‹ Salubrité urbaine distributions d'eau assainissementChapitre 115 sur 279 · FIG · texte numérisé non relu

FIG

boitement présente deux rainures successives. L'inconvénient du joint à emboîtement, c'est qu'il ne peut être démonté qu'à chaud, et que, les tuyaux pénétrant les uns dans les autres, il faut nécessairement en casser un d'abord avant de pouvoir déboîter les suivants.

On emploie à Paris, sur une très grande échelle, un mode d'assemblage des tuyaux de fonte qui est peu ou point utilisé ailleurs. C'est le joint à bague. Les tuyaux, absolument unis à leurs extrémités, sont des cylindres droits sans saillie aucune ; on les place bout à bout mais en ayant soin de laisser entre eux un petit intervalle, quelques millimètres, pour permettre la dilatation; cet intervalle est masqué -par un manchon étroit ou bague, qui n'a pas plus de 0'",08 ou 0",10 de longueur, et qui laisse

FiG. 286.

FiG. 287.

entre sa face intérieure et la paroi extérieure des tuyaux un espace annulaire destiné à être entièrement rempli de plomb. La confection du joint est fort simple ; on garnit de glaise le petit intex^valle laissé entre les deux tuyaux, on amène ensuite la bague et on la dispose au moyen de cales, on enroule de part et d'autre un bourrelet de glaise et on coule le plomb. Ce joint se prête comme le précédent aux effets de dilatation, mais il résiste moins bien aux tassements ; moins recommandable que le joint à emboîtement pour les conduites en tranchée, il a une supériorité incontestable pour celles placées en galerie, et c'est ce qui l'a fait préférer à Paris où la pose des conduites d'eau en égout est devenue la règle : U se démonte, en effet, très aisément et à froid ; la bague légèrement conique du côté interne peut être chassée à coups de marteau, la bande de plomb se découpe sans peine, et toutes les pièces peuvent être successivement enlevées sans qu'il y ait à en briser aucune.

On a imaginé, en outre, un grand nombre de joints présentant tels ou tels avantages spéciaux, auxquels on peut recourir au besoin dans les circonstances exceptionnelles où le joint ordinaire à emlDOîtement ne serait pas d'une application facile, ou ne donnerait pas de résultats satis.-

faisants. Les uns sont des joints précis obtenus par l'ajustement de piècfs l)réalablement tournées: brides s'appliquant exactement l'une sur l'autre et entre lesquelles on interpose seulement une couche de mastic au mi-

riG. 288. FiG. 289.

nium ou à la cérusc; bouts mâle et femelle dont l'un est introduit à forer dans l'autre, etc., de manière à donner des assemblages tout à fait ri<:ides et invariables. A ce type se rattache le joint de Neijer. Les autres, au contraire, sont mobiles ou flexibles, et trouvent des applications pour la pose des conduites formant siphons au travers du lit des cours d'eau, ou

FiG. 290. — Joint de Neyer. Fig. 291. - Joint Doré. Fig. 292. — Joint Badois.

supportées par des ponts métalliques exposés à de continuelles vibrations ; tel est le joint Doré, sorte d'articulation à genou formée par un cordon et un emboîtement, auxquels on a donné une forme sphérique, ou le joint Badois, qui en est une variante, et dans lequel l'étanchéité est obtenue au moyen d'une bague en caoutchouc; dans le joint Ward et Craven l'eui-

Fie. 293. — Joint Ward et Craven.

Fig. 294. — Joint hélicoïdal.

boitement seul est sphérique, le bout mâle porte des rainures multiples destinées à retenir le plomb en cas de mouvement de l'emboîtement ; on peut en rapprocher le joint hélicoïdal formant une sorte de fei'uieture à l)aïonnette.

L'emploi du plomb pour la confection des joints des tuyaux en fonte est presque général : il a sur toutes les autres matières par lesquelles on a prétendu le remplacer un avantage considérable, celui de se prêter au matage, c'est-à-dire d'être assez ductile pour céder sous le ciseau et

FiG. 205.

venir remplir les vides qu'a pu laisser l'opération de la coulée ou qui sé sont produits ultérieurement par l'effet de l'eau en pression. C'est sans succès, qu'on a tenté à maintes reprises d'y substituer le ciment ou des compositions diverses dans lesquelles entraient le soufre, la limaille de fer, la résine : la dépense est généralement moindre, mais l'étancliéité n'est pas aussi facile à obtenir, et tout joint où une fuite se produit est à refaire, A Munich, on a exécuté des joints à emboîtement, dans lesquels on a rempli l'espace annulaire au moyen de petits coins en IdoIs, chassés régulièrement et avec force, puis recoupés au ciseau et recouverts d'un lut. Dans quelques gares, en Autriche, il a été fait usage d'un mode d'assemblage assez original où la corde goudronnée est employée seule : c'est le jomt Pauhis, qui consiste en un manchon, recouvrant les abouts des deux tuyaux, dans lequel on introduit par un trou ac? hoc la corde goudronnée et que l'on fait tourner "de manière à y enrouler la. corde jusqu'à complet serrage et refus.

On reproche au plomb son prix élevé, l'emploi à chaud, l'obligation de recourir à des ouvriers spéciaux, exercés et habiles, enfui la nécessité de remplir le fond de l'emboîtement au moyen de corde goudronnée, qui donne parfois à l'eau un mauvais goût au début, et peut provoquer des olDstructions quand un bout de corde pénétrant à l'intérieur de la conduite vient à être entraîné par l'eau : mais le prix du métal a beaucoup baissé dans ces derniers temps ; d'autre part, quand l'emploi à chaud est incommode, on peut préparer d'avance des bandes de plomb que l'on introduit à froid dans le joint et qui ne tardent pas à faire corps par le inatage, et des soins attentifs ont raison des inconvénients attribués à la corde goudronnée.

C'est surtout en vue de rendre la pose plus facile et d'éviter l'inter-

FiG. 290. — Joint Lavril.

vention des ouvriers plombiers que, depuis un certain nombre d'aimées; on a cherché à propager l'emploi du caoutchouc pour la confection des

joints des tuyaux de fonte ; le travail se fait alors à froid et très rapidement, et le démontage est rendu extrêmement commode. Les dispositions imaginées pour l'application du caoutchouc aux joints des tuyaux de conduite en fonte sont fort nombreuses. Les unes comportent l'emploi de tuyaux de forme spéciale : ainsi, dans le joint Lavril, assez répandu en France, l'emboîtement est pourvu d'oreilles, sur lesquelles viennent

FiG. 297. — Joint Petit.

s'attacher des boulons servant au serrage de la contrebride, qui comprime l'anneau en caoutchouc, intercalé entre la paroi intérieure de l'emboîtement et le cordon du tuyau voisin ; dans le joint Petit, les abouts des deux tuyaux sont munis d'oreilles, que relient des pattes fixées sur les oreilles au moyen de broches ; dans le joint Delpeixlange, appliqué à

FiG. 298. — Joint Delperdange. Figr. 299.

