‹ SamsonChapitre 4 sur 9 · AM3G · texte numérisé non relu

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Copiant ans leMehe in enttycox passé, L'esprit humain rampait, dans l'ornière enfoncé. Que le génie enfin n'ait que loi senl pour martre, Et» les règles à bas, les efefefe-d'œuvre vont naître.

Ôô nous ont-ils conduit», ces discoureurs subtils ? Les fègles ne sont plus : les cliefs-<Fœuvre où sontrite*?

Ici nous pourrions chercher noise à Fauteur satirique; mais une bataille de plume avec Samson ne pourrait avoir lieu que sur le terrain consacré à sa biographie : nous préférons nous abstenir.

En voyant le désordre administratif se glisser rue Richelieu, notre sociétaire essaya de le combattre II y perdit son temps et ses peines.

1 Nous croyons que ces vers font partie d'un remarquable poème sur VAri du Comédien, que Samson doit publier ineessimment

Désespérant de la Comédie-Française, il donna sa démission et s'engagea au «théâtre du Palais-Royal , que M. Dormeuil commençait à diriger.

Samson y créa Dikson , du Comte de Saint-Ronan; Goberjot , du PhUtre champenois; Carlin, des Deux Notices ; Boulin, de la Fille Unique, et Rabelais, du vaudeville de ce nom.

Mais la scène française n'était pas d'humeur à se priver à tout jamais d'un talent aussi remarquable.

Elle envoya du papier timbré au fugitif.

" Les tribunaux vidèrent le différend, et $amson reprit son titre de sociétaire par arrêt de la cour. IL ne resta que six ou sept mois chez M. Dormeuil.

J)epuis celte époque, il n'est plus sorti du premier de nos théâtres.

Vingt-huit années bientôt 4e succès constants et de Justes triomphes illustrent cette noble carrière d'artiste.

Après la Belle-Mère et le Gendre, Samson a continué d'écrire pour la scène.

On lui doit nombre de pièces conçues dans le genre exclusivement classique, mais qui n'en pétillent pas moins d'esprit et de verve. Nous citerons le vaudeville du Péché de jeunesse, la corné* die du Veuvage, le drame de l'Alcade de Zalaméa 1 , et la Famille Poisson représentée, en 1849, sur le théâtre de la rue Richelieu.

1 M. Jules de Wailly est collaborateur de Santôoh pour cette pièce et pour /* Péché 4e jtnnesèe. .

Cette dernière pièce \ où Samsoa joua, comme dans le Veuvage, enfanta chaque soir un épisode curieux, dont les habitués de l'orchestre peuvent se souvenir.

Augustine Brohan, la sémillante soubrette , possédait alors le cœur d'un poète connu.

Toutes les fois qu'elle entrait en scène dans la Famille Poisson, elle cherchait de l'œil son adorateur, au fond de l'une; de ces petites loges du rez de chaussée que la rampe surplombe, et manquait rarement de le trouver assoupi.

Or, ce sommeil, dont elle connaissait la cause, paraissait lui déplaire.

* Le rôle de Raymond Poisson a été admirable* ment rendu par Provosu

Elle se rapprochait autant que pos • sible du dormeur, le réveillait par son jeu bruyant et lui adressait ce passage de son rôle:

Mais de trop boire il a pris l'habitude Gela dégrade an homme comme il faut J'emploie en vain mes soins et mon étude A le guérir de ce petit défaut.

Ninon, malgré toute la puissance de son esprit et de ses charmes, n'a jamais pu corriger Chapelle.

Après la Famille Poisson, trois autres pièces de Samson furent proposées au théâtre. La première est FoseaH, tragédie en cinq actes et envers, reçue et endormie depuis une éternité dans les cartons ; la seconde a pour titre Père et Savant (elle doit dans peu être mise à

l'étude); là troisième est cette fameuse Aspmie dont le comité n'a pas voulu pour mademoiselle Rachel.

Nous craignons que les sociétaires, lorsqu'il s'agit des œuvres de Samson, ne cèdent parfois à un sentiment de jalousie mesquine.

L'intrigue règne partout en ce monde.

A la Comédie-Française, il faut bien le dire, on- remplace, de temps à autre, là loyauté du jugement par la rancune et le caprice.

Dans la biographie de mademoiselle Rachel, on a pu voir quels services immenses Samson rend à la tragédienne comme professeur.

