‹ SalvatorChapitre 7 sur 7 · PÉTRUS · texte numérisé non relu

PÉTRUS

» P^S. — Payez mon domestique et congédiez-le.

Pélrus connaissait Salvator : il savait qu'à son retour toute chose serait faite comme il le désirait.

En effet, lorsqu'il revint, le sixième jour après son départ, il trouva l'affiche sur la porte et une procession de curieux montant et descendant son escalier.

Cette vue lui serra le cœur.

Il n'eut pas le courage de rentrer dans son atelier. Un petitcorridor conduisait directement du palier à sa chambre; il entra dans sa chambre, s'y enferma, s'assit avec un profond soupir, et laissa tomber sa tête dans ses mains.

Pétrus était satisfait de lui-même et fier de la résolution qu'il avait prise; mais cette résolution, il ne l'avait pas prise sans lutte et sans brisement.

On devine ce qu'il était allé faire là-bas, et quelles étaient les intentions de son retour.

Là-bas, il était allé pour empêcher que la ferme de ce bon et excellent père, ce dernier débris qui restait de la fortune du capitaine, ne sortît de ses mains; il était allé assurer un abri aux derniers jours de celui à qui il devait le jour. C'était là chose facile à faire, et elle s'était faite sans même que le vieillard s'en doutât : le notaire avait déchiré l'acte factice, et Pétrus avait dit adieu à son père, appelé près du lit de son ami mourant.

Puis il était arrivé à Paris pour accomplir la seconde partie et, disons-le, la partie la plus difficile, et surtout la plus douloureuse de sa résolution : Pélrus s'était décidé à vendre, comme nous l'avons vu, chevaux, voiture, meubles, tableaux, potiches du Japon, bahuts de Flandre, armes et tapis, pour payer ses dettes; puis, ses dettes payées, à se remettre au travail comme un écolier en loge pour le grand prix de Rome.

Certes, en renonçant à ses folles dépenses, et surtout en employant à ce travail le temps qu'il perdait, non pas même à voir, mais à essayer de voir Régina, Pétrus était bien sûr de ramener sa vie à une meilleure situation comme art et comme argent. Ce serait lui, alors, qui pourrait venir en aide à son père, et non plus son père qui serait obligé de se dépouiller jusqu'au dernier lambeau pour nourrir le luxe insensé de son fils.

Sans doute, tout cela, c'était la logique, c'était la droiture, c'était la raison I mais il n'y a rien de si dur et de si difficile

6 suivre que la raison, la droiture et la logique. Voilà pourquoi, la plupart du temps, on ne les suit pas. En effet, vendre tout ce charmant luxe des yeux, dont on s'était fait une si douce habitude, pour se retrouver entre quatre murailles nues, était-ce donc une chose qui se pût faire de gaieté de cœur? Non, c'était une situation navrante, et l'on n'en pouvait sortir que par un chagrin poignant.

La pauvreté en elle-même n'effrayait nullement Pétrus. Sobre par nature, économe pour lui, il eût grandemen plutôt il avait grandement vécu avec cinq francs par jour. N'eût été Régina, il ne se fût nullement soucié d'être riche. N'avait-il pas dans le cœur les trois grandes richesses de la création : la richesse du talent, de la jeunesse et de l'amour ?

Mais c'était précisément sur son amour, c'est-à-dire sur l'âme de son âme, qu'allait directement et peut-être mortellement peser sa pauvreté.

Hélas 1 la femme qui se jetterait au feu pour nous plaire, qui risquerait sa vie et sa réputation pour venir, comme Juliette, donner à son Roméo, attendant sous le balcon du jardin, un nocturne et furtif baiser, cette femme, souvent, ne laisserait pas tomber sa main aristocratique dans une main mal gantée.

Et puis allez donc suivre à pied, dans la boue de la rue, la voiture de la femme que vous aimez; allez donc attendre son passage à pied, sur le revers d'une des allées du Rois, quand vous l'avez croisée, la veille encore, monté sur un magnifique cheval sortant des écuries de Drake ou de Cré~ mieux 1

En outre, la pauvreté attriste, elle déteint en quelque sorte sur les visages les plus (rais et les plus robustes. Le front de pauvre garde l'empreinte des soucis de la veille et de l'incomnie de la nuit.

C'est naïf, c'est enfantin, c'est ridicule aux yeux du philosophe, ce que nous allons dire, mais cette douloureuse pensée de ne pouvoir désormais arriver dans son coupé ou dans son tilbury à la soirée où Régkna était venue, elle, dans sa calèche ; de ne plus pouvoir la croiser à cheval sur les boulevards extérieurs, où il l'avait rencontrée pour la première fois, ou dans des allées du bois de Roulogne, qui la voyaient passer / ous les jours, celle censée, en dépit de tous les phi-

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losophes de la terre, remplissait de tristesse le cœur de Pétrus. A la vérité, les philosophes ne comprennent pas l'amour, et la preuve, c'est que, dès qu'ils sont amoureux, ils ne sont plus philosophes.

