ACTE DEUXIKME U
JACQUES
Tout de même, vous m'avez épousé !
ANNE-MARIE, hors d'elle.
Je VOUS ai épousé... (Elle s'arrête, elle se domine.)
C'est vrai, je vous ai épousé.
JACQUES
Bien lieureux que vous ne le niiez pas ! Oui, VOUS m'avez épousé ! Oui, je suis votre mari. Et il est trois Iieures du malin! Et vous venez de rentrer. Et il faut me raconter d'où vous venez. Allons, allons! 11 le faut !
ANNE-MARIE, qu'une crise de nerfs menace.
Mais taisez-vous ! taisez-vous ! Je vous interdis de me parler sur ce ton! Taisez-vous!... Vous ne sentez donc pas mon exaspération? Vous ne voyez pas dans quel état je suis revenue ici?
Si ! je vois !
JACQUES
ANNE-MARIE
Je vous ai épousé... J'ai accepté de vou^ épouser parce que ma mère me l'a demanilé; à
genoux. Et jo n'emploie pas une image... J'avais d'abord refus»'' avec horreur... Jai vu cette femme, en robe de soirée, se traîner par terre, à mes pieds... Elle implorait comme une petite enfant... avec l'égoïsme, le désespoir d'une enfant... Et elle pleurait, elle pleurait à s'en abîmer la figure... J'aime bien maman... J'aime le souvenir que j'ai conservé d'elle. Elle était magnitique... Elle a été aimée à l'adoration, à la folie... Elle a aimé aussi, elle a souffert... Elle a eu de la chance, elle!... De belles aventures ont secoué sa vie... Alors, le spectacle de cette folle amoureuse qui ne pense plus à l'amour,
qui ne pense plus qu'à ça (ce geste trivial qui signifie:
la galette et qui se prosternait devant sa fille... qui se prosternait pour des gros sous... c'était déchirant, c'était trop I J'ai eu honte... J'ai dit oui tout de suilc... Etes-vous content? Comprenez-vous?
JACQUES
Oui, mais moi, je veux savoir d'où vous venez ?
ANNE-MAIUE
Encore!... J'ai sommeil à présent... Je vais me coucher.