EUE MAZARINE
L'Auteur et les Éditeurs se réservent le droit de traduction et de reproduction à l'étranger.
Imp LemercierFapis
A M. EMILE DE 8IRARDIN.
Prison de Clichy, 2 novembre 1854.
Monsieur,
Depuis hier, j'ai l'inappréciable avantage d'être logé à vos frais dans l'intérieur de la prison pour dettes.
C'est très-aimable à vous, monsieur, de vouloir bien donner, en ma personne, ce grand exemple au monde.
Vous allez me demander sans doute pourquoi je ne me suis pas prêté plus tôt et de meilleure grâce au désir que vous aviez depuis si longtemps de me procurer un abri? Je m'empresse de vous
fournir à cet égard des explications qui ne manqueront pas de vous satisfaire.
Avant de vous être agréable, j'ai eu la faiblesse de songer à mes lecteurs.
Ils sont nombreux, et franchement vous en êtes un peu cause.
Votre bienveillance, noblement tyrannique, ne m'aurait point permis de sortir pour aller chercher à la bibliothèque les matériaux qui me sont indispensa* blés. Je vous connais, monsieur. Vous ressemblez aux montagnards écossais :
chez vous, l'hospitalité se donne; je dis plus, elle s'impose, et je n'aurais pas été libre d'échapper à l'obstination de vos bienfaits.
En attendant qu'il me fût possible de les accepter d'une manière défini-
tive, je voulais rassembler toutes mes notes.
Elles sont prêtes. Je vais travailler sans obstacle sous les murs de la charmante retraite que vous avez daigné me choisir, et où je pense à vous dans le calme et dans le recueillement.
Tous mes petits volumes, à l'avenir, vous en porteront la preuve. A générosité sans bornes, gratitude inépuisable.
Désirez-vous, monsieur, quelques autres explications?
Il vous paraît bizarre, on me l'affirme, que j'accepte aussi joyeusement votre despotisme hospitalier. Ah! monsieur, c'est dans voire intérêt, je vous le jurel Déjà plusieurs fois je l'ai dit, et je le
répète : il me semble curieux, il me semble moral de montrer à la France et à l'Europe comment l'illustre apôtre de la liberté illimitée et du droit de tout dire applique ses doctrines.
C'est une raison, n'est-ce pas ?
Si vous êtes partisan de la liberté illimitée, je professe à mon tour une opinion, que vous auriez tort de trouver déraisonnable, car elle est sœur du droit de tout dire. Vous êtes trop ami de la bonne foi pour me chercher noise làdessus, monsieur. Par exemple ! qui oserait vous soupçonner d'inconséquence et vous accuser de revirement?
Donc, permettez-moi de vous en faire l'aveu : lorsqu'il s'agit d'un personnage
A M. EMILE DEGIRARDIN. 9
public, je suis pour la vérité illimitée.
Qu'on défende à la plume du biographe de s'exercer sur l'histoire des citoyens paisibles, obscurs, inoffensifs, rien de mieux ; que les tribunaux les vengent, si l'on pénètre dans le sanctuaire de leur vie intime, c'est à merveille. Mais pour ce qui est des citoyens hardis , entreprenants , querelleurs , brouillons; de ces hommes qui attaquent la société en face, y portent le marteau sans gène, et veulent la reconstruire au gré de leurs petits besoins, de leurs petites rancunes, de leurs petits caprices.... halte-là, monsieur !
Vous n'allez pas nous défendre, j'imagine, de combattre ces combattants, de harceler ces agresseurs ?
Il faut bien leur éclairer le visage.
Eux-mêmes se placent sur un piédestal, c'est pour être vus, pour être étudiés, pour être soumis à l'analyse.
Allons, allons, point de coquetterie, à bas les masques !
Voyons qui vous êtes; beaux prédicateurs 1
Partout et sans cesse vous vous escrimez de la langue et de la plume ; vous faites une religion, vous cherchez des prosélytes... Eh! corbleul montrezvous, gracieux apôtres !
Votre vie est-elle pure? vos actes sont-ils irréprochables? votre honneur est-il sans tache ?
La vérité, toute la vérité sur vous !
Que le portrait soit ressemblant, qu'on
A M. EMILE DE GIRARDIN. Il
vous reconnaisse à coup sûr , mes maîtres.
Or, dans ce cas, il faut payer le peintre, et ce n'est point au peintre à payer. Ceci me paraît dans les limites du droit le plus simple et le plus vulgaire.
A présent, monsieur, comprenez-vous pourquoi j'accepte votre hospitalité?
Mais ce n'est pas fini. Tous les motifs de mon refus de payement ne vous sont pas connus. 11 en est un bien grave, et je le soumets à votre loyale et consciencieuse appréciation.
Supposez que je me résigne à solder ce maudit compte, simple hypothèse I
Eh bien, mon hôte, c'est impossible.
On me prend trop cher, beaucoup trop cher. Douze cents francs , miséricorde 1 pour trois modestes insertions dans les journaux, et quand un de ces journaux se nomme la Presse , quand il doit toucher quatre cents francs pour sa part?