Comment, ensuite, faire une figure convenable dans les salons du faubourg Saint-Germain :ces salons si épineux aux gentilshommes pauvres, et où il était reçu, lui, Pélrus, à titre non pas d'homme de talent, mais de gentilhomme de vieille noblesse? Le faubourg Saint- Germain ne pardonne à un gentilhomme d'avoir du talent qu'à la condition qu'il ne vivra pas de son talent.

Sans doute, Pétrus, outre le boulevard où il rencontrait Régina, outre le Bois où il la croisait, pouvait encore parfois la voir chez elle; mais les rencontres dans le monde étaient le prétexte de ces visites-là, et puis, chez elle, outre que Pétrus ne pouvait la voir fréquemment, il la voyait rarement seule: c'était tantôt M. de la Molhe-Houdan, tantôt la marquise de la Tournelle, Abeille toujours, M. Rappt quelquefois; M. Rappt, qui le regardait d'un air refrogné,et qui, à chaque rencontre, semblait lui dire du regard : t Je sais que vous êtes mon ennemi mortel; je sais que vous aimez ma femme; mais tenez-vous bien, je vous surveille tous les deux. »

— Oui, pardieu! oui, votre ennemi intime 1 oui, votre ennemi mortel, l'ennemi du mal, monsieur Rappt.

Eh bien, tous les bénéfices de la fortune, toutes les jouissances du luxe, tous les avantages de la richesse, Pétrus les avait eus pendant six mois, et, tout à coup, il fallait y renoncer.

Nous le répétons, la situation était navrante.

0 Pauvreté, Pauvreté ! que de cœurs près d'éclore lu as moissonnés ! que de fleurs de l'âme écloses tu as fait tomber sous ta faux et dispersées au vent! car, Pauvreté, sombre déesse, tu as le souffle et la faux de la mort I

Il est vrai que Régina n'était pas une femme ordinaire. — Peut-être...

Vous savez ce qui arrive au voyageur perdu dans les catacombes, au voyageur qui, écrasé de fatigue, assis sur une pierre creuse, sur un ancien tombeau, le front couvert de sueur, regarde et éccouie avec angoisse s'il ne verra pas une lumière, s'il n'entendra pas un bruit : il entrevoit

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une lueur, il perçoit un son , il se lève : t Peut-être ! » dit-il.

Il en était ainsi de Pétrus : il venait de voir bril'er une lueur dans le souterrain sombre.

— Peut-être!... avait-il dit à son tour. Plus de fausse hontel La première fois que je la verrai, je lui raconterai tout, et mes sottes vanités, et mes richesses d'emprunt. Plus de faux orgueil ! une seule vanité, une seule gloire : travailler pour elle, et mettre mes succès à ses pieds. Elle n'est point une femme ordinaire — et Peut-être... peut-être qu'elle m'en aimera mieux.

0 belle jeunesse, à travers laquelle l'espérance passe comme le rayon de soleil à travers le cristal! ô charmant oiseau qui chante la douleur quand il ne peut plus chanter la joie!

Sans doute Pétrus se dit-il, à l'appui de cette résolution, beaucoup d'autres choses que nous ne répéterons pas ici, Disons seulement que, tout en causant ainsi avec lui-même, il quitta ses habits de voyage, prit un élégant costume du malin, et se rhabilla à la hàle.

Puis, sans rentrer dans son atelier, où il entendait craquer les bottes et s'entre-choquer le dialogue des visiteurs, il descendit l'escalier, mit la clef de sa chambre chez le concierge, qui, en échange, lui tendit un petit billet que Pétrus, à la première inspection, reconnut pour être de l'écriture de son oncle.

Celui-ci l'invitait à dîner pour le jour même où il serait de retour à Paris. En effet, le général désirait savoir sans doute si la leçon avait profité.

Pétrus chargea le concierge d'aller, à l'instant même, à l'hôtel de Courtenay, annoncer à son oncle qu'il était de retour, et qu'il aurait l'honneur d'aller lui demander de ses eouvelles à six heures précises.

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ta chanson de la joie.

Nous n'avons dit ni pourquoi s'habillait Pétrus, ni où il allait; mais le lecteur l'aura déjà deviné.

Pétrus était descendu de sa chambre avec les ailes d'un oiseau. Il avait fait une pose chez le concierge pour ce que nous avons dit; il avait, par habitude, demandé si l'on avait pour lui d'autres lettres que celles de son oncle, avait machinalement jeté les yeux sur les trois ou quatre lettres qu'on lui avait présentées, et, ne trouvant sur aucune d'elles l'écriture qu'il cherchait, il les avait repoussées, avait pris dans sa poche une petite lettre à l'écriture fine, à l'enveloppe délicate et parfumée, l'avait approchée, de ses lèvres, et avait enjambé le seuil de la porte.

