‹ Salons de W. Bürger, 1861 à 1868Chapitre 8 sur 16 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

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un peu à fies élèves^ par exemple à M. Trouillebert, l'auteur d'un petit portrait de femme, une Veuve^ debout, les bras nus, costume noir, et qui s'enlève sur un fond uni ; par exemple à M. Marchaux, Tauteur d'une figure de femme aue, grandeur naturelle^ couchée sur le ventre, tout le corps dans Fombre, la tête éclairée de reflet? yerdàtres. C'est un des tableaux qui a le plus excité de railleries au Salon. Moi j'aime mieux ça qu'une chose vulgaire.

J'aime mieux les folles ébauches de Manet que les Hercules académiques. Et donc, j'ai été revoir son atelier, où j'ai trouvé un grand portrait d'homme en noir, dans le sentiment des portraits de Velazquez, et que le jury lui a refusé. Il y avait là aussi, outre un « paysage de mer», comme dit Courbet, et des fleurs exquises, une étude de jeune fille en robe rose, qui sera peutêtre refusée au prochain Salon. Ces tons rosés sur fond gris défieraient les plus fins coloristes. Ébauche, c'est vrai, comme est, au Louvre, ^Ik deCythère, par Watteau. Watteau aurait pu pousser son ébauche à la perfection. Manet se débat encore contre cette difficulté extrême de la peinture, qui est de finir certaines parties d'un tableau pour donner à l'ensemble sa valeur ofTective. Mais on peut prédire qu'il aura son tour de succès comme tous les persécutés du Salon.

Dans un dernier article, nous examinerons les paysages et quelques œuvres de sculpture.

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Ah I >que le temps va vite 1 Tandis que nous regardions attentivement du côté de TAllemagne et de ritahe, le Salon a été fermé. — Ce n'est pas grand dommage, et je crois que personne n'y pense plus ; il n'en restera guère comme souvenir que les deux peintures de Courbet,

Parmi les paysages, il y avait cependant beaucoup de table^UK distingués, sites de tous les pays, eiïets de toutes saisons; une variété d'exécution vraiment extraordinaire.

Paul Huet venait au .premier rang après Courbet. Le Bois de la Haye^ soleil couchant par un soleil d'automne^ est un beau pendant à son /non(/a//on, du Musée du Luxembourg. Paul Huet a le sentiment de la grandeur dans la nature. Sa touche ample et simple correspond bien à la vivacité de ses' impressions.

Corot est toujours le môme, tendre et nébuleux. L'un de ses paysages, la Solitude, a été acheté 18 000 francs par l'Impératrice,

Les deux paysages de Rousseau, un Coucher de soleil sur la forêt de Fontainebleau et le Bornage de la forêt à Barbison exagèrent un peu sa nouvelle manière, trèstravaillée. Lorsque les détails sont trop également accusés partout, l'effet général y perd. Mais Rousseau se sauve toujours par l'abondance et la justesse de lumière. Millet n'a exposé qu'un seul tableau : un Bout de village de Creville* Composition singulièrement choisie :

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une maison rustique tient toute la gauche de la toile, du haut en bas ; une rampe grossière s'étend sur la droite jusqu'au bord du cadre ; au delà un bout de mer grise sur un ciel gris. Le tout dans une harmonie sourde et crayeuse. La touche uniforme est lourde pour le ciel et Teau, comme pour la bâtisse et les terrains. C'est simple et même puissant, mais immobile et figé.

Français a fait, en pendants, les Environs de Paris et les Environs de Rome; les bords de la Seine, le matin; les bords du Tibre, le soir. On trouve que Tltalie l'a fortiGé ; mais, au lieu de réchauffer, peut-être Ta-t-elle refroidi. Il est plus correct et plus élégant ; mais point de naïveté ni de passion.

De la passion, il en faut : c'est elle qui anima Géricault, Delacroix, Decamps, Rousseau, Diaz, Dupré, el Barye, et Daumier, tous les grands artistes de notre temps. Il semble que Giorgion, Titien, Tintoret, Véronèse, — môme aussi le jeune et gentil Raphaël, — que Rubens et van Dyck, que Frans, Hais et Rembrandt furent des hommes très-passionnés. L'amour, Tenthousiasme, c'est la vie, c'est le génie.

Qu'est devenu ce groupe de paysagistes s'imaginant qu'on peut simuler la nature au moyen d'une espèce de science traditionnelle, et qui eut un moment de célébrité, MM. Aligny, Paul Flandrin, etc. ? Où en sont les réputations éphémères de leurs maîtres, leGuaspre, Francisque TMillet et autres pasticheurs du Poussin et des Bolonais? Gare à l'Italie!