Merci l
Nous connaissons les rubriques.
11 est avec les agents d'annonces une multitude d'accommodements. On n'est pas juif à ce point. Quels bourreaux !
Priez-les de nous écorcher un peu moins, cher hôte.
Douze cents francs? Cent écus, monsieur Purgon, s'il vous plaît!
Que la rédaction de la Presse gagne de l'argent à la Bourse, rien déplus juste, rien de plus honnête. Qu'elle bâtisse des
villas aux Champs-Elysées avec le trois pour cent et le Strasbourg, bravo !
Mais avec nos deniers, fi !
Presse, ma mignonne, vous êtes folle.
Où diable avez-vous appris qu'un malheureux écrivain ait jamais eu douze cents francs en poche? Ces pauvres petits volumes à cinquante centimes n'ont pas encore enrichi , que je sache, mon éditeur. Il affirme que les bénéfices sont plus que médiocres, et si la bourse du libraire est vide, jugez de celle de hauteur 1
Bref, je ne paierai donc pas, cher hôte.
Avouez que toutes les raisons que je vous donne là sont concluantes. J'ai à
satisfaire à des créances plus sérieuses , plus sacrées et plus saintes. Vous m'approuvez, j'en suis certain, de ne pas jeter à ces insertions gourmandes les modestes bénéfices de ma plume, le bienêtre de ma famille , le pain de mes enfants.
Me voilà, grâce à Dieu et grâce à vous, bien rassuré contre les poursuites.
J'ai coulé tous mes vaisseaux à l'entrée du port. Mon Sébastopol à moi est imprenable. Ce n'est pas comme l'autre. Je suis parfaitement tranquille, les flottes ennemies n'en approcheront pas.
Votre barque elle-même, ô grand Emile, cette barque légère qui vogue si lestement entre les principes, sans jamais
couler à fond dans le trajet de l'un à l'autre ; cette barque dont les voiles ont été caressées par toute la rose des vents et qui touche à tant de rivages, ne peut entrer que sur ma permission expresse dans mon anse solitaire.
Mais Dieu me préserve d'être ingrat I
J'ouvre pour vous tous les passages , mon cher hôte, et je lève tous les obstacles.
Accourez promptement.
Venez, ô sublime Écossais ! venez rendre visite à votre pensionnaire. Je brûle de vous adresser mes félicitations et de vous prodiguer les témoignages de mon inaltérable et profonde estime.
Vous êtes beau » vous êtes généreux ,
vous êtes adroit, vous êtes logique , Emile, et je vous aime !
N'abusez point de cette confidence. A bientôt.
Eugène de Mirecourt.
mmmmmmmmm
Le premier théâtre du monde est sans contredit le Théâtre-Français
Depuis Molière, notre maître à tous, le culte de l'art et des saines traditions a trouvé là de fervents disciples.
C'est le temple solennel où la gloire distribue ses palmes; c'est l'immense
et magnifique école où se donnent les leçons du goût ; c'est le musée précieux où se conservent les chefs-d'œuvre.
Une foule d'artistes éminents y servent d'interprètes au génie et doublent sa puissance.
Entre les plus célèbres et parmi ceux que la nature a doués du mérite le plus . rare, de l'organisation dramatique la plus intelligente, on doit placer en première ligne Joseph-Isidore Samson \
1 < Nous prions le public de remarquer, dit M. Louis Huart danB la Galerie de la Presse, qu'il n'y a aucun lien de parenté entre l'acteur de la rue Richelieu et l'acteur du même nom , qui, en 1797, jouait le principal rôle danB le mélodrame ayant pour titre la Terreur , et qui faisait chaque jour une sanglante besogne sur l'échafaud permanent de la place de la Révolution. > Le nom, du reste, s'écrit d'une manière différente.
Né à Saint-Denis, à deux lieues de la capitale, en juillet 1793, il fut le dernier des enfants de la paroisse qui reçurent, à cette époque, l'eau sainte des mains d'un prêtre.
immédiatement après son baptême , un membre du comité de salut public ferma les portes de l'égli9e , interdit l'exercice du culte , et fît enlever le curé de Saint-Denis pour le jeter dans les cachots révolutionnaires.
Les parents de Samson tenaient un café et un bureau de petites voitures pour Paris.
Ayant réalisé quelques bénéfices, ils transportèrent, deux ou trois ans plus tard, leur industrie à Paris même, rue MontorgueiL
On rouvrait alors les temples chrétiens.
Les cérémonies religieuses eurent pour l'enfance tout le piquant de l'imprévu, tout le charme de la nouveauté.
Sarason fit plus d'une fois l'école buissonnière dans l'unique but d'entendre la messe à Saint-Eustache.
Il assistait avec une régularité scrupuleuse aux saluts, aux prônes, aux enterrements, aux baptêmes, aux mariages.
