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ébiouisseiit un instant par leurs nuances l'ugitives.
Narcisse-Aehille est uu d'Ârliiicourt réussi.
On peut lui appliquer Je mot de Boilcau sur la Calprenède : « Dans ses ouvrages tout se dit noblement *. )>
Savez-vous en quels ternies ce précieux Ahnw parle des punaises biscaïennes, ces mêmes punaises qui ont inspiré à Henri Heine une si plaisante élégie :
' Aiii<ii, par exemple, ayant occasion de pârkr da cosiunic de Napoléon !•', M. de Salvandy ne irouve pas le mot redingote assez noble et croit deiroir employer coiai A' enveloppe. — Ah çà, dénia aduit un doctrinaire, pourquoi Salvandy appelle4-il la redingote i\o l'Empereur une enrelappe grUe? — Par la même raison, répondit Royer-Collard, que votre portier dit mon t^ponse.
9 Je voulas, dit-il, chercher le repos ^ le seul de ces lits grossiers qui restât encore; la clarté douteuse d'une lampe de fer suffît pour me montrer révmit U» motifi de plainte les plus graves et aussi les plut commum dans la Péninsule. »
Cependant, nous devons le dire, çà et là quelques belles pensées étkicellent dans ce livre étrange comme de rares et lointains météores.
c A dix-buit ans, dit M. de SaWandy, le sommeil et la veille se ressemblent. On ne fait que changer de rêves. »
Quand Fauteur quitte le roman pour traiter Thistoire et se livrer à des appréciations politiques pures et simples, il nous donne quelques pages remarquables, toutes surprises de succéder au fatras qui précède. En peignant la cour de Ferdi-
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nand VII, il ne manque pas d'iuie certaine vigueur de pihceau. Nous retrouvons plus loin cette même vigueur, lorsqu'il nous montre les certes réfugiées à Cadix, et votant la constitution sous le canon de Teunemi.
Trois publications d'un autre genre , le Ministère et la France, — V Ancien et le nouveau règne. — et la Vérité sur les marchés Ouvrard, écrites dans la manière de ses anciennes brochures, réconcilièrent un instant Narcisse-Achille avec les lecteurs sérieux.
Mais décidément ce diable # d'homme était piqué de la tarentule du roman.
Presque aussitôt ne s'avise-t-il pas de
m iiALVAiNDY
publier une nouvelle gauloise ayant pour > litre : lslaaj\ ou le Barde clirétim ?
Ce second crime liLléraire nous seniblo înnpardonnable.
Islaor, comme forme et comme conception, est d'4m rococo scandaleux. Le barde gaulois (il faut lire cela pour lé croire) attaquait les doctrines absolutistes du ministère. Sa liarpe tibrait d^indignaiion pour flétrir la loi d*amour et condamner le milliard d'indcmnilé que M. de VillMc se disposait h demander aux Chambres.
Les triomphes de Chateaubriand lourliaient In tête à ce ma'heureux Salvandy.
De longue date il connaissait Fauteur «lu Génie du clmstianhme. Château-
briand, du reste, ne larda pas à Jui reprocher ses folles tentatives littéraires.
— Vous êtes né , lui dit-il , pour les luttes de l'opposition, pour les arlicles^ crème fouettée du journuliîjme , ou les pages éphémères de la brochure : n'ambitionnez point d'autres succès de plume
Narcisse-Achille se le tint pour dit *.
Lorsque Chateaubriand fut renvoyé du ministère et fit cause commune avec h gauche dynastique , l'auteur à*Alon%o \o
* Un iroisièmc roman, Sa'halie, lui fut aUribué^ mais à tort. U est rœuvre d'une femme de lettres de sa connaissance intime. Salvandy ne signa que la préface, et ne vonlol accepter que le titre d'éditeur. Cette préface de y'dlhalie tout entière est une apologie enthousiaste des bas-hleu9.
suivît au Journal des Débats^ et devint son premier aide de camp.
Il écrivit sur les funérailles de Louis XVIII un premier article, que le Moniteur ^ le lendemain, attribua au chantre des Martyrs*
Ceci nous rappelle un mot charmant de madame Récamier.
