‹ Salubrité urbaine distributions d'eau assainissementChapitre 32 sur 279 · ÉPOQUE ACTUELLE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE ACTUELLE

très conséquence fatale du développement des voies de communication, a donné à ces questions une importance qu'on ne leur avait pas encore reconnue, et il en est résulté un immense et universel mouvement dans

la voie du progrès.

Des études approfondies ont bientôt été entreprises de toutes parts; des idées nouvelles se sont fait jour; puis des travaux remarquables, laro-ement conçus et rapidement exécutés, sont venus apporter à ces idées la plus belle consécration pratique. L'opinion publique, frappée des résultats obtenus, s'est alors émue : l'alimentation et l'assainissement des villes font désormais l'objet de discussions intéressantes, parfois passionnées, toujours fécondes. La science, en portant ses investigations de ce côté, s'est enrichie de données nouvelles ; elle a découvert l'existence et défini le rôle des microbes, qui lui ont livré la clé de phénomènes jusqu'alors inexpliqués ; puis les congrès d'hygiène sont venus contribuer à propager le mouvement commencé dans les grandes cités, et qui s'étend progressivement aux agglomérations de second et de troisième ordre.

C'est en Angleterre que ce mouvement paraît avoir pris naissance ; c'est là du moins qu'il s'est révélé tout d'abord par des applications importantes et nombreuses, à la suite du Public Health Act de 1848. . Mais les États-Unis, la France, n'ont pas tardé à y prendre part, et peu à peu il a gasné tous les pays civilisés, qui, entraînés successivement dans la voie'nouvelle, rivalisent aujourd'hui d'efforts pour l'amélioration continue des conditions de la salubrité publique et de l'hygiène des villes.

50. Distributions d'eau. — L'eau en abondance est devenue pour les villes une impérieuse nécessité, et la consommation s'accroît dans des proportions inouïes, dépassant bien vite toutes les prévisions même les plus larges. Paris, qui disposait à peine de 15 litres d'eau par habitant au commencement du siècle, n'est qu'incomplètement desservi aujourd'hui avec plus de 200, et l'on n'hésite pas à y entreprendre des travaux considéi^ables et fort coûteux pour obtenir un supplément d'alimentation indispensable. La dérivation de la Vanne, qui fournit, depuis 1874 au service privé, à Paris, 110.000 mètres cubes d'eau de source, en sus des 20.000 de la Dhuis, était déclarée insuffisante dès 1881, au bout de sept ans seulement! De même, à New- York, il n'a pas fallu plus de huit années pour démontrer que toutes les additions récentes destinées à augmenter la portée déjà considérable de l'aqueduc du Croton étaient loin de répondre à la totalité des besoins constatés, et l'on y poursuit activement l'exécution d'un nouvel aqueduc de capacité supérieure.

On ne compte plus les villes qui ont créé ou renouvelé leurs distributions d'eau, au prix d'énormes dépenses. Nombre d'entre elles ont dû I l ire exécuter à cet effet des ouvrages grandioses qui soutiennent aisément la comparaison avec ce que l'antiquité a laissé de plus rcmar-

CHAPITRE III. APERÇU HISTORIQUE quaUe. Il convient de citer la dérivation de la Durance, pour ralimontation de Marseille, avec son bel a(iueduc de Roquefavour, dû ù l'inr^énieur de Montrichcr; les dérivations de lu Dhuis et de la Vanne œuvre magistrale de Belgrand; les dérivations américaines du Croto'n et du Potomac; celle qui amène à Vienne les eaux des glaciers des Alpes Nonques ; puis les colossales usines à vapeur établies sur la Tamise en amont de Londres (14.000 chevaux- vapeur) ; la nouvelle machine dé Marly et la grande usine hydraulique de Saint-Maur, qui ont servi de types à une foule d'installations du même genre dans toutes les parties du monde habité.

Inconnu dans la plupart des villes, il y a un quart de siècle, l'emploi de l'eau sur la voie publique pour le nettoyage des chaussées' caniveaux et trottoirs, pour la salubrité et l'assainissement, devient cîe plus en plus général. Paris, qui a pris l'initiative, et quia une incontestable supériorité à cet égard, ne compte pas moins de 1.5.000 appareils de service public : bouches de lavage, d'arrosage à la lance, bornes-fontaines, bouches d'incendie, fontaines de puisage et d'ornement, etc.

En même temps, des exigences nouvelles ont surgi pour le service privé ; il ne suffit plus d'avoir l'eau dans chaque maison, il faut qu'elle parvienne à tous les étages, qu'elle soit partout à la portée de la main ; d'autre part, la consommation domestique réclame impérieusement des eaux limpides, pures, salubres, et l'on n'hésite pas à faire de gros sacrifices d'argent pour obtenir ce résultat. Les procédés de filtrage, qui se sont multipliés et perfectionnés, ne suffisent pas à défendre, contre la suspicion de plus en plus grande dont elles sont l'objet, certaines eaux recherchées et considérées comme excellentes il y a trente ans ; à Paris, l'eau de Seine est écartée de la maison et l'on y a substitué d'une manière générale des eaux de sources captées au loin et amenées par de longs conduits fermés entièrement et à l'abri de toute contamination ; à Vienne, on a complètement renoncé à l'eau du Danube ; Berlin vient de remplacer en partie l'eau de la Sprée ; à Londres même, l'eau de la Tamise filtrée n'est plus aussi en faveur auprès de l'opinion.