. Beaucoup de personnes accusent

Hermione d'être ingrate. Fi donc!

Elle avait demandé ce rôle ù'Aepasie.

C'était une manière indirecte de prouver à Samson sa gratitude et de le faire entrer pour une faible part, sans bourse délier, sans nuire à la caisse du théâtre, dans le bénéfice des larges recettes que les leçons du maître font produire à l'élève.

Mais le comité déjoua cruellement cette noble tentative de reconnaissance.'

Rachel essaya de dédommager son professeur. Elle apporta toute la bonne grâce imaginable à organiser la représentation du 12 avril 1853, pour laquelle mademoiselle Plessy revint tout exprès de Saint-Pétersbourg K

1 Ce dernier fait est authentique. Jamais professeur

Hermioue eût été en Russie, que bien certainement elle n'eût pas hésité non plus à faire huit cents lieues pour jouer au bénéfice de Samson.

Et si, par hasard, en ce qui la concerne, on vous affirme l'opposé de tout ce que nous venons de dire... ma foi, croyez-en ce qu'il vous plaira !

Le ministre nomma, dès Tannée J829 f l'illustre comédien, professeur suppléant au Conservatoire.

.Samson devint, en 1836, professeur titulaire.

Ha formé toute une pléiade d'élèves.

Sans parler de Berton du Gymnase, qui est aujourd'hui son gendre ; de Rachel

se reçut de son élève une marque plus éclatante d'altachement et d'estime,

sa plus brillante étoile; de madame ArnouLd-Plessy 1 , que les Cosaques nous rendront peut-être un jour, nous lui devons Augustine et Madeleine Brohan; mesdames Rose Chéri et Guyon ; mesdemoiselles Denain, Bonval, Fernand et Dubois, cette gentille ingénue de seize ans qui s'est révélée dans iady Ta/r~ tufe.

Riche, jeune acteur plein d'espérance, enlevé par le choléra au Théâtre-Français, avait eu Samson pour maître.

Tous les talents que celui-ci n'a pas dirigés d'abord viennent lui demander leur perfectionnement. M" e Dorval ,

1 Mademoiselle Mars disait : «—Il y a une chose que e De pardonnerai jamais a Samson, c'est d'avoir jeté* mademoiselle Plessy sur ma route* »

If 1 " Nathalie et M Ua Judith ont pris des leçons de notre habile professeur.

Il faut assister à ses classes 1 pour se rendre compte de l'admirable précision et de la clarté parfaite avec laquelle il enseigne les règles de son art. Toujours à la portée de ses élèves, il les conduit pas à pas et les mène graduellement aux régions supérieures de l'intelligence dramatique.

Samson a joué au Théâtre-Français dans deux cent quarante ouvrages de l'ancien et du nouveau répertoire.

Luttant sans cesse contre un organe rebelle, il a su le vaincre à force d'étude et de patience ; il le façonne, il le plie

1 Elles ont lien de dix heures à midi, au Conservatoire, tous les mardis et vendredis.

m SAMSON.

à ses rôles; il change un défaut physique en une originale et précieuse qualité.

. Jamais acteur n'a mieux tenu les planches.

Son geste est sobre, son jeu plein de finesse. Il lance le mot avec un aplomb remarquable, avec une sûreté constante.

L'effet se produit comme il veut le produire, sans gêne, sans effort. Sérieux et comique tour à tour, il a dans son talent mille nuances délicates, mille ressources cachées; toutes les combinaisons de l'art lui sont connues. Il s'identifie avec le personnage et fond en quelque sorte son âme dans ses rôles, pour donner plus sûrement à un caractère le cachet de la vérité, le prestige du beau, la force de la nature.

Il nous serait impossible de publier ici la liste complète de ses créations à la Comédie-Française, depuis 1826 jusqu'à nos jours.

Nous nous* bornerons à indiquer les principales.