Le vieux Matthieu de Montmorency, gouverneur du duc de Bordeaux, se trouvait un soir au cercle de la spirituelle femme.
On parla de Narcisse-Âchille.
Matthieu fit l'éloge du jeune écrivain dans les termes les (dus enthousiastes et les plus pompeux, k 1 entendre, il égalait pres({nc son illustre patron.
msm
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— Je vous assure qu'il est impassible de voir un plus magnifique reflet de Chaleaubriandl s'écriait-il.
— Dites plutôt que c'est son ombre an clair de lune, répondit madame Récamier.
La collaboration de Salvandy aux D(%ats eut une durée de quatre ans. Ses articles forment au moins k valeur de huit volumes in-eclavo. Si l'on écarte les vices de sa phrase, toujours enflée et creuse, on y trouve un véritable talent de polémiste, une verve soutenue, du trait, de la vigueur, et une certaine puissance ironique dont reflet dut êlre paj;[ois très-agaçant pour le pouvoir.
Notre héros a racx)nfé lui-même corn-
ment il procédait dans ses travaux de journaliste.
11 fuyait le tumulte de Paris et se retirait à la campagne sous les ombrages d'un grand parc anglais.
\.h , tout à son inspiration, sans visites importunes, et dégagé des exigences do k' vie mondaine, il écrivait ses articles/ appuyé contre le tronc d*nn tilleul, ou couclié sur les vertes pelouses. Quand sa copie était prête , il l'expédiait au journal |)ar nu courrier, (pii lui rapportait les épreuves tout humides, au bout de trois heures. ^
Pour les recevoir, les corriger et les li n hv |)l(is viîr au messager, Narcisse-
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Achille s'installait au bout de Tavenue , dans le pavillon du concierge.
Eu 1828, la censure rétablie chassa du Journal des D^ts notre intrépide rédacteur.
Il se remit alors à écrire brochures sur brochures , critiquant le ministère avec tant de véhémence et tant de fougue, que chacun disait :
« — Vraiment Salvandycst à Imscnl une pi^essc lihre. »
A la même époqu(^, il publia une His- ToiRK DE Poi.oGKE, avatit et soiis le roi Jean Sobieski. C'est évidemment sou œuvre la i)lus importanle et la mieux conriio, n'en déplaise aux aigres critiques de M. Léonard Chodzko *.
< Tout en reconnaissant le mérlic nVl de cette hi;'-
Sous le ministère Blartignac la royauté parut enfin se repentir de ses torts.
Royaliste de cœur, et n'ayant plus aucun motif pour attaquer le pouvoir, Narcisse-Achille consent à rentrer au conseil d'État.
Mais à peine y est-il installé, que la toute -puissante congrégation reprend le dessus.
Voyant Charles X appeler M. de Po lignac aux affaires, notre héros, cette fois, se démet volontairement de sa charge poiu' rentrer dans les rangs de l'opposition dynastique.
toire, il ne faut pas rependaiH pousser la Ionnii<;o jusqu'à comparer M. dcSalvandy à ik)ssucl, ronime a Tail autrefois M. Arsène Ilnussayc dans nue hiogr.iphie du ministre, publiée par V Artiste.
L'ancien comte d'Artois se rappelait la l'ameuse brochure qui avait failli donner à Blùclier une altuque d'apoplexie foudroyante. 11 aimait le conseiller démissionnaire, et sa résolution le chagrina.
Salvandy fut mandé au château.
Charles X l'accabla de caresses et voulut le gagner au parti congréganiste ; mais Narcisse-Achille n'a jamais su pactiser avec ses convictions. Il résista noblement, et fit appel à toute son éloquence pour dessiller les yeux du roi.
— Prenez garde, sire, lui dit-il, votre politique est dangereuse ; elle vous conduit à une révolution cerlaiwe.
— Qu'imporle? s'écria Charles, on ne
>î.e verra pas reculer d'une semelle.
— Ah ! sire, répliqua Narcisse-Achille, avec une vivacité (|ui ne sentait guère le courtisan, plaise à Dieu que Votre Majesté ne recule pas d'une frontière !
