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sur le chemin. Il s^agit de voir deux scènes îndieQqQS^ une OaUe et un Retour de chasse^ par M. Charles de Tournemine. Quelle lumière encore 1 mais moins épaisse que celle de TEgypte. Tournemine s'était passionné d'abord pour les flamants, ces beaux oiseaux couleur de flamme, si sveltes sur leurs longues échasses, si gracieux dans leurs mouvements. L'année dernière, il s'est retourné vers les éléphants d'Afrique, et il les poursuit, cette année, dans le pays où ils furent jadis presque divinisés. Ces demi-dieux, qui veulent bien porter l'homme en voyage et à la chasse, n'ont rien perdu de leur antique dignité. Ils sont toujours superbes dans ces deux scènes indiennes, spirituellement peintes, avec un coloris fin et brillant.
J'aime à croire que Tournemine, voué à l'Orient dans . ses tableaux, Afrique, Turquie d'Asie, Inde, a été par là étudier sur nature le ciel et la terre, les hom.mes et les animaux. Ce qui m'empêche de nous égarer jusqu'en Chine avec M. Théodore Delamarre, c'est que cet artiste, très-original et très-habile, fait ses chinoiseries à Paris. Il est vrai que son atelier ressemble à un intérieur de Canton ou de Pékin : tentures chinoises, meubles, costumes, ustensiles, tout chinois; on y rencontre même une société chinoise des diverses classes, depuis le mandarin, le commerçant, l'ouvrier, jusqu'aux modèles que le peintre fanatique a embauchés pour lui poser de vraies expressions et de vraies attitudes du peuple qu'il a adopté. A sa place j'irais en Chine, mais il trouve plus simple de se faire une Chine à lui, dans le haut de la chaussée d'Antin. Si, comme je pense, Vlndépendançe est lue dans le Céleste Jlmpire, j'espère que les
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Chinois qui viendront à Paris ne manqueront pas d'aller faire visite au piandarin Delaqoarre.
Ah ! que c'est bon l'hiver, en été surtout I pepuis un mois, à Paris^ nous adorons la glace et la neige ; on crierait volontiers comme à Naples ; Vive saint Janvier I Revenons au Nord. L'exposition nous offrira plusieurs tableaux d'hiver excellents.
Emile Breton, frère de Jules, a peint une plaine entièrement couverte d'une neige, qui depuis longtemps déjà séjourne sur la terre et fait corps avec elle; la gelée a passé sur ce linceul blanc et l'a solidifié. A perte de vue, rien que la neige; pas un accident sur le paysage; pas un arbre, pas un buisson, pas une chaumière, pas un personnage, pas un ôtre vivant et remuant, si ce n'est des corbeaux, tachetant de noir cette couche blême, ou voletant sur un ciel grisâtre. On dirait que Phomrae a déserté celte Laponie. C'est très-mélancolique et très-beau.
L'autre paysage de M. Emile Breton, une Source, est dur, trop travaillé, sans air et sans charme. Je suppose que M. Breton doit sa médaille seulement à l'effet de neige.
Dans un tableau de M. Fleury-Chenu, la neige a déjà tombé, mais elle tombe encore. Arrêtée à la porte d'une auberge de yillage, une charrette va partir, et l'hôtesse verse à boire au conducteur qui se risque par ce temps cruel où les chiens dorment au coin du feu. Le toit et le balcon de la maisonnette, très-bien construite à gauche du* tableau, sont couverts de neige ; il y a un pied de neige sur le chemin ; et là-bas, dans les champs, les tourbillons neigeux sont si compacts, que le voiturier no
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verra pas devant lui lôlT oreilles de son cheval. C'est égal^ partons. L'homme ne doit pas se laisser dominer par les éléments. En route, et de bonne humeur.
La peinture de M. Chenu est correcte, point évasive, décidée jusque dans les détails. Si,*par hasard, on passait devant sa petite auberge, on la reconnaîtrait tout de suite aux contrevents verts, aux marches de la porte et au balcon du premier étage. Et pourtant l'ensemble a du caractère, parce que l'effet général, très-juste et très* prononcé, enveloppe les particularités, même saillantes; si bien que, devant cette scène de départ, intitulée le Coup de Vétrier, on pense seulement : Quel temps atroce !
Nous avons vu la neige sur les vastes champs cultivés de la Flandre française avec Emile Breton, et aux alentours d'un village avec M. Fleury-Chenu. M. Michel, de Metz, a étudié en pleine forêt cet effet splendide, si merveilleux dans les hautes futaies de Fontainebleau. La Lorraine conserve encore des bois très-sauvages, entrecoupés d'étangs, de marais, de landes buissonneuses. M. Michel y va prendre des impressions, et il y a sans doute passé son dernier quartier d'hiver. En 1864, nous avons parlé de sa Mare dans les clairs chênes^ avec une assemblée de hérons; en 1865, d'un Etang, avec ^des oies gardées par une bergerette. Il y a longtemps que M. Michel méritait la médaille qu'il a obtenue cette année.
Son tableau de Neige est sans défaut : encore un étang, au milieu de la forêt; les chênes sont diaprés — on dirait volontiers drapés — déglaçons, qui les enveloppent d'une toilette de guipures; les herbes et les hal-
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liers sont couverts de diamants, comme les plus riches demoiselles de l'autre monde; l'étang gelé, d'una glace verdâtre, à cause de Teau profonde qui est dessous, roflèle aussi vaguement les bruns argentés des ramures ambiantes. Et pour admirer cette décoration hivernale, . il n'y a qu'un philoscfShe solitaire et songeur, debout sur une patte au bord de l'étang. Comment appelezvous ce grand oiseau, de la famille du héron, qui a le crâne, chauve, le plumage gris, do hautes échasses grêles, et qui prend des airs si mélancoliques en se renfonçant le cou dans les épaules ? C'est lui qui est là, rôvant peut-être à quelque moyen de percer la glace pour attraper dans l'eau un poisson. Que faire? On a bien de la peiilè à vivre en hiver?
M. Michel, de Metz, peint très-bien, avec conscience, et, je crois, avec beaucoup d'obstination; mais, comme il connaît parfaitement la nature extérieure, l'œuvre parachevée ne trahit plus les difficultés de l'exécution. Il a, de plus, cette sincérité foncière d'un artiste qui vit loin des ateliers de Paris, hors des influences d'un entourage souvent périlleux.
Un tableau de M. Lavieille est intitulé la Boute de Waban par un temps de neige. Je ne sais où est situé Wabsn; mais, pour y arriver, nous passons dans un bois. Le chemin, les talus, les arbres, tout est blanchi — à neuf. Un lièvre qui sortirait du taillis ferait une belle tache rousse. M. Lavieille est d'ailleurs un paysagiste des quatre saisons. Il a souvent peint l'automne avec la virtualité d'un franc coloriste. Elève de Corot, il procède à la fois de Jules Dupré et des autres maîtres qui illustrent l'école moderne.
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M. Bureau a été chercher V Hiver en Hollande^ et, pajr la môme occasion, il en a rapporté un Souvenir de Rotterdam, sans compter les souvenirs des musées où les peintres hollandais se font si bien comprendre au milieu du pays qui les a inspirés. Le danger est de les imiter de trop prèsi et les peintures di M. Bureau ont un peu l'aspect des vieux tableaux salis par le temps. Qu'il aille peindre à présent au bord de la Seine, en vive lumière, sans songer à Salomon Ruisdàel ou à van Goyen..
Tous ces effets de neige nous ont rafraîchi, malgré notre excursion en Orient et malgré la température de Paris. Laissons-nous aller où nous attirent encore des paysagistes de talent.
M. Herson, élève de Diaz, a exposé dHix Vues prises à Barbison. Dans ces petites peinturés chaudement colorées, il s'est assimilé très-heureusement les qualités exquises du grand artiste dont il est le sectateur.
M. Brjgot, élève de Courbet, a exposé un Retour de chasse, piqueiir avec ses chiens, un carrefour de forêt ; exécution généreuse et robuste.
M. Georges Prieur, élève de Jule§ Dupré, a exposé un chevreuil pendu au tronc d'un chêne, et du gibier mort, étendu sur le gazon, dans une clairière de la forêt de Fontainebleau. Il peint le gibier à poil, chevreuil et lièvre, avec une certitude très-magistrale ; nous avons vu de lui des études d'après nature, qui rappellent Jan Fyt. Quand il fait du paysage, il est coloré,^très- expressif et très-original. Ici, par un caprice inexplicable, sop fond de paysage est terne, sans lumière et sans accent. Peut-être a-t-il voulu donner plus de valeur et de relief à son gibier du premier plan. Mais, au contraire, m
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fond clair eût détaché de la masse confuse ce beau chevreuil, peint comme celui de Courbet dans le célèbre tableau du Hallali.
Un peintre qui s'était fait remarquer dès àvanf 1848, dans ce qu'on appelait alors la jeune école, et qui depuis avait presque disparu des salons, M. Félix Haffner, de Strasbourg, a exposé des Pommiers en Alsace^ œuvre assez bizarre^ d'un naturalisme hardi et d'une coloration joyeuse en certaines parties. Une des paysannes, debout sous les pommiers et frappée de rayons qui percent entre les branchages, ne pâlirait pas à côté de certaines peintures de Técole anglaise moderne, à la fois exagérées et naïves.
