DANS L’INSURRECTION DE 1837 AU CANADA
C’est le titre qu’on trouve au dos d’un document officiel où sont enregistrés les noms de tous ceux qui ont été accusés de sédition ou de trahison en 1837, avec certains renseignements sur leurs agissements. J’ai cru que quelques extraits de ces documents que j’ai traduits de l’anglais pourraient intéresser le public et spécialement les familles de ces patriotes.
Ce sont, comme on le verra, de simples notes dépourvues de style.
GEORGE DE BOUCHERVILLE, lieutenant dans la sixième division des Fils de la Liberté dont Rodolphe DesRivières était le chef et dont F.-S. Brown était connu comme le Général en chef ; a exercé des fonctions militaires et a signé la proclamation des Fils de la Liberté parue dans la « Minerve » du 9 octobre 1837.
George de Boucherville est l’auteur du roman
bien connu « Une de perdue, deux de trouvées ». Il était le frère de Charles de Boucherville, ancien premier ministre de la province de Québec. Il a exercé pendant longtemps les fonctions de greffier en chancellerie, à Québec où il est mort, à un âge avancé.
PIERRE BOURGEOIS, armurier de Saint-Denis, fut chargé par le docteur Nelson d’examiner les fusils des patriotes et en trouva 145 en bon état, fut un de ceux qui descendirent dans la cave de la maison de Mme Saint-Germain pour tirer sur les soldats.
RAYMOND PLESSIS BELLAIR (Bélair) de Montréal, gentilhomme, âgé de 71 ans, marié, père de sept enfants et possesseur d’une fortune d’environ £50,000, quitta la ville au commencement des troubles et fut arrêté à son retour, assista à deux assemblées du comité central de Montréal dont il fut élu président, signa l’adresse aux ouvriers de Londres.
BELLEVILLE BOUCHER, de Saint- Charles, 37 ans, marié, sans enfants, rédacteur autrefois de « l’Écho du Pays » partisan actif de Papineau, secrétaire de l’assemblée de Saint-Charles, membre de l’étatmajor du général Brown, a refusé de répondre aux questions.
JEAN-BAPTISTE BOUSQUET, de Saint-Césaire, âgé de 40 ans, meunier au service de M. Debart, lieutenant de milice, alla au camp des insurgés à la Pointe-Olivier, le 24 novembre, et assista à l’assemblée de Saint-Charles, reçut chez lui après la bataille de Saint-Denis : Nelson, Brown, Jalbert, Kimber, Larocque et Bonaventure Viger. Ils passèrent la nuit chez lui avant de prendre la route des États-Unis.
LOUIS LACOSTE, membre du Parlement provincial, de Boucherville, 39 ans, père de quatre enfants, s’est livré au shérif le 8 décembre, a signé le document convoquant l’assemblée de Saint-Charles à laquelle il assista comme délégué de Boucherville, a proposé ou appuyé la résolution recommandant l’élection des officiers de milice.
M. Lacoste était le père de notre éminent et respecté concitoyen sir Alexandre Lacoste, qui a dû se souvenir de son père, lorsqu’il se prononça contre la conscription au grand déplaisir de ses amis politiques.
HECTOR BARCELO, principal pourvoyeur du camp de Saint-Eustache.
ROBERT-S.-MILNES BOUCHETTE, de Québec, avocat, 32 ans, fils de l’In- 3 431 B
specteur général de la province, quitta le bureau de son père où il remplissait les fonctions de commis, pour embrasser la cause des patriotes ; joua un rôle actif dans les assemblées publiques; publia, à Québec, dans les deux langues, un journal révolutionnaire appelé « Le Libéral » ; se rendit, au début des troubles, au foyer de l’insurrection sur la rivière Chambly, prit à Swanton le commandement d’un corps de patriotes à la tête desquels il franchit la frontière, engagea le combat avec les volontaires de Missisquoi, fut défait, reçut une blessure au pied et fut fait prisonnier.