Le monarque stupéfait regarda Thomme qui osait lui tenir Ce hardi langage.
Un instant Salvandy put croire à une explosion du courroux royal ; mais Charles X, qui, dans les yeux de rexconseiller d'État, ne lisait que la sincérité la plus franche et la pei*suasion la plus enlière, ijnit par lui frap|>er amicalement sur l'é- )aule.
—Ou ne m'avait pas Irompé, dit-il; vous ::'éles qu'une mauvaise tète, un Irlandais
né Cil Gascogne. Allez, je ne vous garde pas rancune * !
Pendant les dix-huit mois qui suivirent, Narcisse- Achille joua le rôle de cette malheureuse princesse, dont les prophéties, discréditées par un Dieu vengeur, ne réussissaient jamais à convaincre personne.
Il est vrai que beaucoup de traîtres fermaient systématiquement Toreille.
Ainsi, par exemple, monseigneur le duc d'Orléans devait rire du mot fameux qui a couru l'Europe, et que Fauteur iVAUmzo lui même a rapporté dans le livre des Cent et Un,
* Peu de jours après ccl entretien, M. de Salvandy fut nommé chevalier de la Légion d'honneur.
C'était un soir où le Palais-Royal était eu liesse, à Toccasion de la visite du roi de Naples.
— Que peusez-voi'is de ma i'èteV demanda Sou Altesse Royale , en s'approchant de notre héros qui se trouvait au nombre des invités.
— Je pense , monseigneur, que c'est bien une fête napolitaine, répondit Sal- VMidy ; nous dansons sur un volcan !
Le prince haussa les épaules.
Ce geste n'était pas Iionnôte, muis il était adroit. Le chef de la branche cadette ne devait-il pas- calmer les craintes , cnil)écher les révélations , et ne )K>int u\oir
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l'air de croire au renversement d*un trône qui serait à coup sur relevé pour lui?
Bientôt la fusillade de i 830 et le départ de Charles X prouvèrent qu'on avait eu toil de ne point ajouter foi aux prédictions de Sal vandy-Cassandre .
Fidèle à ses principes légitimistes, celuici resta quelipie temps à l'écart du système issu de rémeute.
Il écrivit alors sa brochure qui a pour titre : Seize mois, ou la RévahUion et les révolutionnaires ^ , On y trouve un
1 Kllc fut imprimée plus lard sous le litre de Vinyt mois, et lut lue par toute l'Kurope. Goethe témoigun hautement dans plusieurs circonstances son adminilion pour ÎI. de Salvandy. Une auire brorlmre, Paria, Santés et la iîession, parut à la lin de 185i.
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portrait du général la Fayette pris sur le vif et touché de main de maître. L'homme qui a découvert la meilleure de toutes les républiques est parfaitement reconnaissable sous le manteau d'orgueil puéril qui cachait son indécision, sa faiblesse et ses manies.
Que d'hommes d'État se sont perdus , dans ce siècle, par la vanité !
H. de Salvandy doit le savoir mieux que personne, lui qui peint les autres.
Comme la Fayette , il n'est coupable ni d'improbité politique, ni de corruption; mais la gloriole , il faut bien en convenir, Va trop souvent égaré lui-même , et ce méchant petit Tliiers a eu raison de dire de lui :
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« — C*cst un paou plein dliouneur. »
Élu bientôt par le collège électoral de la Flèche, Salvatidy débute à la tribune en s'olcvant contre les dévastations commises à Saint- Germain- TAuxorrois. H flétrit avec Taccent de Thonnête homme et du chrétien les actes sacrilèges que la police indifférente a laissé commettre.
Son discours déplaît aux électeurs libéraux et voltairiens.
Us refusent de lui continuer son mandat; mais le collège d'Évreux le venge presque aussitôt de cette défaite et le renvoie triomphant à la Chambre ^
' Ici se place ic fameux rapport sur la loi de di»jonclion, rédigé par M. de Salvandy, et au sujet du< quel un journal islc violent s'écria : « — Vous avec
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Un ministère de conciliation et d'amnistie se constituant sous la présidence du comte Mole, notre héros obtient le j^rlel'euille de l'instruction publique.
