Sa Baie de Naples est assez vulgaire et sans consistance:

Un autre académicien, M. Poole, s'inspire aussi de ritalie : Pompéi pendant l'éruption du Vésuve, et une soirée au bord du lac, sorte de *Décaméron, un peu dansle genre de MM. Winterhalter et Papety. L'affectation poétique ne dissimule pas la faiblesse du dessin et la fausseté de la couleur. Ces deux tableaux appartiennes t cependant aux collections très^distinguées de M. Perkins et de M. Matlhews.

yGoosle

A M. Elmore, dans les Tuileries, le 20 juin 1792; à M. E.-M. Ward, dans le Meurtre de Bizzio, on peut reprocher également un coloris rouge et faux et une dramaturgie qui tourne^ au burlesque. Heureusement qu'à côté de ces très-honorables académiciens^ Fillustre compagnie s'est adjoint des artistes plus originaux, comme M. Millais et quelques autres.

Un associé de 1 Académie royale, M. Ansdell, a été chercher en Espagne, du côté de Grenade, le sujet d'un tableau très -pittoresque et vivement mouvementé : quatre chevaux, fouettés par un laboureur, galopant sur des gerbes étalées, et Foulant le blé. C'est la manière du pays pour battre le grain. L'Espagne n'en est pas encore aux machines à vapeur.

M. Burgess a aussi représenté une scène de mœurs espagnoles, le coin d'un cirque de tauromachie, avec quantité de ûgures échelonnées sur les gradins. Vive animation des physionomies. Les Anglais sont toujours portés à violenter les mimiques les plus expressives.

Les sujets nationaux coaviennent d'ailleurs toujours mieux que les sujets exotiques aux peintres de chaque pays. M. Faed a de Ja naïveté dans les scènes de la vie rustique. Un de ses bons tableaux représente un petit paysan qui joue du pipeau à la porte de la ferme où apparaît une jeune fille, fraîche et rosée. M. Hughes a représenté un ouvrier revenant du travail et embrassant ses enfants tout joyeux ; M. O'Neil^ une scène de Départ* pour la Crimée : sur l'échelle du navire qui va partir, les femmes et les enfants disent adieu aux soldats embarqués; M. Wells, les Volontaires au tir, avec des figures presque de grandeur naturelle; Augustin Egg, mort en

4i0 ElPOSlTiC»! DE 1867.

1863, une scèue du roman Edmond, appartenaDi à M. Fairbairn^ de Manchester; M. Fritb, Parrestatiefi d'une voiture par des gentilshommes masqués, épisode emprunté sans doute à quelque autre roman; M. Pritk est meilleur dans les scènes de mœurs prises sur le vif.

Ua tableau très-distingué et d'une exécution extrêmement délicale, par M. George Leslie, fils, probablement, de Charles Robert Leslie, le célèbre peintre mort en 1859, a été fort mal placé derrière une porte. Il tient un peu à ce style précieux qui fut baptisé préraphaélisme, sous prétexte que Tari devait chercher sa tradition^ avant Pépoque de Raphaël, chez les maîtres du quinzième siècle. Une jeune miss, Clarisse Harlowe, tenant un livre^ se promène le long d'un canal voisin d'un eottage, I^it-elle ou rêvo-t-elle? Il y a je ne sais quelle mélancolie dans sa fm& désinvolture et jusque dans le paysage tout autour d'elle.

Le préraphaélisme continue d'ailleurs, avec la môme conviction, chez les paysagistes. Co,nlraste singulier avec l'école du paysage en Franc43 ! Pendant que les Français cherchent à rendre les masses et Teffet général de la nature, les Anglais s'efforcent d'exprimer tous les détails dans leur minutie la plus txtréme. MM. Collioson, Cole, Mac Callum y apportent une adresse et une patience presque surhumaines. Quelquefois, il faut Is reconnaître, les résultats sont prodigieux et, à une certaine distance^ «la justesse de la lumière harmonise tout. La vue de Foatainebleau, par M. Mac Callum, est un des chefs-d'œuvre du genre. M. Charles Lewis a encore mieux réussi dans une Pièce d'orge, Berkshire, peinture étonnante, où ee système raffiné produit rillusion. Tout la promier plan»

yGoode

EXPOSITION DE ifè&I . 411

inondé de lumière, est occupé parle champ d'orge dont on compterait les épis, et au delà, bien loin, s'enlève une hanàe de paysage vert, en opposition à la blondeur des épis mûrs. C'est très-réel et très-original.