C'était la lettre de Régina reçue à Saint-Malo.

Les deux jeunes gens s'écrivaient tous les jours : les lettres de Pétrus étaient adressées à la bonne Manon, les lettre de Régina étaient adressées à Pétrus lui-même.

Régina avait puisé dans sa position exceptionnelle um certaine force qui adoucissait la séparation des deux jeunes gens.

Cependant, Pétrus avait été le premier à lui dire de ne pas lui écrire pendant son absence : une lettre égarée, une lettre volée les perdait tous les deux.

Le jeune homme enfermait les lettres de Régina dans une espèce de petit coffre-fort en fer admirablement travaillé, et qui était lui-même scellé dans un bahut.

Il va sans dire que le bahut était exceplé de la vente qui devait avoir lieu : ce bahut était sacré. Pétrus, avec celle

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religion de l'amour que l'on a pour certains objets, lorsqu'on jime véritablement, eût regardé comme un sacrilège de le 7endre.

Si l'homme restait de vingt ans à cinquante dans le même appartement, meublé des mêmes meubles, il pourrait, avec îes meubles, refaire dans les moindres détails l'histoire de a vie; par malheur, l'homme éprouve de temps en temps la lécessité de changer d'appartement, et le besoin de renou- ;eler son mobilier.

Disons que la clef du coffre en question ne quittait jamais Pétrus : il la portait à son cou, suspendue avec une chaîne d'or ; puis le serrurier qui l'avait réparée avait affirmé à Pétrus que le plus habile rossignoliste perdrait son temps à la crocheter.

Pétrus n'avait donc aucune inquiétude de ce côté. Seulement, comme les rois de France attendent sur les marches du caveau de Saint-Denis que leur successeur vienne les remplacer, une lettre de Régina attendait toujours, sur le cœur de Pétrus, qu'une autre lettre vint prendre sa place. Alors, l'ancienne lettre allait rejoindre ses sœurs dans le coffre de fer, qui, lorsque Pétrus était à Paris, s'ouvrait régulièrement chaque jour pour recevoir un nouveau dépôt, c'est-à-dire la lettre reçue la veille.

La lettre baisée et remise dans sa poche, Pétrus sauta lestement par-dessus le seuil de la porte, et s'élança dans la rue Notre-Dame-des-Champs, puis, par la rue de Chevreuse, il gagna le boulevard extérieur.

Avons-nous besoin maintenant d'indiquer le but de sa course ?

Pétrus, lancé du même pas gymnastique, suivit le boulevard des Invalides , et ne s'arrêta que quelques pas avant d'arriver à la grille derrière laquelle était situé l'hôtel du maréchal de Lamothe-Houdan.

Après avoir inspecté le boulevard, et s'être assuré qu'il était désert ou à peu près, Pétrus se hasarda à passer devant la grille.

Il ne vit rien, et il ne lui parut pas qu'il eût été vu; aus«i revint-il sur ses pas, et, s'accoudant à un énorme tilleul, leva-t-il les yeux sur les fenêtres de Régina.

Hélas l le soleil dardait en plein dans les fenêtres et les persiennes étaient fermées; mais il était bien sûr que, avant

que le soir fût venu, l'une ou l'autre de ces persiennes se soulèverait et laisserait voir la blanche amie dont il était séparé depuis une éternité.

Cependant, le flot des réflexions vint battre son esprit.

Que faisait-elle en ce moment? était-elle chez elle? pensait-elle à lui juste à cette heure où il était près d'elle?

Si désert que soit d'ordinaire le boulevard des Invalides, il y passe de temps en temps un voyageur égaré.

Un de ces voyageurs vint du côté de Pélrus.

Pétrus quitta son arbre et se mit en mouvement.

Il connaissait depuis longtemps les marches et les contremarches qu'il fallait faire pour dérouter les regards des passants ou les inquisitions des voisins.

Il reprit son pas gymnastique croisa le voyageur, marchant avec la rapidité d'un homme extraordinairement affairé et ayant hâte d'arriver le plus tôt possible au but de sa course.

Quelquefois il était impossible à Régina de se montrer tout à fait, et de se livrer à cette télégraphie expressive inventée par les amants longtemps avant que les gouvernements eussent eu l'idée d'en faire un moyen de correspondance politique; mais, alors, elle se doutait bien que Pétrus était là; elle laissait flotter un bout d'écharpe, passer une boucle de cheveux; elle laissait tomber ou son éventail ou son mouchoir par les interstices de la jalousie, — quelquefois une fleur.

Oh! Pélrus était bien heureux quand c'était une fleur; car cela voulait dire : « Reviens ce soir, cher Pétrus ! j'ai l'espoir que nous pourrons nous voir quelques instants. »

D'autres fois, il n'apercevait ni écharpe, ni cheveux, ni mouchoir, ni éventail, ni fleur; mais, sans voir Régina, il parvenait à entendre sa voix : c'était un ordre qu'elle donnait à quelque domestique; c'était le bruit d'un baiser qui retentissait sur le front de la petite Abeille, et qui avait son écho — écho délicieux — dans le cœur du jeune homme.

