LAVOIRS ET BAINS PUBLICS
394. Usage de l'eau en commun. — Parmi les emplois de l'eau à l'intérieur des maisons, il convient de ranger celui qui en est fait en commun dans certains établissements pour le lavage du linge et l'entretien du corps.
La dépense que comportent les installations destinées à ces usages dans les habitations ne permettra jamais de les réaliser j)artout, quelque désirable que ce soit ; et, par suite, l'intérêt bien entendu de l'hygiène urbaine commande de tendre au développement des établissements destinés à y suppléer et qui peuvent rendre d'immenses services à la population.
Les Lavoirs, répondant à un besoin impérieux, sont assez répandus ; et c'est l'amélioration des lavoirs actuels qu'il y a lieu de poursuivre plutôt que l'augmentation de leur nombre.
Il n'en est pas de même des bains publics, qui, malgré l'importance attachée à juste titre par les hygiénistes modernes à l'usage des bains, sont encore rares dans la plupart de nos villes, en même temps que fort médiocrement installés. Même en Angleterre, où cependant on en a beaucoup encouragé la création, ils n'ont pas encore reçu l'extension qu'ils comportent. Et, sans vouloir aller aussi loin que les Romains, qui avaient fait jadis de leurs Thermes un lieu de réunion et de plaisir, nous avons à réahscr sur ce point une transformation complète.
395. Lavoirs. — Un lavoir, réduit à sa plus simple expression, consiste en un bassin peu profond, bordé de planches à laver, autour
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duquel viennent s'accroupir les lavandières, et dans le(iuel un filet d'eau renouvelle peu ù peu l'approvisionnement. Dans les villages, on se contente généralement de cette installation sommaire , complétée pur l'établissement d'un hangar, qui sert à la fois d'abri pour les laveuses et de séchoir pour le linge.
Dans les villes, il est indispensa])le d'y ajouter un mode de chauffage de l'eau, afin que le lessivage du linge puisse avoir lieu dans le lavoir môme. D'autre part, connue l'emplacement dont on dispose est presque toujours assez restreint, et conmnc il faut ménager l'eau empruntée ù la distribution, le bassin est remplacé le plus souvent par une série de petites cuves qui peuvent être remplies à volonté d'eau froide ou d'eau chaude. Des séchoirs spéciaux sont établis dans les dépendances des lavoirs, à moins que, pour diminuer encore l'espace occupé et hâter les opérations, on n'ait recours à des machines essoreuses.
396. Établissements de bains et d'hydrothérapie. — Un établissement de bains ordinaire comporte une installation fort simple: il se compose d'une série de cabinets, pourvus chacun d'une baignoire, audessus de laquelle se trouvent deux robinets fournissant respectivement l'eau froide et l'eau chaude. Une distribution d'eau à basse pression peut l'alimenter aisément, car il suffit de placer à un niveau un peu plus élevé que les baignoires le réservoir destiné à constituer l'approvisionnement indispensable pour assurer le service en cas d'interruption momentanée de l'alimentation. La chaudière qui sert à échauffer une portion de l'eau est mise en communication avec ce réservoir. Deux canalisations parallèles vont porter l'eau chaude et l'eau froide dans les diverses parties de l'établissement.
Quand l'eau arrive avec une pression assez élevée, ce qui est le cas général dans les distributions d'eau modernes, rien n'est plus facile que d'annexer aux étabbssements de bains des salles d'hydrothérapie, permettant d'administrer des douches. L'addition d'un mode quelconque de production de vapeur d'eau fournit aussi un utile complément d'installation.
Dès lors ce n'est plus seulement l'hygiène, mais aussi la médecine qui trouve dans ces établissements un précieux auxiliaire. En combinant l'eau froide en pression, l'eau chaude, la vapeur, en y ajoutant des sels solubles, des aromates, etc., elle en tire un excellent parti dans le traitement d'un grand nombre d'affections.
397. Piscines de natation.— Dans les villes largement alimentées, on peut installer des jnscines, où à l'utilité du bain vient se joindre l'attrait de la natation : c'est une forme très heureuse des bains populaires- Depuis longtemps déjà, certaines villes ont vu se créer et prospérer des établissements de ce genre; il convient de citer notamment Londres et Vienne.
A Paris, plusieurs tentatives étaient restées infructueuses ; mais ré-
cemnient M. Christmann est parvenu à y établir deux grandes i^iscines destinées particulièrement à la classe ouvrière, l'une rue de Château- Landon, l'autre boulevard de la Gare. Chacune d'elles se compose d'un bassin unique, à fond incliné et profondeur variable, où l'eau se renouvelle d'une manière continue et arrive tiède de manière à y maintenir une température convenable. Des cabinets sont disposés tout autour du bassin ; des salles de douches, des bains de vapeur complètent l'installation, qui est très satisfaisante, et a valu dès le début au premier de ces établissements un succès bien mérité. Grâce à une heureuse combinaison, la dépense du renouvellement et du chauffage de l'eau a pu être en grande partie évitée : ce sont, en effet, les eaux de condensation de deux usines élévatoires de la Ville de Paris qui assurent le service de ces piscines, et elles ont été concédées à titre gratuit, moyennant l'acceptation d'un tarif peu élevé et certaines réductions spéciales accordées aux enfants des écoles et aux soldats de la garnison.
