ÉVACUATION DES EAUX-VANNES ET DES MATIÈRES DE VIDANGE
462. Urinoirs et water-closets. — Quel que soit le mode d'évacuation des eaux-vannes et des matières de vidange, on conçoit qu'il est encore plus nécessaire ici que dans le cas des eaux ménagères d'établir une occlusion parfaite entre la canalisation où on les jette et l'intérieur des appartements. Les appareils qu'on utilise pour cet usage doivent donc être l'objet d'un soin tout jDarticulier.
C'est encore le siphon hydraulique qui donne la sécurité la plus complète.
Il s'apjîlique très simplement aux urinoirs à cuvette en porcelaine ; la cuvette elle-même peut être construite de manière à former siphon, ou bien l'on interpose sur le conduit d'évacuation un siphon en U ou en S, analogue à ceux des lavabos.
Pour les water-closets, les clapets munis d'un contrepoids et fonctionnant à volonté ou automatiquement, actionnés ou non par une poignée ou un tirage, sont encore fort usités en France. Ce genre d'appareil ne donne pas sans doute une fermeture aussi étanche que le siphon ; mais, par contre, il conserve en tout temps son efficacité relative, et, si la
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maison est momentanément abandonnée, on n'a pas à craindre la mise en communication complète des appartements et des conduits d'évacuation, qui se produit avec le siphon hydraulique dans le cas où l'eau s'é-
vapore. Quoi qu'il en soit, le remplacement des clapets par des siphonest un progrès ; et, partout où l'on dispose d'eau en abondance, il convient de le recommander. Le siphon peut faire corps avec la cuvette ( (îg. 5G7 ; il peut aussi être rapporté (fig. 558), et, dans ce dernier cas, on l'exécuti soit en grès, soit en plomh ; la visite doit toujours en être très facile, (■\ l'on ne doit pas négliger de le ventiler.
Quant aux tuyaux de descente, il faut les disposer de manière à .satisfaire exactement aux conditions précédemment indiquées pour les tuyaux d'évacuation des eaux ménagères, y éviter toute possibilité d'émanation par les joints et tout dépôt à l'intérieur, les établir quand on le peut en dehors de la maison, les ventiler efficacement, et y produire, s'il y a moyen, des chasses d'eau pui'e à intervalles rapprochés.
463. Vidanges des fosses fixes. — Les fosses /ïxes, dont nous avons déjà signalé les graves inconvénients, sont encore extrêmement répandues, malgré le danger d'infection qui résulte du dépôt prolongé de matières essentiellement fermentescibles dans la maison même, malgré les chances de contamination du sol par les fissures de maçonneries, de Fair des appartements par les tuyaux mal joints ou les sièges béants, de l'atmosphère même jiar les tuyaux d'évent. Ces fosses reçoivent des eaux-vannes et des matières excrémentitielles jusqu'à ce qu'elles soient remplies ; on procède alors à l'enlèvement de la masse, et c'est cette opération qui a reçu le nom de vidimcje.
Le ti^avail de la vidange, dangereux et répugnant, répand des odeurs fétides, même quand on a le soin de projeter d'avance des désinfectants dans la fosse. Il comporte la circulation d'un matériel immonde, tonnes montées sur roues avec ou sans pompe à bras ou à vapeur, wagons et bateaux-citernes, etc. Il coûte cher et provoque par suite la guerre à l'eau dans la maison, car toute addition d'eau augmente le cube à enlever et en diminue la valeur comme engrais.
Les matières provenant des fosses sont parfois employées directement pour la culture; en Flandre on pratique Vépandage de l'engrais humain sans préparation préalable. iVilleurs on déverse ces matières dans de vastes bassins, appelés voiries ou dépotoirs, d'où, après un séjour plus ou moins long, on les extrait pour leur faire subir un traitement qui les transforme en un engrais plus riche et plus aisément transportable : à l'ancien procédé au moyen duquel on produisait la poudrette, on a substitué récemment la fabrication du sulfate d'ammoniaque, pour laquelle de grandes usines ont été créées, notamment en divers points de la banlieue de Pans. Quelques perfectionnements qu'on ait prétendu y apporter, ces établissements sont encore de redoutables foyers d'infection ; depuis longtemps, Paris a mis à l'étude les moyens de se délîarrasser de la voirie de Bondy et de la ceinture de dépotoirs et d'usines qui lui envoient trop souvent leurs elïluves nauséabonds.
464. Séparateurs ou dilueurs. — Pour diminuer les inconvénients
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de la vidange, on a proposé d'établir dans les maisons qui bordent les rues pourvues d'égouts des appareils, dits séparateuys ou dilueurs, dont l'objet est, soit de retenir les matières solides, soit de les diluer en grande partie et de laisser écouler à l'égout les liquides plus ou moins cliargés.
Ces appareils ne sont autre chose que de petites fosses ou tinettes, généralement en métal et de formes appropriées à l'usage auquel on le destine; on les place dans un caveau maçonné, et ils se relient d'une part au tuyau de chute, d'autre part avec le conduit d'évacuation. Comme ils ne retiennent qu'une fraction assez faible des matières qui y tombent, le remplissage en est relativement lent ; et, quand il devient nécessaire de les enlever, l'opération se fait vite et ne répand presque pas d'odeur.
