‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 54 sur 255 · Cf. note, p · texte numérisé non relu

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3. Realmah, by sir Arthur Helps, ? vol., 1868. Le nom du héros, Realmah, est une combinaison inversée de Lear et de Hamlet. Lepaysimaginaire est ici l’île de Menantra; la langue des habitants est « a little like Basque ».

Two Thousand Years Hence, by Henry O’Neil, R. A. : Correspondance entre « William Robinson, Governor », et « John Smith, prof. of History at the Universitv of Auckland », datée de l’année 2867. Le thème permet une « retrospective » de l’anrée 1867.

4. Baron Grimbosch, Doctor of Philosophy and sometime Governor of Barataria. A record of his Experience, written by Himself and published by Authority, London, Tinsley Brothers, 1872 (dédié à Napoléon III). Le baron Grimbosch, gouverneur de Farataria (l'Angleterre), où règne le Humbug, est plein d'idées réformatrices, et, essaie en vain de les appliquer à son pays. 11 y a des personnages à clef.

5. The Annual Register, 1872, 1"? partie, p. 358 : dans un « Retrospect of Literature, Art and Science in 1872 ».

comme pères, ou du moins comme inspiration, The Coming Race, qui est bien une utopie, et le truculent Ginx’s Baby, de J. E. Jenkins, qui n’est qu’une satire fantaisiste sur le Malthusianisme, la magistrature et les Eglises, mais remporta un succès considérable. Erewhon n’épuisa pas l'attrait du public pour ce genre d'ouvrage; car, un an après, paraissaient Coup sur coup une anticipation d'Edward Maitland?, et une utopie, qui n’est guère qu'un décalque d’Erewhon et de The Coming Race : Colymbia, œuvre du propre médecin de Butler, le D' E. R. Dudgeonÿ. Peut-être en parut-il d’autres, qu'il est difficile de retrouver aujourd’hui. Quoi qu'il en soit, on saisit ici chez Butler la preuve d’un trait curieux : son originalité est un fruit rare, long à venir, intermittent. Elle a presque peur d’elle-même, ou de son contact avec l’extérieur. Elle ne sera jamais complètement rassurée, bien que plus tard elle puisse parfois passer aux yeux des critiques contemporains pour cynisme et arrogance. À l’époque d’Erewhon, elle est encore timide. Il lui a fallu pour affronter l’épreuve de la publication une sollicitation venue de l'extérieur; elle s’abrite sous l'anonymat, qui est à la mode; enfin elle se pare d’une présentation dont la formule est en soi piquante, mais rebattue, et qu’elle ne renouvellera pas.

Sans faire une étude du livre, nous en signalerons les parties essentielles. Il comporte d’abord un thème romanesque : un Anglais, auquel Butler ne donnera un nom (Higgs) que dans Erewhon Revisiled, raconte la découverte qu'il fit d’un pays inconnu, où il vécut quelque temps, et comment il s’en échappa, en enlevant la jeune fille qu’il aimait. Les incidents sont rares, et sans grand intérêt. Plus soignées, et d’ailleurs d’une valeur littéraire certaine, sont les descriptions du pays traversé par l’explorateur, et qui n’est autre que le Canter-

1. John Edward Jenkins, 1838-1910, Ginx's Baby : his Birth and other Misfortunes, Strahan and C°, London, 1870. Fréface : « Critic : 1 never read a more unprobable story in my life. Author : Notwithstanding it may be true. »

2. By and By. À historical Romance of the Fulure, by Edward Maitland.

3. Colymbia (sans nom d’auteur), Trübner, 1873. Colymbia est le nom d’un pays dont les habitants vivent sous l’eau. On y enseigne les « Hieroglyphics » (cf. Les Hypothelics à ÆErewhon) et la Transcendental Geography. L’imitation d’Erewhon est flagrante. Les éditeurs, d'ailleurs, firent tout pour laisser croire que le livre était de la plume de Rutler.

4. Cf. The Scotsman, 14 mars 1873, c. /r. de Colymbia : « Colymbia is another of those books of which we have had several since the late Lord Lytton published his Coming Race. He then set many minds in motion, and the success of his books stimulated imitations, Colymbia is one of these and, in some respects one of the best, »

