‹ Samson; piece en quatre actes, représentée pour la premiere fois sur le Théâtre de la Renaissance, le 6 novembre 1907Chapitre 77 sur 165 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

JACQUES, la retenant et gentiment.

S'il VOUS plaît, Annette... D'où venez-vous?

ANNE-MARIE

Trop curieux !

JACQUES

Mais votre robe est déchirée...

ANNE-MARIE

Ce n'est rien !

JACQUES

Et votre main... vous saignez... vous êtes blessée?... Est-ce que...?

ANNE-MARIE, se dégageant, très nerveuse, presque violente.

Oh ! laissez-moi !... De grâce, laissez-moi !

JACQUES

Alors, dites... d'où venez-vous?

Cela ne vous regarde pas !

JACQUES

Ah! si...

AXNE-MARIE

Vous oubliez déjà nos conventions ?

JACQUES

Il n'existe pas de conventions entre nous.

♦ ANNE-MARIE

Évidemment, nous n'avons rien signé...

JACQUES, doucement.

Annctte, ne soyez pas si méchante!... A quoi faites-vous allusion? Oui, quelques mois après notre mariage, j'ai reconnu que... mon approche vous déplaisait... vous crispait... Je l'ai reconnu avec douleur, car je vous aimo, Aunette, je vous aime d'un amour acharné, irrévocable, et j'espère qu'un jour vous m'aimerez aussi.

ANNE-MARIE

Ho

Vous ne pouvez pas m'empôchcrde l'espérer ..

ACTi: DEUXn:ME 141

Jîref, je vous ai oiïerl une sorte de séparation, iino séparation de corps...

ANNK-.MARIH

Eh bien?

JACQUES, qui ne se départ pas d'un ton d'extn'me douceur.

Mais je n'ai jamais entendu briser notre foyer, rompre notre union... Nos devoirs réciproques subsistent, et même...

ANNE-MARIE

oh! là là! mon ami, quel fatras! Quelles expressions!

JACQUES

Celles d'un mari qui...

ANNE-MARIE

Mais soyez donc sincère! Essayez!

JACQUES

Enfin, Annette...

Vous ne prétendrez pas que notre union resseml>le aux autres! Est-ce que nous possédons

un foyer, diles? Est-ce que nous formons un ménage? Et quant à mes devoirs... eh bien, je les remplis, mes devoirs! Vous le savez! Ils consistent à habiter sous votre toit, h me montrer à vos cùlés, à servir par ma présence, par mon alliance, votre avancement mondain... Je ne me suis engagée à rien de plus, le jour, le jour précis, oii je me suis vendue à vous! Là!

JACQUES

Annetle, vous me surprenez, vous m'inquiétez... c'est la première fois que...

ANNE-MARIE

Tant pis ! J'aurai désormais l'audace de notre marché, puisque vous feignez, vous, d'oublier qu'il existe ! Le jour dont je parle, j'ai, avant de consentir, réclamé une conversation avec vous. Votre finesse a vite deviné qu'elle était sérieuse, la conversation, et que je ne bluffais pas. Honnêtement, durement, je vous ai dit : « Monsieur Brachart, je ne vous aime pas, je ne peux pas vous aimer, je ne vous aimerai jamais. » C'était difficile à répéter... Plusieurs fois, je m'y suis contrainte, comme un petit châtiment envers moi -môme. Cette phrase fut le leitmotiv de nos accordailles. Vous vous êtes montré ce que vous êtes : cordial, impersonnel, imprécis... très fort,

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