Mais les meilleures heures de Pétrus étaient les heures du soir et les heures de la nuit, même quand il n'avait pas l'espérance de voir Régina.

Que la jeune femme eût ou non laissé tomber cette fleur qui, en tombant, indiquait un rendez-vous, dès que l'obscurité était venue, Pétrus allait s'adosser à son arbre. Il avait

son arbre de prédilection, d'où il voyait mieux, où il était moins vu.

Là, les yeux vaguement fixés sur toute la façade de la maison, il se perdait en de délicieuses rêveries, en de ravissantes contemplations. — Régina ne soupçonnait même pas sa présence, car, bien certainement, si elle eût cru que Pétrus était là, elle eût trouvé moyen d'ouvrir sa fenêtre et de lui envoyer, sur le rayon de la lune, ou le scintillement d'une étoile, le baiser qu'il avait si bien mérité.

Mais non, ces nuits-là où rien ne lui était promis, Pétrus ne demandait pas même un baiser, pas même un mot, pas même un regard.

Puis, quand il la revoyait, il se gardait bien de lui dire: t Toutes mes heures de songe, ô ma bien-aimée Régina ! je viens les passer près de vous. » Non il eût craint d'éveiller dans le cœur de la jeune femme les tendresses assoupies pendant son chaste sommeil.

Il gardait donc pour lui le doux secret de ces promenades nocturnes, heureux de sa veille à l'heure où Régina dormait, à la façon dont sont heureuses les mères pendant le sommeil de leur enfant.

Dieu seul sait, et Dieu seul pourrait dire les joies sans mélange — car la pauvre langue humaine est bien pauvre pour exprimer les félicités intimes — Dieu seul pourrait dire les joies sans mélange, les pures émotions qui caressent les cœurs de vingt-cinq ans pendant ces heures de rêveries silencieuses et de contemplations muettes passées sous les fenêtres d'une femme bien-aimée. Alors, le ciel, l'air, la terre, appartiennent à l'amant; non-seulement le monde qu'il foule aux pieds, mais tous les mondes qui roulent audessus de sa tête sont à lui. Dégagée des haillons de la matière, son âme, comme une blanche étoile, rayonne dans un pur éther entre les hommes et Dieu.

Mais, il faut le dire, le temps est court pendant lequel les anges prêtent leurs ailes blanches à l'âme amoureuse, et il vient trop vite un moment où, si elle se hasarde à reprendre son vol, le poids du corps, appesanti par les années, la fait retomber brisée sur la terre.

Il va sans dire que Pétrus, cnassé par son passant, était revenu dès que le passant avait été passé.

Son âme planait au ciel avec des ailes d'ange.

Et, cependant, pas le moindre mouvement ne faisait osciller les persiennes rigides. Les secondes, les minutes, les heures s'écoulaient; sans doute, Pétrus était venu trop lard, Régina était partie.

Mais n'importe 1 présente ou absente, Pétrus lui parlait; il lui racontait la longue élégie de ses malheurs. Comment! insensé qu'il était, il avait cru que, pour lui plaire, il fallait paraître autre chose que ce qu'il était, afficher le luxe de la richesse, et non le luxe du génie; et, dans son imagination, Régina riait, l'écoutait, haussait les épaules, l'appelait enfant! passait sa main fine et blanche dans les boucles fauves de ses cheveux, le regardait avec ses beaux yeux étincelants, lui disait : « Encore! encore! » de sorte que lui, se raillant lui-même, racontait tout, jusqu'à la visite de son père, jusqu'à l'histoire de la ferme; et Régina ne riait plus, ne raillait plus; Régina pleurait, et elle lui disait, tout en pleurant : c Travaille, mon Pétrus, et sois un homme de génie. Je regarderai, je te le promets, la main qui tient le pinceau et non le gant qui couvrira cette main. Travaille, et, ne te rencontrant point au Rois sur ton arabe gris pommelé, à la queue et à la crinière noires, qui a l'oeil et les pieds de la gazelle , qu'il semble destiné à poursuivre, je me dirai : « Mon Van Dyck travaille et prépare sa moisson de gloire pour l'exposition prochaine. Travaille mon Pétrus bien-aimé, et sois un homme de génie! »

Et Pétrus en était là de ses rêveries, quand il entendit le bruit d'une voiture qui venait du côté des Invalides.

Il se retourna : c'était Régina qui rentrait avec la marquise de la Tournelle et le maréchal de Lamothe-Houdan.

Pétrus s'éloigna une seconde fois d'arbre en arbre, do façon, s'il était vu, à n'être reconnu que de Régina.

Encore n'osa-t-il tourner la léte.

Il entendit le bruit criard de la grille qui s'ouvrait et se refermait, le cri de la clef colossale tournant dans la serrure.