Je passe bien des paysages qui ont eu du succès, comme le Désert, avec un dromadaire mort, pour tout étoffage au milieu de cette immensité ; je passe des peintres connus et justement estimés, comme M. Ziem, auteur d'une Vue de Venise et d'une Vue de Marseille ;\q passe quantité de jeunes artistes en train de faire leur réputation... Calculez que sur les 2,600 tableaux (l !) il y a plus de mille paysages.
Par curiosité, j'ajouterai que le chiffre total du catalogue, avec la sculpture, les dessins, la gravure, mais non compris les « ouvrages exécutés ou placés dans les monuments publics», est. 4,213! En 1867, le chiffre total était 2,745; en 1866, 3,338;. en 1865, 3,554; en 1864, 3,473.Quelle production annuelle! 2,600 tableaux exposés I Le musée le plus riche du monde, celui de Dresde n'a que 2,200 numéros •, le musée de Madrid 2,001 ; le musée du Louvre n'a pas 2,000; TErmitage de Saint-Pétersbourg n'a que 1,600; la Pinaco-
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thèque de Munich n'a que 1,300; le musée de Berlin n'a que 1,200; la Galerie nationale de Londres n'a pas 1,000, etc.
Mettons que ces 2,600 tableaux exposés soient le dixième de la production, ou arriverait à un chiffre annuel d'environ 25,000 au minimum. Quelle industrie exorbitante que Vart 1 Et que deviennent ces 25,000 toiles barbouillées chaque année ? Quel hôtel Drouot gigantesque il faudra aux générations futures ! Mais ça se vendra au tas, comme dans la fameuse vente de l'amateur qui couchait sur une natte.
Les peintres d'animaux sont assez nombreux ; mais il manque Ch, Jacque et miss Rosa Happiness, qui se fait suppléer aux expositions françaises par son frère M. Auguste Bonheur. Elle, depuis sa naturalisation en Angleterre, tourne à Landseer et autres maîtres de son école d'adoption. M. Auguste Bonheur est resté Français, avec une pointe d'accent belge. Ses moutons de celte année, le Berger et la Mer, sont croisés du type Brascassat et du type Verboeckhoven.
M. de Larochenoire est un pur Normand. Ses Vaches au pâturage^ près des dunes de Cabourg, ont la solidité plantureuse des animaux peints par son maître Troyon. Son second tableau représente un Jeune Taui^eau de la vallée d'Auge, presque de grandeur naturelle. Tentative dangereuse, et qui n'a pas réussi môme à PaulusPottery dans son célèbre Taureau du musée de la Haye. Pourquoi ne peindrait-on pas aussi des maisons grandes' comme nature ? Les êtres et les objets énormes commandent rartiOce de la réduction. »
Un artiste qui n'a pas eu do chance, c'est M. Mongi--
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not, élève de Couture. Il a fait un paon superbe qui se pavane devant une glace où il mire son plumage^ et ce tableau splendide a été placé juste au-dessus de la /^Aryne de Marchai. Tout le monde se pressait devant la courtisane pour la voir et en quelque sorte pour la sentir; personne n'a levé les yeux en Tair pour admirer le paon de Mongînot^ une des plus brillantes peintures de cet habile coloriste.
Quelques curiosités pour finir. M. Biaise Desgoffe est toujours le précieux joaillier dont les bijoux sont inimitables. Vases en cristal de roche, aiguières d'agate, émaux, pierres Unes, il reproduit toutes ces belles choses, presque jusqu'à tromper Tœil et la main. Pour les fleurs et pour les fruits, non. Ses fruits sont en pierre dure et ses fleurs sont en métal rafûné. L'art de M. Biaise DesgofTe, très-justement estimé et dans lequel il est unique, serait difficile à classer. Si l'on appelle peinture ce que Titien, Velazquez, Rubens et Rembrandt ont fait, ou môme ce qu'ont fait les de Heem, les ouvrages de M. Desgoiïe ne tiennent pas à la même spécialité. Ils se rangent dans la curiosité ^ très-curieuse assurément, et de haut prix.
M. Lambron aussi est, bien plus encore que M. Desgoffe, un fabricant d'objets d'art. Il a exposé une mosaïque en marbre de diverses couleurs et une marqueterie en bois de nuances variées; sur quoi il a ajusté deux figurines très-spirituelles et très-originales. Ça vaut cher, comme les bibelots rares qu'on dresse sur des étagères, entre des émaux, des ciselures, des faïences et autres fins produits de l'industrieuse fantaisie des artistes.
. Au prochain article les étrangers, qui tiennent un rang très-honorable au salon.
Les Salons de Paris sont toujours une sorte d'exposition universelle où Ton trouve rassemblées des œuvres d'artistes de tous les pays. Pour les riches aristocrates de l'Europe, Paris est, par excellence, la ville de plaisir; pour les artistes, Paris est la ville qui fait ou qui consacre les réputations. Aussi les Français affirment-ils volontiers que Paris est la capitale du monde, surtout depuis qu'ils occupent Rome comme une anaexe de Tempire. Paris est assurément la Babylone moderne, et de savants étymologistes pourraient prouver que son nom vient de Babel, confusion : il suffit de changer le B en P et de prononcer ris au lieu de bel.
Dans celte babel de Texposition, les Belges, les Hollandais, les Allemands forment une puissante confédération du Nord, qui a son caractère propre et ses mœurs. Ils ne sont pas portés, comme les Latins de France, à perpétuer les vieilles traditions, les mythologies .que râgc moderne devrait oublier. Ils s'inspirent plus volontiers de la nature vivante et de l'humanité actuelle, sauf de rares exceptions : M. Verlal fait encore \di Sainte Famille, M. Aima ïadema la Sieste grecque ^ M. Heilbulb le Job biblique. Mais ça ne durera pas,
M. Eugène Smils s'est contenté de risquer une vieille • allégorie : la Marche des saisons, sous forme de quatrd femmes à quatre âges climatériques.
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te Printemps v^ devant : jeune fille en tuoique rose et les jambes nues ; mais pourquoi ne se monlre-t-elle que de dos? C'est le bouton d'une fleur de beauté non encore épanouie. C^est elle qui devrait nous séduire d'abord en prodiguant aux yeux ses charmes naissants et la fralftheur d'un tendre coloris. Je m'attendais à lui voir des cheveux vert clair, ce qui eût été original et eût peut-être décidé une nouvelle mode pour la coiffure des jeunes filles^ abandonnant la chevelure rousse aux femmes d'automne. Des cheveux verts^ ce serait gentil au printemps ! On les teindrait d'une autre nuance pour les bals d'hiver, selon le goût régnant. Puisque l'Eté a les cheveux couleur de soleil^ l'Automne les cheveux 4$ouleur de feuille-morte, THiver les cheveux couleur de neige, au Printemps conviendraient les cheveux couleur de verdure. En allégorie, on ne doit point segôner, et il faut aller jusqu'au bout du surnaturel, du surhumain, de rimpossible, qui sont le but idéal du grand art, savamment expliqué par l'esthétique patentée.
Un petit génie voltige en Tair devant le Printemps. Preuve que l'allégorie peut se permettre le surnaturel, car on n'a jamais vu, en aucune saison, de petits enfants — plus lourds que l'air — faire des évolutions en plein ciel : c'est le problème que cherche à résoudre notre ami Nadar. Un autre enfant ailé, mais qui marche par terre, comme un enfant vulgaire, apporte un nid d'oiseaux. Que ne se donne-t-il le plaisir de voler comme un papillon : ce serait encore un symbole printanier.
La figure de l'Eté, vue de profil, chapeau de paille et draperies blanches, tient une gerbe d'épis. Elle est trèsbelle, assez pâle, pourquoi? très-distinguée de type et
de tournure. L'Automne, plus paysannesque^ porte sur sa tôte une corbeille de raisins et de fruits. La vieille femme d'Hiver, un peu courbée, semble s'appuyer sur un petit garçon, qui a sans doute une signification allégorique. Toutes ces figures sont de grandeur naturelle, et très-bien peintes. M. Smits est un des habiles praticiens de récole belge. Son tableau est placé dans lo salon central, et j'avais l'espoir que cette faveur présageait Toblention d'une médaille. M. Smits devrait être médaillé depuis longtemps, car il a été déjà très-remarque à plusieurs expositions.
On pouvait croire aussi que M. Clays aurait la médaille. Ne vient-il pas en première ligne parmi les marinisles? A TExposition universelle, ses belles marine^ décidèrent tout de suite sa réputation en France. Ses deux tableaux de cette année, Calme dam V Escaut et VEntrée de la rivière de Southampton, n'ont pas une moindre valeur. Sa qualité principale est toujours Tharmonie du ciel et de l'eau. Peut-être ne cherche-t-il pas des effets assez variés. Il reste trop dans une monochromie jaunâtre. Qu'il se hasarde par la tempête, avec des ciels noirs et terribles, et qu'il nous repose ensuite sous des ciels bleus, avec des mers d'un saphir argenté. Les indifférents, qui ne sont pas initiés à la nature, disent volontiers : Oh ! la mer, c'est toujours la même chose ! tandis que, au contraire, les aspects de la mer sont bien plus variables que les aspects de la terre; tout simplement parce que le ciel change plus au-dessus des vastes étendues d'eau qu'au-dessus des champs et des bois. Or c'est le tempérament du ciel qui décide les apparences de la nature. Ce que nous appelons /<? «>/, c'est Taccu-
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mulation de vapeurs plus ou moins denses, qui montent et descendent, — comme une sorte de respiration du globe, — sous Taction de la chaleur, qui nous cachent plus ou moins les régions éthérées et subtiles de l'atmosphère supérieure, qui laissent passer plus ou moins de lumière pour donner au paysage la couleur, le mouvement, la vie. La mer turbulente et passfonnée se fait donc un ciel capricieux, jamais en repos^ et qui lui rend des couleurs fantasques; des effets iriaprévus, sans cesse renouvelés. Âh! que c'est beau^ la mer!
