FiouiKn. Merveilles de l'industrie: l'emi
neige, aussi bien que la grêle, fond assez rapidement et subit les mêmes elïets que l'eau de pluie proprement dite.
Une partie de cette eau s'évapore et retourne à l'atmosphère, uiu; autre ruisselle à la surface du sol en suivant les pentes les plus rapides, et va rejoindre le cours d'eau le plus voisin, et une troisième s'infiltre lentement dans l'épaisseur des terres, partout oi!i elle rencontre des couches suffisamment poreuses ou fissurées.
h'évnporation se produit soit au moment môme où la pluie tombe, soit peu à peu lorsque l'eau séjourne sur le sol, soit enfin par l'intermédiaire des plantes; aussi varie-t-elle avec la température, avec la nature et la configuration du sol, avec la végétation.
h' inlillration dans le sol est plus ou moins considérable, suivant le degré de porosité de la couche superficielle, l'état d'humidité ou de sécheresse du sol, les déclivités. '
La fi'action de la quantité totale d'eau tombée, qui n'a été ni évaporée ni absorbée par la terre, constitue Vécoulement superficiel.
Elle est d'une impprtance bien différente, selon que la pluie rencontre un terrain imperméable, à pentes rapides, dépourvu de végétation, en temps froid et humide, ou un sol perméable à pentes très adoucies, boisé ou en culture et desséché par la chaleur ; dans le premier cas, il n'y a pas d'absorption, presque pas d'évaporation, commfe sur le toit d'un édifice, et la quantité totale, ou peu s'en faut, s'écoule dans un temps très court ; le coefficient d'écoulement atteint 0,98 en hiver, sur les terrains granitiques du Morvan ( Vignon) ; dans le second , au contraire , l'évaporation est considérable, l'absorption très active et l'écoulement superiicfel peut être réduit à néant : sables de Fontainebleau (Belgrand). Entre ces deux extrêmes, il y a bien des intermédiaires, aussi ne saurait-on donner des indications générales précises au .sujet de la répartition de la quantité d'eau tombée entre l'évaporation, l'éooulement superficiel et l'infiltration. Dans chaque région, il y a lieu de se livrer à ce sujet à des observations directes, ([ui rentrent dans le domaine de la météorologie.
L'eau évaporée à la surface du sol est totalement perdue pour l'alimentation. Celle qui s'écoule superficieUement ne peut être recueillie qu'en partie au pa.ssage. Celle qui s'est infiltrée dans le sol s'y accumule et constitue une réserve naturelle, à laquelle on peut avoir recours en tout temps et qui se prête à l'utilisation la plus complète.
77. Pauvreté relative des terrains imperméables. — On conçoit que les terrains où cette réserve est abondante sont ceux qui olîrent le plus de ressources, ceux où elle est médiocre ou nulle qui en offrent le moins.
Ce n'est donc pas en général dans les terrains imperméables qu'il faut chercher l'eau nécessaire à l'alimentation.
Lorsque l'eau du ciel tombe sur un sol de cette nature, elle coule à la surface, un ruisseau se forme dans chaque repli de terrain; les parties
§ 1. — GÉNKRALlTliS ''^ .imeublies par la désagrégation naturelle des roches ou par la culture, celles qui sont couvertes de forêts ou de prairies retiennent momentanément une partie de l'eau et donnent lieu à une foule de petites sources ou plutôt ù des suintements; mais Ijicntôt l'égouttement plus ou moins lent diminue ou cesse; ruisseaux et sources ne sont plus ([ue des filets d'eau ou des pleurs, et souvent tarissent complètement.
Les cours d'eau des terrains imperméables ont par suite un régime towentiel; leurs crues sont très violentes et de courte durée, parfois de quelques heures seulemëiit, et leur débit ordinaire est faible relativement à l'étendue du bassin versant.
On reconnaît un terrain imperméalDle à la Seule inspection d'une carte bien faite ; il est sillonné par une infinité de petits cours d'eau, la plupart éphémères et qui ne sont pas nécessairement alimentés par des sources. On le reconnaît aussi à ce double caractère mis en relief par Belgrand : les ponts y sont très nombreux et ont un très grand débouché, et les prairies naturelles s'y i-encontrent, non seulement au fond des vallées, mais encore à flanc de coteau et jusqu'au sommet des montagnes.
78. Richesse des terrains perméables. — C'est tout le contraire pour les terrains perméables; l'eau s'infiltrant rapidement dans l'épaisseur du sol, l'écoulement superficiel se ti^ouve presque supprimé, les petits ruisseaux sont rares, beaucoup de vallons restent secs et il n'y a de cours d'eau qu'au fond des grandes vallées. Mais ces cours d'eau, alimentés par les nappes souterraines ou par des sources pérennes, ont un débit régulier, des crues lentes et de longue durée : ils méritent le nom de cours d'eau tranqiiilles .
On reconnaît les terrains perméables à la rareté des cours d'eau, au petit nombre et au faible débouché des ponts, au contraste que présentent, dans les grandes vallées, les prairies naturelles et les mai'ais du thahveg avec l'aridité des coteaux.