Mais il ne reste pas assez longtemps ministre pour réaliser les vastes réformes qu'il a conçues.
Toutefois, il publie dès lors une oidon-
(léinenti tous vos i-rincipes, vons avez souffleté votre passé! » Ce journaliste était M. (!apo de Feuiltide, qui dopais.... Mais tant d'autres imitèrent son exemple! On a eu tort d'accuser le député de coiilimlirtion et d'apostasie. Kii 18o2, il n'avait pas voulu distraire les citoyens de leurs juges naturels. Que laisail-il eu 1855? 11 demandait que les accusés uiilitairos fa<sent traduits devant leur justice spéciale et les accusés civils devant les tribunaux ordin:iires. M de Salvandy se souvenait d'avoir appartenu à l'armée, et voyait dans la doctrine ccniiraire le renversement de toute discipline. Aujourd'Uui le temps est venu de recunnaître qu'il avait raison.
nance pleine de sagesse sur les salles (Kusilc, organise la caisse d'épargne des inslitiiteurs, et s'applique sérieusement à améliorer le sort dos maîtres d'iHnde , ces tristes parias de Téducation, cette caste déshéritée entre toutes les autres.
Jaloux de faire revivre les traditions de l'ère impériale, ou plutôt cédant 5 l'instinct vaniteux qu'il n'a jamais su maîtriser, Narcisse-Achille panit à la distribution des prix du concours général en costnme de grand maître de l'Université.
Rien ne pouvait être de plus mauvais goût sous la monarchie des barricades.
La France entière partit d'un immense éclat de rire, et le Charivari s'égaya pei>-
dant un mois sur celte étrange parade. On oublia tout ce que le ministre avait fait d*ulile pour ne plus Tenvisager que sous le côté grotesque.
A cet égard le caractère français restera toujours le même.
H. de Salvandy fut nommé vice-président de la Chambre en 1840. L'année suivante, on lui donna Tambassade de Madrid.
Ëspartero , l'illustre régent dcmocrale, ayant prétendu que les le( très de créance devaient lui être remises, et non point à la reine, Salvandy refusa nettement et demanda ses passe-ports.
Isabelle, pour prix de cette fermeté, oc-
troya le litre de comte h Narcisse-Achille.
Celui-ci rnccepia, comme on peut le croire, avec la plus vive reconnaissance, et le Charivari puisa dans ce fait un uout veau surcroît de gaieté.
Revenu d'Espagne, M. de Salvandy fut nommé à l'ambassade de Sardaigne.
Onze mois après il donna sa démission, ne voulant point s'associer à la. politique ignoble qui flétrissait les légitimistes des deux Chambres au sujet de leur pèlerinage à Belgrave-Square.
— Ah çà, monsieur, lui dit Louis-Philippe en colère , est-ce que vous me préférée! le faubourg Saint-Germain?
— Sire, répondit Narcisse- Achille, j*ai consulté mon cœnr et ma conscience. Ma conscience m'a dit : Ces hommes sont fidèles; mon cœur m'a dit : Ce prince est en exil.
Le roi-citoyen baissa la tête et ne sut que répondre.
En 1845, on choisit notre héros pour remplacer à l'instruction publique M. Vil- I ornai n, frappé d'aliénation mentale.
« De toutes les crcadons de TEinpire, dit M. AiMii'i Iloussaye, donl nous approuvons les éloges quand ils sont juslcs, celle du l'Universit': a semble à M. de Sulvandy la mieux appropriée à notre état social. Kii lace de la liberté dVnsoijjnemenl, rrniversilé ne lui sembla pouvoir se défendre que par l'uni lé. Il la fil plus pure c»l plus religieuse, sans toutefois tomber dans l'ab-
solulisnie oatholique. Il se montra loul ù la fois rérormateur et créalcuri ébraiichant ce grand arbre de la science trop souvent stérile, en même temps qu'il y ramenait la sôve. »
M. de Salvandy est le fondateur de l'École d'Athènes, institution destinée à rendre aux lettres et aux beaux-arts les plus grands services, et qui offre déjà des résultats admirables*
Si M. Ernest Beulé a découvert une façade de T Acropole et le grand escalier des Propylées, Tarcliéologio se souvient qu'elle en est redevable avant tout nu ministre qui fonda l'école.