M. Bouchette devint plus tard un fonctionnaire important du gouvernement.
RODOLPHE DESRIVIÈRES, gentilhomme, de Montréal, 24 ans, commandant de la sixième division des Fils de la Liberté, remplit les fonctions de sergent instructeur des Patriotes, fut ouvertement l’un des instigateurs de l’insurrection, fut vu au camp de Saint-Charles ; mais on n’est pas sûr qu’il prit part au combat.
Rodolphe DesRivières était très populaire à Montréal. Il avait une réputation de force et de bravoure qu’il sut justifier en plusieurs circonstances.
LUC-HYACINTHE MASSON, de Saint- Benoît, 26 ans, non-marié, médecin, a été depuis quatre ans l’un des agitateurs les plus actifs dans le comté des Deux-Montagnes. Non seulement il fréquenta le camp de Saint-Eustache, mais il exhorta les gens à s’y rendre, et, un dimanche, le 26 novembre, à la porte de l'église de Saint- Benoît, il exhorta la population à prendre les armes afin de repousser les troupes de la Reine.
M. Masson fut l’un des exilés des Bermudes. A son retour au pays, il exerça la profession de médecin dans le comté de Soulanges et devint député de ce comté. Il est le grand’père du docteur Damien Masson, l’un de nos médecins les plus estimés, qui ne paraît pas avoir hérité du caractère belliqueux de son grand’père.
DAMIEN MASSON, 20 ans, marchand à Saint-Benoît, prit part à la rébellion, mais on croit qu’il subit l’influence de son frère Hyacinthe.
JOSEPH- AM ABLE BERTHELOT, de Saint-Eustache, notaire public, 61 ans, marié, père de cinq enfants, assista à une assemblée tenue dans la grange de Chénier, le 10 novembre; résidait, avant le combat de Saint-Eustache, dans la maison d’un nommé Alexandre Rochon, où furent trou-
vées des balles et des cartouches; fut l’un des magistrats élus par le peuple, figura dans la procession en l’honneur de Papineau, un drapeau révolutionnaire à la main; essaya de former à Saint-Eustache une compagnie des Fils de la Liberté.
LEON BREAU, de Saint-Jean, cultivateur, 20 ans, marié, père de trois enfants, reçut l’ordre de Lucien Gagnon de se rendre à la Pointe à la Mule, et fut averti que s’il désobéissait à cet ordre, sa maison et ses autres bâtiments seraient incendiés. Il se rendit à l’endroit indiqué où se trouvaient une soixantaine de patriotes avec lesquels il alla à Swanton. Le lendemain, Gagnon leur distribua des armes et des munitions et ils partirent pour le Canada avec deux canons, deux caisses de fusils, des drapeaux et des piques. Ils étaient une centaine lorsqu’ils furent attaqués par les volontaires de Missisquoi, défaits et obligés de fuir. Breau étant retourné chez lui, fut arrêté et mis en prison.
FELIX-A. CHÉNIER, notaire de Saint- Eustache, 24 ans, arrêté à Bedford, le 3 janvier, lorsqu’il se dirigeait vers les États- Unis. Cousin du docteur Chénier tué à Saint-Eustache, avec qui il demeurait ;
prit part à l’expédition entreprise pour désarmer les sauvages au lac des Deux-Montagnes et à la destruction du pont Porteous.
A.-E. BARD Y, notaire de Saint-Athanase, s’occupa activement d’induire les habitants à forcer les officiers de milice à donner leur démission ; il était fortement secondé par le docteur Lacroix, un agitateur bien connu dans le comté de Laprairie.
AMABLE DAUNAIS, de Saint-Cyprien, 22 ans, accusé du meurtre de Chartrand.
Cet infortuné jeune homme subit son procès comme l’un de ceux qui avaient pris part à cette malheureuse affaire et fut acquitté. Après son procès, il alla s’enrôler dans la troupe des Patriotes qui, sous la conduite de Nelson, envahirent le Canada. Mais le tribunal militaire nommé par Colborne, le trouva coupable de haute trahison et il fut pendu.