Il y avait une fois un peuple qui avait produit une école originale el initiatrice; les maîtres s'appelaient van Eyck, van der Weyden, Memling. Mais, à un certain

moment, voilà que tous les artistes de ce pays émigrent et s'en vont imiter Uart d'un autre peuple qili était en pleine floraison.

Qu'est-ce que van Orley « le Raphaël flamand » à côté de Quentin Massys, qui était resté en Flandre pendant cette émigration dégradante?

Après ça, Rubens et van Dyck vont bien voir un peu la couleur de Tart en Italie, mais avec un tempérament qui les sauvegarde. Et Jordaens, et Snyders, et toute la grande école du dix-septième siècle reste dans son pays — et de son pays.

Je me rappelle Decamps à son retour d'Italie. J'allai le visiter près de la porte Maillot, où il demeurait alors. Oh! le malheureux homme que c'était! Il voulait faire des Micpel-Ânge et des Titien; presque des Raphaël ; des christ, des vierges, des saints, je ne sais quoi. Finalement, il fit son christ, qui, de Michel-Ânge et de Titien, tourna tout seul à Rembrandt : c'est le Christ au prétoire^ que nous avons souvent cité comme un chefd'œuvre pas italien du tout.

Delacroix, qui était bien plus nerveux que Decamps, s'il avait été en Italie, il y serait mort fou. Dieu merci, sans avoir été en Italie, il a prouvé qu'il connaissait son Véronèse. Nous avons tous notre Italie dans le sang et dans l'œil, par l'éducation latine, par les mœurs, par les traditions et les images, par tout ce que nous infuse la descendance, une communauté d'idées et de sentiments.

Voyez dans la crise actuelle : tous les Français sont pour l'Italie ; presque tous les Français sont contre le^ Prussiens et la race germaniquô,

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Autre remarque : ce sont des pays absolument sans art qui ont eontribué à développer les meilleurs artistes modornos : l'Algérie, Eugène Delacroix; TÉgyple et la Turquie, Decamps ex Marilhat; la Suisse et TAxivergne, Rousseau. Et d'où vient donc Fromentin? d'Afrique. D'où vient Courbet ? des Vosges.

Les vieux petits nids sont malsains : Técole de Home et l'école des beaux-arts, les académies et les coteries. •On y pond toujours les mômes œufs.

Si j'avais un fils peintre, après qu'il aurait fait un tour d'Europe pour voir dans les musées ce qu'ont produit .les peintres d'autrefois, je l'enverrais en Amérique ou en Australie, bien loin, dans des pays neufs, pour qu'il regardât lui-même la nature et l'humanité.

Les voyages lointains ont fait le talent et le succès de MM. Belly, Tourneraine, Brest, Berchère, etc. Celte année encore, M . Belly a exposé une excellente peinture, ia Mer Morte, grand caractère et grand effet ; M. de Toùrnemine, une Vue de Turquie, très-fine et très- lumineuse; M. Brest, une Vue sur le Bosphore , assez originale. M; Môucliot, qui revient d'Egypte, en a rapporté un tableau peint on maître : le Bazar des tapis, au Caire; e'est également au Caire que M. Dauzats a pris un Intérieur de mosquée très-pittoresque.

Je veux bien qu'il ne soit pas nécessaire d'aller courir aux quatre vents pour être bon paysagiste. Les peintres de Barbiz!on, de Fontainebleau, de l'isle-Adam, de Compiègne, de Meudon et des banlieues de Paris l'ont prouvé. A Paris même, que de beaux sites et de beaux effets à peindre! les marromiiers des Tuileries; une enfilade des quais, avec les monuments des bords de la Seine, et le

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soleil couchant au fond -, la tour SaînWacqucs et son square; un fragment des boulevards ou des Champs- Élysées; une allée du Luxembourg ou un massif du parc Monceaux*, quelque vieux quartier en démolition ou quelque vieille rue encore intacte.

Quand on a le sentiment naïf, une vive et originale impression de la nature, on peut rester chez soi, at home^ et peindre n'importe quoi, par sa fenê'tre ou dans sa cour. Van der Meer a fait des chefs-d'œuvre avec une Façade de maison hollandaise (galerie Six van Hillegom), avec xkXi Cottage rustique (galerie Sermondt), avec une vue de quelque coin de ville, xm^ruelle quelconque.