Samson a créé :

Laurent, dans V Agiotage; Béranger, dans Une Aventure au temps de Charles V ; Bfartigny, dans Louis XI à Péronne; Joyeuse, dans Henri III et sa Cour; Durand, dans le Complot de famille; Dupuis, dans le Mariage d'amour; Joseph, dans Clotilde; Beaugrand, dans le Bon Garçon ;. Ûlivier-le- Dain , dans Louis XI; Bertrand de Bantzau , dans Bertrand et Raton ; Pesrosoirs , dans la Passion secrète;

#*Don Quexada, dans Don Juan d'Âutri- 'cht; Marco, dans une Famille au temps de Luther; le chevalier de Granlois, dans le Procès criminel; le commandeur de Lonjumeau, dans la Marquise de Senneterre; Simon, dans la Vieillesse d'un grand roi; Préval, dans Julie ou une Séparation; Beauplan, dans Faute de s'entendre; Caverly, dans la Popularité; le docteur Claudius, dans Latréaumont; Coquenet, dans la Calomnie; Saint-Géran, dans Une Chaîne; Labranche, dans le Conseiller rapporteur; Saint-Laurent, dans V Héritière; Thomassin , dans le Gendre d'un millionnaire; le pair de France, dans la Camaraderie; don Lopez, dans \eGuer~ rero; Charles-Quint, dans les Contes de

la reine de Navarre; Maître André, dans le Chandelier; Tamponet, dans Gabrielle ; Dubreuil, dans les Deux Célibats; le maréchal Destigny, dans Lady Tartuffe , et Duverdier, dans les Lundis de Madame.

Mais son plus magnifique et son plus récent triomphe, est le rôle du marquis de la Seiglière.

Depuis Bertrand de Rantzau, le célèbre acteur n'avait pas eu l'occasion de déployer plus à l'aise, et dans une pièce mieux faite, toute sa verve piquante comme réplique, toute sa science comme tenue, toute son originalité comme jeu.

Voilà du moins un vrai marquis, un marquis modèle, sorti de la tombe de la restauration, tout culotté, tout pou-

dré, tout grouillant d'orgueil aristocratique!

La Seiglière est un portrait de famille descendu de son cadre.

On n'est pas plus ancien régime des pieds à la tête que ne Test Samson dans la charmante comédie de M. Jules Sandeau.

Mais nous avons suffisamment parlé de l'acteur,

A peine s'il nous reste assez de place pour dire ce que nous savons sur l'homme.

Samson est un esprit d'une distinction rare, une nature de vieille souche, fine, délicate, rusée, qui devine tous les pièges et qui jamais ne trébuche dans cette région des coulisses, semée de chausse-

SAMSON. j>3

trapes sans nombre et de casse-cous éternels.

Il est bon, généreux, rempli de bien-, veillance ; mais il devient hautain, dur, impitoyable, lorsqu'on attaque ses droits, ou lorsqu'il est victime de quelque intrigue.

Son intérieur est patriarcal.

Madame Samson, femme d'un tact, exquis et d'une merveilleuse bonté, entoure son mari de soins et de prévenances. Elle a depuis longtemps quitté le théâtre pour ne s'occuper que du bonheur des siens.

Rachel a trouvé dans cette maison l'accueil le plus désintéressé, le dévouement le plus absolu, l'affection la plus tendre,

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%i SAMSON.

Madame Samson et ses filles 1 ont été pour elle une mère et des sœurs. Elle a reçu là des leçons de tenue, de goût, de tact et de décence, dont son éducation première ne se doutait en aucune sorte.

Quand Hermione passe rue Chabannais, dans son élégant coupé aux moelleux coussins de velours, elle peut lever la tète, regarder le troisième étage de la maison n* 14, et dire:

— De là haut me sont descendues forlune et gloire.

En été, notre illustre acteur transporte ses pénates à Charenton-le-Pont, dans

1 L une d'elles, madame Bertolt, mariée a l'excellent artiste que le pallie applaudit as Gymnase, a- toat l'esprit de son père. Le théâtre doit k madame Berton de gracieux et Ans proverbes.

une modeste villa, où toute la famille, enfants et petits-enfants, s'abrite sous de hauts ombrages.

L'histoire de Samson rentre dans celle de Taylor, au chapitre du dévouement. On l'a vu sans cesse à la droite du baron philanthrope, infatigable comme lui, comme lui toujours prêt à sacrifier son intérêt personnel à l'intérêt commun.

Au mois de février 1848, plusieurs comédiens, très-foncés en couleur, vinrent trouver Samson, ef lui proposèrent de le porter à la présidence du comité des artistes dramatiques.

— Nous ne voulons plus de Taylorl s'écrièrent-ils. C'est une créature du gouvernement déchu. Les élections arrivent, nous voterons pour vous !