L'occasion n'est pas bonne pour parler de sir Ëdwîn L^ndseer^ le grand romancier des animaux. Â l'exposition universelle de 1855, onze tableaux, appartenant à la reine Victoria, au prince Albert, etc., pouvaient donner un aperçu de son talent. Mais c'est en Angleterre qu'il faut le voir; nous l'avons vu aux exhibitions de Manchester en 1857 (une vingtaine de tableaux), de Londres en 1862 (une dizaine), à la National Gallery, au Kensington Muséum, dans les galeries particulières de la Grande-Bretagne. Sa fécondité fut prodigieuse. UÉpagneul et le Lapin, exposé à Manchester, avait été peint en deux heures et demie. « Sa qualité la plus saillante, disions-nous à l'exhibition universelle de 1862, à Londres, est la mise en scène. Comme peintre d'animaux, il a quelque chose de Paul Delaroche, peintre d'histoire. Ses compositions sont des drames, quand elles ne sont pas des romans ou des fables. Le Combat, la Défaite^ les Enfants du brouillard^ ne sont-ce pas des titres de drame? N'y a-t-il pas unToman, comme ceux de Hogarth, dans ces contrastes de condition que représentent

un chien de basse classe et un chien de haute

classe : Low life^ High life^ etc. »

11 n'a qu'un tableau à l'exposition du Champ de Mars: la Jupient domptée. Calme et souriante, une jeune lady, en robe bleue, est assise sur sa jument étendue par terre, à la suite d'une course effrénée. Tel, dans les cirques; le dompteur de lions s'assied triomphaleme&t

sur son dnimal couché, immobile. La jument est en bois^ la femme en cire^ le paysage en carton.

J'allais oublier M. Calderon, que le jury a favorisé d'une première médaille. Il n'y a rien à reprendre dans ses tableaux ; il compose très-bien, il sait dessiner, il a même un certain sentiment de la lumière et de la eouleur. Mais sa peinture manque d*accent, do personnalité. Elle ne frappe pas le regard. On est obligé de chercher ses œuvres dans la foule.

Sa très-haute^ noble et puissante Grâce est une petite princesse, assez drôle dans sa gravité, et qui se carre en avant des dames portant sa queue et d'un cortège de courtisans. L'autre tableau représente YAmbassade anglaisey le soir de la Saint-Barthélémy;

L'école anglaise a toujours été habile pour le portrait. Reynolds^ Gainsborough, Romney, Lawrence souciassent tout près des grands portraitistes des autres écoles^ et je ne crains pas de dire que Reynolds etGainsborough, dans quelques-uns de leurs portraits, surpassent Rigaud et Largillière, et qu'ils égalent van Dyck. Aujourd'hui, cepçndant, Técole anglaise manque de portraitistes émi- . nents.

.Les Anglais^ qui sont très-patriotes en peinture comme en tout, se déclarent très-satisfaits avec sir W. Gordon, mort récemment, avec sir F. Grant, président de la Royal Academy depuis la mort de sir Charles Eastlake, et quelques autres. Nous avons de sir Gordon un portrait du prince de Galles et un portrait désir W.* Allan.^Nous avons de sir Francis -Grant un portrait de M"»® Markham, dont l'exécution tombe de Lawrence dans M. Dubufe, un autre portrait de femme, et un portrait d'homme, fi«

gure entière, de petite proportion, avec un chien peint, par sir Ëdwin Landseer. M. Knigfat est Tauteur d'un portrait, du regrettable sir Charles Eastlake et d'un portrait du général Cabrera. M. Barclay, d'Edimbourg, a peint, avec une certaine ampleur un peu molle, un grand portrait du feu duc d'Athole ; M. William Boxall, un portrait de femme, assez sentimental, dans le goût d'Ary Schèffer ; on sait que M. Boxall a succédé à sir Ch. Eastlake comme directeur de la National Gallery.