Quand il revenait à la maison, c'était pour arranger sur sa poitrine et sur son dos des serviettes en forme de surplis.
Sous ce costume, et coiffé d'un bonnet carré en papier, noirci, le jeune apôtre prêchait la passion aux cochers de son père, ou leur expliquait l'Ancien Testa-
ment et les. Évangiles, en leur donnant du mes très-chers frères avec un sérieux imperturbable.
Au lieu d'être acteur , Samson serait prêtre aujourd'hui, sans un pédagogue brutal, partisan déclaré des coups de palette, et pourvu d'un martinet à nœuds serrés, dont son élève garde triste souvenir.
Ce maître d'école était un ancien jacobin.
Dans les visites perpétuelles de l'en-* fant à l'église, il trouvait double crime , et lui infligeait punition double.
Tous les samedis, après la classe, il y avait une séance terrible. Les élèves condamnés au fouet devaient, sous les yeux de leurs camarades, se mettre à
genoux la face contre lerre, et culotte bas.
Jamais Isidore-Joseph Samson n'était au nombre des spectateurs.
Pour le guérir de ses goûts ecclésiastiques et de sa vocation naissante, le féroce clubiste lui administrait les volées de martinet les plus rudes.
Tant enfin que le pauvre enfant éclatait, tous les lundis, en sanglots, lorsqu'il s'agissait de reprendre le chemin de l'école.
Il finit par avouer les exécutions nombreuses dont il était victime.
M. Samson père alla souffleter le maître d'école bourreau, lui jeta l'argent de son dernier mois au visage, et conduisit Isidore dans un pensionnat de
Beileville, où l'éducation se transmettait par des procédés plus décents et plus doux.
Heureux de se voir à l'abri de la férule et des coups de lanière, Samson devint un excellent élève.
Il était le premier de sa classe et montrait une application merveilleuse au travail. %
Agé de dix ans à peine , il avait déjà beaucoup de sérieux dans le caractère.
Un jour, le De Viris lui ayant appris qu'il fallait à une âme forte un corps robuste et capable de supporter les privations, il se condamna pendant vingtquatre heures au jeûne le plus absolu et s'abstint toute une semaine de jouer aux barres.
Ce fut à ce pensionnat que Samson connut pour la première fois le baron Taylor.
Les deux élèves de Belleville sont restés unis, depuis cette époque, par une inaltérable amitié. Constamment on les a vus sur la brèche ensemble, quand il s'est agi d'y planter le drapeau de l'art et d'emporter d'assaut quelque réforme utile aux artistes, leurs frères.
Un concours de circonstances fâcheuses empêcha Samson de continuer ses classes.
Malgré beaucoup d'efforts et beaucoup de travail, ses parents n'arrivaient point à la fortune.
Décidés à placer leur fils dans une maison de commerce, ils le retirèrent de
pension, au marnent où il allait commencer sa sixième. Ils avaient obtenu .
non sans peine, du curé de Belleville qu'Isidore serait admis à la première commiftûon avant ses douze ans révolus.
L'enfant regrettait le pensionnat et ses chères études; il dévorait tous les livres qui lui tombaient sous la main.
Le catéchisme lui sembla moins attrayant que certain volume des Satires de Boileau, dont un de ses camarades lui proposait l'échange contre un couteau de poche.
Notre néophyte conclut sur-le-champ ce marché précieux.
Or, comme la chose se passait à l'église, le vicaire de la paroisse administra des
soufflets au vendeur et à l'acheteur; puis il les contraignit à rester à genoux pendant toute la durée du catéchisme.
Une lettre de Samson, que nous avons sous les yeux , mentionne cette particularité de son enfance.
« Je ne Fais, dit- il, si ce souvenir est sorti
de la mémoire de mon condisciple , qui est devenu, depuis, un grave et pieux magistrat dans le département du Nord ; mais il me semble, pour ma part, que le soufflet du vicaire me brûle encore ta joue. Ce prêtre avait une main de crocbeteur. Ainsi, à trois années de distance, je reçus le fouet pour avoir été trop religieux , et Ton me souffleta pour ne Têtre plus assez, s
Le commerce était antipathique à tous ses goûts.
H s'enfuit du magasin où on l'avait
pris au pair, et, comme ses parents quittaient Paris, afin d'aller dans le département de Seine-et-Oise fonder une nouvelle entreprise, il voulut les accompagner.
Ceux-ci établirent à l'abbaye d'Hyères, aux environs de Gorbeil, une filature qui acheva leur ruine.
Dazincourt,"de la Comédie-Française l , avait à Hyères même sa maison de campagne, et celle de Talma se trouvait à Brunoy, tout à fait dans le voisinage.
Samson, qui entendait parler chaque jour de ces acteurs célèbres, désirait ardemment les rencontrer et les voir.
5 Cet acleur a joué le premier le rôle de Figaro, dans le Mariage, en 1784,
— Ne seriez-vous pas M. Dazincourt?
demandait-il , avec sa naïveté d'enfant curieux, à chaque personnage inconnu qui venait à lui.