— Messieurs, répondit Samson, je ne serai jamais président d'une société d'ingrats.

Les séances du comité avaient lieu dans les salons mêmes du baron Taylor.

Nos révolutionnaires y accoururent en masse, Frederick LemaStre à leur tête.

Dieu sait quelles harangues on débitai

Frederick avait entraîné Bignon dans ce mouvement aussi insensé que démocratique, Bignon le plus doux des corné* diens, la meilleure pâte d'artiste qui soit au monde.

Jugez un peu 1

Bignon fut, ce jour-là, presque féroce.

— Allons, gros agneau, frappe-toi la poitrine, et n'en parlons plus!

Frederick Lemaître, avec cette pose,

SA'MSOK è7

ce geste et cette voix que vous lui connaissez tous,' entame un exorde terrible et reproche aux membres du comité leur administration vicieuse. Les dignitaires tremblent ; ils ne savent que répondre à ee Danton nouveau, qui les menace d'un 93 de coulisses.

Tout à coupla porte s'ouvre et Samson paraît.

— C'est Dieu qui vous envoie, murmurent ses collègues.

Frederick en était à sa péroraison.

— Vous avez humilié les comédiens 1 !

s'écriait-il,- vous les avez déshonorés!

vous leur avez -fait l'aumône !

— Oui ! oui î l'aumône ! répétait en chœur la troupe rubiconde . - - '

Samson se lève, digne et calme.

Dans un résumé rapide, plein de sagesse et de convenance, il passe en revue les travaux administratifs du comité, rappelle le nombre des secours accordés aux artistes pauvres depuis l'origine de l'association, et s'écrie:

« — Oui, Messieurs, oui nous avons fait l'aumône ! c'est là notre plus beau titre de gloire. Ceux d'entre vous que le malheur a frappés, ceux que la misère a pu atteindre, ont constamment ici trouvé nos mains ouvertes. Nous avions le mot de Fraternité écrit dans nos cœurs, avant que l'idée ne vous vînt de l'écrira comme devise sur votre drapeau! »

Frederick Lemaître fut littéralement écrasé par cette improvisation éloquente.

Il baissa la tête, et Bignon pleura.

Les membres du comité pressaient les mains de Samson. Us lui disaient :

— Merci ! merci ! vous êtes notre Lamartine !

Au club du passage Jouffroy, où, quelque temps après, recommencèrent les attaques , Samson défendit sa cause et celle de ses collègues avec le même courage et la même puissance. Jamais ses adversaires ne luttent contre sa logique ferme, serrée, vigoureuse.

II a, comme M. Louis Lurine, la parole facile, nette, élégante, la saillie prompte, le trait incisif et mordant.

Samson est le Démosthènc des artistes dramatiques.

M. Louis Lurine est le Cicéron des gens de lettres.

Les clubistes du passage Jouffroy, vaincus par le talent oratoire de nQti;e héros, devinrent tout à coup ses admirateurs enthousiastes et voulurent rassembler sur sa tête les votes des cinq associations pour le porter à la constituante.

Samson leur fit un long discours où il déclinait complètement cet honneur.

« — Croyez-moi, leur dit-il, n'envoyez pas de comédiens à la Chambre, ils ont déjà fait trop de sottises sous la première république, le suis pauvre , j'ai des charges de famille ; mes honoraires comme député ne suffiraient pas à mes besoins, et je serais toujours obligé de monter sur les planches. Quedevienchfait, je vous le demande, ma dignité delegi*-

sAtosôN. m

lateor? Voyez-vous le public siffler un de vos représentants? » «'«i— Oh!... non... ! C'est impossible! fîton dans l'assemblée.

« — Je conviens, reprit Samson, que oela ne m'est point encore arrivé à la Comédie-Française; mais cela marriverait à coup sûr, si j'acceptais vos offres. Et puis... mais non t je neveux pas vous dire cela. »

— Qu'est-ce donc?.. Parlez! s'écria-ton de toutes parts.

« — Au fait, si ! ... je veux vous le dire, s'écria résolument l'orateur. Il faut de la franchise à l'époque où nous sommés, et j'en aurai ? Messieurs, je ne suis pas républicain !»

'Nous assistions à cette étrange séance,

10* 5AMSON.

H jamais nous n'avons vu pareil effet produit.

