SOUTERRAINS
193 Percement des contreforts. — Quand le tracé d'une dérivation rencontre une colline, il faut ou la contourner, si la chose est possible, ou y ouvrir un passage souterrain.
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Dès les temps anciens on a été conduit à cette seconde solution : Hérodote cite un aqueduc souterrain à Samos, on en a retrouvé un autre à Jérusalem, et l'émissaire du lac Fucin exécuté sens l'empereur Claude se composait d'un souterrain de 5.700 mètres de longueur en grande partie dans le rocher.
L'outillage dont dispose l'ingénieur moderne lui permet d'aborder plus facilement et à moins de frais les ouvrages de ce genre : aussi voit-on adopter maintenant des tracés devant lesquels les anciens auraient dû certainement reculer. Bien souvent même on trouve avantagea percer un souterrain à travers une colline plutôt que de la contourner : outre que l'on gagne ainsi de la pente, en diminuant la longueur, on assure à l'ouvrage une meilleure assiette en le plaçant dans la masse compacte plutôt que dans les éboulis du coteau, et l'on réalise en même temps des économies, car, si la section de l'aqueduc est assez grande et le terrain de consistance moyenne, l'exécution d'un souterrain n'y est point coûteuse. C'est ce qui est arrivé naguère pour la dérivation de la source de Cochepies : projetée d'abord à flanc de côteau et suivant les sinuosités du contrefort qui sépare le vallon du Rû Saint-Ange de la vallée delà Vanne, elle a été raccourcie de trois kilomètres, grâce au percement de trois souterrains, de 6.600 mètres de longueur totalè, dans la craie blanche.
Toutes les dérivations récentes comportent de nombi^eux souterrains, tant en France qu'à l'étranger : celle de Marseille n'en a pas moins de 18 kilomètres, la Dhuis 12, la Vanne 42, il y en a 10 kilomètres sur le parcours de l'aqueduc de Loch Katrine, 8 sur l'aqueduc François Joseph à Vienne, 14 sur celui de Naples. Et la tendance actuelle est de leur faire la part de plus en plus grande : le tracé des nouveaux aqueducs projetés pour l'alimentation de Paris admet de longs souterrains, celui du nouvel aqueduc de Croton s'écarte de l'ancien pour se jeter en souterrain vers l'intérieur des terres, malgré la dureté des roches rencontrées.
194. Section des aqueducs souterrains. — La section de l'aqueduc souterrain est l'arement la même que celle de l'aqueduc en tranchée, à cause du mode différent de construction de l'ouvrage dans les deux cas. Il y a pour le souterrain une section minima qui ne saurait être réduite ; c'est celle qui correspond à l'espace nécessaire pour le travail d'un minem-, soit environ 1™, 80 de hauteur et 0",80 de largeur : d'où résulte que les percements sont peu avantageux en général pour les petits débits, et que la forme ovoïde s'impose, tant que le cercle qu'on pourrait lui substituer avec avantage au point de vue de l'écoulement de l'eau n'atteint pas l'°,80 de diamètre. D'autre part, si le terrain est dur, compact, imperméable, on peut supprimer tout revêtement et se contenter de régler le déblai ; s'il est dur, mais perméable ou fissuré, un simple enduit sur le périmètre mouillé suffit d'ordinaire, et le terrain reste à nu à la partie supérieure.
2ia CHAPITRE IX — AMENÉE DE L'EAU PAR LA GRAVITÉ
Lorsqu'un revêtement est indispensable, on Ikîxécute en maçonnerie, et on lui donne! une épaisseur plus ou moins ijrandc suivant les dimensions (h; la section, sa l'orme ^j,énérale et la consistance des teri'es.
OUVRAGES ACCESSOIRES
195. Leur objet. — Pour assurer le fonctionnement réi^ulier et le bon entretien d'un aqueduc de dérivation il est indispensable de le munir d'un certain nombre d'ouvrages accessoires destinés à en faciliter le remplissage et la vidange, à y assurer le maintien du plan d'eau normal, à en perniettre la visite et les réparations, etc.
Il faut en effet prévoir l'échappement de l'air lorsqu'on met en service les diverses parties de l'aqueduc et les .siphons en particulier, et di.sposer pour cela des r'eîiiouses ou des pidïs d'aération; des bondes ou vannes de vidange sont nécessaires, ainsi ({ue des rigoles de décharge, pour conduire au besoin les eaux de l'aqueduc dans le lit de quelqu'un des cours d'eau qu'il rencontre, si un nettoyage ou un travail intérieur quelconque en réclame la mise à sec ; pour parer aux variations inévitables du plan d'eau, conséquence des variations du débit, et empêcher ([u'il ne dépasse la hauteur des enduits, on doit avoir les moyens d'écouler les eaux surabondantes, et préparer pour cet objet des trop-pleins le plus souvent en forme de déversoirs ; pour fournir en tout temps la po.ssibilité de pénétrer dans l'aqueduc en vue d'observations, de jaugeages, de prises d'échantillons d'eau, etc, des regards munis d'.escaliers ou d'échelles doivent être disposés de di.stance en distance, on les utilise aussi d'ailleurs pour l'aération et pour la descente des matériaux en cas de réparation ; aux extrémités des siphons les regards d'aération et d'accès prennent des dimensions un peu plus grandes, afin de contenir tous les appareils que comporte leur fonctionnement, vannes ou bondes, trop-pleins , ventouses , décharges , etc. Pour compléter cette énumération il convient d'ajouter les trous d'homme pour la visite des siphons, les vannes d'arrêt pour limiter les pertes d'eau en cas de rupture de l'aqueduc, puis les indicateui's ou enregistreurs de niveau, les appai-eils de jaugeage, d'alarme, etc.
