‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 218 sur 255 · HR CO · texte numérisé non relu

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leurs sermons, leur ascendant personnel, ils abusent de la crédulité publique pour assurer leur position; les sermons, en particulier, ont sur les esprits sans robustesse une influence parfois terrible; une interprétation purement littérale de la Bible et de l'Evangile met entre leurs mains tout un arsenal de menaces et d'exemples effrayants dont ils usent avec une cruauté inconsciente. Ces guides de la vie spirituelle, ces directeurs de la conscience morale ne savent que détourner l’homme de compter sur les forces que Dieu même lui a données; ils font de lui un esclave hypocrite. « Should you learn to trust in yourselves, prédit à ses fils Christina, femme de pasteur, or to the advice and example of too many around you, you will, you must falll. » Obéissance : à la maison, à l’école, au temple, dans la conduite et dans la pensée, c’est l’inflexible discipline que l’ordre religieux impose à l’individu.

La critique morale et sociale de Butler n’a pas qu’une valeur historique; les travers, les vices, les mensonges qu'il dépeint, en même temps que ceux d’une époque, sont en quelque mesure les défauts éternels de l’homme. L’intention qui l’anime, l'horizon qu'il a choisi, le champ et la portée qu'il a lui-même fixés à sa satire, sont cependant bridés et limités. Il a voulu avant tout attaquer une conception particulière de la morale, les idées et la conduite d’une génération, la sienne, dans un pays seulement, le sien. C’est presque à son insu qu’il mord plus profondément, qu'il déborde, dans le temps et dans l’espace, son objectif immédiat. Les deux Erewhon, mais surtout The Way of Al Flesh, sont les fruits les plus significatifs de cette humeur critique. Ce dernier ouvrage, en particulier, est comme l'illustration de ses pensées et arrière-pensées les plus chères : une longue série d'images, de scènes, de compositions ironiques, reliées entre elles par des réflexions, à la faveur desquelles le narrateur généralise les exemples et tire la morale des situations. L'expérience qui le nourrit est si riche, la méditation y est si profonde, l’intelligence qui l’ordonne est si vive, que la portée réelle du roman dépasse l'intention de l’auteur. Ce commentaire constant lui donne parfois un accent de frémissante ferveur, un ton prophétique. Les aventures d’Ernest prennent, ainsi considérées, la valeur d’un symbole : c’est le drame de la rebellion

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