Seulement alors, il se retourna : la calèche était rentrée.

Cinq heures et demie sonnaient aux Invalides.

On dînait chez son oncle à six heures précises : il avait encore vingt minutes, à peu près.

Il ne perdit pas de temps et alla se remetlre en observation.

Mais il se disait à lui-même que Régina pourrait ainsi, aussitôt rentrée, monter à sa chambre et se mettre à sa persienne; il lui fallait quelques minutes, une occasion, un prétexte; l'avait-elle même vu? On se rappelle que Pétrus n'avait point osé tourner la tête.

Les trois quarts sonnèrent à l'horloge des Invalides.

Comme vibrait encore dans l'air le dernier frémissement 3 u timbre, la persienne s'écarta et donna passage d'abord à la blonde tête d'Abeille.

Mais Abeille était toujours le précurseur de Régina, comme saint Jean de Jésus; derrière et au-dessus de la tête de l'enfant se montra celle de la jeune femme.

Son premier regard dit à Pétrus qu'elle savait qu'il était là.

Depuis combien de temps y était-il? Voilà ce que Pétrus avait complètement oublié, voilà ce qu'il n'aurait pas su dire.

Quant à Régina, elle disait bien clairement des yeux : « Ce n'est pas ma faute, on m'a emmenée; je ne voulais pas sortir, je savais que tu viendrais, je t'attendais. Pardonne-moi, je n'ai pas pu venir plus tôt; mais me voilà... »

Puis Régina souriait comme pour dire encore : « Sois tranquille, mon bien-aimé, je te tiendrai compte du temps que tu as perdu à m'attendre, je te garde une surprise. »

Pétrus joignit les mains.

Quelle était cette surprise ?

Régina souriait toujours.

Pétrus ne songeait plus que le temps s'écoulait, que son oncle l'attendait à dîner, et que son oncle, comme LouisXIV, entrait en fureur quand il avait failli attendre.

Enfin, Régina prit une rose qui s'estompait au milieu des cheveux blonds de la petite Abeille; elle leva la rose à la hauteur de ses lèvres, la laissa tomber en jetant un baiser au vent, et referma la persienne.

Pétrus poussa un cri de joie : il verrait Régina pendant la nuit ?

Puis, la persienne fermée, des millions des baisers rendus en échange du baiser envoyé, il songea à son odcIc, liva sa montre, et regarda l'heure.

Il était six heures moins cinq minutes I

Pétrus s'élança dans la rue Plumet, bondissant comme un daim à son premier lancer.

Pour un coureur de profession, il y avait dix minutes de chemin de /'hôtel de Lamothe-Houdan à l'hôtel Gourtenay : Pétrus n'en mit que sept.

Le générai Herbel avait eu la courtoisie d'aîtendre son neveu deux minutes ; mais, de guerre lasse, il venait de se mettre à table quand retentirent les deux coups de cloche annonçant que le convive attardé arrivait.

Le général avait à moite mangé sa bisque aux écrevisses.

A l'aspect du retardataire, ses sourcils se froncèrent démesurément, et d'une façon si olympienne, que l'Autrichien Franz, qui aimait fort Pétrus, fit tout bas, dans sa langue maternelle, une prière à son intention.

Mais le visage du général reprit sa sérénité ordinaire à l'aspect pitoyable de son neveu.

Pétrus ruisselait de sueur.

— Par ma foi ! dit le général, lu aurais bien dû rester un instant à égoutter dans l'antichambre, garçon : tu vas tremper ta chaise.

Pétrus accepta gaiement la boutade de son oncle.

Le général pouvait vomir contre lui toutes les flammes de l'enfer : Pétrus avait le paradis dans le cœur.

Il prit la main de son oncle, la baisa et alla s'asseoir en face de lui.

Printemps, jeunesse de l'année ! jeunesse, printemps de la vie t

A neuf heures, Pétrus quittait son oncle et reprenait Je chemin de la rue Notre-Pame-des-Champs.

Avant de rentrer chez lui, il leva la tête vers s^n pauvre atelier, qui, dans cinq jours, allait être si complètement dévasté, et il y vit de la lumière.

— Jean Robert ou Ludovic, murmura-t-il.

Et il passa en faisant de la tête au concierge un signe qui équivalait à ces mots: «Je ne prends pas la clef, puisqu'on m'attend. »

Le jeune homme ne se trompait point: c'était Jean Robert qui l'attendait.

A peine Pétrus eut-il paru sur le seuil, que Jean Robert s'élança dans ses bras et s'écria :

— Succès, mon cher Pétrus ! succès I

— Quel succès? demanda Pétrus.

— Quand je dis succès, continua Robert, je devrais dire enthousiasme.

— De quoi me partes-tu? voyons! demanda Pétrus en souriant : car enfin, s'il y a succès, je veux y applaudir ; s'il y a enthousiasme, je veux le partager.

