EAUX MÉNAGÈRES ET INDUSTRIELLES
devra être absolument écarté, et la forme en sera telle qu'aucune stagnation ne s'y puisse produire. Le siphon correspondant présentera un moyen commode de visite, car il est exposé aux engorgements par l'accumulation des graisses ; on évitera notamment la honde siphoide ou siphon à cloche, encore très répandu malgré sa plongée insuffisante, la lenteur de l'écoulement, et la fréquence des obstructions qui en résultent, et que les cuisinières lèvent bien souvent, supprimant ainsi toute occlusion hydraulique. On recommande d'installer dans les très grandes cuisines un réservoir destiné à recueillir les graisses et à prévenir cle la
FiG. 562. FiG. 503.
sorte l'obstruction des conduits (fig. 562) ; les dépôts doivent être, bien entendu, enlevés à intervalles réguliers.
Les eaux savonneuses des cabinets de toilette, des lavabos, des bains exigent des précautions analogues. Chaque appareil doit avoir un système de vidange indépendant de l'arrivée d'eau propre, avec un siphon bien disposé et ventilé, très facile à visiter et à curer, car les obstructions y sont aussi fort à redouter. Le départ des eaux provenant des lavabos et des bains devrait s'effectuer aussi rapidement que possilDle, afin de produire dans les tuyaux de chute des chasses qui ne seraient pas sans utilité : quand cette condition est remplie, il faut que la plongée du siphon soit assez grande pour éviter le siphonnage auquel il est alors exposé plus que jamais. Là encore tout ce qui entoure l'aj^pareil d'évacuation doit être exécuté en matériaux imputrescibles et d'un nettoyage facile.
459. Canalisation. — Entre les orifices d'évacuation établis dans les divers locaux dépendant d'une maison et le conduit extérieur qui doit recevoir les eaux usées, il y a lieu de disposer un système de canaîisahon, dont l'installation doit appeler tous les soins de Vingénieur sanitaire ou de Varchitecte de salubrité, titres nouveaux qui s'appliquent à une fonction également nouvelle, car on n'avait jusqu'alors attaché à la tuyaiiterie (l'évacuation des eaux qu'une importance tout à fait secondaire, et l'on commence à peine à lui accorder l'attention qu'elle mérite.
En principe, cette canalisation doit écouler les eaux nuisibles très rapidement, sans établir de communication, entre l'égout et la maison d'une part, entre les divers locaux de là maison d'autre part ; elle doit
r)r)2 CHAPITRE xviii. — évacuation des eaux nuisibles
être disposée de manière qu'il ne s'y forme aucun dépôt de matières fermentescibles et qu'il y circule toujours un courant d'air frais. Cediverses conditions sont remplies, quand les conduits, verticaux ou fortement inclinés, sans coudes brusques ni points bas intermédiaires, sont séparés complètement par des siphons et des appareils d'évacuation et des tuyaux de communication avec l'égout, quand ils reçoivent l'air pur par des ouvertures établies vers le bas et l'évacuent par l'extrémité supérieure librement ouverte dans l'atmosphère, quand enfin on ^ eu soin de disposer parallèlement une petite canalisation spéciale pour la ventilation des siphons allant déboucher avec la première ou séparément au-dessus du toit.
Il faut dire en passant que bien peu d'installations, même parmi les plus récentes, aussi bien en Angleterre , qu'ailleurs, malgré l'avance considérable prise dans ce pays pour tout ce qui concerne l'assainissement de la maison, ont été disposées de manière à satisfaire à ces diverses conditions. C'est à s'en rapprocher autant que possible qu'on doit tendre, et tous les efforts faits dans ce sens méritent d'être encouragés.
On emploie beaucoup pour l'établissement des canalisations intérieures les tuyaux en fonte mince ou en grès vernissé avec joints en ciment. Ils ont cependant certains inconvénients : la fonte est facilement attaquée et bientôt rongée dans nombre de cas ; la poterie assez fragile est expo-sée à des ruptures, et les joints ne sont pas toujours assez étanches pour ne pas livrer passage à l'air vicié qui peut de là se répandre dans les appartements. Les spécialistes anglais recommandent de préférence le plomb, au moyen duquel on exécute des conduites sans joints ou avec des joints parfaits ; la dépense est sans doute un peu plus grande, mais on la ramène à des proportions très admissibles en limitant les diamètres au strict nécessaire, en les proportionnant mieux qu'on ne faisait naguère aux quantités d'eau à écouler, ce qui a d'ailleurs l'avantage de réaUser presque à coup sûr le nettoyage automatique des tuyaux où toute évacuation d'eau produit une sorte de chasse ; les ob.structions n'en seront pas plus fréquentes, pourvu qu'on renonce à la déplorable habitude, prise dans bien des locabtés, de projeter des objets solides par les orifices d'évacuation des eaux ; les siphons y mettent au reste déjà un premier obstacle.
Les conduites d'évacuation se placent le plus souvent contre les murs et à l'intérieur des maisons. On recommande en Angleterre de les rejeter [)lutôt au dehors, ce qui ne souffre pas de difficulté dans les cours ou courettes tout au moins; en effet, si un joint vient à s'ouvrir, les gaz s'échappent alors non dans les appartements, mais à l'air libre, et ds sont par suite beaucoup moins à redouter.