Connaissez-vous la plage de Scheveningen? elle n'est pas plus pittoresque qu'une autre. Vingt peintres hollandais en ont fait des chefs-d'oeuvre : Adrien van de Velde, Salomon van Ruisdael, Rombouts, etc.

Scheveniogen ou Fontainebleau, c'est excellent; les déserts de l'Afrique ou les forêts de TAmérique, trèsbon ; Constantinopleou Pékin, Java ou l'Islande, allez -y I mais Rome, c'est dangereux.

Comme on causait de l'Inde devant un grand voyageur qui en revenait, et de la mort étendue sur ces pays dont l'histoire fut si merveilleuse :

— La mort y vit, répliqua le voyageur.

On pourrait retourner cette phrase étrange, et dire de Rome:

— La vie y meurt.

Je ne crois pas que Courrièrés soit sur le chemin de Rome. Qu'est-ce que Courrières ? c'est un village où demeurent les deux frères Breton, quelque part dans le nord de la France. Adolphe Breton y fait ses moissoni«

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neuses et ses faneuses; il n'a rien envoyé au Salon celle année ; Emile Breton y fait des paysages, et il a envoyé un Étang, peinture assez audacieuse, parce qu'elle est vraie. Cet étang et ses bords, l'eau, le gazon, les arbres, tout est vert, d'un vert franc et sans concession. Est-ce que les herbes et les feuillages seraient verts? ça se pourrait, surtout au bord de l'eau ; bien que d'honnêtes paysagistes nient le vert dans la nature. C'est l'histoire de Constable avec son noble ami sir George Beaumont^ qui voulait absolument que les arbres fussent bruns. Il est sûr qu'il y a du brun et du blond, du jaune, du rouge et du gris dans le paysage, suivant la saison, Theure du jour et le tempérament de la contrée. Mais je me risque à soutenir qu'il y a aussi du vert, et sir George Beaumonl, attiré par Constable à la fenêtre de Tatclier dominant sur un parc, reconnut lui-même que la nature ne peignait pas ses arbres avec du bitume. Beaucoup de paysagistes auraient besoin de se mettre au vert.

J'entends qu'il faut peindre ce qu'on voit, ne pas chercher midi à sxtl heures du matin ou à six heures du soir, adopter sincèrement le ton qu'il plaît au ciel de donner à la terre. Car c'est le ciel qui fait surtout la couleur du paysage. Le même arbre, vert sous une lumière diffuse, jaunit sous un rayon, rougit au soleil couchant, blêmit sous un brouillard du matin.

Cette couleur du temps ou de la saison est assez vivement exprimée dans les paysages de M. Blin, une Plage de Bretagne; de M. Chintreuil, le Printemps avec une giboulée ; de M. Hervié, une Entrée de village; de M. Hanoteau, Après la pêche; de M. Daliphard, Coup de soleil après l'orage; de M. Bavoux, Plateau de Gkalouar ^ de

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M. Bellet du Poisal, les Moulim de Dordrecht ; de M. Sainl- François, Clair de lune dans les Vosges; de M. Faller, un. Coup de vent; de M. Bureau, Chemin d'une carrière; de M. Larisyer, une Rivière en Bretagne; do M. Légat, Au bord de Veau; de M. Thomas, le Lac Chambon, en Auvergne; de M. Clouet-d'Orval, Avant la pluie; de de M. Appian^ Thabile aquafortiste; de MM. Lavalard, qui ne craignent pas de. faire de la peinture, bien qu'ils aient une belle collection d'anciens maîtres hollandais; de M. Teinturier, Télève de Decamps; de M. Brissot- Warville, de M. Michel, de Metz, et surtout d*une pléiade nombreuse de jeunes peintres qui cherchent dans la na< ture un effet expressif^ comme Findiquent la plupart des titres ci-dessus. Ces effets de soleil, d'orage, de pluie ou do vent ne sont-ils au paysage que ce qu'est à l'humanité le sentiment, la passion qui agite 1« vie et lui donne un caractère ?

Le jeuneauteur de la Femme à la robe verte, M. Claude Monet, a fait aussi son paysage, une ébauche superbe, V Allée de Barbizon (forêt de Fontainebleau), effet de soir, avec le soleil illuminant les grands arbres. Quand on est vraiment peintre on fait tout ce qu'on veut.

MM. Daubigny père et fils ont été assez remarqués : deux grandes vues des bords de FOise, par M. François Daubigny, tournent trop à la décoration, avec des ciels tapotés et des terrains noirs. M. Charles Daubigny abuse également des ombres sourdes, mais il a de la force et une certaine étrangeté dans sa Halte de Bohémiens.