Lille, une bague en caoutchouc vient recouvrir deux cordons sur lesquels elle est serrée au moyen d'un collier en fer. Les autres, au contraire, permettent l'utilisation des tuyaux ordinaires : tel est le joint Chappée (fig. 299), où la bague en caoutchouc introduite dans chaque emboîtement est serrée par le moyen de deux couronnes spéciales, dont l'une pénètre

FiG. 303.

à l'intérieur de l'emboîtement et dont l'autre s'attache sur le rebord extérieur; tel est aussi le joint construit par M. Gibault {fig. 300), qui s'ap-

g 3. - TUYAUX DE CONDUITE 331

plique aux tuyaux cylindriques unis employés à Paris pour l'assemblage Ibao-ue. Toutes ces dispositions donnent des résultats assez satisfaisants. Mais aucune ne se prête aussi aisément aux réparations ordinaires que les joints au plomb ; dès qu'une fuite se déclare, tout est à refaire, et on ne peut plus en avoir raison par un matage. D'autre part, l'économie qu'on invoque en faveur du caoutchouc est plus apparente que réelle ; l'emploi de tuyaux de forme spéciale ou de pièces additionnelles compense presque toujours la différence des prix de pose.

291. Pièces de raccord. — L'établissement des conduites d'eausuivant des lignes plus ou moins sinueuses et le raccordement des conduites entre elles ne peuvent se faire exclusivement au moyen des tuyaux droits, et supposent l'emploi d'un certain nombre de pièces diverses, destinées à former les parties courbes et angulaires ainsi que les embranchements, et qu'on désigne d'une manière générale sous le nom de pièces de raccord.

Quand, par exemple, dans la pose des conduites à emboîtement deux cordons viennent à se trouver en regard, il faut, pour les relier, employer une pièce à double emboîtement {fîg. 301), ou, comme on le fait plus ordinairement, un manclion {fg. 302), c'est-à-dire un bout de cylindre droit dont le diamètre intérieur est égal à celui de l'emboîtement. Les manchons reçoivent une longueur qui est au moins le double de celle de l'emboîtement ; à Paris, cette longueur est fixée à 0"',40. Ils servent à raccorder

FiG. 301.

FiG. 302.

entre eux les tuyaux coupés de tous les types, et sont employés dans les conduites à brides comme compensateurs, dans les conduites à emboîtement comme mode de jonction des bouts de tuyau substitués lors de chaque réparation au tuyau qu 'il a fallu casser. Parfois, on emploie des manchons en deux pièces demi-cylindriques reliées par des boulons et dits manchon s à coquille. La bague, usitée à Paris pour l'assemblage des tuyaux unis

FiG. 303. FiG. 301. FiG. 305.

posés en galerie, n'est autre chose qu'un manchon de très faible longueur.

Toute conduite terminée en impasse doit être fermée à son extrémité par uno plaque pleine en fonte ou en tôle, boulonnée sur l'about delà dernière pièce qui porte une bride percée de trous (firj. 303.) Cette pièce, appelée bout d'extrémité, est, suivant les cas, à cordon et à l)ride {fig. 304), ou à emboîtement et bride (fig. 305).

Pour passer d'un diamètre à un autre, il est nécessaire d'employer des pièces de réduction, de forme tronconique, dites cônes, qui peuvent recevoir d'ailleurs une longueur quelconque et se terminer par des cordons, des emboîtements ou des brides. Généralement les cônes sont assez courts,

. fl

Fig.

30G. Fie. 307.

car la perte de charge à laquelle ils donnent lieu est insignifiante, et il n'y a pas d'intérêt à les allonger. Dans la distribution d'eau de Paris, on n'emploie que des cônes à deux brides de 0"',iO de longueur (/îr/. 307|,

Fig. 308.

qui se raccordent avec les conduites de part et d'autre au moyen de bouts d'extrémité.

Les joints à bride et ceux à emboîtement se prêtent assez facilement

Fig. 303.

Fig. 310,

à un petit mouvement angulaire, permettant aux conduites de décrire des courbes de grand rayon ; il suffit d'employer avec les premiers des

rondelles biaises, et pour les autres de faire jouer un peu le bout droit à l'intérieur de l'eniboitenient. Mais, loi'sque le rayon des courbes devient

FiG. 31â.

FiG. 313.

trop petit pour qu'on puisse se contenter de ce procédé, il faut des pièces ; spéciales, au moyen desquelles on obtient entre deux tuyaux consécutifs une déviation angulaire plus considérable. A Paris, on emploie d'abord la bague biaise {fig. 309), qui correspond à un angle de 3 à 9 degrés iseulement, d'autant plus petit d'ailleurs que le diamètre de la conduite ;est plus grand ; puis le manchon courbe {fig. 310), dont l'angle est un ^seizième de cercle ou 22°5. Si l'on veut que la partie courbe décrive un arc plus allongé, on emploie des coudes au seizième eu au huitième, pièces courbes formées d'une portion de tore se terminant de part et d'autre par des bouts droits à cordon, à emboîtement ou tà bride; quelquefois aussi, mais plus rarement, •et pour les petits diamètres seulement, des couides au quart qui correspondent à un angle de '90». L'axe du tore ou de la partie courbe est lun arc de cercle, dont le rayon est fixé par l'al- 'bum des types de la Ville de Paris à 0"',50, pour (les tuyaux de petite dimension jusqu'à 0",25, à

FiG 3H.

1",50 pour les diamèitres de 0'",25 à 0'",80, à 2 mètres pour ceux de 1 mètre et de 1™,10.

Dans les réseaux où les conduites secondaires se raccordent tangenitiellement aux conduites principales, on a recours pour les branchements là des pièces spéciales, tuyaux ou bouts de tuyaux munis d'une ou plu-

FiG. 31.5.

Fig. 310.

sieurs tubulures courbes, dont la forme et les dimensions peuvent vaiùer à l'infini. Mais, dans les réseaux où les branchements se font à angle

droit, ce qui est le cas le plus général au moins en France, une aussi grande variété n'est pas nécessaire, puisque les tubului-es ne prennent

FiG. 317.

qu'une seule position, la position normale, par rapport aux bouts de tuyaux qui les portent, et que les pièces spéciales ont nécessairement la forme

FiG. 318. FiG. 319.

d'un T ; elles peuvent encore différer par les longueurs respectives de? deux branches du T et par la nature de leurs abouts. Les ?7ianchons à

tuhxaxwe ifig. 321), employés à Paris, sont semblables aux manchons ordinaires ou manchons droits, sauf l'addition d'une tubulure unique toujours à bride; leur longueur est aussi réduite que possible, et varie avec le diamètre de la tubulure sans descendre au-dessous de0",40; la saillie de la tubulure, fixée à 0^,15, a pour objet de faciliter la pose et le serrage des boulons. Quand la tubulure doit servir à la décharge d'une conduite, elle se place non plus horizontalement comme pour les; embranche-

Pic

§ s. — TUYAUX DE CONDUITE 335

ments, mais verticalement au-dessous de la conduite de manière à en permettre la vidange complète ; si, par exception, l'emplacement dont on dispose ne se prête pas à cet arrangement, on emploie parfois des pièces un peu différentes où la génératrice inféiùeurede la tubulure se l'accorde avec la génératrice inférieure du manchon et qu'on appelle manchons à tubulure tangente (fig. 322.) La forme des manchons à tubulure est peu favorable à la résistance, lorsque le diamètre de la tubulure devient égal à celui du manchon ;

la pièce présente alors (Jes parties aplaties qui peuvent céder sous une forte pression, surtout quand il s'agit du raccordement de très grosses conduites : aussi a-t-on étudié à Paris et appliqué quelquefois un type un peu différent, composé d'une sphère à trois tubulures, dont deux unies et une troisième à brides. 323.