Sur la réponse négative du passant; il reprenait :
— Alors, vous êtes M. Talma?
Ce n'était ni l'un ni l'autre.
Samson, trompé dans son espoir, ren- .
trait à la filature et relisait pour la vingtième fois les pièces de théâtre où on lui avait dit que les deux comédiens jouaient un rôle.
Ainsi commencent les vocations.
Le hasard les fait naître, et les obstacles qu'on y oppose servent à leur donner de la puissance.
Fatigué de voir son fils éternellement plongé dans Racine ou dans Beaumarchais, M. Samson l'envoya travailler chez un avoué de Gorbeil.
Cet avoué possédait une bibliothèque très-riche en œuvres théâtrales.
Six mois après, le nouveau clerc sut toute la bibliothèque par cœur. Il lisait Molière et Corneille à la femme de son patron, lui déclamant les plus belles scènes et les jouant avec beaucoup de naturel et de feu.
Quand celle-ci donnait soirée, le principal divertissement de la fête était de faire entendre à la haute bourgeoisie de Gorbeil celui qu'on nommait le petit acteur.
— Vous perdez l'avenir de ce garçon*
là, dit, un soir, à la maîtresse du logis un vieux notaire de l'endroit. Tu ne gagneras pas le sou, bonhomme, si tu te fais comédien, ajouta-t-il en prenant Samson par le bout de l'oreille.
Tâche plutôt d'être avocat. Du reste, les deux métiers se ressemblent.
— Àh! fit Samson.
•— Mon Dieu oui ! C'est une affaire de langue et de bras, de belles paroles et de grands gestes d'un côté comme de l'autre.
— Puisqu'il en est ainsi, je veux bien être avocat, dit le clerc.
—Voilà qui est entendu. Je me charge de te donner les premières notions du droit. Laisse là ton théâtre.
Le lendemain, Samson reçut du vieux
notaire un volume des Institutes de Justinim, qu'il se mit à copier et à traduire, en se rappelant le peu de latin qu'il avait appris.
Il étudia Cujas, il approfondit Barthole.
A chaque audience du tribunal, il écoutait les plaidoiries, et cherchait ensuite à les reproduire, afin de s'exercer aux allures du barreau.
Ces essais d'éloquence avaient lieu à la cuisine.
Lorsque l'avoué se trouvait absent, le clerc intrépide s'affublait de la robe noire, de la toque et de la bavette pour donner aux domestiques un échantillon de son talent oratoire.
— Hein ! Madeleine , qu'en pensestu? demandait-il à la cuisinière.
Celle-ci Técoutait bouche béante.
— Dame ! ce n'est pas pour dire. . . mais vous parlez mieux que le patron! répondait Madeleine.
Ce dialogue fut un jour entendu de l'avoué, qui rentrait à l'improviste.
L'audace du clerc servit-elle de prétexte à son renvoi? Nous ne le pensons pas ; il est à présumer que sa famille, après avoir liquidé les désastreuses opérations de la filature, le ramena de Corbeil à Paris.
Nous retrouvons notre héros en 1810.
Il tient les registres d'un bureau de loterie, à. la Croix-Rouge.
— Hélas ! pense-t-il avec douleur, je ne serai ni comédien ni avocat!
Toutes ses espérances lui semblent détruites, tous ses rêves d'avenir sont chassés par un triste réveil.
La maîtresse du bureau de loterie, excellente femme, cherche à lui rendre du courage. Deux ou trois fois la semaine, elle l'autorise à fermer de bonne heure et lui donne, en outre, une gratification qui lui permet d'aller s'asseoir au parterre de la Comédie- Française.
Cela coûte deux francs vingt centimes.
Samson porte le lendemain sur ses registres le prix de la place aux profits et pertes, et fait à sa patronne Un récit
pompeux des impressions de la veille.
Il connaît enfin Dazincourt! il a vu Talma 1 Le théâtre est supérieur au barreau. Vive le théâtre î
Jusque-là sa famille a combattu ses idées, en les taxant d'extravagance; mais, elle cède à une vocation qui persévère avec tant d'énergie.
Le jeune homme entre au Conservatoire.
Il y avait alors quatre professeurs de déclamation : Fleury, Lafon, Talma et Baptiste aîné.
Notre héros est admis dans la classe de Lafon.
Ce maître habile ne tenait que médiocrement compte du goût des élèves et de leur sympathie pour tel ou tel
rôle ; il examinait les ressources de leur organe, la tendance ou le développement de leur nature physique, et les dirigeait presque toujours dans une route contraire à celle qu'ils voulaient suivre.
Samson demandait à étudier les grands rôles tragiques : le professeur s'y opposa et lui fit apprendre l'emploi des comiques.
Bientôt le jeune homme fut regardé comme un des premiers sujets du Conservatoire.
Deux autres élèves distingués devinrent ses camarades intimes. Le premier se nommait Perlet, le second s'appelait Raymond : celui-ci fréquentait le
cours de Talina ; Perlet suivait la classe de Baptiste aîné.
