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désawtrobatkm données, le public de TOdéon se remet à applaudir avec énergie, comme pour dire à l'auteur :
« Votre ouvrage m'a fait grand plaisir, sauf le dénoûment dont je ne veux pas.
Changez-le. »
Samson désespéré passe la nuit à revoir cette fin d'acte malheureuse et à y opérer des coupures. Il s'imagine que trop de préparation ne sert qu'à fixer l'attention du public sur la faiblesse du moyen employé.
Biffant tout ce que Scribe lui a fait écrire en surplus, il rétablit, à la seconde représentation, le dénoûment primitif et brusque.
Mais l'accueil des spectateurs est le même que la veille : bravos très-nour-
ris jusqu'à l'endroit fatal , et «tfflets au B bout.
Notre pauvre auteur passe une seconde nuit blanche.
À six heures du matin , on frappe à sa porte. Il ouvre, et se trouve en présence de MM. Alfred et Gustave de Wailly.
Ces amis généreux lui apportent chacun un dénoûment.
Samson lui-même en a fait un troisième. A force de se creuser la tête dans sa veille laborieuse, il s'est remémoré la première scène de l'ouvrage et a trouvé dans un vers l'idée d'une péripétie qui lui paraît être le salut de la pièce. —
On porte les trois dénoûments neufs à Picard, qui donne la préférence à celui de Sarçson 1 et s'écrie :
— Maintenant l'oiseau a une queue I Laissez faire, on ne l'arrêtera plus dans son vol.
Il disait vrai. La pièce, à partir de ce jour, marcha sans encombré *.
La Belle-Mère et le Gendre n'appartient plus au répertoire de l'Odéon.
1 II fallut écrire en quelques heures cette nouvelle fin d'acte. MM. Gustave et Alfred de Wailly offrirent leur plume à l'auteur et se partagèrent la besogne avec lui. Beaucoup de leurs vers sont restés.
* Ami de l'auteur, Provest déploya dans son rôle toute la verve de son beau talent et tout le zèle de l'amitié. La belle-mère était parfaitement rendue par madame Mileo, sœur de la célèbre Minette du Vaudeville, et Duparny se distingua dans le rôle de Duc hem in par son originalité comique.
Cette magnifique étude de mœurs a demandé et obtenu de la Comédie-Franraise une hospitalité glorieuse.
En même temps que sa destinée comme écrivain se jouait de l'autre côté de la Seine, notre acteur-auteur débutait rue Richelieu par le Barbier de Sévit le, Dubois dès Fausses Confidences, Hector du Jousur, Sosie d" Amphitryon et Figaro de la Mire coupable.
11 eût été reçu tout d'abord avec le titre de sociétaire, si les règlements n'y eussent mis obstacle.
On l'accueillit au nombre des pensionnaires ; mais un vote exceptionnel du comité fixa son admission à Vannée suivante.
C'était un engagement d'honneur, il fut religieusement tenu.
Le 1 er avril 1827, Samson est attaehé à la Comédie-Française d'une manière irrévocable.
Tout le monde prend à cœur de le ser-* vir, depuis le baron Taylor, son ancien condisciple de Belleville, nommé commissaire royal, jusqu'à Michelot, le savant professeur, qui, après l'avoir initié aux secrets de sa seience, lui procure des élèves et lui avance l'argent nécessaire à l'achat de ses costumes.
Moins d'une année après, Samson est élu membre du comité de lecture.
Ses nouvelles fonctions le mettent en rapport avec beaucoup d'auteurs, notamment .avec celui qui devait acquérir
plus tard une renommée si incroyable par des moyens que l'honneur des lettres réprouvera toujours.
Nous sommes en 1827.
La Comédie-Française vient de convoquer son comité de lecture, et Samson voit paraître un grand jeune homme à la face noire , aux cheveux crépus.
C'est M. Alexandre Dumas.
Il ne jouit, à celte époque, d'aucune espèce de notoriété. Sa contenance est humble; il salue d'un air gauche, porte les yeux autour de lui avec une sorte d'épouvante, et dépose en tremblant sur * la table verte, chargée du pupitre et du verre d'eau .sucrée traditionnel, le manuscrit de Christine à Fontainebleau.
— Courage ! lui dit Samson, qui prend.
pitié de son embarras. Il faut de l'assurance pour bien lire. Ne craignez rien, nous sommes entre amis.
Alexandre lui jette un regard plein de gratitude, ouvre les feuillets de son manuscrit- , et commence la lecture de- Christine, d'une voix assez ferme.