Aux carrefours des voies publiques, oùi^lusieurs conduites d'eau viennent se croiser, on peut relier ces conduites entre elles par des manchons à plusieurs tubulures ; on peut aussi, comme cela se faisait souvent autrefois et se fait encore dans quelques villes, disposer des boîtes de cUstribiLtion, sortes de caisses en fonte munies de tubulures et dont

Fig. 322.

la partie supérieure est un peu surélévée, afin de recueillir l'air qui circule dans les conduites et d'en faciliter l'extraction. Mais, en général, on renonce à employer des pièces aussi compliquées, qui ne se prêtent pas à des modifications ultérieures, et qu'on ne remplace pas facilement en cas d'accident.

Au reste, la pratique a montré qu'il y a grand intérêt à restreindre autant que possible le nombre des pièces de raccord. Il est indispensable, en effet, pour la facilité de l'entretien, d'avoir toujours en magasin des rechanges pour tous les types, sans quoi la rupture d'une pièce pourrait entraîner quelquefois une longue interruption de service et prendre les proportions d'un désastre ; dès lors on conçoit que, si les modèles étaient multipliés outre mesure, il faudrait, pour constituer un approvisionnement suffisant, s'imiibsér-'des dépenses considérables et

donner aux déj)ôls un énoi'me développement. Il faut donc savoir so limiter et sacrifier de propos délibéré à la considération si importanli: de l'entretien certains petits avantages théoriques, qu'on serait parfois tenté d'exagérer sans profit véritable et au grand détriment de la sécurité du service. C'est là ce qui a fait renoncer, et à l)ien juste titre, aux raccords tangentiels, aux boîtes de distribution, etc ; c'est là aussi ce qui a conduit à fixer les angles et les rayons de courljure des pièces courbes, et à l'echercher, pour les pièces de raccord en général, les foi'mes les moins encombrantes et les poids les plus réduits.

292. Tuyaux de plomb. — Le plomb a été longtemps le seul métal qu'on sût employer à la confection des conduites d'eau : on coulait en plomb au siècle dernier des tuyaux de 0'",210 de diamètre et de 4 mètres de longueur ; il en a été employé de dimensions plus grandes encore à Versailles. Mais, depuis l'application de la fonte à cet usage, on ne se sert plus du plomb pour la fabrication des tuyaux de gros diamètre ; sa faible ténacité, 19 fois moindre que celle de la fonte, sa densité une fois et demie plus forte, son prix encore aujourd'hui trois fois plus élevé, le placent dans un état d'infériorité manifeste.

Au contraire, pour les canalisations de petit diamètre, pour les branchements de prise qui vont des conduites publiques aux maisons, pour les colonnes montantes qui i-elient ces branchements aux étages, pour les conduites de distribution intérieure, le plomb est encore employé de préférence à la fonte ou au fer, à cause de la facilité avec laquelle il se courbe et décrit les lignes les plus sinueuses, à cause aussi de sa propriété de fondre à une faible température et de se prêter par suite achuirablement aux raccordements avec les appareils, aux modifications et aux réparations par voie de soudure. Il conserve d'autre part une certaine valeur aj)rès la dépose.

Le plomb se trouve dans le commerce sous la forme de tuyaux continus, obtenus à froid ou à chaud par voie d'étirage ou de compression, et livrés en couronnes de 10 mètres de longueur pour les petits diamètres et de longueur moindre pour les gros. Dans la fabrication courante, les diamètres varient en général, de 0">,010 et moins à O^.IOO ou 0",108, et les épaisseurs réglementaires à Paris sont les suivantes :

Diamètre de 0,010 0,003

— 0,021 et au-dessus 0,007

L'assemblage des tuyaux de plomb se fait soit à chaud et par voie de soudure, soit à froid au moyen de brides. Dans le premier cas, les abouts des deux tuyaux à réunir sont taillés en sifflet, bien décapés, enduits d'une composition liquide destinée à empêcher l'oxydation, puis empâtés dans une certaine quantité d'un alliage composé de 3 parties de plomb

et 5 d'étain, ([ui constitue la soudure et qui fond à la flamme dé la lampe à alcool. Dans le second cas chacun des deux abouts est passé à ti-avers une bride en fer, sur laquelle on le rabat au marteau en forme de collet ;

l'iG. 3-2i;.

puis on les rapproche en interposant un cuir (jras, et on les serre l'un contre l'autre par l'intermédiaire des petits boulons passés dans les brides.

On sait que les sels solubles de plomb ont des propriétés toxiques, et que l'eau dans laquelle ils seraient dissous, même en faible quantité, ne pourrait être consommée sans inconvénient pour la santé : aussi s'eston maintes fois demandé si l'emploi du j^lomb pour la confection des conduites d'eau ne doit pas être pi-oscrit. La question remonte à la plus haute antiquité puisqu'on la trouve ti^aitée par Hippocrate, et, de temps à autre, un incident vient la remettre sur le tapis et provoquer le renouvellement de la guerre au plomb en fournissant quelques nouvelles armes à ses adversaires. Le fait même de l'emploi continu et universel du plomb prouve de la manière la plus certaine que le danger qui en résulte est sans importance véritable, et il n'y a peut-être pas lieu de s'en préoccuper autrement que de l'usage du cuivre, pour la fabrication de maint ustensile de cuisine '. En effet, la plupart des eaux potables n'attaquent guère le plomb ; il faut pour qu'elles en dissolvent quelques traces qu'elles soient très pures, riches en oxygène et restent longtemps en contact avec le métal : les nitrates, les chlorures, les sels ammoniacaux parraissent faciliter l'action de l'eau sur le plomb, les carbonates, les sulfatf^s, les phosphates semblent l'empêcher. Presque toujours, d'ailleurs, il se forme sur la paroi intérieure du tuyau un dépôt adhérent (|ui joue le rôle d'un enduit protecteur ; les eaux calcaires surtout donnent lieu à un dépôt de ce genre, aussi est-il rare qu'elles attaquent le plomb d'une manière sensible. Quoi qu'il en soit, il convient d'éviter que l'eau, surtout si elle est pure, reste longtemps stagnante en présence du plomb ; et l'on recommande avec raison de ne pas faire usage de l'eau qu'on retire d'abord d'une canalisation en plomb neuve ou n'ayant pas

1. La Commission anglaise de la Pollalion des rivières a taxé d'exagcralion la crainte de l'empoisonnoment de l'eau par le plomb.

l'ait de service depuis un certain temps. II y a lieu d'oljserver en- outre que les tuyaux exi)Osés alternativement à l'air et à l'eau, comme ceux des distributions d'eau à service intermittent, sont plus facilement attaqués que ceux qui sont toujours pleins d'eau, et que les actions chimiques sont particulièrement à craindre lorsque le plomb n'est pas pur et contient un peu de zinc.