Un jeune artiste, Hollandais d'origine^ mais naturalisé Belge, M. Artan, a peint aussi une marine, Souvenir de la Manche^ qui annonce un vif sentiment de la réalité et de la couleur. Par malheur, cet excellent tableau, trop haut placé, en fausse lumière, échappe aux visiteurs inattentifs. M. Ârtan est un peintre bien doué, et nous avons vu de lui des études d'après nature expressives et originales.
Il s'en est fallu de peu que M"® Marie Collart n'eût une récompense officielle. Il paraît qu'elle a été ballottée pour la médaille. A la vérité, ses deux tableaux ont un accent très-particulier. L'Hiver : à la porte d'une maisonnette, un paysan^ sa femme, des enfants ; la neige ot la gelée ; un ciel dur. V Automne : alentours d'une ferme enveloppée d'arbres; une jeune paysanne balaye les feuilles tombées sur le chemin. La peinture de M*'® CôllarMi'est pas poitrinaire et ne rappelle point du tout Télégie de Millevoye.
L'Hiver et TAutomne sont également les titres et les sujets des deux paysages de M. Coosemans. Le Chemin de Tervueren^ bordé d'une éminence couverte de taillis.
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est blanchi par la neigé. Le site tl'a rien de pittoresque ; tout l'intérêt du tableau est dans la justesse de Kéffet. Le paysage d'automne a le môme mérite : simplicité, sentiment de la nature, belle coloration.
M. de Schampheleèr jest plus brillant; il a plus de récherche et d'artifice. Son Etang de là Hulpe papillote môme un peu, faute de ménagement des lumières.
M. de Knyfîest plus sobre : comme les maîtres paysagistes de récplo française, il peint dans la masse, et il donne Timpression de Tensemble. Il est d'ailleurs «u bon endroit, à Fontainebleau, où il a pris, cette dnnée^ les motifs de ces deux tableaux : Prairie de la f&rmé Saint-Pierre et un Clair de lune dans la forêt.
Pour la peinture des animaux dans le paysage, M. Xavier de Cock a une manière très-large, un peu sommaire, qui assure l'harmonie de ses tableaux. A l'inverse de M. Verboeckhoven, qui explique tout, jusqu'aux moindres frisures de la toison d'une brebis, il néglige volontairement le détail, ne s'arrête pas au poil de la bête, dont il cherche seulement les allures caractéristiques. L'Arrivée des vaches pour le passage de la rivière n'a qu'un défaut, c'est de n'être pas une pastorale grecque.
M. César de Cock semble avoir perdu de sa naïveté dans V Intérieur de bois, à Sèvres. A la vérité, ces petits arbres minces ne prêtent pas au sentiment rustique. La vraie campagne, loin des villes, la ferme, le pâtuii^e, une saulaie, quelque cgin de bois inculte conviennent mieux aux adeptes de la nature que les parcs citilisés des environs de Paris.
Un tableau largement exécuté, c'est le Relais de chiens
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sôuibots, par M. de Praetere. Superbe peinture décorative pour la grande salle d'un château.
On doit féliciter M. Henri Bource d'avoir été étudier du nouveau en Norwége. Il en a rapporté deux tableaux très-intéressnnts : un Camp aux environs de Karasjock (Laponie norwégienne) et des Lapons gardant leurs troupeaux de rennes. Ces pasteurs lapons occupent avec leurs rennes un immense pâturage au premier plan. (1 a l'air de faire assez bon dans cette Laponie. Seulement, bien qu'on soit dans la saison d'été, les montagnes du fond sont couvertes de glaciers. M. Bource a dessiné adroitement ses personnages aux attitudes étranges, et le ton général de sa peinture est d'un coloriste vigoureux.
Il faut citer encore, parmi les œuvres des Belges, les rues de Blankenberghe, par M. de Heughem ; les vues prises sur la côte de Saint-Raphaél,. près Nice, par M. Papeleu; une Femme de marin, par M. van Hove, et un bon portrait de M. Degroot, statuaire, par M. Alfred Cluysenaar.
Le plus important des tableaux hollandais est la grande machine de M. Âlma Tadema, qui s'est formé chez Leys, mais qui, à présent, est aux antipodes ^de son illustre maître. M. Aima Tadema persiste dans ses fantaisies archéographiques, et après nous avoir montré comment les Egyptiens s'amusaient, il y a trois ou quatre mille ans^ comment les dames romaines ajustaient letirs bijoux, et autres curiosités résurrectionnistes, il nous montre^ cette année, comment on faisait la sieste en Grèce, « Peut-être que le public, et môme les artistes, et môme le^ érudtts se fatigueront bientôt dé
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cette sorte de transfusion de l'archéologie dans lîart. » Cetle prévision, écrite dans notre compte renda de TExposilion universelle, semble déjà se réaliser. M. Tadema pourrait s'en apercevoir, s'il se promenait au Salon. Je sais bien que les jugements de la foule, surtout en fait d*arl, sont assez ineptes, je veux dire incompétents. Il n'est pas absolument sûr que tout le monde ait plus d'esprit que Voltaire, ni que tout le monde ait plus de bon sens que Diderot^ ni que le suffrage universel vole infailliblement la justice et la vérité. Shakespeare a révolé le précepte qui peut guider dans la vie et qui sauvegarde à la fois la solidarité avec les autres et l'originalité personnelle : « Ecoute d'abord avec sagacité tout ce qu'on dit, et puis après —n'en fais qu'à ta tête. » Le tableau de M. Tadema a la forme d'une frise, quatre à cinq mètres de longueur sur une hauteur de moins de deux mètres. Un vieillard chauve est couché à droite et accoudé sur des coussins. Â ses pieds, continuant la ligne horizontale, est étendu^ les mains pardessus la tête, un jeune homme à la chevelure noire et crépue. Ces deux figures sont plaquées sur un fond de lambris gris. En avant, une table chargée de fleurs, de vases, de joyaux, peints dans la manière précieuse de . M. Desgoiïe; et, à droite, debout^ de profil^ coupée à mi-corps par la bordure, une fille blonde, drapée de blanc, ses deux longs bras projetés sur l'extrémité d'un pipeau dans lequel elle souffle. C'est prodigieusement cocasse. La fille ressemble à ces lourdes statues en hois, taillées par les charpentiers et fixées à la proue des navires. Le vieillard est repoussant et l'homme noir a la plus vile physionomie^ Ab! la bonne parodie que Dau-
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mier pourrait faire de ces Grecs idiots et difformes 1 Je suppose que Gham a dû s'en amuser dans son album sur le Salon.
Pour une invention si heureuse. M. Tadema, qui d'ordinaire emploie les figurines, a grandi ses personnages jusqu'à une proportion au-dessus de la nature. On pouvait encore accepter ses petites marionnettes d'Egyptiens. Quand on se met volontairement hors de la réalité et de la vie, il pst périlleux d'enfler les dimensions d'êtres conventionnels, arbitrairement composés, sans lo secours de la vision objective.
Israels n'a pas été chercher loin le sujet de son tableau, les Dormeuses. Dans son intérieur tranquille, une brave femme s*est endormie sur son fauteuil. Près d'elle dort aussi la chatte, pelotonnée sur une chaise. Voilà une sieste hollandaise, qui n'est pas si prétentieuse que la Sieste grecque, Israels peint ce qu'il voit et il le peint très-bien. Il nous a montré, Tautre jour, à Amsterdam, des cartons pleins d'études d'après nature : ce sont ses livres d'érudition, plus fécondants pour Tartiste que de vieux textes en langue morte.
M. Bisschop s'en tient également aux réalités de son pays et de son époque. Le tableau intitulé une Brouille représente un intérieur hollandais, propre et confortable. Â gauche, une jeune femme debout, de profil, contre un mur pâle^ près d'un pupitre, sur lequel est un livre; une glace, accrochée au mur, réfléchit son image. A droite, dans un enfoncement de la chambre, un jeune homme assis cache sa tête entre ses mains. Les amoureux sont brouillés, et dos à dos ; mais ils se retourneront bientôt l'un vers l'autre pour s'embrasser. La
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boudeuse est jolie, ainsi détachée sur un fond clair, h ]a manière de ran der Meer de Delft et de Pietër de Hooch. La peinture de M. Bisschop a de la eonsistancé; du relief et des accents de eoulHur bien distribuée.
M. Jacques Maris, de la Haye, est presque un nouveau venu dans les expositions françaises; mais il ^y fera bientôt connaître avec de charmants tableaux^ comme sa Récolte des pommes et une Vue du Rhin hollandais.