Narcisse- Achille de Salvandy se montra pour les hommes de lettres d'une bienveillance extrême.
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La circonslaucc était belle pour céder à la gloriole et récompenser un peu la ilatterie.
Notre miuislre avait demautlé son admission dans la Société des gens de lettres ' . Son roman à\Alonw^ sa nouvelle A^Isluor
• 11 y arriva i»las facilomonl qu'à rAcailrmi»', et sans omiilover des iiioycus aussi extrêmes. Salvandy, canditlal lie riiisiilul, alla rendre visite tour i tour à chacun de ses futurs collrguos, el leur adressa le disroars suivant, sans aucune variante : « — VoKz |N>ur moi, je vous en supplie! Peui-Cire D*aarai-](! <|tte voire suffrage; mais il me suffira. Que nrimporic la vi»ii des autres, quand on Iiouinio roiume nous monsieor, appaie ma candidature? » iTextuel.) M. de Salvandy fui du aciuU-micien le t\ avr 1 iiOd. A l.i Hiêiae c|MX|oe, il fut noniuié o»niniandeurdr l;i l.ê>!inii d*lituiueur, et re^ul plus lard le litre de grand «llicur el le grand conlon d»' l'ordre. iVTMMiiie au nmiide iir |H»rle les crarhiib avec une di{(i'ile plus aniusiiite que M. «!e Sal\andv.
élaient des titres. On s'empressa de Ladmettre, et le vote de rassemblée générale le porta au comité.
Naturellement il en eut la présidence.
Au nombre de ses collègues se trouvait M. Thoré, le plus farouclie et le plus barbu de tous les républicains d'alors. Indigné de voir au fauteuil un minisire du tyran, notre liomme ne laissait ccliapper aucune occasion d'exercer sa verve démocratique.
Un jour qu'il venait de s'emporter jusqu'à rinsolence, le président lui dit avec calme :
— Vous pouvez continuer, monsieur.
S'il vous reste quelque chose sur le cœur,
parlez... pariez sans ciaiiite! Le luiiiistre ne se soaTÎendra pas, je vous le jure, de ce que vous dites à M. de Salvaiidy.
Battu par ce noble langage, Thoré le démocrate ne vint plus aux séances.
Le nombre des littérateurs médiocres décorés par Narcisse- Achille est incalculable *. 11 sufQsait de caresser l'orgueil connu de Thomme pour obtenir tout ce qu'on voulait.
Dumas, le grand mousquetaire, obtint un vaisseau de TÉlat pour se livrer, le long des cotes d'Afrique, à un simple voyage d'agrément.
* Chaix-d*Est-Aogc s'éleva an jour à la iribuue contre celle profosion de croix qui pouvait décoDsiderer la Légion d'honnenr.
Peu s'en fallut que la Société des gens lie lettres ne fût décorée jusqu'au dernier de ses membres.
L'auteur iVAlonzo faisait la roue au milieu de tous ces écrivains qui lui cassaient le nez à cx)ups d'encensoir. Il humait l'encens u pleines narines et payait les thuriféraires par dû nouvelles distributions de rubans rouges.
Un membre du comité, ne se voyant pas, au jour de la Saint- Philippe, sur la liste des nominations , courut à l'hôtel de )n rue Cassette, força la porte du mini^stre et tomba sanglotant à ses genoux.
— La croix, au nom du ciel, donneznwi la croix ! s'écria-t-il, ou je ^lis perdu !
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— Sire, répondit Narcisse-Achille, j*ai consulté mon coenr et ma conscience. Ma conscience m'a dit : Ces hommes sont fidèles ; mon cœur m'a dit : Ce prince est en exil.
Le roi-citoyen baissa la tète et ne sut que répondre.
En 1845, on choisit notre liéros pour remplacera l'instruction publique M. Villomain, frappé d'aliénation mentale.
