‹ Salut au CanadaChapitre 7 sur 16 · UNE LETTRE DE L.-H. LAFONTAINE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DE L.-H. LAFONTAINE

Dans le mois de décembre 1837, M. La- Fontaine, effrayé des résultats de la politique énergique qu’il avait poursuivie avec Papineau contre le gouvernement, et ayant raison de croire inutile tout effort fait dans le but d’apaiser les patriotes, crut devoir quitter le pays et passer quelque temps en France. A son retour, dans le mois de juin 1838, il écrivit de New-York à M. Daly, secrétaire du Conseil exécutif, la lettre suivante :

Monsieur,

En lisant, ce matin, les journaux du Canada, j’ai appris la formation du Conseil Exécutif du Gouverneur en chef. Comme vous êtes le seul membre de ce corps, que je connaisse, je prends la liberté de vous adresser, en cette qualité, la communication suivante.

En décembre dernier, par suite des troubles du Bas-Canada, j’ai pris, d’après l’avis de plusieurs amis, la détermination de partir pour Londres. Ce voyage n’avait pour objet que la situation politique de mon pays. Lors de mon

séjour en Europe, j’ai été informé que, depuis mon départ, un mandat d’arrestation avait été émis contre moi, pour haute trahison probablement, suivant la formule ordinaire. Peut-être cette information est-elle inexacte ; cependant je me crois justifiable d’y ajouter foi et d’agir en conséquence.

Ce n’est que mercredi dernier que je suis arrivé en cette ville, venant directement de l’Europe. Je pensais pouvoir partir aujourd’hui pour Montréal où est mon domicile. Des circonstances que je n’ai pas pu maîtriser retarderont probablement encore mon départ de deux ou trois jours.

Quelle que puisse être mon opinion sur la ligne de conduite administrative qu’adoptera sans doute Son Excellence le Gouverneur en chef, et quoique cette opinion fasse naître chez moi, entre autres choses, l’espérance d’une amnistie, je vous prie néanmoins d’informer Son Excellence que cet espoir n’est pour rien dans les motifs de mon retour dans ma patrie, et que, le cas supposé arrivant, je n’entends nullement en profiter. Si quelque accusation plane sur moi, je suis prêt à subir mon procès, devant n’importe quel tribunal compétent. Loin de fuir le cours ordinaire de la justice, j’en réclame au contraire, et avec plaisir, l’application la plus étendue, quel qu’en puisse être le résultat.

Je ne répudie aucune de mes actions ou opinions politiques, soit en Parlement ou ailleurs.

La suspension de l’habeas corpus, décrétée sous l’administration temporaire de Sir John Colborne, me justifierait de retarder mon départ pour le Canada jusqu’au moment des sessions

Page 1