‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 220 sur 255 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

(suile)

IT. La Morale de Butler.

Relativisme de toute morale, — Rapports du physique et du moral. — Le Bien et le Mal, — La responsabilité. — Le problème de la Liherté : Raison ou Foi? — Appréciation de l’attitude morale de Butler,

Les droits et les devoirs de l'individu : 1) L’intérêt individuel ; 2) L’intérêt de la race. — Devoirs de l’homme envers lui-même, — Connaître son plaisir. —— Devoirs envers la collectivité : conformisme ; compromis, — « Pas de zèle >. — Le devoir de politesse.

Le code moral; la coutume. — Les critères. — Les modèles, — L’idéal du gentleman, — L’immortalité morale, — Stoïcisme,

La pensée morale de Butler est fondée sur son vitalisme et recourt volontiers aux analogies biologiques. Il aime assimiler la vie organique à un système ou à un équilibre moral. « Wherever there is life, écrit-il dans Evolution Old and New, there is a moral government of rewards and punishments understood by the am)eba neither better nor worse than by man. The history of organic development is the history of a moral struggle!. » Inversement, son éthique tient le plus grand compte des lois de l’évolution biologique, et de ses phénomènes. Loin de lever les yeux vers un ciel vide, ou de demander ses ordres à quelque redoutable « Raison », elle cherche autour de l’homme et au-dessous de lui les exemples qui la façconneront. « We should turn for moral guidance not only to foreign nations and to history, but to the lower animals also?, » Elle ne s'appuie ni sur une révélation, ni sur des

1. Ev. O. and N., p. 45. Voir une idée analogue dans L. or C.?, 79.

2. Further estracts, 64. Cf. aussi Alps, 69 : « Turning for moral guidance to my cousins the lower animals, whose unsophisticated nature proclaims what God has taught them with a directness we may sometimes study... ».

principes transcendants. Elle n’a point de loi. Elle ne multiplie ni les interdictions, ni les exhortations. Elle consiste simplement dans un effort d'organisation pratique. Sa théorie se réduit à des considérations d’ordre psychologique, voire physiologique; son .code, à des suggestions conciliantes, des compromis, des demi-mesures. Cette humilité, cette prudence ne proviennent pas d’une insuffisance de réflexion, ou d’une conscience sans profondeur; elles sont dans la ligne logique de la pensée de Butler. La vie, essence même du divin, est l’impératif primordial. Elle pose, à ses différentes étapes, dans les divers règnes qui se partagent l’univers, des problèmes diffé rents. L'espèce humaine a les siens propres. En tant qu’entité vivante, elle les connaît obscurément, et travaille, à sa manière lente, à les résoudre ; maïs les individus, ses membres, moments de cette durée et fragments de cet ensemble, ont leurs difficultés particulières. La morale, pour eux, n’est dès lors que l’art de trouver à ces difficultés la meilleure solution possible, — celle qui lèse le moins d’intérêts, tout en favorisant le plus grand nombre, celle surtout qui seconde le mieux les progrès de la race.

Butler ne reconnaît pas, en morale, de principes. « Or, ajoute-t-il, if there be any, they are beyond our reach, we cannot fathom them ; therefore, q'ra us, they have no existence, for there is no other «is not » than inconceivableness by ourselves!, » Le relativisme, seule attitude raisonnable en philosophie et même en logique, est aussi le seul climat où la morale puisse prospérer. Comme Nietzsche, Butler prétend ignorer « la chose en soi ». Rien n’existe que par rapport aux circonstances qui l’entourent, et qui peuvent varier à l'infini. Deux actions apparemment semblables auront donc non seulement une portée, mais même une valeur différente, si ellesnes’accomplissent pas, chose d’ailleurs impossible, dans des circonstances absolument identiques. Il n’existe donc pas de valeurs morales absolues. Le bien et le mal, le vice et la vertu, le vrai et le faux, le mensonge et la sincérité, sont des oppositions sans consistance. Le passage graduel et insensible de l’un à l’autre terme en est la preuve. Faut-il pour cela bannir ces mots du vocabulaire des hommes? En aucune façon, pense Butler. Ils ont une valeur de convention; c’est grâce à eux que nous pouvons nous orienter dans le monde mouvant des apparences.

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