Le développement rapide des distributions d'eau a eu pour conséquence naturelle un progrès considérable dans la fabrication des tuyaux en fonte, que de nombreuses usines produisent couramment aujourd'hui jusqu'au diamètre de l'",10 et même de l'",30, et avec une longueur utile de 4 mètres. En même temps les appareils de toute espèce, qui trouvent leur emi^loi dans les services d'eaux, se sont multipliés et perfectionnés; les compteurs d'eau, notamment, entrent dans la pratique et se répandent rapidement. Paris en compte près de 50.000 aujourd'hui. De nouvelles applications de l'eau en pression surgissent de divers côtés, distribution de force motrice, ascenseurs hydrauliques, etc.

51. Égouts. — Pendant que l'alimentation des villes s'améliorait si

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rapidement, un mouvement plus remarquable encore se produisait en vue

de leur assainissement.

Jusqu'alors, les villes les mieux dotées à cet égard comptaient quelques kilomètres d'égouts établis sans vues d'ensemble, construits d'une l'açon peu rationnelle, mal entretenus et rarement curés ; aucune, on peut le dire, pas même Paris, malgré les travaux importants exécutés depuis 1832, n'avait un véritable réseau d'égouts tel qu'on le conçoit maintenant.

En quelques années, l'immense superficie de Londres a été sillonnée de conduits souterrains établis d'après un plan d'ensemble admirablement étudié, et aboutissant à de grands collecteurs étagés qui, avec l'aide de puissantes usines de relèvement, ont été jeter à distance, dans la Tamise, toutes les déjections de la métropole britannique. C'est l'application la plus considérable du système qui a reçu le nom significatif de Tout à l'égout.

Presque en même temps, Belgrand traçait de main de maître les grandes lignes de l'assainissement de Paris, établissait le collecteur d'Asnières qui en constitue le grand émissaire, fixait les types si heureusement conçus, le mode de construction si rationnel et si économique des égouts de Paris, poursuivait l'exécution d'un magnifique ensemble de ii'aleries partout accessibles, destinées à la fois à l'écoulement des eaux pluviales et ménagères, à la pose des conduites d'eau, au passage des fils télégraphiques, et en assurait le curage au moyen d'appareils remar- ([uablement appropriés.

Les résultats obtenus ont. été si merveilleux et si prompts que l'exemple donné par Londres et Paris a été immédiatement suivi dans la plujDart des grandes villes ; partout, en Angleterre d'abord, puis sur le continent, on a entrepris l'établissement de réseaux d'égouts, malgré l'importance des sacrifices qu'il a fallu s'imposer à cet effet.

52. Épuration des eaux d'égouts. Vidanges. — Mais, comme la réunion de toutes les déjections d'une grande ville dans un égout collecteur a pour résultat d'accumuler sur un point une masse énorme de matières organiques en décomposition, et d'y créer un foyer d'émanations insalubres, une conséquence naturelle de la" création des réseaux d'égouts a été de mettre à Tordre du jour l'épuration ou l'utilisation des eaux chargées des détritus urbains.

A Londres comme à Paris, et dans bien des grandes villes, des essais ont été faits, divers systèmes préconisés et mis partiellement en pratique, sans qu'aucun ait encore reçu la sanction complète de l'exjDérience ; le problème s'est d'ailleurs compliqué et se présente sous des aspects différents, suivant les procédés employés pour l'enlèvement des vidanges, • H'-ore barbares trop souvent ; du moins, la question est posée, elle a été examinée sous toutes ses faces, et les discussions auxquelles elle adonné lieu l'ont éclairée d'une vive lumière : il est probable qu'elle ne tardera

pas à ôtre résolue. Déjà Berlin, prenant les devants, vient de faire une application systéniati<pie d'un mode rationnel d'utilisation des eaux d'égout, et les premiers résultats olitenus semblent de nature à justifier les dispositions adoptées.

53. Conclusion. — Ainsi donc le progrès est général : la consommation de l'eau potable, cet agent précieux de l'assainissement des villes, augmente partout dans des proportions jusqu'alors inusitées, l'évacuation des eaux résiduaires, si nécessaire pour la salubrité des afirerlomérations urbaines, a été améliorée dans la plupart des grandes villes; et s'il reste à débarrasser les rivières d'afflux qui menacent d'altérer gravement la pureté de leurs eaux, les efforts que l'on fait de toutes parts pour y parvenir permettent d'espérer un succès prochain.

Au milieu de la révolution scientifique et industrielle qui sera l'éternel honneur du xix® siècle, ce ne sera pas un des moindres titres de gloire de notre époque d'avoir posé les bases de la science sanitaire moderne et d'en avoir résolument appliqué les principes.

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