Excepté pourtant au Vaudeville, un soir où Ton jouait la Propriété c'est le vol.

Un sifflet, un seul, venait de se faire entendre dans la salle.

Du balcon où il se trouvait assis, un monsieur se leva, salua poliment tous les spectateurs, et demanda d'un air de surprise fort grande :

« — Est-ce que , par hasard , il y aurait un républicain ici? »

. Le vaudeville manqua de crouler sous les bravos. Il en fut absolument de même au cercle du passage Jouffroy.

Samson a des antagonistes parmi ses

l'on frères. A force de taquineries et de déboires, ils peuvent le contraindre à se démettre des fonctions de vice-président <lu comité, qu'il exerce depuis quatorze ans ; mais ils ne lui ôtent ni sa renommée, ni son mérite , ni son éloquence, jiî le souvenir des services rendus.

La prochaine assemblée générale va bientôt leur en donner'la preuve.

En terminant cette biographie, nous serions coupable de ne pas dire quelle activité prodigieuse déploya Samson, lorsqu'il s'agit, en 1838, d'élever un monument à la mémoire de Molière.

Voyant que la souscription ne marchait pas assez vite, il contribua à organiser une représentation extraordinaire à la Comédie-Française.

IC4- SÀMSOjN,

. Il y eut dix- huit mille <franes * ùV recette. La statue de Molière .fut commandée.

Lorsqu'on l'inaugura, Samson lit un magnifique discours, et les nombreux auditeurs présents à la solennité peuvent se rappeler ce passage :

«?a vie (la vie de Molière) avait été brillante et. douloureuse; sa mort fat outragée.

Pourquoi ? Vous le savez, messieurs, et je ne veux point le dire. Avant Molière. Shakspeare avait été comédien : singulière ressemblanceentre ces deux grands penseurs! éclatant honneur pour un art difficile, auquel un pré* jugé barbare a trop souvent fait expier ses •triomphes.' Mais Shakspeare ne fut point privé des honneurs funèbres, mais Garrkk a été conduit à Westminster parmi les tombes, royales, et Molière, le grand poêle de France... Oserai -je poursuivre, messieurs? oserai -je tous rappeler qu'à la place même où nous

SAMffOR. 105*

sommés, de grossières clameurs insultèrent sa mémoire. Ces lieux, vous le savez, sont tout empreints du souvenir de ce grand homme.

Nous voyons la maison où il vint achever de mourir ; car la mort lui avait porté ses pre-> miers coups au milieu des rires du théâtre.

Là, ses restes attendirent, pendant sept jours entier», une sépulture qu'ils n'eussent point obtenue sans l'intervention de la touta-puis- . sance royale, toujours fidèle à Molière. Et quand l'illustre mort partit enfin pour sa' dernière demeure, ce fut la nuit, à la lueur pâle des flambeaux, dans un honteux silence»

Pas un hymne pieux, pas un temple pour la cendre de ce juste, sur laquelle l'anathème était iancé, au nbn\ du Dieu qui pardonne ,; par des hommes qui n'ont jamais pardonné !»

7 Samson, cœur droit, intelligence d'élite, âme sensible, esprit certain de sa:

valeur, a souffert plus qu'un autre, et souffre encore de cet inconcevable et ridicule préjugé, fils des siècles qui ne.

5ont plus, et que Rome, depuis longtemps, aurait dû proscrire.

Jadis, l'Église a lancé l'excommunication contre les comédiens, voici pourquoi :

« Parce qu'ils mêlaient, dit une vieille chronique, à leurs farces malhonnêtes, des prêtres en étole et en surplis ; on voyait souvent sur la scène un autel chargé de croix et d'ornements ecclésiastiques, et les acteurs citaient des textes de l'Évangile pour les tourner en dérision. »

De nos jours, le théâtre ne commet aucun de ces sacrilèges.

Le motif de la condamnation n'existe plus, par conséquent la sentence doit être déchirée.

Si vous né priez pas sur la tombe des comédiens , vous ne devez prier jii sur la tombe des peintres, ni sur la tombe des statuaires, ni sur la tombe de tant d'autres, uniquement comme eux interprètes de l'art.

Vous ne devez pas surtout prier pour es auteurs , car ils font les rôles ; encore moins pour les spectateurs, car ils vont applaudir.

Vous ne devez prier pour personne.

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