Parmi les marines, ce sont celles de M. Masure, élève de Corot, qui paraissent avoir eu le plus de succès ; vues de la Méditerranée, franchement lumineuses partout,

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Les paysages où la figure domine exigent des qualités particulières. On a beaucoup admiré et suffisanament critiqué les Grenadines de Gustave Doré, quelque chose comme une soirée du Décatneron, dans la campagne de Grenade, une bande de Jeunes Espagnoles coiffées de mantilles font silhouette sur un ciel violacé, tandis que des musiciens couchés par terre pincent de la mandoline en chantant. C'est beau de tournure, mystérieux d'effet et assez grandiose, mais lourd do couleur.

Dans un autre paysage, Souvenir de Savoie, M. Doré ressemble, de loin, aux paysagistes de Diisseldorf; n'est-ce pas singulier? Mais M. Doré a tant produit, dans tous les genres, qu'on pourrait lui trouver, çà ou là, des ressemblances avec toutes les écoles, tantôt avec les Florentins, tantôt avec les Espagnols, ou môme avec les Flamands Ce qui ne l'empêche pas d'être un artiste heureusement doué.

Une femme nue, couchée sur une immenso plage déserte, avait commencé la réputation de M. Feyen-Perrin, au salon de 1864. 11 y a encore, cette année, une certaine poésie originale dans ses Femmes de l'île de Balz, attendant la chaloupe de passage. Un joli galbe de fillette rappelle un peu les jeunes paysannes d'Adolphe Breton, dont le style chaste et élégant semble avoir aussi inspiré M. Sain, quoiqu'il ait peint des Italiennes occupées aux Fouilles de Po'mpéi,

Après ces Espagnoles, ces Bretonnes et ces Pom- ' péiennes, on regarde encore avec plaisir les Femmes d'Arles se baignant sous les tamarins, par M. Rave, tableau d*une couleur chaude et aUrâyante.

Les paysages avec animaux ont eu beaucoup d'im-.

portance au salon. C^étail d'abord le Porrmir^ arrivée du troupeau, par M. Auguste Bonheur, une des plus grandes toiles qu^on ait consacré à ce genre de peiftture. Cinq oiètres de large I Ôh placer un tel tableau? On eût pu le faire aussi bien dans une proportion dix fois moindre. A preuve que le petit tableau exposé par M. Bonheur, une Descente de vaches dans le Cantal, eàt meilleur que son grand.

Ce Dormoir est un dessous de futaie tout éblouissant de la dernière lumièfe du soir^ un de ces effets où le rayonnement diffus a Tair d'une poussière de paillettes ou d'une blonde fumée épârse entre les arbres. Au centre lumineux se rassemble le troupeau. Au premier plan, dans un pénombre qui fait repoussoir^ sont déjà couchés de grands bœufs un peu mous de forme. M. Bonheur espère sans doute que cette toile énorme ira au Luxembourg, en pendant du ÎMbourage de sa sœur, M^^^ Rosa.

M. de la Rochenoire, élève de Troyon^ a plus de solidité que M. Bonheur. Ses animaux sont fermement charpentés, par exemple Cinq vaches au pâturage^ avec un fond de bois ; excellent tableau^ exposé dans le salon central.

M. Armand Gautier^ dont les portraits ont été souvent remarqués, a peint, cette année, un Pâturage dans le Nord. Le paysage et les animaux ont les qualités habituelles de la peinture de M. Gautier^ la simplicité et la force.

M. Didier, un prix de Rome, nous a montré ces grands bœufs blancs de la campagne romaine^ qui ont de si -belles cornes et tant de « stylo ». Ces bœufs blancs représentent l'idéal par contraste avec le vil troupeau des

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bœufs noirs de la Hollande ou des bœufs roux de la Normandie.

Les bœufs hongrois ont aussi beaucoup de caractère dans les tableaux de M. von Thoren^ médaillé, Tannée dernière.

Pour les chiens, c'est M. Melin, qui continue Troyon ; pour les chevaux, c'est M. Veyrassat. Les moutons appartiennent à M. Schenck, lorsque Jacque ne s'en mêle pas. Le singe appartient à Philippe Rousseau, mais son tableau de Fleurs d'automne est bien supérieur à son Singe photographe. M. Verlat a peint aussi des singes et une Chasse avec des lévriers dans les bruyères aux environs d'Anvers.