Nos trois amis avaient des mœurs paisibles, un caractère loyal, une âme affectueuse; ils devinrent inséparables.
Chaque jour, en sortant du Conservatoire, ils allaient faire ensemble de longues promenades fraternelles , se communiquant leurs joies et leurs peines, leurs désappointements et leurs espérances, llâse consolaient, s'encourageaient, s'excitaient aux luttes présentes et aux luttes de l'avenir.
Si parfois, chose rare, le gousset de l'un d'eux se trouvait garni de quelques pièces blanches, ils allaient dîner ensemble dans un cabaret modeste.
Une omelette, assaisonnée dune bou-
teille do gros vin bleu, composait le menu du repas, et, pour achever de se rassasier, notre trio de comédiens en herbe passait en revue l'ancien et le nouveau répertoire, lisait des vers ou se chamaillait sur des questions de haute littérature.
Quelquefois, à l'heure du dîner, toutes les poches étaient vides.
— Diable ! murmurait Sa m son, je n'ai pas un centime vaillant.
— Ni moi , disait Perlet d'un air piteux.
— Ni moi, soupirait Raymond
— Bah! s'écriaient-ils en chœur, parlons théâtre !
Et bras dessus, bras dessous, ils arpentaient quelque avenue solitaire des
Tuileries ou des Champs-Elysées, riant, causant, discutant, déclamant, ne songeant plus à la faim.
Heureuse époque !
Les temps et les hommes sont bien changés. Notre jeunesse actuelle ne se console pas aussi philosophiquement d'une omelette absente.
Que voulez-vous ? cet aimable socialisme lui a dessillé les yeux.
Il est reconnu maintenant, il est prouvé que personne, en ce monde, ne doit avoir à combattre les premières difficultés de l'existence. Les âmes n'ont plus besoin de s'affermir dans la lutte et de se tremper dans l'infortune.
Une bourse pleine, corbleu ! des plaisirs, des jouissances, de bons dîners 1
Lorsque nos héros modernes manquent de tout cela, ifs jettent un haineux coup d'oeil aux carrosses qui passent, grincent des dents à l'étalage de Chevet, ne se tiennent plus de colère et s'écrient:
— Canailles de riches I
— Société mal faite !
— Tôt ou tard il faudra la démolir !
Ainsi diffèrent les dialogues, suivant
les opinions et les circonstances.
Le progrès marche. On ne dit plus :
Parlons théâtre, parlons littérature. Surtout on se garde bien de dire : Parlons, raison.
Nos élèves du Conservatoire ne connaissaient rien du socialisme. Ils se
fiaient tout bonnement à la Providence, qui ne les abandonnait jamais.
De temps à autre, on sollicitait pour eux quelque encouragement au ministère.
Ils avaient l'estime et l'affection de leurs professeurs.
Un des trois amis fut arrêté par la mort au seuil de sa carrière : il était âgé de vingt-deux ans.
Nous parlons de Raymond, que Talma nommait son fils, qu'il emmenait avec lui dans ses tournées de province pour ne jamais le perdre de vue, pour le diriger sans cesse; de Raymond que la nature avait doué d'une intelligence fine et délicate, d'un organe merveilleux, d'une distinction charmante et d'une sensibilité exquise.
Il mourut entre les bras de ses deux camarades et de son maître.
Cette perte cruelle acheva de rendre indissolubles les liens qui unissaient les survivants. Le jour où Samson dut satisfaire à la loi de la conscription, Perlet lui donna une preuve d'amitié véritablement héroïque.
Voici l'anecdote, telle que nous l'avons entendu raconter par un vieil artiste qui suivait, en 1812, la classe de Baptiste aîné.
Perlet passait généralement pour le meilleur élève du Conservatoire.
Samson ne venait qu'en seconde ligne.
Aux matinées dramatiques du diman-
42 SAMSOX.
che *, les spectateurs applaudissaient Perlet avec enthousiasme. Dans les rôles comiques, il obtenait un succès à tout rompre.
On était à l'époque de la campagne de Russie.
Samson n'avait qu'un moyen de se libérer du service militaire : ce moyen consistait à arriver en première ligne parmi les lauréats du concours.
Mais, son ami présent, la chose devenait impossible.
Que fait le généreux Perlet?
Simulant une fluxion de poitrine, il
1 Le Conservatoire donnait, pendant Tété, des exercices publics composés de scènes d'opéra, d'opéracomique, de tragédie et de comédie. Ces exercices "avaient lien dans la salle des concerts.
s'abstient de paraître à l'heure de la lutte, et laisse à Samson la certitude de vaincre.
Pour qui connaît l'orgueil proverbial de la presque universalité des comédiens et leur vanité jalouse, un pareil acte semblera, comme à nous, au-dessus de toute louange.
