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ALTÉRATION DE L'EAU DES RIVIÈRES

Les eaux d'égout sont en général opaques, d'un gris sale. Par le repos, les matières solides s'en séparent, et il reste un liquide, de couleur blonde le plus souvent, très chargé encore d'impuretés de toute nature, et qui contient notamment la majeure partie des produits azotés.

On conçoit sans peine que de pareilles eaux, exposées à la fermentation, soient un danger pour la salubrité publique, et qu'une des grandes préoccuiDations de l'hygiène urbaine doive être de les éloigner au plus vite. Les substances minérales qu'elles contiennent, bien qu'élevant le degré .hydrotimétrique, n'auraient pas d'influence fâcheuse dans bien des cas; ce sont les matières organiques, et, en particulier, celles provenant des déjections humaines, ainsi que les eaux résiduaires des tanneries, lavages de laines, féculeries, etc., qui sont à redouter.

Il est manifeste, d'autre part, que les eaux d'égout constituent un engrais d'une certaine valeur. Très dilué sans nul doute, cet engrais n'en est i^as moins une richesse qu'il faut regretter de voir si souvent perdre sans profit aucun pour l'agriculture.

489. Contamination des cours d'eau. — La plupart des agglomérations urbaines se débarrassent en effet du produit de leurs égouts en le déversant à la rivière voisine, où il se mélange avec les eaux qui souvent doivent être utilisées, à quelque distance, jDOur l'alimentation des agglomérations situées plus bas dans la même vallée.

Cette pratique met en péril la salubrité publique, car la contamination qui en résulte va sans cesse en augmentant, depuis surtout que l'industrie a pris dans tous les pays un développement considérable, que les réseaux d'égout se multiplient, que le système du tout à l'égout se répand de plus en plus.

Les inconvénients s'en font particulièrement sentir dans les régions industrielles, à population dense, quand les cours d'eau n'ont qu'un débit médiocre. Aussi, est-ce en Angleterre qu'on s'en est préoccupé d'abord : la question y a donné lieu, à partir de 1865, à des enquêtes approfondies, conduites par la Commission royale chargée de rechercher les moyens de prévenir la pollution des rivières. La situation, il faut le reconnaître, était déplorable : les rivières Aire et Calder, par exemple, étaient littéralement encombrées de déjections solides de toute nature, cendres, ordures, déchets industriels, cadavres d'animaux, et les eaux résiduaires y fermentaient en telle quantité qu'en été des gaz inflammables s'en dégageaient et pouvaient brûler jusqu'à 2 mètres de hauteur au-dessus du plan d'eau. L'Irwell, à Manchester, était « noire « comme de l'encre ». La Clyde, à Glasgow, pouvait être comparée à un gigantesque égout et le port à une fosse prête pour la vidange !

Sans être aussi grand dans les autres pays, le mal y a pris cependant assez de gravité pour provoquer en plus d'un point des mesures énergiques. La Senne à Bruxelles, la Sprée à Berlin, le Schuylkill à Philadelphie, la Bièvre à Paris, la Vesle à Reims, l'Espierre à Rou-

rm . CHAPITRE XX. - KPURATION DES EAUX D'ÉGOUT

])aix, ont appelé l'attention des municipalités, et des travaux importantont été entrepris pour y combattre la contamination.

Depuis l'exécution des collecteurs parisiens, qui déversent chaquejour 300.000 mètres cubes d'eau, contenant GOO à 900 tonnes de substances solides, l'état de ce llcuve est devenu déplorable dans la parti, immédiatement à l'aval. Les matières lourdes se déposant dans le lit, par ordre de densité, forment de véritables bancs de vases, couverts d'écumes, dégageant en basses eaux des bulles d'hydrogène carboné, qui s'étendent jusqu'à Port-Marly; les plus légères restent en suspension, et, jusqu'à Mantes, on suit leur trace noirâtre et l'on perçoit leurs odeurs infectes. La quantité d'oxygène dissous dans l'eau tombe à 1 milligramme seulement à quelque distance au-dessous du débouché des collecteurs, et la proportion normale ne reparaît que près do Rouen!

La Tamise, au-dessous de Londres, est dans un état plus fâcheux encore : il s'en dégage une odeur nauséabonde, et la Commission royale, chargée de l'étude des questions relatives au débouché des égouts, déclarait en 1884 qu'il fallait à tout prix débarrasser le fleuve de l'infection qui en résulte.

490. Effets des agents naturels. — La contamination des i-ivières est combattue, il est vrai, par un certain nombre d'actions naturelles, qui tendent à modifier sans cesse la composition de l'eau polluée par l'apport des égouts. Ces actions peuvent se classer en deux catégories : les unes, parmi lesquelles l'oxydation doit être placée en première ligne, sont purement chimiques; les autres sont mécaniques ou physiques, comme le dépôt ou la dilution.

