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Les Eaux do Londres et d'Amsterdam, 1883. p

Ils peuvent du moins atténuer le mal, en retenant des matières qui eussent été entraînées au loin par le courant, et en supprimant les dépôts sur les berges et dans le lit ; ils peuvent, en même temps, servir à faciliter l'utilisation d'une partie des matières fertilisantes comme engrais.

Le plus simple de tous est la décantation. Les eaux sont amenées dans de vastes bassins, où on les fait séjourner assez longtemps pour que le départ des matières solides s'y effectue par la seule action de la pesanteur : celles dont la densité est supérieure à celle dé l'eau tombent au fond peu à peu et y forment un dépôt boueux; celles qui sont plus légères viennent s'accumuler à la surface. Ce mode de purification est lent ; il exige un emplacement très étendu, et peut donner lieu à des émanations désagréables. Les applications qui en ont été faites à Reims, à Birmingham, à Blaclcburn, à Newcastle, etc., ont toutes démontré l'imperfection, la cherté et le danger du système.

La filtration à travers des substances inertes, telles que le sable ou le coke, où à travers des toiles métalliques fixes ou mobiles, présente des inconvénients analogues. L'expérience ne lui a pas été plus favorable ; et, aussi bien que la décantation, il faut la considérer plutôt comme un moyen de préparation des eaux pour une purification plus complète, que comme un système véritable d'épuration.

493. Procédés chimiques. — Par les procédés chimiques, on se propose de débarrasser les eaux d'égout tout à la fois des matières solides en suspension et des matières nuisibles en dissolution. A cet effet, l'on cherche à y produire par l'addition de certains réactifs des décompositions, d'où résulte la formation d'un précipité gélatineux ou floconneux, qui, en tombant au fond des bassins, entraîne ou englobe les particules solides : l'eau clarifiée et plus ou moins épurée s'échappe par déversement superficiel.

Les principaux ingrédients dont on a fait usage sont la chaux, le chlorure de chaux, le perchlorure de fer, l'acide phénique, le sulfate d'alumine, le sulfate de zinc, le charbon de bois, etc.

Souvent on a cherché à rendre l'action de ces ingrédients plus efficace en les combinant entre eux et les faisant agir soit ensemble, soit .séparément. C'est ainsi que beaucoup de procédés utilisent la chaux et le perchlorure de fer. Le procédé anglais, dit ABC, a pour base l'emiDloi simultané de l'alun, du sang (blood) et du charbon. On a tenté aussi d'accélérer les réactions chimiques au moyen d'un effet mécanique destiné soit à rendre le mélange plus intime, soit à déterminer la précipitation.

Une des substances qui ont donné les résultats les plus satisfaisants est le sulfate d'alumine, qui a été essayé en grand à Gennevilliers sur les eaux d'égout de Paris. Le précipité d'alumine qui se produit détermine une sorte de collage et débarrasse parfaitement l'eau des matières

r.OO CHAPITRE XX. — ÉPURATION DES EAUX D'ÉGOUT

solides ; mais la plupart des principes azotés restent dans le liquide, <[ui, au bout de quelques jours, et malgré le traitement épurateur qu'il a subi, entre néanmoins en putréfaction ; et de plus, les dépôts, recueillis après décantation, ne trouvent que difficilement un emploi.

Nulle part, on n'a obtenu par les procédés chimiques une solution définitive du problème : l'épuration est toujours restée incomplète, et les eaux envoyées aux rivières après l'application des systèmes les plu.s perfectionnés contiennent encore des proportions notables de matières fermentescibles ; les résidus solides n'ont jamais fju'unc valeur commerciale inférieure au prix de revient ; enfin, les installations sont coûteuses, et la stagnation des eaux dans les bassins épuratoires, les manipulations que ce traitement réclame, deviennent assez facilenaent une menace pour la salubrité du voisinage.

494. Épuration par le sol. — L'épuration par le sol donne des résultats bien supérieurs, et dans tous les pays, où des expériences suivies ont été faites pour comparer entre eux les divers procédés en présence, c'est ce dernier système qui a été reconnu incontestablement le meilleur. Il ne constitue pas une innovation, puisqu'on retrouve les traces de l'application qui en avait été faite à Jérusalem, et que, sans remonter aussi loin, on le trouve fonctionnant depuis des siècles à Milan, qui déverse par la Vettabia ses eaux noires dans les prés Marcites, à Séville, à Edimbourg, etc. Mais l'étude attentive des questions d'assainissement y a ramené tous ceux qui s'en sont préoccupés depuis un certain nombre d'années, et les applications nouvelles vont en se multipliant tous les jours : en Angleterre seulement, 144 villes y ont eu recours.

