DU CHOIX A FAIRE
relativement considérables. Le second ne comporte qu'un entretien presque nul, des frais annuels très réduits, mais suppose presque toujours un capital important pour la construction des ouvrages. Les machines procurent peut-être une sécurité plus grande, pourvu qu'il y en ait au moins une de rechange, et que l'on apporte les soins convenalDles à Fexploitation; tandis que la rupture d'un aqueduc peut causer une interruption complète du service pendant un temps plus ou moins long. D'autre part, une dérivation présente le caractère d'une solution définitive, d'un monument durable, alors que les machines les mieux établies, les mieux entretenues, devront être remjDlacées au bout d'un temps limité.
Enfin la recherche des eaux souterraines ne va pas sans quelques risques, sans dépenses aléatoires, qui engageraient parfois gravement la responsabilité de ceux qui en auraient pris l'initiative et peuvent motiver des hésitations légitimes.
124. Qualités requises. — Nous avons j^récédemment fait connaître quelles sont en général les qualités que doit présenter l'eau destinée à l'alimentation; mais telle ou telle exigence peut primer les autres suivant les localités, les habitudes, les préférences plus ou moins raisonnées de la 23opulation.
La fraîcheur et la limpidité, très appréciées dans les pays tempérés où l'on boit de l'eau pure, le sont beaucoup moins dans les pays du Nord, où la rigueur du climat impose les boissons chaudes ou fermentées : ceux-ci se contenteront d'eaux de superficie, d'eaux de lac ou de rivière, ceux-là rechercheront volontiers des eaux souterraines.
Tantôt une eau agréable à la boisson sera considérée comme un bienfait, quoique assez dure; tantôt on rejettera une eau moins chargée de sels parce qu'elle sera impropre à certains usages industriels spéciaux. Ici une forte pression est indispensable pour le service de quartiers hauts ou pour la fourniture de force motrice, là un sol plat et uni, des maisons sans étages,' permettent de faire un bon service avec une très faible pression. Telle ville regarde comme excellente une alimentation par drainages, par puits forés, par filtration artificielle; telle autre croirait la saluljrité gravement compromise si tous les habitants ne recevaient pas de l'eau de source.
125. Quantités nécessaires. — Il n'y a rien d'absolu non phis en ce qui concerne les 'quantités : dans les pays où l'eau est rare, on sait se contenter de peu, tandis qu'on la gaspille dans les villes où elle est répandue en abondance ; ce qui serait ici le strict nécessaire suffit là pour satisfaire et au delà à tous les besoins. Pour fixer les idées, il n'est pas a autre moyen que de procéder par comparaison, de rechercher des cas analogues à celui que l'on considère : villes de môme importance, industncs peu différentes, usages semblables, eaux de même nature, et d'en tirer des inductions, mais en tenant grand compte des particularités locales, des habitudes delà population, etc.
434 CHAPITRE VI. — nECIIERCIlE, EXAMEN ET CHOIX
Le mode de délivrance de l'eau aux consommateurs n'est pas sans innuence sur la quantité consommée : elle reste dans des propoi-t.ons raisonnables partout où elle est sounùse à un contrôle efficace, el <• s'exagère et dépasse toute limite là où le contrôle est msuffisant ou nul : elle est plus grande avec une distribution constante qu'avec un servieintermittent. Il ne faut donc pas omettre cette considération dans les c*\lcu.ls
^ Puis' lorsqu'on a établi le chiffre qui représente la consommation actuellement probable, il convient de faire la part de l 'extension- qu el!, prendra sûrement dans l'avenir, « non pas qu'il faille des 1 ongme fan. « tous les sacrifices nécessaires pour dovibler ou tripler la d.stnbut.on .. « mais on doit donner à tous les travaux des dispositions qui permei- « tent d'augmenter la distribution avec le moins de perte possible (Dupuit). Le système qui se prête à des augmentations successives du débit et à l'échelonnement des dépenses répond mieux que tout autre a cette condition. Les prises en rivière et les alimentations paiyuachi^^^^^^ ont ici l'avantage, parce que, d'une part, rien n'est plus icicile que d'augmenter la puissance des engins élévatoires quand on le veut et , rue d'autre paA, on dispose généralement d'une reserve presque indef^;, iL insUtions premières n'utilisant qu'une faible fracUon du débi . Au contraire, les sources ne fournissent qu'une quantité deau presque toujours limitée, et il est impossible d'augmenter après coup la
^^î^li^^eT- Quelque prospère que soit la situation finan^^e d'une ville ce n'est pas moins un devoir pour ses -P--f . ^^^.^^^^ se préoccuper de l'importance des dépenses à prévoir pour la lealisation de tel ou tel projet, et de donner la préférence, toutes choses egale.s dUtirs, à la solut'ion qui impose au budget le V^^^^^^^^ mieux serait en pareil cas, l'ennemi du bien ; et la mumcipa ite qui ^I teiruile solution dispendieuse, parce qu'eUe conn— ^^^^^^^ vrage plus monumental ou des dispositions ^ ^f^'^'^^^^s^ autre moins brillante, mais plus économique eut ^J^^'l^ sultats, n'aurait certainement V-sh.enn.ento àe sesj^^s^e.^^^^^^ ciui on le maniement des deniers publics ne sont-i s lis ménaecr afind'en tirer laplusgrande somme d'améliorations possible .