JEAN-BAPTISTE DUMOUCHEL, de Saint-Benoît, gentilhomme, 55 ans, s’occupa activement de l’organisation des patriotes, de les armer et de les préparer à combattre, de leur fournir des cartouches fabriquées dans sa maison. Reçut souvent la visite de Girod qui passa quelques jours chez M. Girouard avant le combat de Saint- Eustache, fut destitué comme juge de paix
par le gouvernement et élu juge amiable par les patriotes.
M. Dumouchel était d’une famille bien connue à Montréal comme dans le comté des Deux-Montagnes.
HERCULE DUMOUCHEL, fils de Jean- Baptiste Dumouchel, 23 ans, marchand, fut fait prisonnier avec son frère Camille dans le bois où ils s’étaient réfugiés après le combat de Saint-Eustache; a dit qu’il n’avait pas lui-même fabriqué des balles et des cartouches, mais qu’il était dans la maison lorsque son père et son frère en fabriquaient Dit que Girod allait de la maison de son père à celle de M. Girouard, son oncle.
M. Dumouchel, le père et ses deux fils furent incarcérés ensemble.
CAMILLE DUMOUCHEL, frère de Hercule, 17 ans, n’a pas pris part au combat, mais a fabriqué des balles et des cartouches avec son père et son frère.
ADOLPHE DUGAS, étudiant en médecine, 20 ans, de Boucherville. Refusa de prêter le serment d’allégeance, et fit tout ce qu’il put pour empêcher les habitants de prêter ce serment.
M. Dugas fut le père du défunt magistrat et
juge Dugas qui exerça la justice avec tant de succès à Montréal et dans le Yukon, et eut partout des amis dévoués.
FRANÇOIS-CHICOT DUVERT, médecin de Saint-Charles, 49 ans, marié, père de 4 enfants, fut l’un des vice-présidents de l’assemblée de Saint-Charles et proposa l’une des résolutions adoptées à cette assemblée. Ayant appris qu’un mandat d’arrestation avait été émis contre lui, il se rendit à Saint-Marc chez M. Joseph-T. Drolet où arrivèrent le même soir, Papineau, Nelson et O’Callaghan qui délibérèrent une heure sur la situation. Papineau parla peu et parut absorbé par ses pensées.
Le docteur Duvert fut l’un des partisans les plus dévoués de Papineau. C’est sur sa propriété que l’assemblée de Saint-Charles eut lieu. L’une de ses filles épousa le fils de son ami Drolet et de ce mariage naquit Gustave Drolet, ancien zouave pontifical, qui, à Rome et à Paris comme à Montréal, eut des amis dans le meilleur monde.
JOSEPH-TOUSSAINT DROLET, marchand de Saint-Marc, 51 ans, père de cinq enfants, vice-président de l’assemblée de Saint-Charles ; proposa l’une des résolutions adoptées à cette assemblée. Papineau logea chez lui et fut rejoint par O’Callaghan
et Ovide Perreault qui fut tué quelques jours plus tard. Le 14 novembre, pendant la nuit, Papineau revint chez Drolet avec O’Callagham et Wolfred Nelson.
CHARLES DROLET, fils de Joseph- Toussaint, 32 ans, commis chez son père, prit part à la bataille de Saint-Charles, et réussit à s’échapper, mais fut arrêté.
Tel que dit auparavant, il épousa l’une des filles du docteur Duvert, qui étant devenue veuve, épousa Louis Renaud et fut la mère de Gustave Drolet et de Mesdames Rainville, Mount, Fréchette et Forget.
TOUSSAINT DUFRESNE, de Saint- Jean, 29 ans, marchand, se rendit, à l’appel de Gagnon avec une troupe de 100 hommes, à Swanton où ils furent nourris par les Américains. 11 croit que ce sont aussi les Américains qui leur fournirent des armes et des cartouches dont une partie fut distribuée entre une trentaine d’Irlandais. Ils partirent alors avec deux pièces d’artillerie et un wagon chargé de munitions pour le Canada où ils furent attaqués par les volontaires de Missisquoi qui les forcèrent de reprendre la route des États-Unis. Dufresne fut arrêté à son retour au Canada.