On a proposé de recouvrir le plomb d'un enduit intérieur, dû à une action chimique provoquée par l'introduction dans les tuyaux d'un sulfure ou d'un phosphate alcalin : il se produit alors un sel de plomb insoluble qui défend le métal contre toute attaque ultérieure. Dans le même ordre d'idées M. Hamon, en France, et M. Haine, en Angleterre, ont imaginé de substituer aux tuyaux de plomb ordinaire des tuyaux de plomb étamô considérés comme inoffensifs, parce que les composés d'étain sont insolubles et non toxiques ; ils ont fait fabriquer des tuyaux de plomb revêtus intérieurement d une chemise adhérente en étain d'un demi-millimètre d'épaisseur ; ces tuyaux se courbent aisément mais ils coûtent assez cher et la difficulté se représente d'ailleurs aux soudures qu'il faudrait également supprimer en employant, comme on l'a tenté en Amérique, des pièces de raccord en bronze étamé.

293. Tuyaux de fer. — Le fer ou plutôt la tôle peut rendre des services pour la confection de conduites forcées de très gros diamètres, qu'on n'a pas encore osé aborder avec la fonte ; mais ces dimensions exceptionnelles, que réclament tout au plus les siphons des grands aqueducs, ne trouvent point d'applications dans les distributions proprement dites.

On y a fait néanmoins assez souvent usage du fer, à cause de sa résistance considérable à la traction, qui permet de l'employer sous des épaisseurs bien moindres que la fonte et de réduire en conséquence très sensiblement le poids et le prix des tuyaux. Mais on a dû s'ingénier à le protéger, par des enduits intérieurs et extérieurs de diverse" natm-e, contre la rouille, à laquelle il est très exposé et qui le détruit rapidement.

Ainsi les tuyaux en fer, du type le plus répandu, au moins en France, sont en tôle plombée, enduits intérieurement de bitume et de cire, et revêtus à l'extérieur d'une couche épaisse de bitume, qui leur donne de la rigidité et en facilite le transport et la pose. Les tuyaux de ce type, dits tuyaux en tôle et bitume ou tuyaux Chameroy, du nom de l'inventeur, se fabriquent en entourant le cylindre en métal, i-ivé et soudé, de ficelle goudronnée, et le roulant sur une table, où l'on a étendu lebitume sur 1 à 2 centimètres d'épaisseur, après y avoir d'abord répandu un peu de sable fin {fig. 327). Ils s'assemblent à emboîtement : le bout mâle, fort court et garni de métal fusible, porte des rainures peu profondes, dans lesquelles on enroule de la filasse imprégnée de graisse avant de l'introduire dans le bout femelle également revêtu de métal fusible. Malgré

1.1,90 d'oprès l'ingénieur Richards, si le prix du tuyau de plomb est pris pour unilé.

la dépense de main-d'œuvre que comporte la confection de ces tuyaux, et malgré l'abaissement considérable du prix de la fonte dans les dernières années, ils ont conservé sur les tuyaux en fonte l'avantage du bon marché, ce qui s'explique si l'on observe que l'épaisseur de la tôle est respectivement de 0",0012, 0'",0017, et 0",003i pour les diamètres de 0",10, 0'",25 et 0'",50, tandis qu'on donne à la fonte 0'",010, 0™,012 et 0'",016 pour les mêmes diamètres. Il est vrai que les tuyaux en tôle et bitume sont beaucoup moins durables, et qu'à la dépose ils n'ont plus aucune valeur, alors que la vieille fonte se vend encore un tiers du prix de la fonte neuve; d'autre part, les raccordements des conduites entre

FiG. 327. FiG. 328.

elles et les branchements ne s'y font pas aussi bien, et l'on est obligé de recourir à la fonte pour presque toutes les pièces autres que les tuyaux droits.

Aux États-Unis, on a aussi employé dans quelqu.es distributions d'eau des conduites de fort diamètre en fer asphalté ou revêtu de ciment; dans ce dernier cas, le joint est formé d'un manchon en tôle noyé dans un épais bourrelet de ciment {fig. 328).

Mais c'est surtout pour les conduites de petite section, pour les branchements de prise et pour les distributions intérieures, et en remplacement du plomb, qu'on a cherché à utiliser le fer et qu'il est peut-être appelé à i-endre le plus de services. Les tuyaux Ganclillot, en fer étiré,

Fig. 329.

avec assemblage à vis, ont trouvé des applications, bien qiïe le métal n'y soit pas protégé contre l'action de l'eau, qui peut s'y charger de sels de fer tout en provoquant une usure rapide ; la fabrication de ces tuyaux a reçu un certain développement et on trouve dans le commerce des raccords de toutes formes et de toutes dimensions. On doit leur préférer en général les tuyaux protégés contre l'oxydation par un revêtement quelconque. Parmi les procédés emplo-yés pour ' obtenir cet enduit pro-

lecteur, nous citerons en prenuère ligne la fjalvunisation, qui s'applique aisément aux tuyaux en fer étiré et consiste à les ijlonger dans un bain de zinc fondu, après les avoir décapés à l'acide; le zinc, il est vrai, n'est peut-être guère préférable au plomb au point de vue hygiénique, d'autant qu'il est rarement pur^ et sa présence ne fait que retarder l'oxydation du fer qui se produit aussi rapidement, sinon plus, dans tous les points où il est mis à nu; quoi ({u'il en soit, un certain nombre de villes d'Amérique et plusieurs villes allemandes, parmi lesquelles Augsbourir, Baden-Baden, Bamberg, Bayreuth, Heidelberg, Carlsruhe, Saarbrûck, Stuttgart, Ulm, })araissent avoir obtenu des résultats satisfaisants avec les tuyaux en tôle galvanisée, à la condition d'exiger que la fabrication en soit extrêmement soignée. On a fait aussi des tuyaux en fer éUmicH à l'intérieur, mais le travail en est difficile et le prix élevé. Les tuyaux en fer et ciment sont employés quelquefois pour les distributions intérieures aux Etats-Unis. Le fer émaillé a reçu également quelques applications; mais l'émail ne peut être étendu aux raccords, où il faut y suppléer par une composition qui n'a pas les mêmes qualités; on doit s'attendre, d'ailleurs, à le voir se fendiller assez vite par l'effet des variations de température, de sorte qu'il ne constitue guère qu'une protection temporaire '. Enfin, on a essayé de mettre le fer à l'abri de la rouille par une méthode qui consiste à le recouvrir d'un oxyde noir magnétique, et qui est connue sous le nom de procédé Bower-Barff : les tuyaux sont chauffés dans un four spécial à la température convenable pour la production d'une couche mince de sesquioxyde; puis on fait passer un courant d'oxyde de carbone, qui réduit le sesquioxyde et le ramène à l'état d'oxyde magnétique. De tous ces genres de tuyaux, aucun ne se pré.sente en somme avec une supériorité telle qu'il puisse s'imposer d'une manière générale, et les canalisations en fer sont relativement peu répandues jusqu'à présent : même en Allemagne et en Amérique, où la question a donné lieu à des études sérieuses et à des discussions approfondies, c'est encore le plomb qui" l'emporte.