La manière de M. Jongkind ne plaît pas à tout le monde, mais elle enthousiasme les amateurs de peinture spontanée, vivement sentie et rendue avec originalité. Pour moi, j'ai adopté M. Jongkind comme un artiste de franche race et qui conij'aste par son excentricité avec les patients tricoteurs d'images longuement ruminées. J'ai toujours soutenu que les vrais peintres peignaient très-vile, et d'impression.- Sur quoi les exemples glorieux ne manquent pas : il sufflt de citer le nombre des œuvres de Rubens et de van Dyck, de Frans Hais et de Rembrandt, de VeJazquez et de Murillo. Pour le paysage spécialement, sans parler de maîtres adroits et légers comme van Goien, qui devaient enlever un tableau en deux ou trois séances, combien fallait-il de temps à Jacob van Ruisdael pour parfaire ses chefs-d'œuvre qui semblent si consciencieusement IraV'aillés? John Smith, dans ses précieux catalogues, enregistre près de quatre cents paysages de Ruisdael, soit environ une douzaine par an, Ruisdael ayant produit depuis 1646jusque vers 1680, réserve faite des nombreux dessins, des eaux-fortes, etc.
Un portrait de van Dyck ou de Hais en un jour, un paysage argentin de Téniers en nue matinée^ un canal
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dé ràft édien en quelques séances, un paysage accompli âe "Rniédëél en quelques semaines, c'est h faire réfléchir les arii^iei pi^nocheurs sur Timpéritie do leurs procédés, ou plutôt sur la froideur de leur inspiration. Qui aime bien va vite en amour, en art et en toutes choses qu'il aime.
Les deux tableaut de Jongkind, Vue de la rivière ctOverefiie, près de Rotterdam, et Patineurs sur un canal en Hollande, égayeraient par leur vive lumière les collection^ de tableaux modernes, trop souvent encombrées de peintures grises et mornes.
Ce ne sont pas les Allemands qui se converliront à la facture libre et prompte. On sent presque toujours dans leurs œuvres une lourdeur pénible. La peinture facile ne sera jamais en honneur à Diisseldorf, à Dresde et à Munich. Par une conscience exagérée, les bons Allemands insistent sur chaque point do leur travail, analysent les détails inutiles, et reviennent encore sur le tout avec une obslination malencontreuse. Ce vice endémique est notable même chez les maîtres de Técole, comme M. André Achenbach, dont les tableaux sont souvent très-froids, mais dont nous avons vu des esquisses merveilleuses. Son frère, M. Oswald Achenbach, s'étant italianisé par un long séjour au delà des Alpes, a perdu quelque peu de la rigidité allemande, et ses deux tableaux, une Rue de Torre del Greco, au pied du Vésuve, et Campagne de Home ^ ont forcément emprunté ai* climat une certaine chaleur Mais un élève de M. Oswald, M. Honnings, de Brème, auteur d*un Clatp de l'une à f'^éroïie^ exposé dans la grande salle, presque en pendant au Jérusalem do M. Gorômo. pousse à rcxlrôaio
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cette manie des finisseurs. J^imagine qu*à Vérone et nulle part la lune la plus violente ne pique janaais ainsi d'une pointe de rayon tous les objets du paysage, que ses reflets n'éblouissent pas sur une prairie autant que sur un lac, que la lumière de la lune, comme celle, du soleil, a son clair-obcur et ses mystères. M. Hennipgs devrait étudier Aart van der Neer, le grand peintre des effets de lune, si prestigieux dans ses éclats, parce qu'il les ménage, si transparent dans les parties pénombreuses. Le tableau de M. Hennings, précisément à cause de son exagération brillantée, a souvent .attiré le public.
: Un autre tableau de la grande salle, qu'on trouve dramatique et louchant, représente des Jeunes Filles chré* tiennes de V Herzégovine ^enlevées par des Bachi-Bouzouks et conduites à Andrinople pour être vendues. Le titre est long, mais il décide Témotion du spectateur. Penser que ces belles jeunes filles vont être vendues pour faire des sultanes ou des aimées I Elles ii'eussent pas manqué d'acquéreurs à Paris, pour on faire des femmes libres, richement entretenues dans un hôtel, avec écuries et remises. Le sérail n'est pas si gai que les Champs-Elysées. Les Bachi-Bouzouks ont vraiment des mines effroyables, et ils pourraient bien ne pas aller jusqu'à Andrinople. La situation n'est pas rassurante pour ces jeunes chrétiennes. On devrait en finir de la question d'Orient.
L'auteur du tableau, M. Cermak, de Prague, est bon peintre, — par morceaux. Il y a des torses et des draperies bravement exécutés, et d'une belle couleur. Mais, comme composition, ni simplicité ni|unité*
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Là plus grande toile du Salon est le Couronnement du roi Guillaume 1^^ à Kœnigsberg, en 1861, parM.Menzel, artiste justement renommé en Allemagne. Ces tableaux d'apparat ne sont pas faciles à faire, et M. Menzel n'y a pas beaucoup mieux réussi que les peintres attitrés du Musée de Versailles. L'arrangement de cette assemblée solennelle est bien conçu; plusieurs groupes ont de la dignité sans affectation ; certaines têtes sont expressives et savamment modelées; mais les plans successifs ne s'accusent pas nettement entre les innombrables figures d'une foule somptueuse, étagée jusque dans les fonds. La couleur générale, égarée dans les reflets des costumes rouges bigarrés d'or et d'argent, des décors de la salle, tourne à un ton violacé, très-désagréable à l'œil, qui ne sait où se poser, où se reposer d'une lumière trop éparpillée.
M. Heiibuth, de Hambourg, presque naturalisé Parisien, et même un peu Romain quand il nous révélait, par une mimique si juste, les caractères et les mœurs des cardinaux et de leurs valets, s'est retourné, à ce qu'il croit, vers l'école hollandaise. On pourrait incliner plus mal. Il paraît qu'un séjour à Amsterdam lui a donné l'idée d'imiter Rembrandt, et, pour imiter Rembrandt, il a peint un Job sur le fumier, Rembrandt a fait, il est vrai, des Abraham, desLoth, des Jacob, des Joseph, des Moïse, des Samson, des Tobie, mais il a fait aussi des hommes de son temps, des professeurs et des docteurs, des arquebusiers, des bourgmestres et des syndics. S'il a mis partout son génie, dans des sujets divers, c'est cependant par son sentiment de la vie et de la nature qu'il représente un art nouveau relativement aux écoles qui
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Font précédé danâ fouâ les pays, été'ôât par li <}tt*on pourrait suivre sa tràcô.
Le bonhomme Joty, que nous importe? Et comme image pittoresque il n*est pas très-séduisant à voir. J'aimerais cHieux une iJanaé, ulie Bethsabée, une Suzanne, et mieux encore les sujets de la réalité actuelle.
Ce vieux Job est assurément très-laid dans sa nudité cynique. Quel plaisir peut-on avoir à peindre la laideur, quand on n'y est pas forcé? L'objet de Tart, sur lequel la savante esthétique avance tant de paradoxes, pourrait bien être tout simplement la beauté. La Vénus de Milo, ça n'est pas laid ; la Joconde non plus; les Chasseresses de Riibens et les Pileuses de Velazquez, les Gentilshommes de Hais et les Cavaliers de van Dyck, les Coquettes de Melsu, les Bergères de Waltoau, les Turcs de Decamps et les Algériennes d'Eugène Delacroix non plus.
Autour du Job couché sont assis ses amis : c'est surtout dans Texécution de ces figures que M. Heilbuth s^imaginesans doute être rembranesque ; mais il n'approche pas même de van den Eeckhout. La coloration est fausse et dure. Pour ciel, une teinte plate et opaque, d'un jaunâtre blessant.
Malgré ce Job, il ne faut pas s'inquiéter de Heilbuth : il a beaucoup de talent et de l'esprit. Il se détournera vite des choses mortes. Quand il regarde ce qui est, il le voit flnement et il l'exprime avec justesse. Sa toquade passagère lui aura mêfûe servi à renforcer son slyle et sa couleur. N'a-t-il pas aussi à TExposition un portrait de jeune Anglaise, qui est délicieux ? Le visage naïf et mutin est voilé d'une pénombre délicate. La robe, d'un ton vert brisé et tout rajustement du costume sont d'un
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go6t original, tin peci btearre, bien in^piré^ cette fois^ par rétude intelligente de Rembrandt.
MM. Schrôjrer (dé Francfort), von Thoren (de Vienne), Otto Weber (dé Berlin), AHetnandà un peu francisés, comme M. Heilbuth, puisqu'ils demeurent toits k Paris^ ont exposé de bons tableaux. Celui de M. Schreyer, Chevaux valaques effrayés par des loups; ressemble peutêtre trop à ses compositions précédentes : il faudrait varier, par Teffet et par la couleur, des sujets analogues. Des deux tableaux de M. von Thoren, le plus grand, Haltaliy n'est pas le meilleur, mais le Coup de foudre est heureusement roussi : un paysan en blouse conduit une charrette attelée de deux chevaux; tout près d'eux tombe la foudre, avec un zigzag de feu sur le paysage; l'effarement des chevaux et la stupeur du charretier sont rendus avec une vivacité très-piUoresque.
M. Olto Weber tient à la Ibis de Couture, son maître, et de Courbet, dans sa Curée de chevreuil^ où le garde, figure de grandeur naturelle, dépèce la bête en plein bois. Son second tableau est aussi une Scène forestière, la Rentrée du bois de chauffage : deux paysans chargent leur charrette, par un temps capricieux qui produit un bel effet de lumière sur le cheval blanc et sur les arbres de Ja forêt.