Dès le début, Samson est frappé du ta* lent de l'auteur.
Il se rapproche pour mieux entendre, et montre, en écoutant le jeune homme, un intérêt que celui-ci remarque avec joie et qui contribue à chasser entière-, ment sa timidité.
La lecture s'achève.
On passe au vote ; le drame en vers est reçu à corrections.
— Vous êtes bien rigoureux, dit à ses
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collègues l'auteur de la Fêle de Molière.
H y a dans cette pièce un talent véritable.
Elle méritait une réception franche et définitive.
Sorti pendant le vote, Alexandre Dumas est rappelé. On lui annonce le destin de son œuvre. Il s'incline et prie les sociétaires de lui permettre de s'entendre avec M. Samson pour les changements demandés.
Le timide jeune homme a pris l'air du bureau. Déjà la finesse et la diplomatie s'en mêlent.
Avec l'empressement le plus cordial et la meilleure grâce du monde, Samson déclare qu'il est prêt à aider M. Dumas de sers conseils et de son expérience 1 .
1 Ce drame n'était point alors ce qu'il est devenu a
' Peu de temps après, une seconde lecture est accordée. La pièce est définitivement reçue.
Samson conduit l'auteur à mademoiselle Mars, et décide l'illustre comédienne à jouer le rôle principal.
Une seconde Christine est lue sur les entrefaites.
Elle est ToBUvre d'un M. Brault, qui a dans le comité beaucoup d'amis. On reçoit sa pièce, et voilà le Théâtre-Français avec deux Christine dans ses cartons.
Alexandre Dumas réclame la priorité pour son œuvre; Samson l'appuie dans cette juste requête.
l'Odéon. La scène se passait uniquement dans les murs du château de Fontainebleau; l'épisode de Paula n'existait point ; il n'y avait ni prologue ni épilogue.
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Mais tout à coup le père de la seconde pièce s'avise de mourir.
Ses héritiers et sa veuve supplient la Comédie-Française de vouloir bien couronner d'un succès littéraire la tombe du défunt. On s'attendrit, les larmes cou* lent ; on jure à Dumas de lui recevoir un autre drame , et la Christine de M. Brault \ livrée au jugement du parterre , ne . porte chez les ombres qu'une gloire douteuse à son auteur.
Il s'agissait d'obtenir du comité la réalisation de la promesse faite à Alexandre Dumas.
Samson presse, insiste, et double son influence de celle de Firmin pour obte-
1 Lé rôle, an lié a d être joué par mademoiselle Mars, fut confié a mademoiselle Valmonzey.
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nir justice à son prêtée. €ekuhd va y»
le manuscrit de Henri III aux deux sociétaires qui soutiennent si chaleureusement sa cause.
On lui indique d'excellentes modifications, et le nouveau drame, soumis au comité, obtient une majorité de boutes blanches.
Il fallait voir M. Dumas alors.
Que de paroles amicales ! que de re~ mercîments! que de protestations! que de marques de confiance !
On lui demande son avis pour la mise en scène.
— Eh ! s'écrie-t-il , arrangez cela t vous vous y entendez mieux que moi.
— C'est singulier comme ce jeune
homme est modeste 1 disent les sooiétaires.
— Paliencel patience! répliquela femme de l'un d'eux, présente aux répétitions.
Sî sa pièce a un grand succès, vous verrez, il sera pire que les autres.
Le drame de Henri III eut un succès colossal.
Et l'auteur, en écrivant, de nos jours, ses véridiques et sublimes Mémoires, n'a pas dit un mot de son excellent ami Samson, de son cher protecteur Samson; de Samson, dont il pressait les mains en s'éerianl : Je vous dois tout !
de Samson, à la porte duquel il allait frapper à chaque minute, et qui lui a donné tant de preuves de dévouement et de bienveillance.
Il y a. dos gens dont l'esprit ne se trouve jamais à côté du cœur.
Après la révolution de 1830, il y eut à la Comédie-Française un moment d'anarchie complète : c'était l'époque de l'invasion des romantiques.
Samson n'a jamais eu pour ces derniers qu'une sympathie médiocre.
Les annales de la Société philotechnique, ouvertes sous nos yeux, contiennent certaines récriminations amèrcs, qui montrent le peu d'estime de notre. héros pour l'école nouvelle, tout en donnant la preuve de son talent comme versificateur.
Nous y trouvons le passage suivant:
Des poétiques deux vivent les futurs aigles !
Les règles nous gênaient, nous proscrivons lés règles.