294. Conduites en terre. Conduites en galerie. — Les conduites de distribution d'eau sont presque toujours posées sous les voies pubhques ;

i. Voici quels seraient, d'après l'ingénieur Richards, les prix respectifs de fourniture de quelques types de tuyaux en fer, le prix des tuyaux en plomb étant pris pour unité :

Fer étiré simple 0,'16

— galvanisé 0,50

— cimente 0,58

— émaillé 0,(35

La pose en est plus chère que celle du plomb.

§ 4. — POSE DES CONDUITES S'il

le plus souvent, elles sont placées en terre, au fond d'une tranchée étroite; rarement en galerie, c'est-à-dire à l'intérieur de souterrains à parois maçonnées, construits dans ce but spécial ou remplissant en même temps l'office d'égouts.

Le premier mode, de beaucoup le plus économique, est appliqué d'une manière générale; le second ne se rencontre guère qu'à l'état d'exception et dans les très grandes villes.

Il suffit de donner à la tranchée une profondeur suffisante pour que les conduites en terre soient à l'abri des variations de température et des risques d'écrasement ou de rupture. Les fuites, s'il s'en produit, se révèlent d'ordinaire par l'apparition de l'eau à la surface, puisqu'elle est en pression et tend à jaillir à travers le revêtement de la chaussée, pour peu que la ligne de charge soit, comme cela est de règle, supérieure au niveau du sol; il suffit d'ouvrir une tranchée pour en découvrir la cause et effectuer la réparation, de sorte que la surveillance et l'entretien ne présentent pas de difficulté. Sans doute il se produit parfois certains incidents fâcheux : dans un terrain très perméable, par exemple, une fuite peut rester longtemps invisible et donner lieu à un éboulement souterrain, qui détermine, au bout de quelque temps, un effondrement brusque de la chaussée, ou le tassement et la rupture de la'conduite, ou encore des infiltrations dans les caves du voisinage; dans un terrain imprégné d'eau et contaminé par des puisards ou des fosses perdues, une conduite où certaines manœuvres détermineraient un vide momentané, pourrait recevoir du dehors des apports malfaisants; la surface extérieure des tuyaux directement en contact avec la terre humide est exposée à une action destructive avec laquelle il faut compter parfois, etc. Mais ces incidents sont assez rares pour qu'il n'y ait pas à s'en préoccuper d'ordinaire ; tout au plus devra-t-on, pour les ^Drévenir, prendre quelques précautions particulières dans certains cas excejDtionnels. Malgré les inconvénients qu'elle peut avoir ainsi quelquefois, la pose en terre donne en somme de bons résultats, et il faut des circonstances toutes spéciales pour qu'on soit conduit à y substituer la pose en galerie.

Ces circonstances, d'après Dupuit, seraient les suivantes: galei-ie existante ou nécessaire pour un autre usage, voie publique étroite et très fréquentée, tranchée profonde, conduite de gros diamètre, grande pression de l'eau. Dans de semblables conditions, en effet, il y a d'une part un très grand intérêt à éviter les fuites en terre, qui pourraient prendre des proportions graves et amener des désastres, en même temps qu'à supprimer les ouvertures fréquentes de tranchées, si gênantes pour la circulation ; et d'autre part la dépense supplémentaire reste dans des Hmites assez restreintes. Avec les conduites en galerie, tout danger d'infiltration disparaît et l'eau qui s'échappe par les fuites trouve un écoulement assuré ; la pose se fait souterrainement ainsi que les réparations,

3i8 CHAPITRE XII. — DISTRIBUTION GÉNÉRALE

la surveillance est rendue très facile, et les visites peuvent être l'épétées fréquemment ; rien n'empêche de renouveler l'enduit protecteur destiné à défendre la paroi extérieure des conduites contre la rouille ; les tuyaux sont à l'abri des chocs, des tassements, des ruptures ; enfin ils n'éprouvent pas plus de variations de température que lorsqu'ils sont en terre, pourvu qu'il n'y ait dans les galeries ni courants d'air violents ni écoulement d'eaux chaudes venant de l'extérieur. Ces avantages sont très appréciables ; mais il ne faut pas se dissimuler que, s'il faut, pour les obtenir, construire tout exprès les galeries à grande section nécessaires pour le transport, la pose, la visite et la réparation des conduites, ils seront achetés fort cher ; remarquons d'ailleurs, en passant, que la dépense à faire pour la galerie ne varie que bien peu avec le diamètre des tuyaux, de sorte qu'elle est relativement moindre pour les grosses conduites que pour les petites et partant plus justifiée. Quand on dispose, comme à Paris, d'un réseau de galeries visitables pour l'écoulement des eaux d'égout, il y a peu de chose à faire pour le mettre en état de recevoir les . conduites d'eau, et on doit évidemment sans hésitation adopter d'une manière systématique la pose en égout. On devra y recoui-ir aussi, quelque coûteuse qu'elle puisse être, quand les conduites auront à passer sous des chaussées imperméables, où les fuites ne sauraient apparaître au dehors, dans un sol médiocre et auprès de hautes maisons, de telle sorte que toute infiltration pourrait amener des dégâts importants, sous les voies ferrées, etc. A Londres et dans quelques villes des Etats-Unis, on a construit souvent à côté ou au-dessus des égouts d'autres galeries spécialement destinées à i-ecevoir les conduites d'eau.

295. Dispositions des conduites en plan et en profil. — Lorsque dans une rue il doit y avoir une conduite d'eau unique, on la place ordinairement au milieu, afin que les branchements de part et d'autre soient d'égale longueur. Si la voie publique empruntée est très large, on évite souvent l'obligation de recourir à de longs branchements transversaux, en remplaçant la conduite unique par deux conduites de plus petit diamètre, symétriquement placées de part et d'autre. Certaines considérations spéciales peuvent d'ailleurs intervenir, et faire préférer suivant les cas des emplacements différents : ici, on devra éviter une voie de tramway, là ménager les plantations ; tantôt on recherchera les trottoirs où les tranchées sont moins gênantes, les affaissements possibles moins dangereux, la réfection du revêtement moins coûteuse; tantôt, au contraire, on s'en écartera par crainte d'infiltrations dans les maisons ou pour éviter le voisinage des conduites de gaz, etc.

Les sinuosités doivent être réduites autant que possible ; et, s'il faut admettre des courbes, il y a lieu de les disposer de manière que la pose des tuyaux s'y fasse sans difficulté, soit en profitant de la flexibilité des joints, soit en recourant aux pièces courbes de rayon déterminé qui font partie de la série des raccords ordinaires. L'expérience permet de déter-

miner aisément les rayons de courbure limites dont il convient de ne pas s'écarter ; on devra, au reste, préférer les petits rayons aux grands, parce qu'ils ramènent en quelques points bien déterminés l'effort des pressions intérieures, qu'il devient dès lors plus facile de contre-butcr afin d'éviter les déboîtements possibles.