Une curiosité maintenant. Qui croirait que nous avons encore un exposant élève de Vien, né en 1716 et mort en 1809, à l'âgo de quatre-vingt-treize ans? Je transcris la notice du catalogue : « Jean-Frédéric-Maximilien de Waldeck, né à Prague (Autriche), naturalisé Français, élève deVien etdePrudhon. N** 2544. Antiquités égyptiennes, grecques et romaines, tirées du cabinet des mé-
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dailles dQla Bibliothèque impériale et de divers autres cabinets étrangers. » Quel âge peut donc avoir cet élève de Vien ? Au-dessous do la bordure du tableau, un car* touche porte Tinscriplion : Loisirs d'un centenaire. M. de Waldeck a plus de cent ans.
La longue vie de M.-de Waldeck a été fort aventureuse, et môme glorieusement employée. Gentilhomme et riche autrefois, il consacra sa jeunesse à des voyages lointains et à Tétude de pays jusqu'alors inexplorés. C'est à lui qu'on doit la découverte des fameuses ruines de Palenque dans TÂmérique centrale, lesquelles semblent prouver une antique communication entre TAmérique et l'Asie. (Pourquoi donc les indigènes d'Amérique s'appellent-ils Indiens ?) Il avait fait faire des fouilles et il en rapporta des débris. Il en avait surtout rapporté des dessins qui surprirent étrangement tous les savants de l'Europe lorsque l'auteur les publia avec un texte explicatif. Les savants n'aiment guère qu'on parle des choses qu'ils ne savent pas.
Discussions, 'contestations à perte de voix et à perte d'encre. Les Anglais particulièrement étaient contrariés qu'un Bohémien de Prague les eût devancés sur cette terre mystérieuse. Un lord anglais, lord Kingsborough, je crois, organisa une expédition en règle pour aller continuer les fouilles, fît de nouvelles découvertes et, par une publication^agnifique, il eHaça le pauvre Wal* deck.
Peut-être bien, toutefois, qu'avant M. de Waldeck et lord KingsboEOugh, Palenqueet ses ruines n'étaient pas absolument inconnues à TEurope. D'après un savant article de notre ami M. Perkins dans la Gazette des beaux-
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ûrts^Palenqne aurait été découverte en 1750 et ses ruines auraient été explorées en 1787 par le capitaine espagnol Antonio del Rio^ puis, vers 1805, par le capitaine Dupaix, émissaire de Charles IV, roi dŒspagne.
On ne constate jamais précisément à qui appartient une découverte. Qui a découvert l'Amérique, Timpri-r merie^ la vapeur^ la photographie? Dans Thistoire^ dans la vie sociale et même dans la vie privée, les grandes choses et la moindre chose se font toujours à plusieurs. Il n'y a pas d'exemple qu'un homme seul ait jamais fait un enfant.
Dans ses Loisirs, le centenaire Waldeck en remontrerait à bien des peintres de nature morte^ et môme de nature vivante. Il a une finesse d'œil étonnante : ses antiquités, bronzes, émaux, verreries, sont peintes avec ta délicatesse minutieuse des tableaux de M. Biaise Desgoffe. Si j'étais le surintendant des beaux-arts, je voudrais acheter cette peinture curieuse et l'exposer au Luxembourg, en conservant l'inscription du cartouche^ pour laisser espérer aux tristes élèves des écoles de Paris et de Rome qu'ils arriveront peut-être,— avec le temps, —à une certaine habileté dans leur profession.
J'ai eu Thonneur de connaître M. de Waldeck avant 1848, et je regrette de n'être plus en relation avec ce vaillant homme qui porte si bien ses cent ans.
Des Anglais, nous n'avons presque rien au Salon. Je citerai seulement un singulier paysage que j'avais déjà vu dans une exhibition à Londres : Forêt, par Mac Callum. Effet d'automne, après midi. Au milieu, doux gros troncs d'arbres, dont l'écorce peut être admirée à la loupe. En avant, un fouillis de fougères frappées de
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soleil : JI n'y ttianqùe pas une découpure, pà« nû reflet, pas le moindre détail microscopique. C'est êtonuarit , sousnaturel, dans le sens opposé au surnaturel dé ridéat classique. Ce n'est pas au-dessus de la nature, qtlë l'homme ne saurait dépasser; c'est au-dessous de la nature, qui enveloppe la minutie dans la grandeur. Mais, du moins, ce n'est pas îiors de la nature, comme les centauresses et les anges. Eloignez-vous, baissez les paupières pour éteindre ces détails excessif, et vous apcccGvrez une forêt lumineuse, jcomme on la verrait dans un stéréoscope, d'après une photographie.
Cet art-là n'est pas recommanddble assurément, et il se classe presque avec les productions d'une industrie ingénieuse. Mais supposez qu'un vrai peintre comme Diaz ponce cette toile singulière, conserve les dessous du travail et les brode largement, d'une main magistrale : vous auriez peut-être un chef-d'œuvre. Il est vrai qu'il ne serait que de la seconde main.
De l'Italie, rien. Du moins je n'ai rien vu.
Les Espagnols ont leur caractère, bien qu'ils se Soient formés ou perfectionnés à Paris, de même que beaucoup d'excellents peintres belges ou allemands: L'empreinte nationale ne s'efface jamais absolument, et c'est heureux pour la variété des talents, qui s'uniformiseraient dans la centralisation parisienne. Le? Espagnols sont coloristes par tempérament, et l'on n'en rencontre point qui tournent à la manière ingriste. Leur propension les jette plutôt chez Couture, comme M. Zo, un Espagnol de Bayonne, médaillé pour son Tribunal des rois mores à l'Alhambrà de Grenade,
Un Espagnol du Pérou, M. Merino, né à Lima, s'était
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dégàfait remarquer aux salons précédents : il a exposé, celle année, deux tableaux d'une vive couleur, un Matador et V Amour et le Vin. Un Espagnol, né à Tours en Touraine, mais qui revient de travailler en Espagne et dont le nom semble indiquer une origine espagnole, M. Alphorisô Muraton, vient aussi d'être médaillé pour deux tableaux A' Ermites, Irès-habJlement peints, un peu trôpi dans le style de Zurbaran.
Enfltt, tin ytÀ\ Espagnol, né à VallatJolîd, M. Ricardo de los Rids,— très-jeune homme, je suppose, — a risqué deux peintures, qui repoussent toute chance de récompensé officielle, mais qui annoncent un artiste naturel et passionné pour la couleur : Aprèi le duel, grande figure de gentilhomme castillan, étendu mort sûr le terrain, et un portrait déjeune fille. Le duelliste mort est peut-être un souvenir du béatt Velazquez, de la galerie Pourlalès, mais l'exécution en est libre et vigoureuse. Le portrait de jeune fille est peut-être influencé par Goya, mais la mantille de dentelle blanche et toute la toillctte capricieuse sont d'un ton extrêmement fin. Là tradition des maîtres espagnols teh que Velazquez et Goya n'est pas dahgereiise comme celle des Italiens enfermés dans des règles arbitraires. Tout le génie do Velazquez fut simplement de bien voir la nature et de la traduire par une expression très-distinguée. N'est-ce pas là, dans les beaux-arts, une règle supérieure à toutes les conventions î
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Quand je vois au Salon certaines pointures absurdes et immorales^ qui coûtent cher aux contribuables français, j'ai toujours envie do refuser l'impôt. Je serais traduit devant les tribunaux de Tempire. Je perdrais. Ça me coûterait peut-être 1000 écus, mais j'aurais du plaisir pou^ plus de 3 000 francs.
Dans cette situation hardie, presque désespérée, je prendrais naturellement pour avocat M* Lachaud, car il s'agirait de la vie ou de la mort d'un art auguste, de l'art des dieux et des césars. Les belles choses que dirait un orateur si émouvant et toujours si convaincu ! Pourtant, ce qui m'a fait hésiter jusqu'ici, c'est que M' Lachaud, incomparable pour la défense des criminels, ne serait peut-être pas aussi bon pour la défense des innocents.
Et puis j'ai réfléchi que je payais aussi des impôts pour l'armée et le clergé, que la logique m'entraînait donc à deux autres refus d'impôts et à deux autres pro^ ces encore plus difûciles à gagner.
Après tout la fausse peinture qui orne les églises et les monuments de l'Etat ne me contrario pas autant que les vrais Africains qui ornent les casernes et gardent Paris.
Je suis donc résolu, pour le moment, à me tenir tranquille, et mes amis m'approuvent, disant qu^il serait plus patriotique, — quand j'aurais ces 1 000 écus, — de les déposer honnêtement dans les caves de la Banque^
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afin d'augmenter le chiffre de rencaisse, signe infaillible de la prospérité du pays.
Mais j'ai pris la résolution de ne jamais parler de ces tableaux commandés, par les administrations dispensatrices du budget. La question ^'économie politique^ la politique, la philosophie, la morale et le reste appartiennent constitutionnellement au Corps législatif *et au Sénat, et les simples citoyens n'ont rien à y voir. Je m'en tiens donc au,sage précepte de Henri Monnier : « Ce qui est défendu n^est pas permis. »
Il convient cependant de dire son opinion sur certaines œuvres qu'on croirait sorties de la fabrique officielle, d'autant qu'elles ont été glorifiées par la critique de haut parage. Je prendrai un seul sujet mythologique, la Naissance de Minerve, par M. Mazerolle, immense toile exposée dans la grande salle (lire la description dans les comptes rendus autorisés). Suffit de savoir que la déesse de la sagesse et de la guerre s'envole de la tête de Jupiter. L'Agnès de Molière^ n'ayant qu'un simple instinct de la mythologie, demandait si les enfants- se font par Toreille. Non, vraiment I Pour que Jupiter pût accoucher de sa fille Minerve, il fallut que le brutal Vulcain fendît d'un Coup de hache la tête de son maître : tout enfantement est difficile et douloureux. Vulcain figure donc dans le tableau de M. Mazerolle, ainsi que d'autres acteurs et spectateurs célestes. Le père des dieux et des hommes, de la sagesse et de la guerre, est assis au milieu, dans un bon fauteuil « à clous dorés » , et sa progéniture casquée et cuirassée s'élance dans les airs pour aller accomplir sa divine mission.