— Mon sang, oui, nous disait en terminant l'anecdote, le vieil élève de Baptiste, je l'aurais donné de grand coeur à un camarade ; mais lui abandonner mes palmes au Conservatoire , jamais 1
L'exemption du lauréat fut signée de la main de Marie-Louise *.
1 Sûmson fat admis, en outre, an nombre des dixboit pensionnaires pour cbacun desquels le décret de Moscou venait de fonder une bourse au Conservatoire.
Deux ans plus tard, Samson, après avoir achevé ses études dramatiques, prit pour femme une aimable et jeune actrice, qui était elle-même un premier prix de l'école et qui sortait de la classe de Fleury.
Ils allèrent jouer la comédie ensemble en Bourgogne et en Franche-Comté.
Nos lecteurs savent peut-être que le plus redoutable des théâtres de province, celui dont le parterre se signale par les exécutions les plus cruelles, est le théâtre des Arts, à Rouen.
C'est un ogre qui dévore tout. Les comédiens en ont une peur affreuse.
Donc on jugera de l'effet produit sur notre héros par la lettre suivante, qu'il
reçut, à son retour de Dijon, du fournisseur en titre des directions de province :
« Mon cher ami,
« Le premier comique de la troupe de
Rouen \ient de tomber à plat. Voulez-vous
risquer le paquet ?
« Vanhove. »
Samson trembla, comme s'il venait de lire une menace de mort. Le succès de sa première tournée devait cependant lui donner quelque assurance. On lui avait prédit en Bourgogne qu'il deviendrait avant peu sociétaire de la Corné* die-Française.
Maïs une chute à Rouen pouvait reculer à l'infini cette brillanto perspective.
— N'importe, s'écrie Samson, dominant ses craintes et reproduisant la phrase triviale de Vanhove : Je risquerai le paquet !
Il laisse à Paris sa compagne.
C'est le parti le plus sage.
Au lieu de deux épouvantes, il vaut mieux n'en avoir qu'une, en s'exposant, là-bas, aux tempêtes rouennaises.
Il prend la diligence et arrive sur la scène redoutée de ses débuts, où il est soumis à l'épreuve le même jour que mademoiselle Moore, cantatrice de mérite , qui devait changer son nom l'année suivante , pour s'appeler mademoiselle Pradher à i'Opéra-Comique et faire les délices des dilettanti de la capitale.
Mademoiselle Moore débute dans le Calife de Bagdad; Samsoiï, dans les Fûurberies de Scapin.
Lorsqu'il se trouve en présence de ce parterre éternellement debout l et qui
s'agite comme une mer houleuse, le frisson lui court dans les veines.
Il parle néanmoins ; il cherche à s'enhardir et lance ses effets.
Un mouvement électrique se produit dans la salle. Ce mouvement semble de bon augure ; mais des chut accen-
1 La ville de Rouen vient seulement, il y a peu de mois, de faire pour ces spectateurs fatigués d'être sur leurs jambes le sacrifice de quelques banquettes. Chose étrange, ces mêmes hommes qui , debout, se montraient des tigres, sont devenus, depuis qu'ils sont assis, de véritable^ moutons.
tués, sortis de la masse noire et profonde du parterre, imposent durement silence aux spectateurs bénévoles, et brident leur gaieté naissante.
« Je n'ai pas eu l'ombre de réussite.
Four complet! » écrit le lendemain Samson à sa femme.
Celle-ci lui répond à deux jours de là :
« Rassure-toi ; ton directeur affirme à Vanhove que l'impression est excellente.
Tu vas être engagé pour un an. Je puis te rejoindre. »
Samson tombe de son haut.
Il s'émerveille de la manière originale et peu usitée qu'adopte le parterre de Rouen pour témoigner aux artistes son admiration et sa sympathie.
Pendant six mois environ, la même froideur l'accueille dans ses rôles \
Enfin, mademoiselle Mars étant venue donner des représentations dans la cité normande , le jeune acteur la seconde d'une manière si intelligente et avec une verve si comique et si soutenue, que le parterre rompt la glace et; daigne lui accorder des applaudissements aux cô- ,* tés de la grande actrice.
À dater de ce jour, et pendant trois années consécutives, Samson devient rudoie des Rouennais.
Devant eux il joue tout le répertoire de la Comédie-Française.
1 Un ex-journaliste de Rouen nous écrit : « Il n'y avait dans l'accueil fait a Samson aucune malveillance. On se défiait seulement de sa jeunesse. Agé de vingt-trois ans, il ne paraissait pas en avoir dix-huit. >
Il a près de lui de vieux acteurs solides sur les planches, et qui lui vienrient en aide avec la sagesse de l'expérience et le dévouement le plus amical.
C'est Corréard , le directeur de la troupe, très-fort dans les Crispim; Granger, surnommé le rival de Fleury ; madame Duvefsin, la duègne émérite ; mademoiselle Fabre, une des meilleures soubrettes de l'époque, et Biez, acteur d'opéra comique.