Le sol, a dit M. Schlœsing, est « l'épurateur parfait des eaux cliar- « gées de matières organiques. » II agit d'abord mécaniquement, à la manière d'un filtre, retenant à sa surface les particules les plus gi-ossières, et jusqu'aux plus ténues dans les pores des couches superficielles : la filti'ation y. est si complète que, dans le cas où l'épaisseur est suffisante et le terrain convenablement choisi, l'eau recueillie se montre d'une limpidité absolue ; les microbes eux-mêmes y sont retenus, à tel point que, dans l'eau des drains de Gennevilliers, l'analyse micrographique ne décèle plus qu'une vingtaine de bactéries, alors que l'eau des égouts de Paris répandue sur le sol, à deux ou trois mètres au-dessus des drains, en contenait mille fois plus, et que l'eau des sources de la Vanne en renferme trois ou quatre fois autant ! En même temps il se produit, par l'effet de l'air confiné dans les vides que laissent entre elles les particules de terre, une combustion des matières organiques, une sorte de fermentation, d'où résulte la nitrification des matières azotées, et que facilite grandement l'énorme surface offerte par l'eau qui imprègne les particules de terre à l'action de l'air qui les entoure.

Un double mouvement se produit à l'intérieur du sol, entre l'eau et l'air, et met constamment en contact l'élément nuisible et l'élément ré-

parateur. S'il est bien réglé, le résultat obtenu ne laisse rien à désirer. La végétation est d'ailleurs un puissant auxiliaire, car elle contribue clle-niême à ce travail en évaporant une grande partie de l'eau et la débarrassant de certaines des substances dont elle est cliargée.

« Pour arriver à une bonne épuration, il faut donc entretenir le plus « possible l'aération du sol, distribuer l'eau régulièrement, c'est-à-dire « en même quantité à des intervalles de temps égaux, de manière que « sa descente à travers le sol dure au moins le temps voulu pour son « épuration ; prendre, quand cela est nécessaire, des dispositions pour « l'évacuation de l'eau, afin de ne jamais l'accumuler dans le sol *. »

En se conformant attentivement à ces règles, on peut épurer sans peine, sur un sol perméable assez épais pour constituer un bon filtre naturel, 50.000 mètres cubes d'eau d'égout par hectare et par an 2. Ce chiffre, autour duquel on oscille dans un grand nombre d'essais pratiques, varie cependant avec le climat, la nature du sol, etc. On l'a parfois de beaucoup dépassé : Frankland a pu sans inconvénient déverser 120.000 mètres cubes par hectare, et l'on cite Merthyr-Tidvil où M. Bayley-Denton a été jusqu'à 180.000 et 240.000 mètres cubes.

On a objecté, en se plaçant à un certain point de vue sanitaire et médical, que l'application de ce système provoquerait la création de voiries d'un autre genre, dont les émanations pourraient être redoutables pour le voisinage, dangereuses pour la santé publique. Cette objection vise d'ailleurs surtout le cas où les eaux d'égout contiennent les matières fécales, et où l'on pratiquerait par suite ce qu'on a pu appeler le tout sur le sol. Mais il résulte des brillantes discussions qui ont eu lieu à ce sujet à la Commission technique de l'Assainissement de Paris en 1883, que l'influence fâcheuse de l'épuration n'est rien moins que prouvée ; au contraire il est certain, quoi qu'on en ait dit, que ni les fièvres intermittentes, ni les maladies infectieuses ne se répandent au voisinage des champs d'épuration ; et la Commission a conclu que « les eaux d'é- « gout, même chargées d'une forte proportion de matières excrémenti- « tielles, peuvent être soumises au procédé d'épuration par le sol sans « danger pour la santé publique. »

Ce procédé a d'ailleurs le grand avantage de se prêter immédiatement à l'utihsation pratique des substances azotées contenues dans les eaux d'égout, si bien qu'on confond assez souvent l'épuration par le sol et l'utilisation des eaux d'égout.

1. D-- Proust. Rapport présenté le 12 décembre. 1882 h la Commission technique de r Assainissement de Paris.

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