A mon idée, ces résurrections mythologiques/ malgré
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les moralilés gu'elies enseigneot sans doute ^u monde moderne, ont toujours quelque chose d'un peu indécis. Pour peindre la mythologie païenne, il faut l'interpréter avec la franchise de Rembrandt dans son Gan^mède du Musée de Dresde (n^ 1216), L'aigle diviQ emporte dans se$ serres un gros garçon qui crie, se débat, et bien malgfé lui, se laissQ voir à nu p^r derrière, sous sa chemise que retrousse le bec dç l'oiseau de proie. Justement effrayé du sort qui l'attend dans rOIympe de Jupiter Henri III, le pauvre mignon* qui aimerait mieux jouer par terre à la poussette, fait en l'air ce que les paysans de Téniers font debout contre un mur. Je r^r commande aux amateurs du grand art mythologique ce motif de fontaine monumentale daps le goût du Manneken de Bruxelles.
Est-ce que Rembrandt^ il y a fieux siècles, voulait déjà burlesquer les sujets mythologiques, comme dit Smith (n*" 197 de son catalogue]? « His intention must bave been to burlesque the mythological subject. » Peut-être que dans sa Danaé du Musée de TErmitage, Rembrandt àurlesguise aussi la pluie d'or du riche Jupiter, quoique le sujet soit de tous les temps. Ceux qui frappent la monnaie, comme Jupiter, la jettent volontiers par les fenêtres, dans les alcpves et ailleurs.
Le chaste auteur de la Vie du moine saint Bruno enlevé au ciel par trois anges, Lesueur, a peint aussi un Ganymède enlevé ciu ciel par Jupiter : « L'aigle emporte le jeune prince^ dont les regards inquiets sont dirigés vers la terre. » (Catalogue du Louvre, n» 563.)
11 est singulier que dans la mythologie chrétienne, de même que dans la fable de Jupiter enfantant Minerve,
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rhomme soit encore le générateur et que la femme sorte de lui. On proirait plutôt que c'est Thomme qui doit sortir de la femme. M. Bin a ^xp0sé la Naissance d'Eve. Minerve s'élançait hors de la tâte de Jupiter ; la petite Ere, qui, à la vérité, ne repréçentp pas la sagesse^ est tirée assez péniblement du ventre d'un homme endormi, par un superbe vieillard^ voltigeant en l'aif , malgré sa structure grossière et la pesanteur de ^es pieds. N'e3t-il pas scandaleux que des anlbropologistes, des physiologistes, des géologues, des médecins et autres savants naturalistes se mêlent d'éclaircir les origines de Thumanité, quand la chose est expliquée par un dogme et consacrée pajr les grands artistes^ non-seulement du moyen âge, mais de la Renaissance, par Michel-Ange et Raphaël?
Voudrait-on nier que Tart est la haute expression de la société, de la science telle qu'elle est formulée à toutes les époques par des institutions dûment autorisées, conciles, sénats^ académies, organes irrécusables de la philosophie, de la politique et des arts? Le ministre de rinstruction publique, injustement attaqué par les membres de l'Eglise régnante, devrait faire graver à nos frais cette image grandiose, offrant la solution du problème agité par la science profane, — l'origine de Fbomme, — et en placarder des exemplaires dans tous les établissements scieutiGques, à Técole de médecine, aux amphithéâtres de dissection, dans les salles de conférences libres, à Técole normale, dans les écoles d'instruction supérieure et d'instruction primaire, même dans les crèches où commence Tinitialion aux mystères de la vie. Et si les petits enfants, qui sont les plus ter-
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ribles^ se hasardaient à dire que « ça ne s'est pas passé comme ça^ » il y aurait des agents de Tautoriié pour assurer le maintien de la tradition religieuse, politique et artistique. *
Après cette modeste incursion dans le grand art^ descendons aux portraits.
M. Cabanel et M. Dubufe sont toujours au premier rang parmi les portraitistes. Ce n'est pas une ironie, c'est un fait, dont on peut argumenter comme on voudra, pour apprécier la valeur actuelle de Técole française.
L^porlrait de la marquise d'Â . . . , par M. Cabanel, plaît aux gens du monde^ à cause même peut-être de son inconsistance qui simule la distinction. La marquise est debout, vue presque jusqu'aux pieds, sur un fond de ambris gris opaque. Décolletée et les bras nus, ses deux mains en avant tiennent un éventai). Robe de velours grenat. Le modelé du visage, de la poitrine et des bras est finement étudié, ^ensemble ne donne pas Timpression d'une personne réelle^ mais plutôt d'une image reflétée dans une glace.
Le second portrait de M. Cabanel, une femme assise, est encore moins bien réalisé, La tête ne tourne pas et le raccourci du bras gauche est impossible. On dirait un essai de peinture abandonné par impuissance.
M. Dubufe, dont la solidité n'est pas le mérite habituel^ est ferme et même lourd dans ses deux portraits d'homme, M. Mosselman et M. Paul Demidoff. M. Mosselman est assis sur une fumeuse et vu de face. M. Paul Dcmidoiïest debout et vu de trois quarts. La ressemblance matérielle est bien attrapée. Mais.quel effet commun et quelle ei^écution banale I
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A ces portraits par MM. Cabanel et Dubufe les amateurs de la peinture savante préfèrent un portrait du vice-amiral Jaurès, par M. Lehmann, dans le système de M. Ingres, son maître, etde M. Flandrin, son condisciple. Peinture très-travaillée et d'une correction irréprochable. Il n'y manque rien que — je ne sais quoi.
Au contraire^ dans le portrait de M. Théodore de BaU' viile, par M. Alfred Dehodeficq, manquent la précision et un travail suffisant : mettez que c'est une ébauche^ mais la vie et le caractère y sont. Le poète a la tête renversée en arrière, une cravate presque dénouée, le costume un peu abandonné. Au lieu de chercher quatre épingles pour ajuster sa toilette, il paraît chercher quatre rimes à ajuster dans une pièce de vers. La poésie est plus amusante que la fashion.
Un portrait de M. Victor Hugo, par M. Chifflart, grandprix de Rome en 1861, n'a pas été peint avec l'inspiration spontanée qu'on admire dans le portrait de M. de Banville. Il est difficile d'y reconnaître le grand poëto qui attend quelque chose, là, loin, .dans son île. Aucun rayonnement dans la tête massive; ni regard ni expression quelconque. La pose embarrassée et théâtrale. Le costume d'un ton jaunâtre-terreux. Point de lumière, et par conséquent point d'effet. Il y a des photographies de M. Hugo qui sont superbes. Comment la peinture restet-clle au-dessous d'une imago hasardeuse qui se fixe toute seule sur une plaque de verre ? Le fameux idéal des artistes devrait cependant pouvoir lutter avec la nature.
M. Chaplin a peint un portrait de sa femme, en robe de mousseline blanche^ décolletée; les bras nus sont
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croisés sur )e giron; M. Gidcotnotii^ uoe brune rora^îoe; M. Pérignon, deux jeuoes darpes a§se:^ réu3sies; M. Porioa, la reine d'Ëspj^gqe; M. Pomey, un boa portrait de M"*® Pauline Viardot, dans le rôle de Noraia; M. Glaize fils, une vieille dame, qui lui a valu la mé* daille; M.Thirion, une femme mince, en caraco rouge; M"»' O'Connell, un portrait d'homme ; M. Haro, le portrait de M. Ingres; — M"' Henriette Browne, une paysanne, en coiffe, assise de face, les bras croisés ; la petite sœur lui apporte un bouquet de fraises ; les têtes sont cooimunes de type et rondes de modelé ; — M. Adolphe Leleux, un portrait de femme; de grandeur naturelle, trèsfermement dessiné et caractérisé; M. Bailly, sous le titre de Sibylle^ une femme vue de face, les bras croisés contre le sein, toute voilée de tulles noirs, sur un beau fond verdâtre; M. Boulard, un portrait d'enfaot, grassement modelé, et une tête de femme dont la physionomie est exprimée avec toutes ses finesses.
M. Boulard est un vrai peintre, dont le défaut est Pabus des empâtements^ surtout dans les ombres et i^ans les fonds. On peut empâter tant qu'on veut dans les clairs; mais dans les parties neutres, et surtout dans les fonds, de simples frottis aident au relief des forrpjes lumineuses, donnent de l'aisance et de la légèreté à Tensemblo. Ce fut le procédé habituel des Flamands et des Hollandais de la belle épocjue. Rubens, vaa Dyck et leur école ne couvrent jamais toute la toile ou tout le panneau. Et comme ils aimaient à peindre sur le' bois cru, sans aucune préparation, pour laisser transparaître, les tons fauves, blonds ou bistrés du bois naturel! Chez Brouwer et les Ostade, chez Salomon van Ruisdael et
autres paysagistes, chez Rembrandt très-souvent, même adresse à utiliser ces dessous précieux. Ce qui est derrière une figure peinte, ce qui est autour des objets quelconques, n'est-ce pas toujours Tair impalpable? On ne simule pas l'air avec du mortier.