Le fait de l'oxydation des matières organiques en suspension dans les eaux courantes n'est pas douteux : la diminution de la proportion d'oxygène dans les eaux très chargées de ces matières en donne la preuve, ainsi que le dégagement des gaz carburés qui sont précisément produits par les i-éactions correspondantes. Mais on lui a autrefois attribué une importance beaucoup trop grande : l'effet de l'oxydation est lent et incomplet. Aussi la Commission anglaise de la pollution des rivières déclarait-elle, après l'examen auquel elle s'est livrée sur ce point, qu'il n'y a pas dans le Royaume-Uni de rivière dont le cours soit assez long pour que l'eau, si elle est sérieusement .contaminée, puis.se s'y purifier spontanément par la seule action de l'oxygène.

D'autres effets chimiques, qui résultent du contact de résidus de provenances diverses, donnent lieu à certains précipités et contribuent à débarrasser l'eau d'une partie des impuretés dont elle était chargée. On peut en rapprocher le travail des organismes animaux et végétaux, qui se nourrissent aux dépens des matières en suspension dans l'eau et contribuent également à en modifier sans cesse la composition.

Quand les substances solides entraînées sont en quantité un peu con.sidérable, il ne tarde pas à se produire des dépôts au fond et sur

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les rives; la clarification assez rapide qu'on observe souvent paraît être due principalement à ce départ des matières solides. Piosque toujours il s'opère en outre une sorte de triage, et l'on voit une série de dépôts homogènes, de nature et de densité différentes, se succéder régulièrement, si le courant n'éprouve pas de variations sensibles; dans le cascontraire, les changements de vitesse et les remous amènent le déplacement des dépôts déjà formés, en opèrent le mélange, y déterminent à nouveau des actions mécaniques et chimiques, les modifient incessamment, en un mot.

Mais de tous les effets résultant des actions naturelles sur les eaux d'égout déversées en rivière, c'est peut-être la dilution qui joue le rôle le plus important dans l'amélioration appai'ente qu'on observe à quelque distance ; car les impuretés disséminées dans une masse d'eau considérable ne s'y trouvent plus, au bout d'un certain temps, qu'en proportions minimes, qui en arrivent même à échapper à une analyse minutieuse. Aussi, alors même que l'eau d'une rivière semble suffisamment pure pour être admise dans l'alimentation, ne présente-t-elle pas, au point de vue sanitaire, de garantie véritable, si elle a été gravement souillée à une certaine distance en amont. Le chlore est un des rares éléments qui témoignent à peu près sûrement d'une contamination antérieure, car la grande solubilité de ses composés le retient dans l'eau et on ne manque pas de l'y retrouver.

491. Progression du mal. — Les causes de contamination augmentent d'une manière continue ; l'influence des agents naturels est au contraire essentiellement limitée ; n'est-il pas évident dès lors que le mal

, doit aller en s'aggravant, et que les cours d'eau sont condamnés à unecontamination progressive ?

Sans doute on peut, dans des cas déterminés, où la cause d'infection» e.st bien connue et suffisamment grave pour justifier des mesures spéciales, s'attaquer à elle, s'efforcer de la faire disparaître ou d'en détourner les effets. Mais, quelle que soit l'efficacité des moyens employés pour y parvenir, quelque soin qu'on apporte à en assurer l'application, quelque sévère que soit la réglementation par laquelle

. on prétend les imposer, on conçoit que la perfection n'est jamais atteinte : on met sans doute obstacle à la marche trop rapide du mal, on peut l'enrayer, la ralentir, mais non la supprimer entièrement. C'est ainsi qu'en Angleterre, malgré des prescriptions minutieuses, soigneu- sèment mises en pratique à la suite des travaux de la Commission royale de la pollution des rivières, durant les années- 1865 cà 1874, la marche ascendante continue encore, même sur la.

FiG. 598.

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Tamise en amont de Londres, où cependant, à cause de l'intérêt immcnsr qu'il y aurait à maiiitcnir la pureté de l'eau qui dessert les besoins de plusieurs millions d'habitants, on n'a reculé devant aucun effort ni aucun sacrifice. Le graphique (fig. 598), donné par Couche dans son rapport sur les eaux de Londres*, montre que la proportion des matières organiques augmente toujours, lentement il est vrai, dans l'eau de la Tamise, telle qu'elle y est distribuée.

Il ne faut donc pas croire que les divers systèmes employés ou proposés pour l'assainissement des cours d'eau soient de nature à en as.surer la purification complète. Le but qu'ils peuvent atteindre est plus modeste : il s'agit seulement de prévenir et d'empêcher l'infection, dont les menace la progression fâcheuse et inévitable des causes de contamination. Même ainsi restreint, leur rôle n'en demeure pas moins capital au point de vue de la salubrité publique ; et ils sont appelés à rendi-e d'immenses services à l'hygiène en général. Ils contribuent, d'autre part, à sauver une fraction intéressante de la richesse publique, jusqu'à présent fort mal utilisée, et dont la culture peut cependant tirer un excellent parti.

Peut-être résoudrait-on le problème de l'assainissement des rivières en conduisant à la mer, même lorsqu'il y a de longues distances à parcourir, les eaux d'égout des grandes villes. Mais, outre les dépenses effrayantes qu'il faudrait s'imposer, ne perdrait-on pas ainsi une masse énorme de matières fertilisantes ? Et encore y aurait-il à craindre que l'infection des côtes ne soit par là substituée à celle des rives des cours d'eau, de sorte que la difficulté aurait été seulement déplacée.

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