CONDUITES FORCEES
taû-es que les aqueducs libres couverts ; elles la protègent également contre raction de la lumière, les variations de température, les contaminations possibles. D'autre part, elles offrent de grandes J'acilités de tracé et d'établissement, et permettent souvent de diminuer les longs parcours qu'imposeraient les aqueducs libres ; ainsi d'Uzès à Nîmes la conduite forcée a 20 kilomètres de longueur, tandis que l'aqueduc romain qui reliait les deux mêmes points n'en avait pas moins de 50; de môme a Rome l'antique Marcia, rétablie en 1870 sous le nom de Pia, n'a plus qu'un parcours de 52 kilomètres, dont certaines parties en conduite forcée, au lieu des 91 kilomètres qu'elle avait à l'origine.
Mais la pression, qui s'exerce à l'intérieur des conduites forcées, oblige à y employer soit des épaisseurs plus grandes, soit des matériaux plus résistants. D'autre part, le frottement de l'eau se produisant sur tout le périmètre y détermine une perte de charge plus considérable que dans les conduites libres, de telle sorte que l'on n'y obtient qu'une vitesse et un débit moindre pour une même section. Pour l'un et l'autre motif la dépense au mètre courant est donc plus grande pour la conduite forcée que pour l'aqueduc libre.
Puis la conduite forcée est plus fragile, plus exposée aux ruptures, à cause des pressions intérieures qu'elle supporte. Presque toujours formée d'une fde de tuyaux, elle présente aux joints des points faibles ; le moindre tassement la disloque. Et, comme une rupture arrête immédiatement le service, on n'obtient une sécurité réelle qu'en dédoublant la conduite et la composant de deux fdes de-, tuyaux parallèles et suffisamment éloignées l'une de l'autre, ce qui augmente encore de 50 pour 100 au moins la dépense de premier établissement.
Sans doute, quelle que soit la dépense par mètre, elle peut être compensée pour l'ensemble par des abréviations de parcours, par la suppression de certains ouvragés en relief au-dessus du sol, et il peut y avoir économie à remplacer une conduite libre par une conduite forcée. Mais en général, lorsqu'on a le choix, la conduite libre est plus avantageuse, et il convient presque toujours de réserver l'emploi des conduites l'orcées pour le cas où la ligne de charge se trouve à une grande hauteur au-dessus du sol.
187. Matériaux employés. — Les conduites forcées s'exécutent le plus ha])ituellement en tuyaux de fonte. Mais on en a construit avec beaucoup d'autres matériaux.
Le bois y a été employé quelquefois. On cite une grosse conduite en hois de l'",20 qui amène à Toronto l'eau captée dans une île du lac Ontario (Canada).
La poterie peut servir à l'exécution de conduites de petit diamètre et supportant de faibles pressions, mais sa fragilité la rend peu propre à '-•'•t usage.
La maçonnerie et surtout le béton sont préférables, et l'on en a fait
de nombreuses aj)pli('ations : c'est par une conduite (m béton de 1"",30 de diamètre que l'eau de la Vanne pénètre dans Paris, au sortir du servoir de Montrougc ; à la Lauvière, le canal du Verdon présente une conduite forcée en maçonnerie de 2™, 30 de diamètre.
Le plomb, seul métal (jui ait été appliqué par les Romains à la conl'ection des conduites forcées, n'a pas assez de résistance pour que remploi en soit économique dès que le diamètre est un peu considérable Aussi, bi(Mi que l'usage du plomb soit presque généi^al pour l'établissement des petites conduites de distriljution, ne s'étend-il pas à l'établi-— sèment de conduites de diamètre supérieur à 0'",0() ou 0"'08, à moins de cas tout spéciaux, où ce métal présente sur le fer quelque avantage particulier.
La fonte s'emploie en tuyaux moulés de 2™, 50 à 4 mètres de longueur utile, presque toujours à emboîtement : les joints sont faits à la cordr goudronnée et au plomb. Beaucoup d'autres modes de jonction ont été imaginés et peuvent s'appli([uer aux conduites forcées en fonte aussi bien qu'aux conduites de distribution, — nous donnerons quelques détails à ce sujet dans un chapitre ultérieur * — mais aucun n'a supplanté le joint à emboîtement qui est de beaucoup le plus répandu. Un fabrique des tuyaux en fonte de tous les diamètres, depuis 0"',0.3 juscju'à 1",30 : la dimension de l'",30, récemment atteinte en France, ne paraît pas encore avoir été dépassée nulle part dans la fabrication courante.
Quand on a besoin d'aller au delà, on peut recourir aux tuyaux en tôle, que rien n'empêche d'exécuter sur des dimensions quelconques et qui présentent l'avantage de pouvoir former au besoin des conduites rigides de grande longueur. Ces tuyaux- l'emportent sur ceux en fonte dans certains cas spéciaux, par exemple lorsqu'il s'agit de franchir d'une seule portée un ravin ou un cours d'eau. On les emploie soit nus, soit enveloppés de bitume, de béton ou de maçonnerie.
188. Arcades. — Lorsque le tracé d'une rigole ou d'un aqueduc rencontre une vallée, l'idée (|ui se présente le plus naturellement à l'esprit, pour franchir cet obstacle, est de supporter l'ouvrage dans la traversée de la vallée par une substruction dans laquelle on pratique, s'il y a lieu, des ouvertures pour le passage des routes et des cours d'eau.
Les longues séries d'arcades, qui sillonnent la campagne romaine, s'y cntre-croisent, s'y superposent, dont l'aspect monumental n'a pas peu