— Comment, quel succès ? comment, quel enthousiasme ? Tu as donc oublié que je lisais ce matin aux acteurs de la Porte-Saint-Martin ?...

— Je ne l'ai point oublié, je ne le savais pas. Ainsi donc, succès d'enthousiasme?

— Immense, mon ami ! Ils sont tous comme des fous. Au second acte, Dante s'est levé et est venu me serrer la mainau troisième, Béatrix m'a embrassé; — tu sais que c'est Dorval qui joue Béatrix; — enfin, quand la lecture a été terminée, tout le monde, acteurs, directeur, régisseur, souffleur, tout le monde m'a sauté au cou.

— Bravo, mon bien cher !

— Et je t'apportais ma part de contentement.

— Merci, ton succès m'enchante plus qu'il ne m'étonne. Nous te l'avions prédit, Ludovic et moi.

Et Pétrus poussa un soupir.

En rentrant dans son atelier, qu'il n'avait pas revu, en se trouvant en face de tous ces objets d'art et de fantaisie, réunis avec tant de peine, Pétrus avait pensé qu'il allait quitter tout cela, et cette joie sans mélange de Jean Robert lui avait arraché un soupir de la poitrine.

— Ah çà ! dit Jean Robert, tu nous reviens de Saint-Malo

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bien triste, cher ami, et c'est moi qui, à mon tour, te demanderai : « Qu'as-tu? »

— Et c'est moi qui te dirai à mon tour : Tu as donc oublié?

— Quoi?

— Eh bien, en revoyant tous ces objets, tous ces bric-àbrac, tous ces bahuts, tous ces meubles que je vais quitter, je t'avoue que le courage me manque et que mon cœur saigne.

— Tu vas quitter tout cela, dis-tu?

— Sans doute.

— Tu veux donc louer ton appartement en garni, ou tu veux donc faire un voyage ?

— Comment, tu ne sais pas ?

— Quoi ?

— Salvator ne t'a pas dit?

— Non.

— Alors, c'est bien, causons de ta pièce.

— Non, pardieu! causons de ton soupir. Il ne sera pas dit que je serai gai quand tu seras triste.

— Mon cher, dimanche prochain, je fais vendre tout cela.

— Comment, tu fais vendre tout cela?

— Oui.

— Tu vends tes meubles?

— Cher, si c'étaient mes meubles, je ne les vendrais pas.

— Explique-toi.

— Ils ne seront à moi que quand je les aurai payés, et je les vends pour les payer.

— Je comprends.

— Non, tu ne comprends pas.

— Alors, dis.

— C'est qu'en vérité, je suis honteux de mettre mon meilleur ami au courant de mes faiblesses.

— Allons donc ! va toujours, va !

— Eh bien, mon cher, j'étais tout simplement en train de ruiner mon père.

— Toi?

— Oui, mon brave et digne père! Je me suis arrêté à temps, mon ami ; dans un mois, il eût été trop tard.

— Pétrus, mon cher ami, j'ai dans mon tiroir trois liillols signés Garât une des signatures non-seulement les plus li-

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sibles, mais encore les plus estimables que je connaisse : il va sans dire qu'ils sont à ta disposition.

Pétrus haussa les épaules, et, pressant la main de son ami :

— Et ton voyage ? lui demanda-t-il.

— D'abord, cher Pétrus, je voyagerais trop tristement, te sachant triste; puis j'ai mes répétitions, ma représentation.

— Puis encore autre chose, dit Pétrus en souriant.

— Quoi, autre chose? demanda lean Robert.

— Est-ce que c'est fini, rue LaftUte?

— Ah ! grand Dieu ! pourquoi serait-ce fini ? C'est comme si je te demandais : « Est-ce fini, boulevard des Invalides? »

— Chut, Jean f

— Mais, tu m'y fais penser, tu refuses mes pauvres trois mille francs parce que tu ne saurais qu'en faire.

— Mon cher, ce n'est point pour cela, quoique tu aies raison sur un point : c'est que mille écus seraient une somme insuffisante.

— Eh bien, écoute : arrose toujours, avec mes mille écus, les plus altérés; fais-leur aUendre ma représentation; le lendemain de la représentation, on ira trouver Porcher, et l'on aura dix mille francs, quinze mille francs, s'il les faut absolument, sans un sou d'intérêt.

— Qu'est-ce que Porcher, mon ami ?

— Un homme unique, le rata avis de Juvénal, le père nourricier des hommes de lettres, le véritable ministre des beaux-arts, chargé par la Providence de donner des encouragements, des primes au génie. Veux-tu que j'aille lui dire que tu fais une pièce avec moi? Il te prêtera dis mille francs là-dessus.

— Tu es fou! est-ce que je fais des pièces?

— Tu n'es pas si bête, je sais cela; mais je la ferai tout seul.

— Oui, et je partagerai.

— Bon I tu me rendras cela quand tu pourras.

— Merci, mon cher; le quand je pourrai viendrait trop tard, si jamais il venait.

