D. MACDONALD, J. P
Montréal, ce 27 décembre 1837.
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Dans l’élection qui eut lieu en 1883 dans le comté de Jacques-Cartier, les deux candidats étaient M. Mousseau, premier ministre de la province, et M. Descarries dont la candidature était soutenue par les libéraux et les conservateurs dissidents, vulgairement appelés les Castors.
Je retrouve dans mes vieux papiers le récit succinct que je fis de ce qui se passa à cette assemblée mémorable. Je crois devoir le publier.
Rarement une assemblée politique fut plus intéressante, plus importante par le nombre et la qualité. On était venu de tous côtés, du nord et du sud, de l’orient et de l’occident. Toutes les classes y étaient représentées ; on y voyait quarante députés, plusieurs ministres, des avocats, des médecins, des notaires et des marchands, par centaines. Six ou sept mille personnes ! Grand tumulte en commençant. La foule était remuante, agitée, impatiente. Elle avait hâte de voir aux prises Chapleau et Mercier ; elle s’attendait à une lutte émouvante et elle ne fut pas désappointée.
Chapleau, qui n’avait pas parlé depuis un an, était frais et dispos. Mercier, afin de ne pas manquer au rendez-vous, était sorti du lit avec des cataplasmes sur les reins. Il était pâle, souffrant et paraissait incapable de faire une lutte qui promettait d’être ardue, acharnée.
Il fut facile de voir, dès le commencement que c’était à qui des deux s’emparerait de l’assemblée. Lutte intéressante ! La levée des mains prouva qu’ils avaient besoin de s’entendre. Ils s’entendirent en se nommant tous deux présidents de l’assemblée.
Chapleau, appelé à grands cris, prend la parole. C’est toujours Chapleau : bien mis» élégant, sympathique et distingué de figure et de manières, la voix musicale, spirituel, sarcastique, tour à tour insinuant et véhément, désordonné par fois, courant un peu au hasard, mais toujours intéressant, lançant à droite et à gauche des traits mortels, cherchant à éblouir son auditoire et à l’émouvoir, invoquant tous les dieux et les saints du paradis et vouant à l’enfer les Castors. Il fut éloquent.
Mercier le suivit. Moins orateur de naissance que Chapleau, moins brillant et moins entraînant, mais devenu très fort par l’étude, le travail, mieux renseigné, plus vigoureux, plus convaincant, plus
clair et plus précis, il répondait aux charges impétueuses de Chapleau, par des démonstrations, des faits, des votes, par des raisonnements d’une logique invincible. Il parla chiffres de façon à se faire comprendre ou à faire croire à la foule qu’elle le comprenait.
Il est plus facile, bien entendu, d’attaquer et d’accuser que de se défendre, surtout dans un moment où le peuple est disposé à tout croire. Mais les libéraux ont raison d’être fiers de l’éloquence de leur chef et du succès qu’il a remporté en cette circonstance. Son discours était un modèle de clarté, de logique, d’argumentation.
M. Mousseau lui succéda et prononça avec talent, en faveur de son gouvernement, un plaidoyer plus fait pour la Chambre que pour une foule remuante et fatiguée. Son discours, pour être apprécié, a besoin d’être étudié, car il est rempli de chiffres froids comme le marbre. M. Mousseau s’exprime bien et ses raisonnements ne manquent pas de vigueur ; ses démonstrations sont claires et ses aperçus ont de la hauteur.
M. Descarries parla après M. Mousseau.
C’est M. Bellerose qui aurait dû prendre le temps qui restait. Les Castors ne se sont pas défendus, à cette assemblée, et pourtant c’est sur eux qu’on avait tiré tout le
temps. C’est une erreur. D’un autre côté, il était difficile que le candidat ne parlât pas. M. Descarries parle bien, mais ce n’était pas de la harpe que la foule voulait entendre jouer ce jour-là ; il lui fallait de la grosse musique, de la trompette, du cornet à piston ou du trombone.
M. Beaubien parla, il est vrai, mais seulement quinze minutes dont il ne sut pas profiter. Il aurait dû répondre à quelquesunes des éloquentes diatribes de Chapleau contre les Castors. Il fallait dire pourquoi on voyait réunis sur un husting des hommes comme MM. Trudel et Laflamme, Bellerose et Mercier. Les Castors sont partis avec les flèches empoisonnées que Chapleau leur avait lancées dans les flancs.
M. Bergeron, le jeune et vigoureux député de Beauharnois, prit la parole après M. Descarries. La position était difficile, car la foule n’écoutait plus que d’une oreille. Il se tira bien d’affaire cependant ; il s’exprime avec beaucoup de facilité et de verve.
M. Beaubien ayant parlé quinze minutes, M. Chapleau, qui avait la réplique, en profita pour maltraiter de nouveau les Castors.
Le résultat certain de l’assemblée est la conviction que Chapleau et Mercier sont deux grands orateurs, mais que, cette fois, Mercier eut les honneurs de la journée.