Cette initiative a porté ses fruits, et d'autres établissements du même genre, mais plus luxueux, ont été fondés en d'autres points de Paris pour offrir aux classes aisées des avantages analogues. En même temps, l'administration du Nouveau Cirque adoptait dans le même ordre d'idées une comlDinaison originale qui paraît lui avoir réussi : au-dessous de la piste destinée aux exercices hippiques, et qui peut disparaître à volonté, a été disposé un bassin circulaire, où se donnent en hiver des spectacles nautiques et qu'on utilise en été comme piscine de natation.
398. L'eau comme force motrice. — Les conditions dans lesquelles se présente habituellement l'eau distribuée dans les villes sont assez peu favorables à son emploi pour la production de la force motrice.
En effet, la pression n'y dépasse guère 40 à 50 mètres ; on la considère comme très exagérée quand elle atteint 100 mètres. Or, les distributions spéciales d'eau comprimée pour le service des moteurs hydrauliques, dans les ports et les gares où on en a installé, fonctionnent couramment à la pression de 50 atmosphères ou plus de 500 mètres ; quelquefois même cette pression est dépassée, et l'expérience a prouvé que l'emploi de ce mode de.prodaction de la force n'est pas avantageux quand on descend au-dessous. D'autre part, tandis que des accumulateurs maintiennent la pression absolument constante dans ces installations, on sait que, dans les distributions d'eau urbaines, elle est au contraire exposée à des variations continuelles, ce qui est encore une condition fâcheuse
quand on se propose de l'utiliser pour mettre en marche des machinos. Enfin l'eau est presque toujours payable dans les villes à la quantité' , au mètre cube, indépendamment de toute considération de pression, de sorte que la dépense n'est pas proportionnelle à la puissance utilisable.
Ces indications montrent qu'il n'y a guère lieu d'encourager, en général, l'emploi de l'eau des distributions à la production de force motrice. Il faudrait pour cet usage qu'elles remplissent des conditions absolument différentes de celles qu'on réalise dans la plupart des cas, et, si l'on se i^roposait de les y adapter, on serait presque toujours conduit à de telles dépenses qu'il n'y aurait aucun avantage à en tirer. C'est seulement dans certaines circonstances toutes particulières, où l'on dispose naturellement d'eau à très haute pression, ou pom' certains usages spéciaux, qu'il peut y avoir lieu d'y recourir. D'ailleurs, il existe bien d'autres moyens de se i^rocurer de la force motrice ; et, en présence des difficultés que rencontre trop souvent l'établissement des distributions d'eau destinées à répondre seulement aux besoins de l'alimentation proprement dite, on conçoit qu'il conviendra de ne pas les augmenter encore par des exigences auxquelles il est possible et facile de répondre par des procédés différents.
Aussi, dans les villes où l'emploi de l'eau comme force motrice peut l^rendre une sérieuse extension, semble-t-il bien préférable, au lieu de la demander à la canalisation qui dessert les besoins domestiques, delà distribuer séparément pour cet usage et dans des conditions meilleures par une canalisation distincte. C'est ce qui s'est fait à Londres, par exemjDle, où fonctionne une distribution de force motrice à domicile par l'eau comprimée, sans rapport aucun avec les services d'eau urbains.
399. Mode d'emploi. — Quoi qu.'il en soit, il est des cas où l'eau distribuée dans les villes pour tous les usages peut rendre certains services en fournissant de la force.
Ainsi elle peut être utilement employée à élever un poids à une hauteur modérée. La disposition connue sous le nom de balcmce hydraulique se prête bien à ce genre de travail et donne dans des conditions favorables un rendement très satisfaisant : deux bennes, suspendues aux extrémités d'une corde ou d'une chaîne passant dans la gorge d'une poulie iplacée à la partie supérieure, sont alternativement remplies d eau quand elles arrivent au haut de leur course et vidées quand elles ont effectué leur descente, la benne pleine d'eau entraînant dans son mouvement la benne vide et les matériaux qu'on y a chargés. On peut aussi remplacer les, bennes par des wagonnets, roulant sur un plan incliné, et reliés par un câble passant, comme la corde de la balance, 5ur une poulie disposée vers le haut du plan incliné. En faisant agir l'eau en pression sur un piston, qui entraîne dans son mouvement un plateau chargé, on obtient le monte-charge, qui reçoit tous les jours des applications nombreuses, et dont le rendement, sans être aussi élevé que celui de la
balance, est encore assez avantageux : tantôt le plateau est placé directement sur le piston moteur dont la longueur doit être alors supérieure à celle de la course, tantôt il est suspendu à l'extrémité d'une corde ou d'une chaîne, qui sert à le relier au piston et permet d'en réduire la course dans telle proportion qu'on le désire, en augmentant sa section.