< De toutes les créations de l'Empire, dil M Ai-Mii'. Iluussaye, (tonl nous approuvons les clopes quand ils sont jusles, celle de l'Universilt'î a semblé à M. de S;dvandy la mieux approprii'e à notre état social. En lice de la liberté d'ensoi}inemenl, ri'nivorsilé ne lui sembla pouvoir sp délcudre que par l'uiiilé. Il la fit plus purt» et plus reli<2;icus(*, sans toutefois tomlior dans l'ab-
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solulisnic oatliulique. Il se montra loul à la fuis reformât eur et créa leur, ébraiichaiit ce grand arbre de la science trop souvent stérile, en niéoïc temps qu'il y ramenait la sôvc. »
M. de Salvandy est le fondateur de i'École d'Athènes, institution destinée à rendre aux lettres et aux beaux-arts les plus grands services, et qui offre déjà des résultats admirables*
Si M. Ernest Beulé a découvert une façade de l'Acropole et le grand escalier des Propylées, Tarchéologio se souvient qu'elle en est redevable avant tout au ministre qui fonda l'école.
Narcisse- Achille de Salvandy se motitra pour les hommes de lettres d'une bienveillance extrême.
d'une misère ou pmtéger d'honorables infortunes.
Un dernier fait à son éloge.
Ceci ne se passe plus à la Société des gens de lettres. Nous sommes à Tlnstruction publique.
Armand Carrel, tué par Girardin au bois de Vinceimes, avait laissé un Jeune neveu très-pauvre, et Ton sollicitait une bourse pour cet enfiint; mais personne, dans les bureaux du ministère, n'osait en informer M. dcSalvandy.
Un neveu d'Armand Carrel, miséricorde!
11 y avait de quoi faire destituer le bureaucrate assez imprudent pour appuyer une telle requête. •
mmtmmÊmÊmmÊmÊ^iÊmÊmÊmÊÊÊmmKm
Néanmoins un chef de division courageux la porle à Son Excellence.
Mais, une fois devant le ministre, le frisson vient le saisir, la parole lui manque ; il ne peut que tendre la lettre d'une main mal assurée.
Salvandy en prend lecture.
— C'est bien un neveu d'Armand Carrel? dit-il sans manifester ni surprise ni colère.
— Oui, monseigneur, répond le chef do division, recouvrant un peu d'assurance.
Je propose une demi-bourse, à moins que le souvenir de l'oncle...
— Une demi-bourse, monsieur? dites une boui^se entière, avec trousseau gratuit
iK) SALVANDY
Et M. de&ilvaudy signa.
(( Quand on rencontre sur son chemin un homme de cœur, il faut le crier sur les toits, » disait rencyclopédiste Diderot, avec lequel nous sommes tout surpris de nous trouver d'accord.
Il est certain que de pareils actes font pardonner bien des faiblesses ' et bien des ridicules.
Si M. de Salvandy ministre n'accoixla pas toujours les distinctions et les faveurs M ceux qui avaient le plus de talent, du
* Même celle d'avoir fait souscrire rinsiraclion pablique à la collection des œuvres de Gavarni, les EImfliants^ les Loreitei, etc. Daine Université pouvait adresser Tillustre dessinateur aux Beaux-Arts; mais la îîaillarde aime parfois h rire.
moins on pent dire de lui que jamais il no décora que des écrivains honnêtes.
Les membres qui composaient avec nous le jury disciplinaire de la Société des gens de lettres, dans la séance du îflriars 1 850 * , ainsi que les nombreux témoins qui nous ont apporté leurs dépositions catégoriques, seront pleinwnent de notre avis, nous aimons à le croire.
Voici le nom des juges :
MM. Francis Wey (président), — Altaroche, — AmédéeAchard, — Pongerville (de TAcadémic française), — Henry Murgcr, — Achille Jubinal (aujourd'hui membre du Corps législatif), — Barthélémy
* Le pompte rendu de celte séance est entre nos mains. Noos le publierons an besoin avec toutes les pi^fes jusiiflpalives.
j 92 SALVANDY
Maurice, — Félix Deriége, — Marie Aycard, — Louis Judicis, — Eugèue Cellier, — Carie Ledhuy, — et de Lalandelle.
Interrogez ces messieurs, lecteurs, si vous tenez à connaître le molderénigmc.