Dans le cas de pose en égout, il n'y a évidemment qu'à suivre le tracé des galeries empruntées, si elles ont été construites antérieurement ; mais, quand l'établissement de ces galeries est entrepris en vue de la pose des conduites, on doit avoir soin de donner aux courbes les rayons convenables pour y faciliter le passage des tuyaux.

Le profil des conduites posées en terre ne diffère pas en général de celui du sol ; la tranchée reçoit partout exactement la profondeur normale admise, et le fond est parallèle à la surface. Quelquefois seulement, le sol présentant des inflexions multipliées, la conduite est posée suivant un profil moins accidenté, qui est obtenu en faisant varier la profondeur de la tranchée ; quelquefois aussi, faute d'une charge suffisante, l'eau ne pourrait franchir un point haut, et il devient nécessaire d'enfoncer profondément la conduite dans le sol en l'enveloppant au besoin dans une galerie ; d'autres fois, il faut l'élever ou l'abaisser pour éviter un obstacle, j^asser au-dessus ou au-dessous d'une conduite ou d'un égout transversal, la mettre à l'abri des atteintes d'une nappe d'eau souterraine, etc.

296. Profondeur des tranchées. — Quant à la profondeur normale des tranchées, elle est déterminée par la nécessité de laisser au-dessus des tuyaux une épaisseur de terre assez grande pour les défendre à la friis contre tout danger d'écrasement et contre les effets de la gelée. De ces deux conditions, la première conduit à réserver entre le sol et le dessus de la conduite une hauteur variable suivant le mode de revêtement du sol et la nature de la circulation, plus grande sous une chaussée en terre parcourue par de lourds véhicules que sou^ une chaussée pavée fréquentée par des voitures légères, plus petite sous un trottoir, et comprise entre 0"^,40 et l'^jSO dans les cas les plus ordinaires ; la seconde a des conséquences différentes suivant les climats. Kônig, pour l'Allemagne, demande 1",50 à 2 mètres de terre au-dessus des conduites; Dupuit, pour la France, indique seulement l'°,40; à Paris on se contente de l'",20, et souvent dans nos pays, on a pu descendre au-dessous sans inconvénient. Il est évident qu'on devra choisir le plus élevé des deux chiffres fournis par l'une ou l'autre considération ; en y ajoutant le diamètre du tuyau et le double de son épaisseur, on aura la profondeur à donner à la tranchée.

Lorsqu'on a eu soin de remplir les conditions qui viennent d'être indiquées, la température de l'eau qui circule dans les conduites varie extrêmement peu ; de sorte qu'il ne faudrait pas compter sur l'influence du sol, même durant un long parcours, pour échauffer ou rafraîchir cette

eau dans des proportions sensibles. Ne sait-on pas, au reste, que, dans les régions à climat tempéré, un tuyau de gros diamètre, dans lequel l'eau a un écoulement constant et de vitesse modérée, ne gèle pour ainsi dire jamais? Fanning cite des tuyaux dans ces conditions qui n'ont point gelé au-dessous d'une rivière où la glace acquiert quelquefois une épaisseur de 0'",30. Il n'en est pas de même évidemment si l'eau reste stagnante, de sorte que les conduites en impasses des réseaux ramifiés sont plus exposées à souffrir de la gelée que les circuits fermés des réseaux maillés ; elles le sont d'autant moins d'ailleurs que les diamètres des tuyaux sont plus grands.

297. Dispositions particulières dans certains cas spéciaux. — Les tuyaux se posent ordinairement au fond des tranclié(!S, sans aucune préparation préalable ; mais ce mode d'opérer suppose (|ue le terrain est suffisamment résistant. Dans le cas contraire, si la tranchée est ouverte, par exemple, dans un teri'ain meuble, sans homogénéité, exposé à des terrassements inégaux, comme un remblai de mauvaise qualité, il faut prendre quelques précautions : poser les tuyaux sur des dosses de bois ou sur des madriers portés par de petits pieux, sur un lit de béton ou sur des arcades légères s'appuyant sur des piliers en maçonnerie. Quelquefois, on se contente de disposer des supports isolés, pieux ou piliers, de distance en distance, et d'y appuyer directement les tuyaux ; mais ce système n'est pas recommandable, car il peut donner lieu à des tassements inéo-aux et par suite à des ruptures. Aussi doit-on éviter avec soin de faire porter les conduites sur les restes de maçonnerie, sur les anciennes fondations qu'on rencontre parfois dans les tranchées : ce sei-ait les exposer à se briser en ces points au bout de quelque temps.

Lorsqu'on a deux conduites à poser dans la même voie publique, on peut être tenté de n'ouvrir qu'une seule tranchée pour les recevoir toutes deux, par mesure d'économie. Mais cette pratique doit être proscrite : tout accident sur l'une des conduites en amènerait en effet fatalement un autre sur la conduite voisine ; et, en cas de fuite, on ne saurait discerner aisément celle qui appelle une réparation. L'exemple de Francfort-sur-le-Mein, où les conduites de service ont été placées quelquefois dans les mêmes tranchées que les conduites maîtresses, ne paraît pas devoir être suivi.

Si, à la rencontre d'un égout, le profil de la conduite ne saurait être dévié de manière à la faire passer au-dessus ou au-dessous, on peut percer les maçonneries et poser les tuyaux en travers de l'égout, en réservant l'espace nécessaire pour l'écoulement de l'eau ou la circulation. Tantôt les tuyaux sont laissés à nu, tantôt on les enveloppe d'un fourreau ou manchon ; mais, dans tous les cas, il faut éviter de les faire porter sur les maçonneries.

Pour franchir les cours d'eau, les conduites empruntent prcs(pie toujours les ponts existants. Lorsqu'ils sont en maçonnerie, une galerie est

pratiquée, sous les trottoirs de préférence, et recouverte soit de dalles en pierre ou de plaques de fonte, soitd'une voûte aplatie(/t(/. 330). Au passage des ponts en fer, on peut suspendre les tuyaux entre les poutres, les placer en encorbellement; ou leur ménager un logement au-dessus des i)ièccs de pont; mais alors il est presque toujours indispensable de choisir un mode de joints assez flexible pour se prêter aux oscillations de l'ouvrage. Dans le cas, fort rare, où le pont ne pourrait pas supporter surcroît' de charge résultant du passage des tuyaux, force serait do

FiG. 330. fiG. 331.

recourir à des supports spéciaux, ou de poser la conduite en siphon dans le lit même du cours d'eau. Il arrive parfois qu'un pont en maçonnerie n'a pas une voûte assez épaisse pour qu'U soit possible d'y loger la o-alerie destinée à recevoir une conduite d'eau : rien n'empêche alors de couper entièrement la voûte et de laisser la conduite faire saillie en des.sous, soit qu'elle reste apparente, soit qu'on l'enveloppe dans un fourreau ou une bâche en métal ou en bois [ficj. 331).