— Oui, je comprends, tu préférerais trouver un juif de a tribu de Lévi : on n'a point de remords de les faire attendre, ceux-là : ils se rattrapent toujours.

— Pas plus un juif qu'un autre, mon ami.

— Diable ! diable ! diable 1 Eh bien, voilà où l'on voit que l'art a ses limites. Comment! on est auteur dramatique, on a pour état de créer des incidents et d'en sortir, d'embrouiller des situations et de les dénouer; on a ta prétention de faire la comédie comme Beaumarchais, la tragédie comme Corneille, le drame comme Shakspeare, et Ton reste là, empêtré dans ia laine de son mouton comme le corbeau qui veut imiter l'aigle; comment I on doit vingt-cinq ou trente pauvres mille francs peut-être, on a dans les mains, on a daiis la tête, on a dans le cœur de quoi les payer un jour, mais, provisoirement, on ne sait à quel saint se vouer; — que faire?

— Travailler, dit au fond de l'atelier une voix douce et sonore.

A ce seul mot, on devine quel était le bon génie qui venait ainsi au secours d'un ami indécis et d'un auteur dramatique embarrassé.

C'était Salvator.

Les deux amis tournèrent la tête en même temps, avec un sentiment, Jean Robert de joie, Pétrus de reconnaissance. Tous deux tendirent la main au nouvel arrivant.

— Bonsoir, mes maîtres 1 dit-il; il paraît que nous en étions sur la grande question humaine : t Est-il permis de vivre sans travailler ? »

— Justement, dit Pétrus, et à un travailleur acharné, à Jean Robert, qui, à vingt-six ans, a fait plus que beaucoup d'académiciens à quarante, je répondais : * Non, cent fois non, cher ami, non. »

— Comment, notre poète vantait la paresse?

— Faites-vous recevoir du Caveau, mon cher : vous ferez une chanson tous les mois, tous les trimestres, et même tous les ans, et l'on ne vous en demandera pas davantage.

— Non : il m'offrait tout simplement sa bourse.

— N'acceptez pas, Pétrus; si vous deviez accepter ce service de la part d'un ami, j'eusse réclamé la préférence.

— Je n'accepterais de personne, ami, dit Pétrus.

— J'en suis sûr, répondit Salvator; et voilà pourquoi, sachant que vous n'accepteriez pas, voilà pourquoi je n'ai pas offert.

— Enfin, dit Jean Robert s'adressant à Salvator, votre avis est donc que nous vendions?

— Sanshésiler! répondit Salvalor.

— Vendons donc, dit résolument Pétrus.

— Vendons, dit Jean Robert avec un soupir.

— Vendons, dit Salvalor.

— Vendons 1 dit une quatrième voix s'éveillant comme an écho au fond de l'atelier.

— Ludovic! dirent les trois amis.

— Nous sommes donc en train de vendre? demanda le eune docteur en s'avançant les deux mains ouvertes et le sourire sur les lèvres.

— Oui.

— Et quoi? ... peut-on savoir ?

— Notre cœur, sceptique! dit Jean Robert.

— Ah! ma foi, vendez le vôtre si vous voulez, dit Ludovic ; quant au mien, je le retire de la montre : il a trouvé 6on emploi.

Puis, sans s'occuper davantage de la vente en question, les quatre amis se mirent à parler art, littérature, politique, pendant que la bouilloire chantait devant le feu, et qu'euxmêmes préparaient une ta&se de thé.

Le thé n'est bon — consignez bien cet axiome foi 1 important pour les amateurs — le thé n'est bon que quand on le prépare soi-même.

Chacun resta jusqu'à minuit.

Mais, au timbre de minuit, chacun se leva comme louché par un fil électrique.

— Minuit, dit Jean Robert, il faut que je rentre.

— Minuit, dit Ludovic, il faut que je rentre.

— Minuit, dit Salvator, il faut que je sorte.

— Et moi aussi, dit Pétrus.

Salvator lui tendit la main.

— Il n'y a que nous deux qui ayons dit la vérité, mon cher Pétrus, dit le commissionnaire.

Jean Robert et Ludovic se mirent à rire. Tous qualre descendirent joyeusement.

A la porte, ils s'arrêtèrent.

— Maintenant, dit Salvator, voulez-vous que je vous dise à tous trois où vous allez?

— Oui, répondirent les trois jeunes gens.

— Vous, Jean Robert, vous allez rueLaflîtte.

?9i SALVATOR

Jean Roberl fit un pas en arrière.

— A un autre, dit-il en riant.

— Vous, Ludovic, voulez-vous que je vous dise où voua allez?

— Dites.

— Rue d'Ulm.

— J'en tiens, dit Ludovic en se reculant.

— Et vous, Pétrus?

— Oh! moi...

— Boulevard des Invalides. — Seulement, Pétrus, du courage!

— J'en aurai, dit Pétrus en serrant la main de Salvator.

