CHAPITRE XVII
Publications posthumes. — Articles nécrologiques, — Butler et la renommée littéraire. — La carrière de Butler, — Raisons de son échec, — Revirement de lopinion, — Succès posthume ; ses raisons,
La mort de l’écrivain n’interrompit pas tout de suite le cours de sa carrière littéraire. Aucun des travaux, d’ailleurs peu importants, qu’il avait envisagés après Erewhon Revisiled ne se trouvait assez avancé pour voir le jourt. Mais il laissait des manuscrits, des articles épars, des notes copieuses, d’où ses amis, exécuteurs de ses volontés, allaient tirer la matière de plusieurs volumes. La première Lâche, et la plus importante, était de publier The Way of AU Flesh. H. F. Jones et R. A. Streatfield se livrèrent à une collation du manuscrit dont les deux copies étaient incomplètes ou en mauvais état, Jones exécuta, avec autant d’habileté que de discrétion, les raccords nécessaires, el le livre parut en 1903, chez Grant Richards. Suivirent à quelques mois d'intervalle, des ÆEssays on Life, Art and Science qui comprenaient, avec deux conférences inédites, des articles parus dans la Universal Review, et que Butler avait toujours entendu réunir en un volume; puis, Seven Sonneis and a Psalm of Montreal; Ulysses, l’oratorio de Butler et Jones; enfin, en 1912, chez Fifield, The Note-Books of Samuel Butler, extraits arrangés et ordonnés par H. F. Jones.
La presse anglaise n’avait pas fait grand bruit autour de la mort d’un auteur dont elle avait jusque-là à peine reconnu l'existence. Cependant, en plus de courtes notices nécrolo-
1. Ï1 projetait d'écrire un petit livre sur « Jean de Mespin » (Tabachetti) (M. 11, 384); il cherchait aussi un éditeur qui acceptât de publier une seconde édition, - corrigée et augmentée, d'Ex Voio.
giques, quelques périodiques essayèrent de mettre au point la valeur et l'importance de son œuvre. Les éloges fleurirent surtout sous la plume d’amis personnels de Butler. Streat- Beld dans The Monthy Review, Jones dans The Eagle, Verron Horace Rendallt dans The Athenaeum, mêlent à des jugements sur l’écrivain leur souvenir de l’homme; ils disent sa bonté et sa délicatesse, et la charmante courtoisie de ses manières. Les autres restent sévères et distants. comme s’il eût été indispensable de connaître personnellement l’auteur pour trouver à l’œuvre un intérêt et une valeur. Le sarcasme et l'indulgence dédaigneuse émaillent, par exemple, l’article du Times; Butler se voit reprocher d’avoir dissipé sa force Çin grappling with so many diverse subjects that he left his lasting mark on none ». Plusieurs de ses livres sont de véritables mystifications? . Et l’anonyme journaliste exprime sa déception devant une œuvre dont presque rien ne restera,
L’Aïhenaeum et le Times s'accordent à comparer l’auteur d’Erewhon à celui des Voyages de Gulliver, et constatent que l'ironie de Butler n’a pas la violence sarcastique de celle de Swift; mais le parti pris des deux critiques est si différent, que l’un semble en louer Butler, l’autre le lui reprocher®. Ajoutons que la Presse Néo-Zélandaise fit, à son habitude, un dithyrambe de Butler, gloire locale, et que plusieurs revues italiennes prirent,pour des raisons analogues, un deuil volontiers exclamatift.
I y a dans Luck: or Cunning? un passage où Butler, après avoir déclaré que le succès gâte un homme, ajoute : « I heartily hope I may never be what is commonly called successful in my own lifetime — and if I go on as l'am doingnow, I have a fair chance of succeeding in not succeedingÿ. » Sous humilité et la hauteur de ces quelques lignes, où se mêlent la feinte et la sincérité, se devine le cuisant regret de n'avoir pu gagner une réputation. Ayant toute sa vie rêvé du succès,
1. « Editor » de /’Athenaeum depuis 1901; a fait partie du petit cercle d'amis qui entourèrent les toutes dernières années de Butler.