298. Pose en tranchée. — L'ouverture des tranchées destinées à recevoir des conduites d'eau ne présente aucune particularité. Leur largeur doit être telle qu'un homme puisse y travailler sans gêne, ce qui^^suppose au moins 0-^60 à 0",70 d'ouverture au niveau du sol, quel que soit le diamètre des tuyaux : la même largeur suffit tant que le diamètre reste inférieur à 0'",40 ; au delà, il faut l'augmenter suivant les besoins. On a recours à des étalements si le terrain est ébouleux, mais en ayant soin de disposer les étrésillons de manière à ne point entraver la descente des tuyaux. Le fond est réglé avec soin suivant le profil arrêté ; puis, si la tranchée est un peu étroite pour le niatage, on prépare des niches, pour le faciliter, au droit de chaque joint.

Les tuyaux sont alors descendus dans la tranchée, ce qui se fait sans chfficulté aucune pour les petits diamètres ; pour les gros, le poids des pièces à manier devient considérable et il faut recourir à des engms spéciaux. Le plus souvent on fait usage d'un chariot roulant placé en travers de la tranchée et dont les supports s'appuient sur le sol de part et d'autre ; un double treuil, disposé à la partie supérieure du chariot, sert à manœuvrer les chaînes ou les cordes auxquelles on suspend le tuyau, et qu'il suffit de laisser filer ensuite pour le descench-e dans la fouille,

m CHAPITRE XII. DISTRIBUTION GÉNÉRALE

quand le chariot a été amené au point convenable : on facilite la manœuvre en faisant porter les roues ou galets du chariot sur des chemins en madriers ou sur des raiïs. D'autres fois on pose au fond de la tranchée une petite voie ferrée, sur laquelle circule un truc, qui vient recevoir les pièces de fonte au pied d'un plan incliné servant à en opérer la des-

FiG. 332.

cente, et les transporte au lieu d'emploi. Dans tous les cas, et afin d'éviter de fausses manoeuvres, des pertes de temps et des frais inutiles, il faut examiner chaque pièce avec soin, la sonner au marteau, s'assurer qu'elle n'a pas souffert pendant le transport, avant d'en opérer la descente.

Quand il y a un certain nombre de tuyaux en place au fond de la tranchée, on entreprend la confection des joints. Il ne serait pas bon de descendre plusieurs tuyaux à la fois, après avoir fait les joints correspondants hors de la fouille, car les manœu.vres en les ébranlant compromettraient ces joints ; tout au plus un tel mode d'opérer est-il admissible pour de petites pièces faisant partie de raccords compliqués, et plus particulièrement pour des pièces à brides. Si les joints sont à emboîtement, on s'assure, avant de couler le plomb et au moyen d'un petit gabarit spécial, que l'esjDace annulaire réservé est bien régulier et qu'il a partout la profondeur de 0'",04 ; on fait ensuite la coulée, puis on procède

au matage.

Il est extrêmement utile de faire l'épreuve des joints avant de remblayer la tranchée. A cet effet, dès qu'un tronçon de conduite est terminé, on place à l'extrémité une plaque pleine provisoire et on la contre-bute solidement; puis on remplit la conduite, et, au moj'en d'une pompe de comiDression on y élève la pression jusqu'à la limite fixée ; on vérifie alors que les joints ne perdent pas d'eau, qu'aucune fuite ne se produit, ou, si des filets d'eau apparaissent, on complète le matage des joints correspondants. Assez souvent, quand il s'agit de conduites reliées à un réseau en service, on n'a point recours à la pompe de compression, et l'on se contente de soumettre les tronçons à éprouver à la pression

§ 4. — PORE DES CONDUITES 347 même qu'ils devront supporter normalement. Dans le cas, au contraire, où l'on établit une canalisation nouvelle, il peut être parfois difficile de se procurer l'eau nécessaire aux épreuves, de sorte rxu'il y faut renoncer : il v^ sans dire qu'il y a lieu de redoubler alors de soin pendant la pose et de surveiller de près la conduite pendant les premiers temps. Il se produit assez souvent des ruptures au moment des épreuves par l'effet des coups de bélier, si l'on n'a pas convenablement assuré le dégagement de l'air, ou si l'on ne procède pas au remplissage de la conduite avec la prudente lenteur qu'il convient d'apporter à cette opération.

Enfin il reste à remblayer la tranchée, en pilonnant les terres en plusieurs couches pour diminuer autant que possible les tassements; quoiqu'on fasse, ils sont d'ailleurs inévitables, aussi faut-il attendre quelque temps avant de procéder au rétalîhssement défimtif de la

chaussée ou du trottoir.

299 Butées. — Lorsque des conduites de fort diamètre sont soumises à des pressions considérables, il ne faut' jamais omettre de les contrebuter convenablement tant aux coudes qu'aux extrémités. En ces divers points, en effet, la poussée de l'eau tend à déboîter les tuyaux, et, à

FiG. 333.

moins que les joints résistent par eux-mêmes, comme c'est le cas pour les joints à brides solidement maintenus par les boulons, il peut arriver qu'ils s'ouvrent et donnent lieu à des fuites plus ou moins graves. On calcule aisément l'importance de l'effort auquel il s'agit d'opposer une résistance appropriée : à l'extrémité d'une conduite c'est la pression même qui s'exerce normalement sur la partie mouillée de la plaque de fermeture ; dans un coude, c'est la résultante des poussées suivant la bissectrice de l'angle formé par les deux tronçons delà ccupciAB conduite.

La résistance s'obtient soit en appuyant les conduites sur la paroi de la fouille et contre le sol vierge, s'il est assez compact, soit plus généralement en établissant tout exprès des massifs de maçonnerie qui résistent par leur poids. Le calcul de ces massifs est fort simple : il suffit d'en composer le poids avec l'effort dû à la poussée de l'eau, pour obtenir la résultante ; et l'on s'assure que cette résultante

FiG. 33 i.

passe dans la base même du massif, et à une distance suffisante do l'arête extrême pour donner toute sécurité.

300. Pose en galerie. — Quand les conduites sont placées en galerie, les tuyau.K sont le plus souvent supportés par des consoles en

JôL.

KiG. :i35.

fonte scellées dans l'une des parois en maçonnerie, à- la naissance de la voûte ou un peu au-dessous, et qui présentent une partie courbe épousant la forme du tuyau, afin de lui donner une assiette solide : cbaque

FiG. 337. - Affi-afc.

FiG, 338. — Arc-boulanl.

tuyau est porté par deux consoles. Pour empêcher les mouvements de la conduite, on l'attache de distance en distance au moyen d'agrafes ou

FiGi 339. — Conduite sur consoles.

de colliers en fer retenus dans les maçonneries par des scellements en queue de carpe, ou on le maintient par des arcs-boutants également en fer, s'appuyant sur les maçonneries par l'intermédiaire de plaques de métal.

Les butées aux extrémités ou aux coudes sont formées, soit par des barres de fer ou des poutres en I s'appuyant sur le radier, la voûte ou les piédroits de la galerie, soit par des massifs de maçonnerie comme pour les conduites en terre.