En commençant cet article, nous parlions des Américains. Mais vraiment il y a, suivant le livret, soixantequinze tableaux américains à l'Exposition universelle. La plupart sont confondus dans l'école anglaise, par exemple le portrait de^Lincoln, par M. W.-M. Hunt^ de Boston, l'auteur d'un autre portrait^ jeune femme debout^ grandeur naturelle ; la tête charmante, le dessin des bras et des mainstrès-faible;par exemple une Vue sur la Tamise, par M. Whistler, Tauteur de la Femme blanche, égarée*, avec deux paysages de Whistler, dans une antichambre des galeries d'art. On trouve aussi, dans la salle anglaise, une scène de la dernière guerre aux Etats-Unis, Prisonniers confédérés, par M. Winslow- Homer, jle New- York. C'est plus franc que les idylles militaires de M. Protais ou que les épopées de M. Yvon.

Oh la la 1 des peintres américains! la Femme blanche de Whistler! la Femme verte de Millais ! et pour couronnement do rédifice, Courbet! En conscience, je commence à craindre de me compromettre.

yGoosle

4U EXPOSITION DE i867.

Il y avait et il y a toujours en Allemagne deux centres d'école, l'un au nord et l'autre au sud : Dûsséldorf, Mtt- Êich, Ici et là s'accusent encore, chez un même peuple, lesdi vergences que la position géographique, toutcochme les origines nationales et les. religions, entratncnt dans les arts. Au nord, l'Allemagne est assez gerrttaniqixé ; gtl baissant vers le sud, elle tourne au résurrectionisme gréco-latin.

Ce fut une drôle d'idée de faire une Athènes alfè' mande. Il est vrai que Napoléon P^ avait déjà- rotife faire une Rome française. Ces fantaisies souveraînf^i barrent cependant le passage au génie moderne. Muaiobj avec sa glyptothèque, aura peine à se dépêtrer de l'antique, et Paris, malheureusement, a toujours queliiûe chose de romain.

L'art antique, replanté à Munich, y produit encore des rejetons. M. Piloly fait César, Néron, Germanicos, dans le même système et le même style que les écoléi^ des beaux-arts à Rome ou à Paris. Aussi est-il professeur à l'Académie de Munich, bù il est considéré comme tm très-grand peintre et même comme un colorisle, en réaction contre l'art purement linéaire de Cornélius ef de ses sectateurs.

Cet art de Cornélius était vraiment singulier : sorte de graphie hiéroglyphique, inventée pour transposer les idées les plus abstraites au moyen de signes gravés sur

yGoosle

ElPOsmON DE 1867. 4i8

les murailles. Cornélius a écrit ainsi l'épopée homérique et l'épopée biblique, Tépopée des Niebelungen et l'épopée dantesque, la mythologie, Thisloire, la poésie. Et toujours avec le môme style^ qu'il s*agisse des temps antédiluviens ou des temps plus modernes, d'une forme chimérique ou d'un être réel.

On se rappelle le bruit que faisait, il y a vingt -cinq ans, la renaissance de l'art germanique. Les curieux allaient outre Rhin voir les merveilles do Munich, et Fortoul, critique mystagogique avant d'être ministre impérial, en rapporta un superbe livre expliquant les énigmes des monuments munichois. Pour moi, j'en revins sans y rien comprendre, après avoir entendu cependant les plus hautes glorifications de « ces peintres qui ne peignent pas, w comme l'écrivit -sérieusement Fortoul.