Ces terrains fonctionnent à la manière d'une éponge qui s'imbibe et retient l'eau, tant que ses pores peuvent en contenir, et s'égoutte très lentement sans jamais s'assécher.
Les sources n'y sont pas très nombreuses, mais leur débit est relativement important ; elles ne sont pas disséminées au hasard, mais groupées au fond des vallées principales, véritables lieux de sources, qui constituent le drainage naturel des nappes souterraines.
79. Observations pluviométriques. — Les eaux, météoriques étant la source commune de toutes les eaux auxquelles on peut recourir
7ù CHAPITRE V. — LES RESSOURCES
pour l'alimentation, la connaissance de la quantité de pluie qui tombe moyennement dans une région se trouve être nécessairement l'un des éléments primordiaux des recherches à faire pour déterminer le volume d'eau qu'on peut y recueillir. Elle a d'ailleurs un intérêt tout particulier au point de vue de Vhydrolo(jie, c'est-à-dire de la connaissance du régime des eaux, et de Vagronomie ou étude des conditions de la culture. Aussi, dans presque tous les pays, a-t-on organisé, dans un certain nombre de stations convenablement réparties, des observations pluviométriques régulières.
A l'Observatoire de Paris, on enregistre, depuis 1089, les quantités de pluie tombées sur la terrasse de cet établissement. En 1851, Belgrand a obtenu, pour le bassin de la Seine, l'organisation d'un service hydrométrique permanent, qui centralise les résultats de nombreuses observations conduites d'une façon rationnelle et systématique, fait une étude générale de la répartition des pluies et du régime des cours d'eau, et recherche les lois au moyen desquelles on arrive à prévoir les crues et à en calculer d'avance la hauteur en chaque point. Les inondations de la Saône, celles de la Loire et de la Garonne, etc., ont motivé la création de services d-kinnonce des crues qui ont étendu à tout le territoire français le système d'observations pluviométriques nombreuses et comparables inauguré par le service hydrométrique.
80. Quantités de pluie. — La quantité annuelle de pluie en un point donné s'exprime par la hauteur, en millimètres, de la tranche d'eau recueillie, et correspond à une répartition uniforme sur le sol de la totalité de l'eau tombée.
Elle est essentiellement variable suivant les circonstances topographiques, la direction des vents régnants, l'altitude, le climat, etc., et diffère souvent beaucoup d'une localité à l'autre dans un rayon peu étendu. Ainsi, dans le seul bassin de la Seine, tandis qu'il tombe à Paris 55G millimètres d'eau par an, on trouve dans le Morvan jusqu'à 2.038 millimètres, et en certains points de la Brie et de la Champagne 400 millimètres seulement.
En général, les hauteurs de pluie croissent avec les altitudes. Le bassin de l'Yonne, plus élevé que celui de la Seine, reçoit 782 millimètres au lieu de 684 millimètres ; ceux de l'Oise et de l'Aisne, qui sont au contraire moins élevés, reçoivent 583 et 522 millimètres seulement; dans le Morvan, la hauteur de pluie atteint 1.750 millimètres aux Settons et 2.038 millimètres au Ilaut-Folin. De même, on recueille 008 millimètres dans les plaines de l'Alsace , tandis qu'il en tombe 1.300 millimètres sur la chaîne des Vosges; 930 millimètres en Italie au sud de l'Apennin, et 1.330 milUmètres au nord, dans les plateaux de la Lombardie. Sur les pentes de l'Himalaya, on a trouvé jusqu'à 12 et 17 mètres d'eau par an.
Les hauteurs de pluie vont aussi en augmentant à mesure qu'on se
rapproche de la mer : on trouve 92''i millimètres au Havre, 1.352 millimètres à Nantes, contre 556 millimètres à Paris ; — 2.320 millimètres à Bombay et 1.930 millimètres à Calcutta, contre 601 millimètres à Serinyapatain.
Il tombe plus d'eau dans les vallées que sur les plateaux voisins.
Et l'on a observé que la quantité moyenne de pluie va en diminuant lorsque la latitude augmente : considérable au voisinage de l'Equateur, on la trouve constamment décroissante si l'on se rapproche des pôles.
La hauteur moyenne de la pluie dans le bassin de la Seine, pendant les 20 années 1861-1881, a été de 683 millimètres. Pour la France entière, elle atteint 760 millimètres.
81. Variations séculaires. — Dans une localité donnée, la hauteur de pluie varie d'une année à l'autre, mais les observations prolongées pen-
Fig 3. ,
dant de longues péi^iodes n'ont pas permis de dégager de loi à cet égard. Les années sèches et les années humides se succèdent tantôt par alternances fréquentes, tantôt par séries plus ou moins longues, ainsi qu'on le constate à la vue du diagramme (fig. 3) qui résume les observations faites à Paris de 1689 à 1872 sur la terrasse de l'Observatoire. Ce diagramme accuse des variations assez considérables ; le minimum , 210 millimètres, correspond à l'année 1733, le maximum, 703 millimètres, à 1804. M. de Préaudeau i admet que la hauteur de pluie dans le bassin de la Seine est de 620 à 750 millimètres pour les années moyennes, et que les écarts extrêmes de sécheresse ou d'humidité ne dépassent guère trois dixièmes de la moyenne en plus ou en moins.