Nous avons réservé pour un même paragraphe lés paysagistes étrangers, qui eussent mérité un article spécial, et non pas une mention rapide.

M. André Achenbach n'a envoyé qu'une simple étude des Environ d'Ostende, par un temps pluvieux. Mais c'est une œuvre de maître et qui égale les franches études des anciens maîtres hollandais. On sent que c'est peint d'après nature, sous une vive impression, peut-être en une seule séance. Les tableaux très-travaillés de M. Achenbach sont froids et conventionnels. Ici, où il adhère à la nature, il est parfait.

Les artistes ont admiré aussi une petite peinture do M. de Beughem, Paysages des environs de Wiesbaden, finement et fermement caractérisée dans la manière des anciens Hollandais.

M. Jongkind encore rappelle assez van Goien ou Salomon van Ruisdael dans leurs ébauches libres et ani-^

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M. César de Cock a exposé un Vïeux moulin à Veules, largement peint, mais avec un ciel trop savonneux^ M. de Schampheleer, une vue très-harmonieuse des Bords de la Dyle; M. Tscharner, une vue mélancolique de la Campine; M. Auguste Bohm, les Bords de la Marne ; M. de Haas, le Soir dans les polders hollandais ; M, Woutermaertens, V Approche de l'orage dans les dunes; M. Saal, une Aurore boréale en Laponie, qui lui a valu une médaille; M. Boulanger, de Tournai, les Marais de laBulpe; M. Pissaro, V Hiver aux bords de la Marne ; Ml Papeleu, élève de Dupré, vluq f^ue prise à C/xpri; un autre élève de Dupré, M. Frotoff, de Moscou, une Alle'e de la forêt d/s Vlsle-Adam.

C'est encore un élève de Jules Dupré, M. Henri Lachèvre, qui a peint un grand tableau avec un paon, la Vénus de Milo et divers accessoires.

Pour ces compositions avec des objets variés, tableaux de nature morte, comme on dit, M. Biaise Desgoffe est toujours incomparable. Il avait deux ouvrages dans le salon central , Fleurs et Bijoux ^ Fleurs et fruits au pied d'un verre de Venise. Les bijoux, le verre de Venise, les émaux et les métaux sont extraordinaires, mais les fleurs et les fruits ont le défaut d'être en matière minérale. Le minéral ne bouge pas dans sa forme arrêtée. Mais les fruits et les fleurs, ça vit, ça pousse, ça grossit, ça s'épanouit, ça mûrit, ça change de forme et de couleur. Âh ! les belles fleurs qu'Eugène Delacroix et Diaz ont peintes I Après les chrysanthèmes de Philippe Rousseau, il n'y a guère au Salon, en belles fleurs, que les bouquets de M. Benner et ceux de M. Puyroche. Pour les fruits, c'est une élève de M. Boulard, M"« Marie Brosset, qui a fait

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les moilleurft tableaux du Salon : des Haisms et 4es Pommei. Il est malheureux qu'on n'ait pas va à Texpoaition les décorations fleurie» que M. Prieur vient de peindre au château de Montmorency, des bosquets de rosiers, de plantes grimpantes, tapissant les grands escaliers et les péristyles.

Pour les DessinSy encore une simple nomenclature au lieu d'un article desi^iptjf et raisonné.

D'abord les ouvres des grandes dames qui s'élèvent jusqu'à être artistes : M*»* la princesse Mathilde, deux aquarelles : Juive d'Alger et Profil perdu ; M"*" la paronne Nathaniel de Rothschild, deux vues d'Italie; M"" la comtesse de Nadaillac (M"» Delessert), une excellente aquarelle d'après Vélazquez du Musée de Milan ; M"*' Auguste Odier, deux vues de Normandie-

D'habiles portraits par MM. Amaury Duval^ Lehmann et Paul FLandrin^ très-fins et très-corrects dans le dessin à lamine de plomb. Un superbe dessin aux trois crayons^ par M. Bonvin. Un dessin à la plume, par M. Rodolphe Bresdin, l'auteur de tant d'eaux-fortes fantastiques. Deux portraits au crayon, par M. Paul Dubois^ le sculpteur. Deux grands dessins pour le Milton, de M. Gustave Doré. Deux dessins, par M. Moreau^ l'auteur du Sphinx, Tun très-beau, dans la manière des Italiens du quinzième siècle; l'autre une Péri^ très-ridicule et très-faible. Deux aquarelles de M. PoUet, le graveur : VInnocence, femme nue^ mal dessinée et mal modelée, et une étude de femme assise, digne du talent délicat de M. Pollet. Un fin caprice de M. Vidal, et même une aquarelle de M. Frédéric Villot, Pancien conservateur des tableaux du Louvre.