JOSEPH DANIS, de Sainte-Scholastique, 40 ans, marchand, se rendit au camp de Saint-Eustache où Girod le nomma capitaine d’une compagnie de patriotes; était dans le cimetière avec Chénier et le vit tomber sous les balles des soldats; fut arrêté, les armes à la main. Dit que la veille de la bataille, il vit au camp le docteur Chénier, Jos. Robillard et le Curé Chartier qui adressa la parole aux patriotes. Il y avait à ce moment environ six cents patriotes.
LOUIS DECOIGNE, de Blairfindie, notaire, marié, père de trois enfants, prit part au charivari organisé par les patriotes contre le docteur Quesnel, sous la direction du docteur Côté, afin de le forcer à donner sa démission comme magistrat; agit généralement comme secrétaire des assemblées convoquées par le docteur Côté.
Decoigne subit son procès pour avoir pris part à l’invasion du Canada par les patriotes sous la conduite de Robert Nelson et fut condamné à être pendu. Il espéra vainement jusqu’au dernier moment échapper à l’échafaud.
ISAIE FOISY, forgeron de Saint-Eustache, 43 ans, père de sept enfants, était présent lorsque Chénier fut élu colonel par les patriotes et Scott, major; fut lui-même
plus tard nommé capitaine d’une compagnie, prit part à la bataille avec les patriotes enfermés dans l’église, mais réussit à s’échapper, dit qu’il était présent à l’assemblée où le curé Chartier encouragea les patriotes à faire leur devoir.
EUSÈBE DUROCHER, de Saint-Charles, 30 ans, marchand, associé de Drolet de Saint-Marc, fut l’un des chefs les plus actifs des insurgés; alla à Montréal, le 22 novembre, et revint avec deux barils de poudre et mille pierres à fusil; fabriqua, avec l’aide de son commis et de l’huissier Marchesseau, les balles et les cartouches qui furent distribuées aux patriotes avant le combat de Saint-Charles ; sollicita des souscriptions pour l’achat d’armes et de munitions.
JEAN-JOSEPH GIROUARD, notaire, Saint-Benoît, 42 ans, membre du Parlement provincial, beau-frère de Jean-Baptiste Dumouchel, jouissait d’une grande influence dans la région du Nord, l’ami et le partisan dévoué de Papineau qu’il accompagna et seconda dans les assemblées publiques et alla avec lui dans le district de Québec où il assista à l’assemblée du comté de Bellechasse ; assista à l’assemblée de Saint-Charles, prit la parole en faveur des
résolutions adoptées à cette assemblée.
Membre du Conseil qui fut formé à Saint- Benoît, dans les premiers jours de décembre, et lorsque les patriotes avaient pris les armes.
Lorsque M. Girouard apprit que sa tête était mise à prix, il quitta Saint-Benoît, en route vers les États-Unis. Il aurait pu facilement s'y rendre, mais lorsqu’il apprit que ses amis, les Dumouchel et les Masson, étaient arrêtés, il crut qu’il devait partager leur sort et se rendit aux autorités. Cet acte de générosité rend témoignage à la noblesse de son caractère. Il passa six mois en prison où il s’occupa de dessiner au crayon les portraits de ses compagnons. J’ai publié autrefois dans l’Opinion Publique plusieurs de ces portraits. Il fut libéré, lors de l’amnistie proclamée par lord Durham. Il retourna à Saint-Benoît, où il vécut jusqu’en 1855, entouré de l’affection et du respect de la population. Il laissa deux fils dignes de porter le nom de cet homme de bien et de talent.
Lorsque je faisais mon cours d’études au Séminaire de Sainte-Thérèse, deux hommes éminents y venaient faire visite et les directeurs de cette maison les accueillaient avec le plus grand respect ; c’étaient MM. Morin et Girouard. Ils se ressemblaient par l’extérieur modeste, bienveillant et imposant en même temps qui les caractérisait. On n’aurait jamais pu croire, à les voir, qu’ils avaient été des chefs d’insurgés en 1837. On les aurait plutôt pris pour des missionnaires prêchant l’Évangile.
