‹ Salut au CanadaChapitre 10 sur 16 · PROTÊT · texte numérisé non relu

PROTÊT

DE M. HIPPOLYTE LANCTOT

Considérant que l’institution de la Cour Martiale est contraire à l’esprit et à la lettre de la Constitution et des lois en vigueur dans le pays ;

Considérant aussi que nous ne trouvons pas dans les statuts ni dans les actes passés par le Parlement provincial aucune loi qui peut justifier une telle procédure ;

Considérant que c’est le droit et le privi-

lège de tout Sujet Britannique d’être jugé par ses pairs, droit sanctionné par la loi écrite, confirmé par les lois communes et garanti par la Constitution.

Considérant que le Conseil Spécial a cru pouvoir sanctionner une telle procédure en prenant pour précédent l’Acte de 1798 pour l’Irlande, quoiqu’il soit spécifié cependant dans le dit acte que la loi martiale ne sera en force que contre des personnes prises, les armes à la main, en flagrant délit, et jugées de suite et sur les lieux ;

Considérant que par ce même acte il est expressément ordonné qu’après qu’une personne sera confinée dans toute prison quelconque, elle ne sera plus assujettie à la loi martiale mais à ses juges naturels ;

Considérant que dans les siècles éclairés et dans les temps de civilisation dans lesquels nous vivons, la force de la loi et de la morale est toujours au-dessus de la force physique ;

Pour ces raisons, moi, Hippolyte Lanctôt, crois devoir à mes concitoyens et à mon pays de protester, et je proteste solennellement contre la manière illégale dont je suis traité.

Mettant ma confiance et mes espérances dans la justice de Dieu, dans l’honneur et l’équité de la Grande-Brétagne, dans l’opi-

nion publique du monde civilisé, je déclare m’abstenir de prendre part dans ces procédures.

H. LANCTOT.

Prison de Montréal, Février 1839.

M. Lanctôt fut condamné à être pendu, mais sa sentence fut commuée et il fut l’un des 58 patriotes condamnés à l’exil. Plusieurs enfants et petits-enfants sont fiers de porter son nom.

Lors de l’enquête qui eut lieu pour établir qui avait droit à la récompense promise pour l’arrestation de Girod qui, avant le combat de Saint-Eustache, avait abandonné les patriotes et s’était enfui, un nommé Joseph Gervais donna le témoignage qui suit :

Joseph Gervais, locataire, de la paroisse de la Pointe-aux-Trembles, après serment prêté sur les Saints Évangiles, dépose et dit — que lundi le dix-huit du mois de décembre courant, entre les neuf et dix heures du matin, lui, ledit Déposant, s’en allait en bas du village de la Poirite-aux-Trembles, suivant la route du bord de l’eau, et se trouvait à peu près à une lieue en bas dudit village de la Pointe-aux-Trembles, lorsqu’il rencontra Amury Girod qui s’en allait aussi du côté d’en bas. Ledit Girod demanda

alors au Déposant, le chemin qu’il fallait prendre pour aller chez le Capitaine Laflamme à la Rivière-des-Prairies, qu’il était un bailli et qu’il allait arrêter le capitaine Laflamme. Alors ledit Déposant enseigna la route de la Rivièredes-Prairies audit Girod et le laissa pour entrer dans une maison où il avait affaire. Ledit Déposant, en s’en revenant chez lui, rencontra le Capitaine Clark accompagné de plusieurs hommes armés. Le Capitaine Clark était à cheval et fit demander en français audit Déposant s’il n’avait pas lui, ledit Déposant, rencontré un homme sur la route. Ledit Déposant répondit : « Oui, j’ai rencontré et passé à côté d’un homme qui m’a demandé la route pour aller à la Rivière-des-Prairies ». Alors M. Clark fit embarquer ledit Déposant dans une traîne, et lui-même monta sur son cheval et dit audit Déposant : « Tâchez de nous montrer par où il est passé et je vous donnerai vingt-cinq louis. » M. Clark était accompagné de trois de ses hommes qui le suivaient et a pris un fusil dans sa main, étant sur son cheval. Après être monté dans la route de la Rivière-des-Prairies, nous arrêtâmes chez un nommé Saint-Amour, à la Rivière-des-Prairies. M. Clark était toujours sur son cheval. Alors nous avons vu partir une voiture de chez le voisin. M. Clark est parti après la voiture et nous le suivions. Ledit Déposant vit alors sauter dans la traîne qui se trouvait devant M. Clark le même homme qu’il avait rencontré auparavant. M. Clark a toujours suivi la voiture et nous autres après lui, et nous avons suivi la voiture jusque chez un nommé Antoine Millard, et là nous avons rejoint l’homme à la voiture. Alors M. Clark

lui a fait demander où il avait débarqué l’homme qu’il avait auparavant dans sa voiture. Cet homme répondit qu’il l’avait débarqué chez un nommé Bleau, le voisin d’où il était alors. Nous sommes alors partis pour aller chez le voisin et M. Clark étant sur son cheval nous accompagnait. Arrivé chez le voisin, ledit Déposant a alors vu Girod qui était baissé près des palissades du jardin. Lorsque Girod a vu ledit Déposant, il a fait un bond. Il avait un pistolet à la main. Le Déposant a alors eu peur et s’en est retourné avec vivacité. M. Clark • s’est alors avancé, à cheval, près de Girod, et il pouvait être à environ vingt pas de Girod, lorsque Girod s’est tiré son pistolet à la tête. M. Clark parla alors en anglais, et le Déposant ne peut dire ce qu’il a dit; le Déposant s’en alla alors pour aller chercher les autres en cas qu’il vînt à échapper à M. Clark. — En retournant, ledit Déposant a aperçu ledit Girod mort. — • Le Déposant est positif à dire que M. Clark était le plus près de Girod lorsque celui-ci s’est tué — et ne dit rien de plus — et a déclaré ne savoir signer.

Huit mots rayés nuis.

Assermenté devant moi

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