A chaque nouveau, rôle abordé par Samson, Biez va se placer à l'orchestre des musiciens, étudie le jeu de son camarade, et remonte dans les coulisses, pendant les entr'actes, pour lui adresser des observations extrêmement judicieu-
SAMSON. Il
ses, que ce dernier se hâte de mettre à profit.
En 4818, l'Odéon brûle.
Une ordonnance du roi le fait rebâtir, et les acteurs incendiés jouent provisoirement au théâtre Favart.
La renommée du jeune comique de Rouen éveille l'attention des directeurs de Paris.
Picard, alors à la tête du second Théâtre-Français, propose à Samson des débuts. Celui-ci accepte , demande un congé, vient se faire applaudir du public parisien \ signe son engagement avec Picard , retourne en Normandie
1 II joua Lubin dans la Bonye Mère, Dubois dans les Fausses Confidences, Pavaret dans le Collatéral et Pasqain dans les Jeux de l'Amour et du Hasard.
achever Tannée dramatique, adresse ses adieux au terrible parterre, et entre à l'Odéon, le 30 septembre 1819.
v La salle est magnifiquement reconstruite. On ouvre par Venceslas et V École des Maris.
Dans la seconde pièce Samson joue Ergaste, rôle de peu d'importance; mais, deux jours après, on annonce les Fourberies de Scapin, et, dans, cette amusante sotie de Molière, il déploie une originalité bouffonne, uns verve de bon aloi qui, d'un seul coup, le placent à la tête des comiques de la troupe.
Chaque jour l'ancien répertoire le fait applaudir.
Le nouveau répertoire vient à lui. .
On met en scène les Comédiens, de
Casimir Delavigne ; Samson joue le rôle de Dalainval dans le prologue, et celui de Belrose dans la pièce \
Depuis son entrée au Conservatoire, il a complété largement par la lecture et Tétude une éducation d'abord imparfaite.
Ses triomphes d'acteur ne lui suffisent plus.
Il ambitionne une gloire plus grande, il veut obtenir du public une double couronne. Dans le silence des nuits , en secret, il travaille avec ardeur et termine
1 Avec Belrose, ses créations les plus marquantes a TOdéon sont : Lambert du Voyage à Dieppe, Bourdèuil des Deux Ménages, Miller $ Amour et Intrigue, Molen du Présent du Prince, Rémi de l'Artiste am-^ bitïeux, Robert de l'Écolier d'Oxford, Courville des Deux Candidats > Arthur de Luxe et Indigence, etc.
•aÉt^ÉMMHl
un acte en vers, qu'il se propose de lire au comité.
Craintif, et se défiant de lui-même, il soumet d'abord son œuvre à M. Alfred de Wailly.
L'ex-proviseur du collège Henri IV trouve la pièce charmante.
Néanmoins le timide auteur n'ose pas, encore aborder ses juges. Il porte son manuscrit à Picard, qui vient de se démettre de toutes fonctions administratives au théâtre, mais qui lui continue sa bienveillance et lui donne des preuves d'amitié sincère.
—Je vous en conjure, dit Samson, montrez-vous impitoyable dans la critique. Ne me ménagez pas. Brisez la
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plume entre mes doigts, si vous trouvez que j'ai eu tort de m'en servir.
— Bien, c'est convenu, dit Picard.
Le lendemain, Samson retourne che2
son aristarque. Il tremble comme un coupable en tirant le cordon de la sonnette.
Picard ouvre lui-même.
— Bravo ! mon ami, dit-il, vous avez fait un délicieux petit chef-d'œuvre î
Et, de l'air le plus aimable, il lui citeune tirade entière de son acte.
— Voyez Andrieux, ajoute Picard: il est meilleur poète que moi; peut-être vous signalera-t-il dans le vers quelques imperfections qui m'échappent. Lisez ensuite sans aucune crainte, et comptez sur un succès.
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Du logement de Picard, Sainson court à l'adresse d'Andrieux.
Le père d'Anaximandre ne se montrait pas prodigue d'éloges. Il avait même dans l'esprit un instinct de rivalité jalouse qui le portait presque toujours à éloigner du théâtre ses jeunes confrères et à déprécier leurs productions.
Nos lecteurs se souviennent qu'il condamna Balzac à n'être jamais qu'un écrivain médiocre.
Heureusement , l'auteur d'Eugénie Grandet se pourvut en appel devant le public, et le public lui donna gain de cause.
Andrieux se montra plus juste envers le protégé de Picard, soit qu'il fût
dans un de ses rares moments de loyale critique, soit qu'il ménageât l'acteur dans l'écrivain.
— Il paraît, dit-il à Samson, que vous avez fait de bonnes études ?
— Non, vraiment, répondit celui-ci.
Je n'ai pas même achevé ma sixième.
— Alors vous êtes bien organisé. Vôtre travail est remarquable. Continuez d'écrire pour le théâtre.
Samson porte son œuvre au comité de lecture.
Elle est reçue avec acclamation, mise à l'étude à l'instant même et jouée avec succès. La double couronne [est conquise; l'auteur et l'acteur sont vivement applaudis.