Les notes qui précèdent établissent clairement que j’ai eu raison de dire qu’à Montréal comme à la campagne on trouvait, à la tête et dans les rangs des patriotes, l’élite de notre population, les hommes les plus respectables et les plus estimés, et qu’il a fallu que les abus du pouvoir fussent insupportables pour que ces hommes sages et paisibles aient pris part à un soulèvement qui leur fut si funeste. La prison, l’échafaud, l’incendie, la ruine de leurs propriétés furent le triste résultat de leur patriotisme. Mais plusieurs de leurs ennemis, de ceux qui les avaient combattus et persécutés avec tant d’acharnement, ont fini par avouer eux-mêmes qu’ils ont droit à notre estime, à notre reconnaissance.
THIMOTHÉE FRANCHÈRE, marchand de Saint-Mathias, 47 ans, père de quatre enfants, proposa ou seconda, à l’assemblée de Saint-Charles, la résolution recommandant l’élection par le peuple des officiers de milice; dit qu’avant l’assemblée il discuta avec Papineau l’opportunité de cette résolution; exprima l’opinion qu’elle avait un caractère révolutionnaire, mais que Papineau prétendit le contraire et le décida à proposer cette résolution. Dit qu’il y avait de trois à quatre mille personnes
présentes à cette assemblée. S’enfuit aux États-Unis, mais revint ensuite au Canada et se livra aux autorités.
La famille Franchère était une des familles les plus importantes et les plus populaires dans les paroisses situées au sud de la rivière Chambly.
RICHARD HUBERT de Montréal, avocat, 25 ans. Ayant appris, vers le 21 novembre, qu’un mandat d’arrestation avait été émis contre lui, il se rendit à Saint-Benoît. On soupçonne qu’il fut chargé par le docteur Nelson, d’aller apprendre à Girod que les troupes royales avaient été repoussées à Saint-Denis. Résida quelques jours chez Dumouchel, beau-frère de Girouard chez qui Girod logeait de temps à autre. Fut nommé quartier-maître au camp de Saint-Eustache, et prit part au combat.
« M. Hubert fut libéré après quelques mois de prison, se remit à la pratique de sa profession et devint protonotaire de la Cour supérieure. On pourrait dire de lui ce que je disais de M. Morin et de M. Girouard, on avait peine à croire en le voyant qu’il avait pu être révolutionnaire dans sa jeunesse. Il était difficile de rencontrer un homme à l’esprit plus positif, moins susceptible en apparence d’enthousiasme.
La famille Hubert est bien connue à Montréal.»
FRANÇOIS DANIS, de Saint-Eustache, fut chargé par le docteur Chénier de fournir des vivres aux patriotes. Girod donnait des bons payables par le gouverneur provincial. Fut chargé par Girod de s’emparer des armes et des munitions qu’il pourrait trouver dans le magasin de M. Hubert Globenski. Alla aussi se faire remettre par McTavish, agent de la Cie de la Baie d’Hudson, de la poudre et des balles. Prit part au combat et parvint à s’échapper. Dit que Girod partit au début de la bataille, en disant qu’il allait rallier les patriotes et reviendrait bientôt, mais qu’il ne revint pas.
THIMOTHE KIMBER, de Chambly, médecin, 41 ans, incita les habitants à délivrer Davignon et Desmaray (faits prisonniers à Chambly). Agitateur ardent, fit des discours violents contre le gouvernement anglais, arbora le drapeau tricolore à sa maison, le 21 octobre, pour saluer le passage de Papineau se rendante Saint-Charles. A quelqu’un qui lui demandait pourquoi les Canadiens devaient se rebeller, il répondit : « Il est temps que nous nous débarrassions de la tyrannie du gouvernement anglais, et vous feriez bien de vous joindre à nous, car aussitôt que la rivière sera prise.
nous irons avec 40 ou 50,000 hommes nous emparer de Montréal et de Québec ; les habitants sont bien armés, pourvus de munitions et déterminés. J’étais à Saint-Charles et jamais dans un aucun pays on n’a eu une assemblée plus déterminée à se débarrasser de son gouvernement. »
Kimber parle de ce que les patriotes se proposaient de faire pendant l’hiver, lorsque la navigation serait close et que l’Angleterre ne pourrait envoyer des troupes au Canada avant plusieurs mois.