Je crois bien qu'aucun critique n'a parlé d'un portrait de femme, intitulé Lise^ par M. Renoir. Figure entière, de grandeur naturelle, debout, au milieu d'un bois. La robe de gaze blanche, ceinte à la taille par un ruban noir dont les bouts tombent jusqu'à terre, est en pleine lumière, mais légèrement verdacée par les reflets du feuillage. La tôte et le cou sont tenus dans une délicate pénombre à l'abri d'un parasol. L'effet est si naturel et si vrai, qu'on doit le*trouver faux, car on est habitué à se représenter là nature sous les couleurs conventionnelles de la mauvaise peinture. Est-ce que la couleur ne dépend pas du milieu qui l'enveloppe? Un morceau d'étoffe pourpre, jeté sur un buisson verdoyant, se teinte de reflets émeraude; un morceau de linge blanc devient violet à l'ombre, et le noir pur s'argente à la lumière. Sur la couleur, comme sur les goûts, il faudra toujours disputer, malgré le proverbe. Il y a cependant des artistes qui voient juste et des artistes qui voient faux, sans compter ceux qui n'y regardent point.
Je me risque à dire que M. Edouard Manet voit trèsbien. C'est la première qualité pour être peintre. A la vérité, il faut encore d'autres qualités avec celle-là. Manet voit la couleur et la lumière, après quoi il ne s'inquiète plus du reste. Quand il a fait sur sa toile « la tache de couleur » que font sur la nature ambiante un personnage ou un objet, il se lient quitte. Ne lui en demandez
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pas plus long, — pour le moment. Mais il se débrouillera plus tard^ quand il songera à donner leur valeur relative aux parties essentielles des êtres. Son vice actuel est une sorte de panthéisme qui n'estime pas plus une tète qu^une pantoufle; qui parfois accorde môme plus d'importance à un bouquet do fleurs qu'à la physionomie d'une femme^ par exemple dans son fameux tableau du Chat noir; qui peint tout presque uniforraéraenl, les meubles, les tapis, les livres, les costumes, les chairs, les accents du visage, par exemple dans son portrait do M. Emile Zola, exposé au présent Salon.
Ce portrait de notre confrère Zola, qui écrit sur les arts et la littérature avec une vive indépendance, a néanmoins triomphé de Tanimosité des* a âmes délicates ». On ne Ta pas trouvé trop inconvenant ni trop excentrique. On a concédé que les livres, surtout un livre à gravures, grand ouvert, et d'autres objets encombrant la . table ou accrochés au lambris, étaient d'une réalité étonnante. Assurément l'exécution est franche et généreuse. Mais le mérite principal dû portrait de M. Zola, comme des autres œuvres d'Edouard Mauet, c'est la lumière qui circule dans cet intérieur et qui distribue partout le modelé et le relief.
L'air impalpable, comme nous disions tout à Theure, il est aussi dans le portrait de jeune femme en robe rose, debout près d'un beau perroquet gris, juché sur son perchoir. La robe rose tendre Si'harmonise délicieusement avec un fond, couleur de perle fine. Du rose et du gris, et une petite note de citron en bas du perchoir, c'est tout. La tête, bien qu'elle soit de face et dans la môme lumière que l'étoffe rose, on n'y fait guère* at-
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teotion : elle se perd dans la modulation du coloris.
Divers tableaux dignes de mention ont échappé au classement difficile qu^entraîne un compte rendu trop sommaire,
L'Intérieur de communauté, par M. Bonvin, a été trèsremarque. Au bas d'un escalier, dans une pièce froide et nue, sauf une peinture de Philippe de Champagne, accrochée au mur, la supérieure reçoit d'une vieille nonne une lettre de recommandation. A gauche, deux jeunes sœurs sourient d*un air hébété. La sobriété de Bonvin, poussée jusqu'à la sécheresse, convient sans doute au sujet : c'est si triste le couvent !
Nous avons vanté en 1864 une Baigneuse étendue sur la grève, par M. Feyen-Perrin, et en 1866 ses Femmes de l'île de Batz attendant le bateau de passage. Il a, cette année, un épisode, dramatiquement composé, du Naufrage de l'Evening-Stary et une sorte d'élégie intitulée le Poison, M. Feyen-Perrin est un artiste rêveur^ trèsimpressionnable à la fois par les sentiments et par la réalité extérieure. C'est je ne sais quel sentiment de fatalité qui domine dans son tableau où une jeune fille nue, mi-couchée sur une draperie bleue, se soulève languissante et jette dans le vide un regard perdu. Sur une table près d'elle, un verre plein de liqueur verdâtre. Le corps est modelé par de douces demi-teintes, mais la tête est mal attachée au torse et le dessin dos membres est faible.
M. Jean Desbrosses est encore plus franchement campagnard que Jules Breton. Il y met moins do recherche, et, si l'on veut, moins de style. Sa moissonneuse dormant 5ur des gerbes est peinte en vraie lumière, ce qui est rare.
Un tableau de M. Henri de Beaulieu a beaucoup égayé les visiteurs du Salon. Pierrot, qui est si curieux et si inventif, s*est mis à faire de Talchimie. Sur un creuset flambant il a posé un œuf d'autruche. Son idée paraît être de faire éclore l'oiseau à force de chaleur, et il souffle, il souffle, à se rendre poitrinaire. Si Toiseau allait s'envoler ou s'encourir avec ses grandes pattes ! Pierrot et les divers bibelots de son atelier, et son chat qui assiste à Topération, tout est peint avec esprit, avec une aisance un peu négligée, dans une coloration vive et brillante. M. de Beaulieu a été élève d'Bugène Delacroix.
Un autre élève d'Eugène Delacroix, M. Andrieu, chargé récemment de la restauration du plafond de son maître au Louvre, a exposé une Lionne couchée y un peu molle, et un Tigre debout , assez bien charpenté.
Un élève de M. Léon Cogniet, M. Marius Abel, rivalise avec M. Gabanel, et surtout avec M. Chaplin, dans une figure de femme nue, intitulée \q Lever. Cettr? grande blonde, paresseuse, descend toute nue de sa couche, pose ses pieds sur une peau de panthère, renverse sa tête en arrière pour éparser sa chevelure sur ses reins cambrés^ et s'étire les bras en Tair pour montrer en plein les rotondités de son torse. Je suppose que cette Vénus de boudoir ne manquera pas d'amateurs. Elle ferait un milieu charmant entre les deux Vénus de MM. Cabanel et Baudry, qui sont couchées aujourd'hui dans un palais. « Les trois font la paire. » Toutes trois ressemblent à ces délicates aquarelles de Vidal qui eurent tant de succès il y a vingt ans. Apparences de femmes, sans poids ni mesura •* une peau de satin^ et rien dedans «, les
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peintres fashionables ont pris au sérieux ce cliché de la lanjçue bourgeoise. Si la peau n'éfait pas infiniment plus belle que le satin, ce ne serait pas la peine de déshabiller les dames en peinture.
II me semble qu'on n'a guère fait attention à une peinture de M. Perrault, intitulée Coquetterie : une jeune fille, vue de profil, se regarde dans un miroir. C'est la plus fine étude de physionomie qu'il y ait au Salon.
Les sujets dramatiques ont presque seuls de l'attrait pour la foule. « La princesse Farrakanoff noyée dans sa prison en 1577 », voilà un sujet de tableau! A la dernière exposition universelle de Paris, une peinture de ce fait historique, que les Russes appellent une légende^ avait été tr^s-roma^quée ; l'auteur, feu Constantin Flavitsky, un Polonais sans doute, y avait mis un sentiment analogue à la poésie d'Ary Scheffer. Au salon de 1868, un tableau de M"* Moisson- Desroches, élève de Couture et de Carrier, représente encore cette mort si mystérieuse et dont l'histoire pénétrera difficilement le secret.
Une femme noyée dans un cachot, c'est un malheur. Que voulez-vous? la, crue de la Neva, dont les flots entrent par une lucarne ! Caprice de la nature, qiîi ne cherche pas à commettre un crime. Mais le drame de M. Victor Giraud, le Retour du mari, ahî cette fois, l'humanité, la morale, la religion et la politique y sont intéressées. Ce mari, qui a des bottes à retroussis en cuir couleur chamois aurait mieux fait de ne pas revenir. Enfin, nous n'avons pas à percer le mur de la vie privée, et voilà cet homme revenu avec ses bottes à retroussis. Qui trouve-t-il dans sa chambre à coucher? Je vous le donne à deviner en mille. Il trouve sa femme,
une jolie blonde, qui porte au cou. quand elle le renverse, les rares colliers de Vénus... et, avec sa femme, un jeune homme qui a aussi dés boites à retroussis en cuir couleur chamois. Là-dessus, vous pensez que la colère le prend. Il avait naturellement, dans la poche de sa culotte courte, un long pistolet d'arçon; il (ire son pistolet et le malheureux jeune homtne pique une tête dans un escalier dérobé, ses belles bottes en Tair.