— Et vous, dit Jean Robert, où allez-vous? Vous comprenez, cher ami, que vous ne pouvez pas emporter nos trois secrets tout entiers sans que nous emportions chacun un morceau du vôtre.

— Moi ? dit Salvator d'un air sérieux.

— Oui, vous.

— Je vais tâcher de sauver M. Sarranti, que l'on exécute dans huit jours.

Et chacun tira de son côté.

Mais les trois jeunes gens s'éloignèrent pensifs.

Combien il était plus grand qu'eux, ce mystérieux ouvrier qui faisait obscurément une si grande œuvre, et qui, tandis que chacun d'eux n'aimait qu'une femme, aimait, lui, l'humanité tout entière!

Il est vrai qu'il aimait Fragola, et que Fragola l'aimait.

Rue Laflltte.

Suivons chacun de nos héros; ce sera peut-être le niojcù de faire faire à notre histoire quelques pas en avant.

Selon l'ordre hiérarchique, nous commencerons par Jean Hobert.

Il y a loin de la rue de l'Ouest à la rue Laffitte; aussi J-ean-Robert prit-il, rue de Vaugirard, un cabriolet qu'il rencontra s'en retournant à vide à la barrière du Maine; puis il traversa tout Paris, à peu près. Vers la fin de 1827, Paris finissait à la Nouvelle-Athènes, et la Nouvelle- Athènes commençait rue Saint-Lazare.

Au tiers de la rue, Jean Robert fit arrêter le cocher.

Le cocher lui avait inutilement demandé le numéro.

— Je vous arrêterai, avait répondu Jean Robert.

Le quart après minuit sonnait à l'église Notre-Dame-dt- Lorette, que l'on venait d'achever.

Jean Robert paya son cocher en poëte satisfait et en amoureux content; puis il se glissa contre les murailles, enveloppé dans son manteau. — A cette époque, les jeunes gens, comme ces portraits-frontispices de Ryron, de Chateaubriand et de M. d'Arlincourt, portaient encore des manteaux.

Arrivé au numéro 24, Jean Robert s'arrêta.

La rue était déserte; il tira, près de la sonnette visible, un petit bouton presque invisible et attendit.

Le concierge ne tira point le cordon, mais vint ouvrir luimême.

— Nathalie? dit à demi-voix Jean Robert en glissant une pièce d'or dans la main de l'aristocrate concierge pour l'indemniser de son dérangement nocturne.

Le concierge fit un signe d'intelligence, rentra avec Jean Robert dans la loge, et ouvrit une porte qui donnait sur un escalier de service.

Jean Robert s'y élança.

Le concierge ferma la porte derrière lui.

Puis, regardant la pièce d'or :

— Peste ! dit-il, mademoiselle Nathalie m'a l'air d'avoir 1 it là une bonne affaire; cela ne m'étonne plus qu'elle soit i élégante'

Quant à Jean Robert, il monta l'escalier avec une rapidité indiquant à la fois sa connaissance des localités, et son désir d'arriver au troisième étage, qui semblait être le but de son excursion nocturne.

Cela était d'autant plus probable qu'une figure, à moi-

296 SALVATOK

lié perdue dans L'obscurité, paraissait attendre s«n arrivée.

— C'est toi, Nathalie ? dit le jeune homme.

— Oui, monsieur, répondit une soubrette dont la tenue irérprochable justifiait pleinement ce que venait d'en dire le concierge.

— Ta maîtresse ?

— Elle est prévenue.

— Pourra-t-elle me recevoir?

— Je l'espère.

— Informe-toi, Nathalie, informe-toi.

— Monsieur veut-il, en attendant, entrer dausle pigeonnier? demanda en souriant la moderne Marton.

— Où tu voudras, Nathalie; où tu voudras, mon enfant, pourvu que, où je rentrerai, je ne reste pas longtemps seul.

— Oh ! quant à cela, soyez tranquille, vous pouvez vous vanter qu'on vous aime.

— Vrai, Nathalie, on m'aime?

— Dame 1 vous le méritez bien aussi.

— Flatteuse I

— Un homme dont on parle dans les journaux I

— Eh bien, mais est-ce qu'on ne parle pas aussi de M. de Marande dans les journaux?

— Oui; mais, lui, ce n'est pas la même chose.

— Bon !

— Ce n'est pas un poêle.

— Non; mais, en revanche, c'est un banquier. Ah! Nathalie, entre un banquier et un poëte, crois-moi, il y a peu de femmes qui choisiraient le poêle...

— Cependant, ma maîtresse...

— Ta maîtresse, Nathalie, n'est point une femme, c'est un ange.

— Et moi, quesuis-je?

— Une abominable bavarde, qui me fait perdre tout mon temps.

— Entrez, dit la soubrette; on va tâcher de rattraper 1* temps perdu.

El elle poussa Jean Robert dans ce que le jeune homme appelait le pigeonnier.

C'était une charmante polile pièce loule tendue en perse,

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