Autrefois, on employait des corbeaux en pierre au lieu de consoles en fonte usitées aujourd'hui ; on en trouve un exemple dans la distribution d'eau de D\jon{fi(j. 340).

Quand les conduites sont de fort diamètre, le porteù-faux des consoles devient trop considérable, et il vaut mieux les remplacer par des supports verticaux disposés sur le radier ou sur les banquettes des galeries ; tantôt ce sont des colonnettes en fonte, tantôt des tasseaux ou dés en maçonnerie. Les colonnettes ont une base élargie qui répartit convenablement le poids sur le radier, un fût mince de manière à occuper le

l'iG. 340.

FiG. 341.

FiG. 3i-2. — Conduites sur colonnclles.

moins d'espace possible, et une partie supérieure recourbée, sur laquelle la conduite vient reposer solidement : leur inconvénient est d'avoir une longueur déterminée, ce qui oblige à connaître très exactement d'avance la position de la conduite dans tous les points, et devient gênant quand

FiG. 3i3. — Conduite sur tasseaux.

une modification quelconque se trouve nécessaire. A ce point de vue, l'emploi des tasseaux donne des facilités très grandes, puisqu'on les construit sur place, souvent même après la pose delà conduite soutenue provisoirement par des pièces de bois. Les agrafes, colliers et arcs-boutants s'emploient dans ce cas exactement comme avec les conduites posées sur consoles.

Quelquefois, par exemple, lorsque la galerie est plus haute que large,

les tuyaux sont placés à la voûte, au-dessus des naissances, et soutenus par des étriers en fer, qui sont ou scellés dans la maçonnerie ou reliés à

FiG. au.

une plaque transversale reposant sur l'extrados de la voûte [ fuj. 344, .345;; ce système est plus coûteux que les précédents, moins favorable

FiG. 3i5.

à la surveillance et rend la pose assez malaisée. Enfin, quand il y a une grosse conduite ou plusieurs petites à poser à la voûte, on a parfois recours avec avantage à des fers à I, disposés horizontalement

FiGr346.

et scellés de part et d'autre dans les maçonneries, qui fournissent une base solide pour, les recevoir.

Les tuyaux sont descendus dans les galeries par les regards qu'on a eu soin de ménager de distance en distance, ou par des ouvertures spéciales pratiquées dans la voûte au moment de la pose : le second mode est le seul applicable aux pièces de grande dimension. Dans l'intérieur des galeries, le transport s'effectue à bras ou au moyen de trucs circulant sur une petite voie ferrée : des radeaux ont été employés parfois dans des égouts de grande dimension où l'eau coulait constanv ment en masse considérable.

301 Branchements et prises. — Les hranchQmenis des conduites se-

§ 4. — POSE DES CONDUITES 351 condaires, se détachant sur le parcours des conduites principales, ont le plus souvent pour point de départ un manchon à tubulure. Ils ne présentent d'ailleurs aucune particularité. Mais il convient d'appeler l'attention

sur la poussée qui se produit au droit de chacun de ces l^ranchements, et qu'il peut être nécessaire de contre-buter, si la pression est grande et la conduite secondaire de fort diamètre, en donnant au manchon un appui solide du côté opposé à la tubulure.

Pour les prises des petits tuyaux d'alimentation destinés à porter l'eau de la conduite publique aux appareils de disn r tribution ou à l'intérieur des maisons,

■ il n'est point fait usage en général de

1^ FiG. 347. pièces spéciales. Dans quelques villes

cependant, parmi lesquelles on cite Francfort-sur-le-Mein, Salzbourg, Bamberg, on a disposé d'avance sur la conduite, au moment de la pose, des tubulures en attente, aux points où l'on supposait qu'il y aurait plus tard des prises à faire ; ce système est dispendieux et ne rend de services que si les tubulures sont parfaitement repérées sur un plan tenu à jour. Ordinairement, on perce la conduite au point voulu quand il y a une prise à faire, et on y raccorde un tuyau de plomb de faible diamètre.

Pour éviter tout danger de rupture du tuyau au moment du percement on a souvent fait venir à la fonte sur chaque pièce un mamelon, ou disque saillant, dans lequel on perce un trou taraudé qui peut rece-

FiG. 349.

FiG. 3i8.

vou' un robinet ou un bouchon métallique en cas de besoin; autrefois tous les tuyaux employés à Paris portaient un mamelon. Dupuit proposait, pour plus de facilité encore, de substituer au mamelon une bande plate saillante courant sur toute la longueur du tuyau. En Allemagne, on a eu recours aussi à une bande saillante, formant comme une bague autour du tuyau {fig. 349), et qui a sur le mamelon l'avantage de ne pas

fr)2 CHAPITRE XII. — DISTRIUUTION GÉNKRALE

demander lors de la pose la même attention, puisque le percement pouj, être fait aussi bien quelle que soit la position du tuyau, tandis ijuo ]<• mamelon doit toujours être amené à la partie supérieure.

A défaut de l'une de ces dispositions, on se sert du collier à lunelU' , sorte de bague mobile en fer qu'on rapporte sur le tuyau et qui présciiic en un point une partie élargie, renfcn'cée et percée d'un trou : on dispose le collier de manière que la Innctle soit placée exactement au point

où le percement doit avoir lieu. Puis on arrête l'écoulement de l'eau dans la conduite, on la vide, et on procède au percement, après quoi on y adapte le tuyau de plomb dont le bout a été introduit d'abord dans la lunette et rabattu en un collet destiné à être serré entre le tuyau et le collier.

L'arrêt d'eau, qui entraîne une interruption de service de quelques

heures au moins, constitue une gêne qu'il y a intérêt à éviter. Aussi, a-t-on imaginé des appareils au moyen desquels la prise peut être faite sans vider la conduite et pendant qu'elle est en service et en pression. Ils présentent à cet effet une disposition spéciale qui permet de fermer le passage à l'eau dès que l'outil achève le percement et qu'elle jaillit dans le trou. Le mode de jjvise en charge inventé et appliqué d'une manière générale en France est exti'èmement simple ; l'outil qui sert à exécuter le percement traverse à la fois la lunette et le robinet qu'il est d'usage de placer sur la prise ; dès que l'eau apparaît, on retire l'outil et on ferme le robinet; il n'y a plus à faire que le nœud de soudure qui rehera au robinet le tuyau d'alimentation en plomb.

Ouand les conduites de service sont posées en galerie, il est bon de ne pas laisser en terre les branchements de prise, sinon la cause d'mfdtration qu'on a voulu supprimer subsisterait au moins en partie et avec tous ses dangers. On peut alors, soit envelopper le tuyau de branche-

FlG. 351.

§ 5. — APPAREILS ACCESSOIRES 35b

ment clans une gaine métallique ou fourreau, débouchant clans la galerie (/((/. 352) et présentant une pente continue, de manière à y écouler immédiatement l'eau qui proviendrait des fuites, soit le placer dans une

FiG. 352. FiG. 353.

petite galeine spéciale de section réduite {fig. 353) disj)osée normalement à la galerie principale. Les deux systèmes sont applic[ués à Paris, le premier pour les appareils publics, le second pour les branchements de prise des abonnés.

Page 1