LOUIS ISAAC LAROCQUE, marchand de Rigaud, 26 ans, était à Saint-Charles le jour du combat, fut fait prisonnier avec Bonaventure Viger.
La note relative à M. Larocque est courte. Il n’y a pas de doute qu’il fut un patriote ardent. Il faisait d’excellentes affaires, était populaire et influent. Il est le père de notre concitoyen Hertel Larocque.
HENRI-ALPHONSE GAUVIN, de Montréal, médecin, l’un des chefs des Fils de la Liberté. Ayant appris le 17 novembre, qu’il devait être arrêté, il quitta la ville et se rendit chez M. Drolet, à Saint-Marc et de là à Saint-Charles ; fut l’un de ceux qui prirent possession du manoir de M. De-
barth, et le fortifièrent, et qui décidèrent de combattre les troupes. Il y avait au camp de Saint-Charles environ 1,500 patriotes dont deux cents avaient des fusils et deux canons ; l’un de ces canons était chargé de cinquante balles et l’autre d’un simple boulet.
Le Docteur Gauvin mourut peu de temps après son arrestation. Sa mère et ses deux sœurs qui devinrent plus tard Mesdames Brault et Ostell, se distinguèrent par le dévouement et la charité qu’elles déployèrent pour soulager les infortunés prisonniers de 1837 et 1838.
SIMEON MARCHESSEAU, de Saint- Charles, huissier de la Cour du Banc du Roi, un agitateur intelligent et actif. Proposa ou seconda plusieurs des résolutions adoptées à l’assemblée de Saint-Charles; protesta, à la porte de l’église, contre le mandement de Mgr Lartigue et invita les habitants à continuer de s’agiter; prit part à la bataille de Saint-Charles en quaüté d’officier.
Marchesseau prit le commandement des patriotes après le départ étrange de Brown et se conduisit bravement. Lorsqu’il constata que la résistance devenait inutile, il s’échappa en lançant son cheval à travers les soldats et reçut une balle qui se logea dans une liasse de papiers
qu’il avait dans sa poche d’habit. Il fut l’un des exilés des Bermudes et, à son retour au Canada, il exerça les fonctions d’huissier à Saint- Hyacinthe.
LOUIS-HENRY SCOTT, de Saint-Eustache, marchand, membre de l’Assemblée législative. L’un des agitateurs les plus actifs dans sa paroisse et dans tout le comté. L’un des organisateurs de l’assemblée du mois de juin. Invita Papineau à y assister, le reçut chez lui et garnit sa maison de drapeaux révolutionnaires ; invita les habitants à se révolter ; fut élu colonel et magistrat par le peuple ; sa maison était le rendez-vous de tous les insurgés.
LOUIS-MICHEL VIGER, avocat, président de la banque du Peuple et membre de la Chambre, assista à l’assemblée de Saint-Charles et y prit la parole.
On l’appelait le beau Viger.
WM. WHITLOCK, de Vaudreuil, 59 ans, marchand, a exprimé et publié des écrits séditieux dans lesquels on lit ce qui suit :
« Lorsque les esprits seront éclairés, lorsqu’un gouvernement impérial ne dira plus aux représentants du peuple : « Je
vais m’emparer de votre argent et en disposer à mon gré » et lorsque les institutions américaines qui font l’admiration du monde entier seront implantées ici, quel heureux pays sera le Canada ! »
JAMES WATTS, de Saint-Benoît, marchand, cousin de Scott, présent à l’assemblée qui nomma le docteur Masson et J.-B. Dumouchel juges et amiables compositeurs. Girod passait généralement ses soirées chez lui; prit part à la procession organisée en l’honneur de Papineau lorsque celui-ci fit son entrée triomphale dans le village de Saint-Eustache, afin d’assister à l’assemblée du mois de juin.
