VENTE DE L'EAU
342. Limitation des puisages gratuits. — Autrefois l'eau ne pénétrait pa.s dans les maisons ; elle était distrilDuée sur la voie puljlique par des tV)ntaines où tous les habitants étaient admis à la puiser gratuitement, ainsi que cela se pratique encore dans les villages. Seuls, quelques privilégiés obtenaient dans les grandes villes des concessions particulières, ([ui s'accordaient soit à prix d'argent, soit à titre gratuit et comme une récompense publique. D'ailleurs, ces concessions ne tardaient pas, ci;
général, à provoquer de tels al^us qu'il ne restait plus rien pour les fontaines publiques, et que, pour en rétaljlir le débit, des mesures restrictives s'imposaient, comme on Ta vu plus d'une fois, aussi bien à Paris que dans l'ancienne Rome.
De nos jours les distributions d'eau sont soumises à un régime différent. On a reconnu que l'eau livi'ée gratuitement à tous les habitants n'en est pas moins payée par tous sous une forme quelconque, puisqu'il faut bien recourir aux deniers des contribuables pour construire et entretenir les ouvrages nécessaires ; et il a paru plus juste de faire contribuer chacun à ces dépenses dans la proportion de* l'utilité qu'il en retire, sauf à maintenir pour les habitants pauvres la possibilité de se procurer toujours l'eau à titre gratuit, car elle « ne doit pas plus être mesurée aux « classes peu aisées que ne leur sont mesurés l'air et la lumière. * »
L'amenée de l'eau jusqu'à l'intérieur des maisons, devenue la règle habituelle, a donné naissance au système des aboniemevi^s / tous ceux qui ne veulent pas s'astreindre à puiser l'eau dont ils ont besoin aux fontaines établies sur la voie publique, et préfèrent l'avoir plus à leur portée, paient sous cette forme le service rendu. Ceux, au contraire, qui se refusent encore à introduù-e l'eau dans lem's habitations ou qui n'ont pas les moyens de le faire, peuvent se la procurer aux bornes-fontaines, et sans avoir à payer aucune redevance.
D'ailleurs, pour favoriser la diffusion des abonnements, on a presque partout cher<;hé à restreindre par des dispositions réglementaires les puisages gratuits, spécialement destinés à la satisfaction des besoins des ménages pauvres ; il est généralement défendu d'y recourir pour des besoins industriels quels qu'ils soient, et le commerce de l'eau puisée gratuitement aux bornes-fontaines est rigoureusement interdit.
343. Considérations générales relatives à la vente de l'eau. — Quoique répandue partout dans la nature et primitivement sans valem" aucune, l'eau devient en effet une marchandise, quand on a fait des frais pour la capter, l'amener, la distribuer dans toutes les rues d'une ville.
C'est toutefois une marchandise présentant certains caractères particuliers :
Objet d'absolue nécessité, elle ne doit jamais faire défaut ; et la collectivité a intérêt à s'assurer constamment que toutes les mesures sont prises pour réaliser la pei-manence de l'appi'ovisionnenient ;
Agent de salubrité par excellence, elle doit être répandue avec j^rofusion et consommée en grande abondance ; et il est de l'intérêt de tous que le prix en soit réduit dans la mesure du possible.
Or, son prix dépend évidemment des dépenses qu'on aura faites dans chaque cas pour se la procurer ; par suite, les administrations urbaines,