7îZ s%.lvanssi, sans aScun doute, de l'exagération contrau-e ; et mS aveuSe parcimonie serait plus coupable encore peut- tre qu une uirise pSallté. L'eau de bonne quahté n'est-elle ^^ ^^^ ;~de salubrité pour une ville? L'hygiène ne commande-t-elle pas
l'on doit se tenir dans ".^e .us^^ une abondante et saine alimentation?
§ 'i. — DU CHOIX A FAIRE J35
127. Alimentation multiple. — Il peut arriver que l'étude entreprise pour l'établissement d'une distribution d'eau démontre l'impossibilité de satisfaire à toutes les conditions du problème au moyen d'une seule des solutions en présence : Celle-ci ne saurait fournir une quantité d'eau suffisante, mais elle a l'avantage au point de vue de la qualité ; celle-là donnerait et au delà le débit nécessaire , mais la qualité laisserait à désirer ; telle autre serait excellente, mais trop chère, s'il fallait lui demander la totalité de l'alimentation, etc.
C'est en pareil cas que l'on se trouve conduit à recourir à une alimentation multiple.
Dans les très grandes villes, on peut le dire, il n'y a guère moyen de l'éviter; car il sera toujours malaisé d'amener sur un seul point et par un ouvrage unique une masse d'eau considérable, et, y arriverait-on, qu'une autre difficulté se présenterait pour la répartir ensuite sur une surface étendue. D'ailleurs, il est avantageux de diviser les risques, et les conséquences d'un accident sont bien moins redoutables s'il ne peut en résulter qu'une j^erturbation partielle.
Une alimentation multiple ne comporte pas toujours des canalisations distinctes, une distribution également multiple : les diverses eaux amenées par dérivations ou élevées par machines, peuvent être toutes mélangées dans un réservoir unique ou dans un système de réservoirs reliés entre eux, d'où partent les artères principales du réseau de conduites. Mais souvent chaque nature d'eau sera réservée à un quartier distinct, et l'on aura, pour ainsi dire, plusieurs distributions d'eau voisines, mais séparées, chacune d'elles ne comportant qu'une canalisation unique dans le périmètre qu'elle dessert. D'autres fois on adoptera deux canalisations et l'on classera les diverses sources d'alimentation en deux catégories : l'une pour les usages domestiques, l'autre ponv les usages publics et industriels.
Les villes de deuxième ou de troisième ordre, qui doivent chercher autant que possible à simplifier les rouages, afin de rendre le contrôle et la surveillance plus faciles, préféreront d'ordinaire un système unique d'ahnientation et de distribution loi'squ'elles entreprendront de toutes pièces l'installation d'un service d'eau. Néanmoins diverses circonstances, et, entre autres, l'existence d'une ancienne distribution devenue insuffisante, peuvent y motiver aussi l'adoption d'une ahmentation multiple et même d'une distribution double.
Mais dans tous les cas il convient de ne délivrer dans les habitations qu'une seule nature d'eau, afin d'éviter des confusions inévitables et fâcheuses pour les usages domestiques : comment empêcher, en effet, d'une manière efficace l'emploi de l'une des eaux pour la boisson si elles sont toutes deux à la portée de la main? A Paris, on a pu sans inconvénient réel pousser jusque dans les maisons la double canaHsation, et il est beaucoup d'immeubles pourvus à la fois de l'eau de source et de
l'eau de rivière, sans que la confusion y soit possible : grâce à la différence de pression des deux services, l'une des deux eaux se trouve forcément réservée aux usages des écuries, remises, cours... et l'autre, atteignant seule les étages supérieurs dessert nécessairement les cuisines, cabinets de toilette, etc.
128. Difficulté du choix. — On conçoit sans peine qu'il ne soit pas toujours facile de concilier des conditions parfois contradictoires : et trop souvent aucune des solutions en présence ne réunit à la fois qualité, quantité et économie. Il faut donc les discuter une à une, les comparer avec grand soin, finalement céder sur tel ou tel point, et arriver enfin à une sorte de transaction de manière à satisfaire le mieux possible à l'ensemble des exigences constatées. Le choix soulève par suite bien souvent des questions fort délicates, et c'est ce qui explique les discussions parfois passionnées auxquelles donnent lieu les projets de distribution d'eau, les hésitations fréquentes des municipalités, et l'obligation où elles se trouvent de recourir aux ingénieurs spéciaux les plus, autorisés pour préparer et motiver la décision à prendre.
Avant tout, il faut s'efforcer d'éviter les idées préconçues : que Ton tienne compte de toutes les conditions du problème, que l'on fasse une étude complète des diverses solutions possibles, qu'on les soumette à une discussion consciencieuse, et la lumière doit se faire, le choix s'imposer. Peut-être ce choix prêtera-t-il encore à quelques critiques et ne sera-t-il point parfait de tous points : là comme en bien des choses, il faut savoir se contenter d'un à peu près.
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