On dit quo ce tableau médaillé a inspire un drame pour l'Ambigu, qu'il a été acheté par l'administration et qu'il sera réexposé au fronton du théâtre sur le boulevard. S'il attire la foule des spectateurs, j'en serai content pour le directeur de l'Ambigu, pour M. Victor Giraud et ses nobles protecteurs. Cependant, si j'avais été chargé do faire ce drame intitulé : le Retour d'un mari^ j'aurais choisi [>lutôt comme thème de mon ouvrage littéraire, philosophique et moral un autre tableau de l'Exposition, où l'on voit 0 le jeune homme » sortant du lit, en chemise, et portant une guitare, sans doute pour improviser... une contenance. Cette scène eût été d'un grand effet au théâtre, tandis que les coups de pistolet, les escaliers en échelle et les bottes à retroussis, môme en cuir chamois, sont un peu usés.
Je n'entends pas critiquer la distribution des médailles, ni rien de ce qui louche au monde ofûciel. Nous ne savons pas les raisons mystérieuses pour lesquelles on encourage V Amour riant de ses coups, par M. Parrot; la Nymphe jouant avec r Amour, de M. Hugrel ; le Baptême de sauvages, par M. Leloir fils, ou la Sortie d'armée^ par M. Jacquet. L'opportunité des sujets peut avoir décidé la récompense. Parmi ces sujets d'actualité, il y en a d'ail-
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leurs qui se recommandent par des qualités d'exécution^ une Erigone de M. Hippolyte Dubois entre autres, et surtout une Médée de M. Henri Klagmann, peinte avec une maîtrise assez originale.
En paysages, j'ai oublié une Haute Futaie de Fontaine- . bleau, par M. Hagemann, qui étudie sa forêt au bon endroit, à Bourron; un Abreuvoir et un Crépuscule^ par M. Charles Gosselin, qui travaille à l'Isle-Adam, près de Jules Dupré ; une Vue de JUarseille, par M. Jeanron ; un fin Paysage de M. Nazon, adroitement égratigné comme une eau>forte ; et quelques vues de ruisseaux ou de torrents, dans le genre de Courbet, par MM. Ordinaire^ Auguin et autres.
Parmi les étrangers, j 'ai oublié les vigoureux paysages de M. Emmanuel Boulenger, de Tournai ; le Verger, de M. Félix Cogen ; une savante Vue de la ville cfe Placeima, en Espagne, par M. Bossuet, et une autre vue d'Espagne, Y Allée des amoureux, à Gibraltar, par M. de Jonghe; quand M. de Jonghe se tient à la suite de M. Willems, ou même de M. Toulmouche, comme dans sa Quêteuse, on peut le passer sous silence ; mais quand il travaille d'après nature, comme dans son Allée de Gibraltar, où il Joue sur deux notes, le vert et le blanc, il est trèsdislingué.
J'aurais dû mentionner aussi une Jeune Femme avec une perruche, par un Hongrois, M. Ingomar Frankel, do Bude, et les naïfs tableaux de genre, par un Suédois, M. Jernberg, élève de Couture.
Avant d'avoir fini, j'hésitais à vous dire que le Salon vient d'être fermé. Cette fermeture n'a occasionné à Paris aucune révolution. La situation financière et corn-
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merciale, politique et diplomatique ne paraît pas en avoir été troublée. Si vous me permettez encore ces quelques notes rapides sur les dessins, la sculpture et là gravure, nous ne penserons plus à ce salon de 1868: Puisse-t-il être lé dernier de la série malencontreuse où nous somn^es empêtrés depuis trop longtemps!
M. Gigoux et M. Amaury Duval, qui n'ont pas exposé de peintures, nous montrent des portraits dessinés en maîtres; M. Pollet, de fines aquarelles de femmes nues, encore genre Vidal; M. Tissot, une charmante aquarelle, intitulée Mélancolie ^ avec des fonds de paysage qui rappellent Eugène Delacroix ; n'est-ce pas étonnant pour ce peintre si précieux et si serré? Charles Yrlarte, qui est peintre en même temps que journaliste, des aquarelles vivement colorées d'après des fresques de Goya à San Antonio de la Florida, près Madrid, reproduites en gravure dans son curieux ouvrage sur Goya; M. Frolich, de Copenhague, de spirituels dessins pour livres destinés aux enfants ; M. Billet, élève de Breton, des études naïves d'après de jeunes paysannes ; M. de Wismes, une Vue de Pornic, superbe dessin, qu'il se propose sans doute de graver; Jules Jacquemart, deâ dessins exquis pour ses gravures à l'eau-forte dans leB Gemmes et joyaux de la couronne.
Les peintures sur faïence sont classées parmi les dessins; on y remarque les lumineux paysages de Michel Bouquet, un des maîtres de cette peinture cuite sous Técorce d'un vernis ; les Fleun et Oiseaux, par M"" Eléonore Escalier, que personne ne surpasse en ce genre décoratif; un portrait de femme, par M"' deCallias, qui ne craint pas de risquer des figures, plus difficiles â
P^iQdrf sur {«ïence que les flçurs pu les paysages ; deux Amoureux^ dans une heureuse coloration^ par M. Ehrmann; une Vierge^ par M. Devers, qui a rendu de bons services à cet art du faïencier, etc.
Parmi les gravures à Teau-forte, Léopold Flameng et Jules Jacquemart ont exposé quelques-uneK de leurs merveilles : Flameng, le portrait de Latour d'après luimême et le portrait de W^^ Devauçay, d'après M. Ingres ; la physionomie de cette femme est délicieuse d'expression^ le dessin du bras droit est bien imparfait, mais ce n'est pas la faute de Flameng si l'illustre peintre ù!Homère n'a jamais pu dessiner un raccourci. Jacquemart, douze pièces d'armures de la collection de M. de Nieuwerkerke, chefs-d'œuvre inimitables ; deux pièces des Gemmesy et le superbe portrait de Frans Hais, de la collection Double, publié dans la Gazette des beaux-arts. Les autres habiles sont Maxime Lalanne, Bracquemond, M. de Rochebrune, auteur de deux eaux-fortes trèsimportantes et magnifiques, le Louvre^ façade de Henri II, et le Donjon de Chambord,
M. Bronislas Zaleski, né en Lithuanie, mérite aussi une note spéciale pour ses eaux-fortes d'après un paysage de Rembrandt, de la galerie des Offices à Florence, et d'après un Ruisdael de la même galerie; cette dernière gravure fait partie d'un très-bel album publié par M. Zaleski et contenant cinq Chefs-d'œuvre de Jacob van Ruisdael^ reproduits d'après des tableaux des musées de Dresde, de Brème et d'Amsterdam.
La sculpture, hélas I
Les statuaires se sont pris de passion pour les petits garçons maigres, dans le style du petit Saint Jean ou du
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petit Musicien de M. Dubois» dont le succès a pf oduit cette rafipa contagieuse. Ce qu'il y a au Salpn de petits enfants maigres, dans TAge de quatorze & quinze ans, est incalculable. Oa n^a pas à craindr^ qu'ils soient enlevés comme Ganymède par l'aigle olympien de Rem« brandt. *
M. Carrier-Belleuse 'cependant a exposé une statue monumentale du maréchal Masséna^ destinée à ia ville de Nice. On y voit surtout de grandes bottes à Técuyère, mais la tôte^ trop petite, s'aperçoit à peine. Je veux bien que ce soit nature, et que ce guerrier n'ait pas eu autant de cervelle que Goethe ou Humboldt. Mais encore devait-il avoir ses bosses phrénologiques, par exemple le courage et la destructivité. Une figure allégorique de la Victoire^ habilement modelée, inscrit le nom du maréchal sur le piédestal du monument.
La médaille d'honneur en sculpture a été décernée à M. Falguière, pour un enfant maigre, petit Martyr c/iré^ iien^ assez sentimental, dans le style d'Ary Scheffer. Scheffer, qui était encore plus poète que peintre, n'est guère fait pour instruire lès statuaires.
M. Cordier a exposé des cariatides pour la cheminée du foyer du nouvel Opéra ; Préault, un médajUon en bronze pour le tombeau d'Adam Mickiewicz ; M. Brun, élève de David et de Rude, une Psyché, qui indique la recherche de la nature et une certaine beauté franche ; M. Fulconis, une statue do la princesse Clémence, fille de Charles le Boiteux, comle de Provence, demandée en mariage i^r Charles de Valois, à condition qu'elle se ixioulrera nue aux envoyés du roi de France. Le fait — ou la légende— est assez curieux pour qu'on signale au
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moins l'œuvre d'un slaluairo si crudil, en niônio temps que ridoe originale de ce prince qui fait expertiser la belle Clémence toute nue, avant de la prendre pour son épouse.
Les bustes-portraits sont trcs-vulgaires. Celui do la duchesse de Mouchy, en marbre, se distinguo presque seul, en dehors de cette gilerie do têtes mal construites par la nature et par Tari qui s'est efforcé de la reproduire. L'auteur, M. Carpeaux, élève do Rude et de Duret, atteint presque, dans ce portrait fier et charmant, Téléganco de Coysevox et de Coiislou.
Eh mais, puisque la sculpture et la peinture sont si faibles, quelle impression d'ensemble laisse donc ce Salon de 1868?
Pour ne pas m'en rapporter à moi seul, j*ai adressé celte question h nn honnête philosophe. Il m'a répondu : U c'* est de Tart comme des autres apparences de la société actuelle : Le dessus du panier est très-laid et pourri. Le meilleur est dessous et invisible. Il suffirait peut-être de bousculer le panier pour faire voir à la surface, de^fruits bien sains, mais encore verts, qui demandent seulement un peu de soleil pour mûrir.