Avec un pareil système il n'est plus question de la guerre à l'eau, puisque les liquides s'écoulent sans frais à l'égout ; rien n'empêche dès lors de disposer la canalisation intérieure comme il a été indiqué plus haut, de la munir de siphons hydrauliques, etc. Mais, d'autre part, les matières recueillies sont à peu près sans valeur, et presque tout ce qui est utilisable va se perdre dans l'égout. Puis, si la surveillance n'est pas bien active, les enlèvements parfaitement réguliers, il peut se produire de ces débordements qui constituent l'inconvénient général des fosses mobiles, et qui souillent non seulement le caveau où sont placées les tinettes, mais le tuyau de chute et la maison tout entière.
Séparateurs ou dilueurs ne sont, comme on l'a dit à juste titre, que « l'hypocrisie du tout à l'égout » ; la commission d'assainissement, réunie à Paris en 1882-1883, n'y a vu qu'un « mode imparfait d'écoulecf ment à l'égout. » En effet, sans réaliser l'éloignement immédiat, l'entraînement hors de la maison de toutes les matières fermentescibles, ils envoient déjà dans l'égout la majeure partie des substances azotées qui proviennent des tuyaux de chute : ce qu'ils retiennent est à peu près sans valeur et suffit néanmoins pour empoisonner parfois la maison.
465 Évacuation totale à l'égout. — Aussi, quand on dispose d'un égout, vaut-il mieux à coup sûr en profiter pour y jeter aussi bien les matières excrémentitielles que les eaux-vannes et les eaux ménagères. De cette façon la maison se trouve immédiatement et complètement débarrassée de la totalité des résidus organiques, que l'intérêt de la salubrité commande d'en éloigner au plus vite, et, si l'on prend d'ailleurs les mesures convenables pour isoler les tuyaux de chute et en assurer le nettoyage et la ventilation, on se trouve avoir satisfait à toutes les prescriptions qu'impose sur ce point l'hygiène de l'habitation.
Il est vrai que la difficulté se trouve reportée un peu plus loin : si ces matières ainsi jetées hors de la maison devaient séjourner sur la voie publique, si l'égout était transformé lui même, comme on l'a dit, en
r)58 CHAPITRE XVHI. — ÉVACUATION DES EAUX NUISIBLES
une immense fosse fixe, on n'aurait en réalité assaini l'habitation qu'an détriment des voies publiques, et la salubrité urbaine n'y aurait rien gagné. C'est ce qui arriverait au cas où l'on pratiquerait l'évacuation totale dans des égouts à failjle pente et presque sans eau, peu ou poini curés, non susceptibles en un mot de rendre le service qu'on leur demanderait. Pour obtenir des résultats satisfaisants, il faut que les matières fermentescibles ne séjournent point dans l'égout de môme que dans h -. tuyaux de chute; or cela suppose ou un courant d'eau continu, rapide < i abondant, ou, avec un écoulement d'eau moindre, l'organisation d'un curage systématique, complété par des chasses fréquentes d'eau pure s'opposant absolument à la formation des dépôts.
Sans doute cette condition n'est pas toujours remplie, et cela explique les craintes exprimées parles adversaires du système de l'évacuation directe. Mais du nioins, quand elle l'est, ce qui arrive assez souvent, l'envoi des matières à l'égout constitue le mode d'enlèvement le plus satisfaisant au point de vue de l'hygiène générale. Londres, Bruxelles, Danzig, Berlin, Francfort-sur-le-Mein, et un très grand nombre de villes en Angleterre et dans divers pays ont appliqué le système du tout à l'égout et n'ont eu qu'à s'en féliciter : presque partout on a constaté que l'établissement de ce système avait été suivi d'une diminution notable de la fièvre typhoïde et d'une réduction de la mortalité.
466. Canalisations spéciales. — Quand le réseau d'égouts ne présente pas dans une ville les conditions favorables dont l'existence est nécessaire pour l'application du système de l'évacuation threcte, il ne paraît pas imposable de réabser néanmoins pour les habitations les avantages qui résultent ailleurs de l'emploi de ce système, c'est-à-dire la suppression delà vidange et l'éloignement immédiat des eaux-vannes, au moyen d'une canalisation spéciale placée en terre ou en égout.
Depuis que ces questions sont à l'ordre du jour divers types de canalisations de ce genre ont été successivement proposés.
Nous ne nous arrêterons pas ici à celui du colonel Waring, qui est plutôt un système d'égouts à petite section et qui reçoit aussi l^ien les eaux ménagères que les eaux-vannes, n'excluant que les eaux pluviales
Mais nous citerons le système Liernur, dont un essai a été fait dans un des quartiers d'Amsterdam. Des conduits spéciaux, placés dans les rues, sont reliés directement aux waters-closets et aux urinoirs; aux carrefours sont disposés des réservoirs en fonte, où des machines installées à quelque distance déterminent une aspiration ; en mettant ces réservoirs alternativement en communication avec les conduits qui reçoivent les eaux et les matières provenant des maisons, et avec les pompes aspirantes, on détermine l'écoulement des matières, des maisons aux