En Angleterre, où l'on admet assez volontiers les appareils automatiques, on trouve en outre des dispositions .spéciales pour la régularisation du débit, l'arrêt de l'écoulement en cas de fuite, etc.
196. Regards. Puits. Ventouses. — De tous ces ouvrages acces.soires celui qui est le plus répandu, et ({u'on trouve applicpié aussi bien aux aqueducs anciens (pi'aux dérivations modernes, c'est le reryaivi, auquel il
OUVRAGES ACCESSOIRES
sul'lit du reste de donner des dispositions fort simples pour qu'il remplisse son rôle multiple. Les puits ne sont autre chose cpe les regards correspondant aux parties en souterrain, et sont formés par quelquesuns des puits de service utilisés d'abord pour l'exécution de l'ouvrage, conservés ensuite après avoir reçu un revêtement durable, et pourvus (l'un moyen de descente approprié.
Les regards sont disposés le plus souvent à des intervalles réguliers sur la longueur des aqueducs, plus rapprochés pour les petits aqueducs, où le parcours intérieur est difficile ou impossible, que sur les grands où la circulation n'est point malaisée : dans le premier cas il convient de ne pas déliasser un écartement de 100 mètres, dans le second on peut aller sans inconvénient jusqu'à 500 mètres, comme on l'a fait pour la Dhuis et la Vanne. On donnait autrefois aux regards des dispositions monumentales ; on les exécutait souvent ra pierre de taille avec un cei'tain dél)loiement de luxe qui s'explique par la préoccupation de mettre en évidence, au moins en quelques points, le caractère important d'un ouvrage presque entièrement dissimulé à la vue. Aujourd'hui au contraire on s'attache à leur donner des dispositions simples et économiques : tantôt ils sont placés sur l'axe de l'aqueduc,
FiG. 115.
Regard de l'ancien aqueduc d'Ai'cueil.
l'iG. 110. — Regard do Fig. 117. — Regard de l'aqueduc de Vienne,
l'aqueduc de la Vanne.
tantôt latéralement, fermés par un tampon en pierre, en métal ou en bois, ou surmontés d'une petite chambre d'accès munie d'une porte ; la dérivation de la Vanne, et l'aqueduc François-Joseph, à Vienne, •sont munis de regards de ce dernier type. Dans tous les cas, des dispositions spéciales doivent être prises pour
garantir l'eau contre les atteintes de la malv«illance, l'afllux des eaux de superficie, l'introduction des insectes ou des grenouilles, la pénétration des racines des plantes pivotantes, etc. Le résultat cherché s'obtient plus aisément avec dos portes qu'avec des tampons.
Sur la Dhuis et la Vanne, on a construit, à intervalles éloignés, des regards plus grands que les auti-es, qui se prêtent à l'introduction, dans l'aqueduc, d'un bateau plat, dans lequel un homme peut s'étendre, afin de vérifier l'état de la voûte et des enduits, l'importance des infiltrations, etc., en se laissant glisser au fil de l'eau.
Les ventouses, pour l'échappement de l'air confiné en certains points des aqueducs, sont particulièrement utiles aux extrémités des siphons et aux points hauts des conduites forcées. Tantôt ce .sont des tuyaux de petit diamètre débouchant à l'air libre à une hauteur convenable, tantôt de petits appareils qui se manœuvrent à la main ou automatiquement,
et que nous retrouverons appliqués aux conduites de distribution. Les solder azi{fig. 118), reconnus et décrits jjar le général Andréos.sy près de Constantinople, étaient sans doute de simples ventouses ; ils se composent de colonnes verticales, surmontées chacune d'une cuvette à air libre et interposées de distance en distance sur le parcours d'une conduite forcée.
197. Déversoirs, décharges. — Les ciévei-soirs sont des seuils horizontaux placés en certains points des aqueducs, à une faible hauteur au-dessous du niveau maximum admis pour l'eau, et par oîi, en cas de .suralDondance de débit, le trop-j^lein s'écoule pour gagner un conduit de décharge. On les place aux sources, afin de profiter des anciens évacuateurs naturels, puis sur le parcours des aqueducs, à la l'encontre du thalweg des vallées, du lit des cours d'eau, partout où il est possible d'écouler un volume d'eau un peu considérable sans raviner les terres. Les dispositions des déversoirs peuvent d'ailleurs varier beaucoup et ne présentent guère d'intérêt par elles-mêmes, il suffit que les dimcn- .sions en soient calculées de manière que le trop-plein y passe totalement, et que l'eau ne puis.se jamais se mettre en pression dans l'aqueduc.
Les décharges, pour la vidange complète des aqueducs, se placent