Cornélius est mort, mais son utopie n'est pas encore éteinte chez les Allemands du Sud, et, dans un manifeste qui sert de préface au catalogue spécial de l'exposilion bavaroise, on lit : « Cornélius et Schnorr, Genelli, Schwindtj Kaulbach et d'autres firent ressortir les contours qui rendent clairement les formes plastiques des figures et des paysages. Tous ces peintres savaient dessiner les contours de manière à ej^primer la suprême majesté ou la beauté grandiose et solennelle, la grâce animée ou l'élégance... Cornélius se servit surtout du contour pour exprimer d'une manière dramatique les situations différentes. La manière sévère dont il sait réunir les contours des différentes figures eti un ensemble harmonieux donne aux plus vive^s situations dramatiques un caractère de majesté, >>

yGoosle

La recherche de la majesté, par le moyen du contour» c*estj on le voit^ toute la théorie de la noble école allemande. C'est d'ailleurs Testhétique prônée sous le nom d'idéal et de grand art. Presque toutes les écoles y ont obéi, et les dessinateurs de cartons jouissent des faveurs ofûcielles. En France, MM. Ingres et Flandrin ont été les maîtres du contour. En Belgique, M. Guffens aligne de savants cartons. A Berlin, M. Pfannenschmidt^ membre de TAcadémie des arts, colorie des cartons pour les vitraux des églises. Partout des cartons^ qui tous se ressemblent. On les ferait faire tous^ dans une même fabrique, ce serait une économie. Ce métier-là peut s'apprendre en quelques années^ avec des modèles consacrés et un peu d'application. Décadence en byzantinisme et bas-empire.

Cornélius apporta cependant une très-haute intelligence dans ce procédé, qui n'est pas la peinture, qui touche à la statuaire, à la gravure^ à la littérature, à la philosophie. Devant ses compositions on pense toujours qu'on les lirait avec plus d'intérêt qu'on ne les voit.

C'est aussi Timpression que donne un des chefs-d'œuvre en ce genre, le carton de Wilhelm de Kaulbach, symbolisant la Réforme, Tous les grands hommes de répoque sont»rassemblés autour de Luther, de même que M. Ingres a groupé autour d'Homère les génies des divers peuples, de même que Overbeek, dans son Triompke de la religion, a groupé autour de la Vierge les pa-> triarches, les saints et les artistes.

Sur. une table, devant l'énorme carton de M. Kaulbach, sont déposés plusieurs exemplaires d'un petit car*

yGoosle

ton avec les noms de tous les personnages. Voilà ce qui intéresse les visiteurs : ils lisent ces petits cartons, ils en prennent même copie; on fait queue pour attraper à la main un de ces petits carions. Après quoi Ton regarde à peine le dessin, qu'une brochure décrivant le sujet et la composition remplacerait auprès de la majorité du public.

Il est certain qu'il reste à faire le tableau dont M. de Kaulbach a eu Vidée et dont il a tracé le plan. L'idée n'est pas neuve^ mais elle est belle; historique et allégorique à la fois : glorifier le génie émancipateur de Thumanité, en rapprochant les {^^rsonniôcalions éminentes du progrès d'un siècle.

Un artiste français, qui, comme MM. Cornélius et Kaulbach, est plus philosophe que peintre, Chenavard, ût aussi son carton humanitaire : la procession dé tous les initiateurs et bienfaiteurs des peuples, depuis « le commencement du monde» jusqu'au dix-neuvième siècle. Les derniers de la bande étaient, si je m'en souviens, Saint-Simon et Fourier.

La gravure du moins devrait vulgariser ces espèces de prédications au trait. On sait combien les compositions de M. Kaulbach sont admirables en gravure, par exem* pie sa Maison des fous et sa Bataille des Huns,

Je suppose que sa gloriûcation de la Réforme sera gravée aussi et qu'elle deviendra populaire en Allemagne. Le dessin en est grandiose, d'une science parfaite, senza errore. Étant donnée cette manière conventionnelle et pour ainsi dire silhouettcsque, de circonscrire les formes dans un contour, M. de Kaulbach la pratique avec une supériorité irrépréhensible. Il a des accents

yGoosle

Page 1