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Dans Teau-forte, il y a des merveilles qui, heureusement, se popularisent par le tirage. Hors ligne, les deux eaux-fortes extraites de l'album publié par M. Seyinour- Haden^ de Lon4res, dont nous tvons déjà parlé daos r Indépendance. Deux bijoux exquis. Puis, d'autres cbefsd'œuvre par MM. Ferdinand Jacquemart, Bracquemond, Jacque, Flameng, Méryon; puis, un paysage de Corot, les Tourterelles^ par M. Chaplin, un grand paysage, 4)ar le baron de Wismes, de Nantes, des vues architectoaiques, par MM. de Rochebrune, de Fonlenay; le Moulin^ d'après Ruisdael, par M. ZaleskL; et M. Lalanne, l'auteur du savant Traité de l'eau-forte, et M. Laguillermie, qui vient d'obtenir le prix de Rome pour la gravure, et M. Chifflart, ancien prix de Rome pour l'histoire, etc., etc. Plusieurs de ces eaux-fortes, que recommandent des qualités diverses, ont été publiées^ soit par la Société des aquafortistes (Cadard et Luquet), soit par la Galette des beaux-arts, soit par des recueils illustrés.

Si la préoccupation était a^ux arts, vous voyez bien qu'il faudrait plus d'une douzaine d'articles pour fair# un honnête compte rendu du Salon, puisque nous n'avons pas encore parlé de la sculpture. Ce grand art, qui est tombée à l'exhibition française, dans les caves du palais, où sont ordinairement les boxes des chevaux^ quand on y fait des concours hippiques. Une autre fois si l'administration rend à la sculpture le plein $iir, où elle doit être vue en lumière tout autour, nous examinerons la statuaire avec Tattention consciencieuse qu'elle mérite. Aujourd'hui nous ne citerons encore que les oeuvre* principales, recommandées par le nom des aiqiLe^gjrs ou par quelque originalité.

Dans les fameuses séances du vote pour la grande médaille, M. Carpeaux a obtenu un certain nombre de voix pour son modèle de la décoration du'nouveau pavillon de Flore aux Tuileries, Ce quMl y a de mieux dans ce projet^ c'est le médaillon inférieur, avec des figures d^enfants qui se détachent en ronde bosse.

La statue la plus discutée a été Y Angélique, en marbre, de Carrier-Belleuse. C'est ^vivant, un peu contprsionné, un peu jordanesque pour le marbre sévère, comme disent nos amis de TAcadémie. Carrier-=Belleuse semble un peu continuer Clésinger^ occupé, pour le moment, à Enghien^ où il monte je ne sais quel monument gigantesque à la gloire de Tempire.

De Barye, rien ; il n^expose plus, ce grand artiste. De son fils, Alfred Barye, un Cheval de course et un portrait en médaillon.

Préault a envoyé, sous le titre Espérance, le beau buste qui surmonte le tombeau de M"« Didier. Il vient de terminer aussi un grand médaillon pour un autre monument funéraire, le portrait de Mickiewickz, le poète polonais.

Une statue excellente est la Baigneuse, de M. Baujault, élève de Joufîroy. C'est tellement nature^ qu'on a parlé de moulage sur le vivant.

M. Chatrousse a envoyé le marbre de sa Madeleine, exécuté pour le ministère des beaux-arts ; M. Cordier, une Femme arabe, statue en bronze, avec de Tonyx et des émaux; M. Dénecheau, un Saint Benoît, pour l'église Saint-Etienne du Mont ; M. Maindron , une Galatée ; M. Thivier, un Méléagre; M. Bullier, un César (sortant de laCloserie des Lilas). ,

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Parmi les bustes^ on a regardé ceux de Marie-Antoinette, par Marcello; le portrait de M. Lefebvre-Duruflé, par Claude Vignon; le Richard Cobden, desliné aux galeries de Versailles, par M. Oliva; le bronze du poète Lucien Davesies, par Du Seigneur, et la tête austère de M. Hippolyte Flandrin, pour l'église Saint-Germain des Prés, par M. Oudinô.

Pour finir^ Tauteur de ces articles trop escamotés s'excuse modestement auprès des amis imperturbables de l'art et il leur donne rendez-vous, si le destin ne s*y oppose, à la solennelle exhibition cosmopolite qui doit avoir lieu en 1867.

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