Des chasses d'eau pure, venant à intervalles réguliers laver les parois des tuyaux, entraîner les dépôts, rétablir la plongée des .siphons,
s; 3. — EAUX MÉNAGÈRES ET INDUSTRIELLES 553
sont un utile complément clans toute installation pour l'évacuation des eaux nuisibles, quand il est possible de s'en iDrocurer. De nombreux systèmes fonctionnant soit à volonté, soit automatiquement, ont été proposés pour la production de ces chasses : nous en avons indiqué quelques uns au chapitre XV.
460. Communication avec l'égout. — La canalisation intérieure conduit les eaux usées hors de la maison ; il reste à les diriger vers l'égout. La communication entre cette canalisation et l'égout se fait par un tuyau ou une galerie maçonnée.
Quand on-a recours à un tuyau, et c'est le cas le plus général, on se borne à prolonger le conduit intérieur de la maison sous la voie publique, en lui donnant une pente suffisante, et aie faire déboucher dans l'égout, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un clapet ou d'un siphon. Le tuyau doit être solide, afin de ne pas s'écraser sous les charges qu'il peut avoir à supporter; il ne doit rien laisser échapper par les joints, si l'on ne veut pas risquer de contaminer le sol ou la nappe souterraine : la fonte mince, les poteries, qu'on utilise presque toujours pour l'exécution de ces conduits, ne donnent pas toute sécurité à cet égard, et il serait préférable de les construire, comme les conduites d'eau, en fonte épaisse avec joints en plomb.
Les galeries maçonnées, plus coûteuses sans aucun doute, peuvent du moins rendre en même temps d'autres services. C'est ainsi qu'à Paris les branchements d'êgout, ou égouts particuliers, sont utilisés non seule-
FiG. 56 i. • FiG. 565.
aient pour l'évacuation des eaux usées, mais encore pour la pose des branchements d'eau, des fils téléphoniques, etc. : ces branchements constituent, à proprement parler, une sorte de prolongement de l'égout jusqu'à la maison même. Jusqu'en ces derniers temps ils se terminaient on impasse contre le mur de face et la canalisation intérieure y venait déboucher par l'intermédiaire d'un siphon de pied en forme de gueule de cochon (fig. 564). Mais la plongée de ce siphon est tout à fait insuffisante, et il arrive fréquemment qu'un très faible abaissement du plan d'eau ou une dénivellation résultant de la moindre différence des pressions de part et d'autre y livre passage à l'air de l'égout. Puis, malgré le soin qu'on a [iris de ménager toujours un gradin entre le radier du branchement et
celui de l'égout, à chaque crue produite par les pluies, l'eau de régom s'étale nécessairement dans le branchement et y laisse, quand elle m retire, des dépôts exposés à la fermentation et qu'il faut venir enlèvera grands frais.
Pour éviter la formation de ces dépôts, on vient d'autoriser à Paris le report du mur pignon du branchement au droit du piédroit de l'égout, de sorte que le branchement est ouvert du côté de la maison et fermé vers l'égout, contrairement à ce qui se faisait précédemment ffig. 565j. Il ne constitue donc plus un prolongement de l'égout vers la maison, mais devient un prolongement des caves jusqu'à l'égout. Il faut alors y poser un conduit prolongeant la canalisation intérieure d'évacuation, qui va déboucher à l'égout en traversant le mur pignon : un siphon est interposé sur le parcours. La galerie a changé de rôle; elle ne sertplus elle-même à l'évacuation et se transfoi^e en une enveloppe commune à tout ce qui fait communiquer l'égout et ce qu'il renferme avec l'intérieur de la maison.
Quand l'égout est soumis à la ventilation naturelle et que les conduits, ou galeries de communication, sont disposés de façon que l'air de l'égout ne puisse pénétrer dans la canalisation intérieure de la maison, il n'y a aucune précaution à j^rendre pour la ventilation de ces conduits. Mais, s'ils sont isolés et de la maison et de l'égout, il devient nécessaire de les ventiler eux-mêmes et d'établir à cet effet des tuyaux spéciaux montant verticalement jusqu'aux toits. S'ils débouchaient librement dans un égout ventilé par un système artificiel, il faudrait aussi di.sposer un semblable tuyau d'éveiit.
461. Envoi à l'égout des eaux industrielles. — Dans les paragraphes qui précèdent on s'est attaché plus particulièrement à tout ce qui se rapporte à l'écoulement des eaux ménagères et à l'évacuation de ces eaux hors des habitations. Pour les eaux industrielles, et pour les usines qui les produisent et s'en débarrassent également en les envoyant à l'égout, il y a évidemment moins de précautions à prendre en général ; et s'il est à recommander néanmoins de se conformer à toutes les prescriptions qui viennent d'être indiquées, il n'en est pas moins vrai qu'on peut, dans bien des cas, se contenter de les appliquer en partie seulement.
Mais, d'autre part, les eaux industrielles sont très souvent de telle nature qu'on ne saurait, sans des inconvénients sérieux, les admettre dans les égouts avant qu'elles aient subi un traitement spécial destmé à les rendre inoffensives. Ainsi, les eaux chaudes provenant des purges des machines à vapeur, de la vidange des générateurs, ou des bâches de condensation, pourraient élever la température de la masse d'eau circulant dans l'égout au point d'en rendre la visite et le curage impossibles, y répandre des torrents de vapeur, détériorer les enduits, et l'on est obligé d'en interdire presque toujours l'évacuation directe à l'égout S! elles n'ont pas été préalablement refroidies à 30° tout au moins. De même les eaux acides produiraient sur les maçonneries des effets désastreux,