M. Watts, à Saint-Benoît, comme M. Scott, à Saint-Eustache, jouissait de l’estime et de la sympathie des Canadiens-français, et fut du nombre de nos concitoyens d’origine anglosaxonne qui, en 1837, épousèrent la cause des patriotes et dénoncèrent les injustices dont ils étaient victimes.
FRANÇOIS TAVERNIER, de Montréal, gentilhomme, chef d’une des divisions des Fils de la Liberté, partisan zélé et actif de la cause des patriotes.
M. Tavemier était un citoyen influent et estimé de Montréal. Je serais heureux d’avoir des
renseignements sur la famille de ce patriote. Je crois qu’il a passé la plus grande partie de sa vie aux États-Unis.
ANDRÉ-B. PAPINEAU, notaire, de Saint-Hyacinthe, 43 ans, 4 enfants. Incita les gens à aller à Saint-Denis, y alla luimême et prit part au combat et de là se joignit aux insurgés pour combattre les troupes royales.
TOUSSAINT PELTIER, de Montréal, avocat, partisan dévoué de Papineau, assista et prit la parole à l’assemblée du comté de Laprairie tenue à Saint-Constant. Exhorta les habitants à résister au gouvernement et approuva la résolution préparée par Lériger dit Laplante, et qui disait que lorsque les habitants de ce comté prendraient les armes, ce ne serait pas pour conserver aux Anglais un pouce de terre dans l’Amérique du Nord. »
MM. Peltier et Cherrier furent les deux principaux orateurs à cette assemblée. Ils étaient les deux avocats les plus estimés de Montréal, reconnus pour leur honnêteté proverbiale, pour leurs vertus publiques et privées. J’ai bien connu M. Cherrier, qui mourut âgé, entouré du respect de la population. J’ai rendu justice à ses qualités de cœur et d’esprit dans une biographie publiée d’abord dans 1’ « Opinion Publique » et ensuite dans mon premier livre intitulé « Biographies et Portraits. »
ROBERT McMAHON, venu d’Irlande, il y a six ans, se rendit d’abord aux États- Unis où ayant appris qu’il y avait une rébellion au Canada, il alla à Swanton où le docteur Côté le décida à se joindre aux insurgés ; il promit de lui donner $12 par mois et 200 acres de terre si l’insurrection réussissait; il lui donna un fusil et une baïonnette de fabrication américaine. Le 6 décembre, McMahon partit pour le Canada avec des insurgés sous le commandement de Malhiot, Bouchette et Gagnon. Après la défaite des insurgés par les volontaires de Missisquoi, il retourna à Swanton et rendit compte de ce qui s’était passé au docteur Côté qui lui conseilla de retourner au Canada et de se rendre au camp des rebelles aux Deux-Montagnes. Il partit avec six camarades, mais à peine avaient-ils franchi la frontière qu’ils furent faits prisonniers, à l’exception d’un seul qui ayant voulu s’échapper fut tué par les volontaires.
ANDRÉ-B. PAPINEAU, de Saint-Martin, 26 ans, membre de la Chambre, cousin de Louis-Joseph Papineau, exhorta le peuple à se révolter, alla à Saint-Benoît, à Sainte-Scholastique et à Saint-Eustache où il rencontra Girod, Girouard, Dumouchel et les autres chefs des insurgés. Après
la bataille de Saint-Eustache, il réussit à s’échapper, mais il fut arrêté avec le curé Chartier, quelques jours après.
BONAVENTURE VIGER, de Boucherville, 31 ans, présent à l’assemblée de Saint- Charles, prit part à l’attaque de la cavalerie qui escortait Davignon et Duchesnay faits prisonniers à Chambly, et se rendit à Saint-Charles où il combattit sous Brown.
Ces notes sont trop incomplètes pour donner une juste idée du rôle important joué par Bonaventure Viger qui est resté l’un des héros légendaires de 1837. Intelligent, actif, brave, d’un esprit vif et original, il fut l’un des chefs patriotes les plus populaires de 1837. J’ai parlé de lui longuement dans mon histoire de 1837.