Il est bon de signaler, en passant, que
la pièce avait pour titre la Fête de Molière et non la Tête de Molière, comme
l'affirme M. Louis Huart dans la Galerie
de la Presse.
Affriandé parles bravos, Samson cherche naturellement à en obtenir d'autres.
Picard, son conseiller et son modèle, né tarde pas à le voir arriver chez lui avec un nouveau sujet dramatique.
— Bon plan, scènes comprises, dit le vieil écrivain ; brodez sur ce canevas et àpportez-moi les actes à mesure.
— Permettez, objecte Samson, je n'ai point encore mon dénoûment.
—Ne vous en inquiétez pas, je m'en charge.
Moins de quarante-huit heures après, l'auteur lui montre un acte terminé. Pi-
eard lit et approuve. Le second acte, mis sur le chantier, se confectionne avec la même vitesse.
— Et mon dénoûment, cher maître?
demande Samson.
— Je Tai trouvé, répond Picard, mais il n'est pas fameux. Prenez-le toujours, et achevez la besogne.
Une fois les trois actes sur pied, Samson, par le conseil de son mentor, organise une lecture préalable devant un cénacle d'amis. La pièce est trouvée délicieuse.
— Diable de dénoûment l murmure Picard à l'oreille de Samson. Bien certainement il nous jouera quelque mauvais tour !
— Mais, vous voyez, cher maître, il passe.
—Oui, à la lecture. Enfin, au petit bonheur! Portez vos trois actes au comité.
Le comité se rassemble.
Samson lit son nouvel ouvrage, et l'enthousiasme est au comble.
On congratule l'auteur, on l'embrasse .
Auger, secrétaire perpétuel de l'Académie française, est au nombre des juges. Il invite à dîner Samson, lui fait lire sa pièce au dessert en présence de quinze académiciens, et les félicitations pleuvent, la louange est unanime.
— Eh bien ! cher maître, on continue d'approuver le dénoûment. Peut-être
nous trompons-nous? hasarde Sam son, revenant chez Picard.
— Ta ! ta! fait l'auteur de la Petite ville.
On n'a pas blanchi comme moi dans le métier, sans avoir le tact de certaines chose? et sans pressentir son public.
Avant tout, mon garçon, l'écrivain doit être honnête. Il n'y a de moi dans votre œuvre que le dénoûment. Je tremble de vous avoir fait là un vilain cadeau.
— Par exemple! s'écrie Samson.
— Ah ! c'est comme je vous le dis. Je n'y mets point d'amour-propre. Savezvous ce que vous devriez faire?
— Non.
-—J'irais, à votre place, rendre visite à Scribe. C'est un homme d'un esprit très-fécond en ressources. Il a beau-
coup plus que moi la science de la ficelle, et peut-être vous tirera-t-il de peine '.
— Mais , cher maître , je ne connais pas Scribe.
•— Allons donc ! Et votre ami Perlet?
Vous oubliez que le vaudevilliste lui doit ses plus beaux triomphes.
Effectivement, à cette époque, Perlet jouissait au Gymnase de tout l'éclat de sa vogue. Il conduisit le lendemain chez
1 Tous ces détails, dont nous garantissons la parfaite authenticité, sont une preuve de plus du loyal et consciencieux caractère de Picard. Ayant lui-même tant de motifs d'orgueil, et chargé d'un si noble bagage dramatique, il se mettait au-dessous d'Andrieux comme style, et au-dessous de Scribe comme charpente. Trouvez, de nos jours, une pareille modestie. Le premier crétin venu, parmi les gens de lettres, se croit supérieur à Victor Hugo.
> Scribe son ancien frère d'armes auCon-
servatoire.
— Je vous présente, lui dit-il, mon meilleur et mon plus vieil ami. Très-incessamment il doit débuter à la Comédie- Française, et je vous affirme qu'il est destiné à vous rendre là, quelque jour, plus de services que vous n'en attendez de moi sur le théâtre Bonne-Nouvelle.
La prophétie de Perlet s'est réalisée.
1 Scribe examine le dénoûment de
Samsôn, n'y trouve rien à changer, et
lui indique seulement quelques prépara-
tions qui doivent amener la péripétie d'une manière plus naturelle et moins brusque.
— Diable! diable! dit Picard, c'est
déjà quelque chose, mais ce n'est pas tout! J'ai peur de là représentation.
Trois semaines s'écoulent. L'affiche du second Théâtre-Français annonce la Belle-Mère et le Gendre. Une réunion brillante encombre les galeries et les loges. On a vanté partout le mérite de l'œuvre.
La pièce est chaleureusement applaudie jusqu'à la fin du troisième acte.
Mais tout à coup les bravos cessent, le rire s'arrête, et des sifflets retentissent jusqu'au baisser de la toile.
— Hélas! je l'avais bien dit, murmure Picard au fond de sa loge : cette pièce est un oiseau qui a des ailes et qui n'a point de queue !
Cependant, une fois lès marques de