S'il s'ao-it d'actionner des machines à mouvement rotatif, on a recours .soit à de petits moteurs à plusieurs cylindres du type Brotherhood, soit à des turbines à axe vertical, qui se prêtent aisément à l'utilisation de pressions très diverses sans cesser d'avoir un rendement élevé.
A l'origine, le service de la transmission pneumatique des dépêçhes dans Paris a fait usage de l'eau comme force motrice : l'air était comprimé dans un réservoir par l'effet de l'introduction de l'eau, tandis qu'il était raréfié dans un autre, où l'on mettait l'eau en décharge, et les boîtes, placées dans le tuyau qiu reliait entre eux les deux réservoirs, y formant piston, étaient entraînées par suite de la différence des pressions de part et d'autre. On a dû bientôt renoncer à ce système, qui était fort onéreux,
Quel que soit d'ailleurs le type des appareils adoptés pour l'utilisation de l'eau à l'effet de produire de la force motrice, il ne faut jamais oublier que cette eau, provenant de la distribution urbaine, est exposée à des variations fréquentes et inopinées de pression, à des interruptions complètes, à des rentrées d'air, à des coups de bélier ; et il y aurait imprudence à ne pas tenir séi'ieusement compte de ces conditions particulières dans l'étude et la mise en mouvement des engins appropriés auxquels on a recours.
400. Ascenseurs. — Depuis peu d'années, l'eau des distributions urbaines a trouvé une application importante dans la commande des ascenseurs, destinés au transport des personnes dans les maisons à étages, et qui ne sont autre chose qu'une transformation des montecharges. Cette application est justifiée, car l'eau a nécessairement une pression suffisante pour actionner un ascenseur, toutes les fois qu'elle peut atteindre les étages supérieurs et y alimenter des robinets d'appartement.
L'ascenseur Édoux, le premier en date, consiste essentiellement en un piston portant une cabine équilibrée par des contre poids, suspendus à des chaînes qui s'engagent dans des poulies placées au-dessus de l'appareil. Les diverses dispositions, imaginées et appliquées ultérieurement, ne sont que des variantes du type primitif : les unes ont eu pour objet de supprimer les inconvénients et les dangers des contrepoids et des chaînes, soit en les remplaçant par désappa-
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reils compensateurs, soit en les reportant au-dessous de la cabine et dans l'intérieur du puits ; les autres tendent à supprimer l'obligation de forer un puits à grande profondeur, tantôt en séparant la cabine du jtiston, qui l'entraîne alors par l'intermédiaire d'un câble passant dans des moufles, tantôt en divisant la tige du piston en plusieurs anneaux, qui forment ensemble une sorte de tube télescopique creux, où l'eau ])énètre pour venir exercer sa pression directement au-dessous de la cabine.
Les ascenseurs de tous systèmes doivent toujours être soigneusement guidés sur toute la longueur de leur course et pourvus de taquets d'arrêt correspondant aux divers étages ; ils doivent être munis d'appareils de sûreté, empêchant tout retour d'eau dans la conduite quand il s'y produit un vide relatif, ou s'opposant aux effets que pourrait déterminer la présence de l'air comprimé dans l'appareil, si la conduite vient à en fournir accidentellement à un momcnrdonné.
401. Applications diverses. — Parmi les applications que peut l'ecevoir l'eau des distributions urbaines considérée au point de vue de la production de la force motrice, il en est une que nous avons déjà citée et qui ne manque pas d'intérêt : c'est la manœuvre des robinets vannes de grande dimension.
La balance hydraulique a été employée pour le montage des matériaux destinés à la construction des maisons : les élévateurs construits sur ce principe sont peut-être un peu coûteux, mais leur fonctionnement ne laisse rien à désirer. Le principe de la balance étendu aux plans inclinés a trouvé aussi une très heureuse application dans les nombreux chemins de fer funiculaires récemment établis en Suisse : l'eau, répandue à peu près partout dans ce pays, sert à remplir une caisse à eau placée sous le wagon qui se trouve au haut de la rampe ; ce poids supplémentaire entraîne l'autre wagon, dont la caisse a été iDréalablement vidée, et en détermine l'ascension.
De petits moteurs à eau peuvent servir à mettre en mouvement ides machines à coudre : on les adapte aussi fort bien aux machines dynamoélectriques pour la production de la lumière ; ils se prêtent en général à toute production de force, où la question de dépense se trouve primée par les considérations relatives à la facihté de l'installation ou à la commodité du service.