Il fut l’un des exilés des Bermudes et, à son retour, il se rangea, se maria et devint même conservateur. Je l’ai connu lorsqu’il venait à Montréal vendre des fromages qui avaient une grande réputation et que les Anglais euxmêmes achetaient et dégustaient sans crainte et sans scrupule.
WOLFRED NELSON, médecin à Saint- Denis, présida l’assemblée de Saint-Charles qu’il avait convoquée, invita Papineau à y assister et prit la parole ; réussit à convaincre les habitants de la rivière Chambly qu’ils devaient prendre les armes ; commanda les insurgés à Saint-Denis et s’en-
ferma dans la maison de Mme Saint-Germain d’où il dirigea les opérations, repoussa les troupes royales ; encouragea la résistance à Saint-Charles, essaya une seconde fois de rallier les insurgés à Saint-Denis pour combattre les troupes, mais n’ayant pu réussir, se décida à fuir aux États-Unis, fut arrêté à une petite distance de la frontière.
Le docteur Nelson fut exilé aux Bermudes et, à son retour, exerça avec succès la profession de médecin, à Montréal, à l'endroit occupé maintenant par l’établissement de La Presse. J’allai un jour, lorsque j’avais huit ou neuf ans, à son bureau avec mon père, qui voulait le consulter. Il me parut bien grand, et de fait il avait plus de six pieds ; mais je le trouvai très sympathique et d’une politesse exquise. Il devint l’ennemi de Papineau et le grand ami de Cartier, qui soutint sa candidature à la mairie contre son beau-frère, Raymond Fabre. Cartier n’a jamais aimé la famille Fabre ; son testament en fournit la preuve regrettable, scandaleuse même.
Mille patriotes environ furent arrêtés et emprisonnés en 1837 et 1838, dont 98 furent condamnés à mort, 12 exécutés, 58 exilés en Australie, 8 exilés aux Bermudes et les autres libérés ou amnistiés.
Dans la bste des prisonniers on trouve les noms de 65 à 68 Anglais, Écossais ou Irlandais. Comme on le sait, la minorité an-
glo-saxonne était convenablement représentée. Le fait est qu’on peut se demander si, sans les exhortations et l’influence des deux Nelson, de Brown et de O’Callagham, les Canadiens-Français auraient pris les armes en 1837, en 1838 spécialement. En tout cas, ces hommes ont été les plus violents instigateurs de la lutte à main armée.
On remarquera que la sévérité du gouvernement s’exerça surtout contre les chefs et les partisans de l’insurrection de 1838.
Il faut avouer que les patriotes réfugiés aux États-Unis qui envahirent le Canada, sous la conduite de Robert Nelson, avaient pour but de renverser le gouvernement et de conquérir l’indépendance du Canada, et c’est la raison pour laquelle ils furent accusés de haute trahison, pendant que les patriotes de 1837 furent en général arrêtés pour avoir pris part à des menées séditieuses.
C’est dans la région au sud du Saint- Laurent que le mouvement insurrectionnel fut plus violent, plus général, en 1838 spécialement. Après le désastre de Saint-Eustache, les patriotes des Deux-Montagnes et de Terrebonne restèrent relativement tranquilles.
Les paroisses qui fournirent le plus grand nombre de prisonniers furent Châteauguay, Beauharnois, Saint-Philippe, Saint-Valentin, Saint-Édouard, Lacolle et Saint-Constant.
Il n’y a pas de doute que les patriotes de 1837-1838 furent imprudents lorsque, quittant le terrain constitutionnel, ils entreprirent d’obtenir par la force le respect de leurs droits politiques. On se demande comment, n’ayant ni armes, ni argent, ni aucune expérience militaire, ils pouvaient espérer lutter avec succès contre les troupes anglaises. Mais s’ils furent imprudents, téméraires même, ils ne furent pas moins courageux, héroïques, et ils ne sont pas moins dignes de notre reconnaissance, car ils ont fait respecter un peuple si brave et si jaloux de ses droits.