ACTE DEUXIÈME
JACQUES, la retenant et gentiment.
S'il VOUS plaît, Annette... D'où venez-vous?
ANNE-MARIE
Trop curieux !
JACQUES
Mais votre robe est déchirée...
ANNE-MARIE
Ce n'est rien !
JACQUES
Et votre main... vous saignez... vous êtes blessée?... Est-ce que...?
ANNE-MARIE, se dégageant, très nerveuse, presque violente.
Oh ! laissez-moi !... De grâce, laissez-moi !
JACQUES
Alors, dites... d'où venez-vous?
Cela ne vous regarde pas !
JACQUES
Ah! si...
AXNE-MARIE
Vous oubliez déjà nos conventions ?
JACQUES
Il n'existe pas de conventions entre nous.
♦ ANNE-MARIE
Évidemment, nous n'avons rien signé...
JACQUES, doucement.
Annctte, ne soyez pas si méchante!... A quoi faites-vous allusion? Oui, quelques mois après notre mariage, j'ai reconnu que... mon approche vous déplaisait... vous crispait... Je l'ai reconnu avec douleur, car je vous aimo, Aunette, je vous aime d'un amour acharné, irrévocable, et j'espère qu'un jour vous m'aimerez aussi.
ANNE-MARIE
Ho
Vous ne pouvez pas m'empôchcrde l'espérer ..
ACTi: DEUXn:ME 141
Jîref, je vous ai oiïerl une sorte de séparation, iino séparation de corps...
ANNK-.MARIH
Eh bien?
JACQUES, qui ne se départ pas d'un ton d'extn'me douceur.
Mais je n'ai jamais entendu briser notre foyer, rompre notre union... Nos devoirs réciproques subsistent, et même...
ANNE-MARIE
oh! là là! mon ami, quel fatras! Quelles expressions!
JACQUES
Celles d'un mari qui...
ANNE-MARIE
Mais soyez donc sincère! Essayez!
JACQUES
Enfin, Annette...
Vous ne prétendrez pas que notre union resseml>le aux autres! Est-ce que nous possédons
un foyer, diles? Est-ce que nous formons un ménage? Et quant à mes devoirs... eh bien, je les remplis, mes devoirs! Vous le savez! Ils consistent à habiter sous votre toit, h me montrer à vos cùlés, à servir par ma présence, par mon alliance, votre avancement mondain... Je ne me suis engagée à rien de plus, le jour, le jour précis, oii je me suis vendue à vous! Là!
JACQUES
Annetle, vous me surprenez, vous m'inquiétez... c'est la première fois que...
ANNE-MARIE
Tant pis ! J'aurai désormais l'audace de notre marché, puisque vous feignez, vous, d'oublier qu'il existe ! Le jour dont je parle, j'ai, avant de consentir, réclamé une conversation avec vous. Votre finesse a vite deviné qu'elle était sérieuse, la conversation, et que je ne bluffais pas. Honnêtement, durement, je vous ai dit : « Monsieur Brachart, je ne vous aime pas, je ne peux pas vous aimer, je ne vous aimerai jamais. » C'était difficile à répéter... Plusieurs fois, je m'y suis contrainte, comme un petit châtiment envers moi -môme. Cette phrase fut le leitmotiv de nos accordailles. Vous vous êtes montré ce que vous êtes : cordial, impersonnel, imprécis... très fort,