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bury néo-zélandais. Butler, ici, n’a rien inventé; il vit sur ses souvenirs, et cela donne à son récit une plausibilité qui a son agrément. Ces cinq premiers chapitres, s'ils étaient menés avec plus de brio, et plus de choix dans le détail, seraient un modèle du genre, roman d’aventures ou récit de voyage. Le souci du détail vraisemblable apparaît partout. Butler emprunte tout ce qu’il peut à la réalité qu’il a connue. Lemeilleur moyen de «faire vrai » n’est-il pas encore de faire avec du vrai ? La rivière qui mène le narrateur aux frontières d'Erewhon est la Rakaiïa, dont Butler avait découvert les sources; la chaîne de montagnes qu'il franchit est celle dans les glaciers de laquelle naissent les eaux mêlées du Rangitata et de la Rakaïa; le col par où il pénètre dans Erewhon est la Whit- Combe Pass, repérée par Butler, et si les statues chantantes qu'il y place sont de pure invention, le vent du nord-ouest sifflant lugubrement parmi les éboulis de rochers pouvait fort bien évoquer la phrase mélancolique de Haendel par laquelle il traduit leur angoissante mélopée; le nom du guide indigène, Chowbok, était le surnom de son compagnon d’aventures Baker!. Avec la descente dans les plaines d’Erewhon, nous quittons la Nouvelle-Zélande, mais la description n’est pas davantage inventée; c’est celle des vallées du Tessin ou des plaines de la Lombardie, telles qu'il les avait admirées au cours de ses excursions de vacances. Le vocable Erewhon lui-même n’a-t-il pas à peu de chose près une allure presque néo-zélandaise ? Ainsi la rivière Arowhenua, qui se jette dans le Canterbury Bight à quelques milles au sud du Rangitata, ou la Mawhera, autre rivière?. C’est là un détail que l’on ne semble pas avoir noté jusqu'ici, mais qui montre avec quel bonheur Butler, dans son astucieuse prudence, imite les modèles que lui fournit son expérience.

Cependant, Erewhon n’a du roman que le cadre, la mise

1. Détail communiqué par M. Howard Tripp, par l'intermédiaire de M. N. A. Moore, de Timaru (Nouvelle-Zélande). Mentionné depuis dans divers articles de The Press (Nouvelle-Zélande).

2. La jeune Erewhonienne que Higgs aime et enlève s'appelle Arowhena; une autre dame s’appelle Mahaina : noms inventés sur le modèle néo-zélandais. Le nom de Zulora, que porte un autre personnage, n’a rien du Maori, puisque dans cette langue, ni le Z, ni l'S, ni le ç n’existent. Les autres appellations ne sont que des inversions humoristiques de noms européens (Yram = Mary; Nosnibor=— Robinson; Thims—Smith; Ydgrun=—Grundy; Senoj— Jones). Notons, enfin, qu’en Maori, le groupe phonétique wh est fréquent; ilse prononce à peu près comme f. Mais tous les mots se terminent par une voyelle et « Ere-

whon » a un n de trop.

en train. Son but réel est de dénoncer un certain nombre d'idées fausses, de « humbugs », sur lesquels repose la société, Toute la critique sociale, morale ou religieuse de Butler est en germe dans ce livre, et plusieurs des conceptions scientifiques qu'il développera par la suite s’y trouvent esquissées. Ces idées seront exposées à leur place. Il suffit ici d'indiquer leur disposition dans l'ouvrage. Malgré la dispersion que nous avons notée, on peut les grouper sous différentes rubriques : 19 Critique de quelques principes de la morale (chap. X : Current Opinions; XI: Some Erewhonian Trials; XII : Malcontents; XIII : The Views of the Erewhonians concerning Death; XIV : Mahaina); 2° Satire religieuse (XV : The Musical Banks; XVII : Ydgrun and the Ydgruniles); 39 Critique des notions sur lesquelles se fonde la famille (XVIII : Birth formulae; XIX : The World of the Unborn; XX : What they mean by il); 4° Satire du système traditionnel d’éducation, et de la formation intellectuelle par les humanités classiques (XXI, XXII: The Colleges of Unreason); 5° Paradoxes sur l’idée d'évolution (XXIII, XXIV et XXV : The Book of the Machines; XXVI : The Views of an Erewhonian Prophet concerning the rights of animals ; XXVIT : The Views of an Erewhonian Prophet concerning the rights of vegetables). Le relativisme butlerien s'exprime ici sous le voile léger de la fiction, et jongle plaisamment avec les catégories morales ou intellectuelles acceptées par la foule. Il montre combien sont imprécises les frontières qui séparent le physique du moral, le vice de la vertu, la vie de la mort, l'individu de la lignée, la liberté du déterminisme, la conscience de l'instinct, l’humain de l’animal, et celui-ci du végétal. Çà et là, quelques réflexions ironiques ou sérieuses sur l’art et les académies, la véritable importance de l'argent, les rapports de la pensée et du langage, la colonisation, font de cet ouvrage une véritable «somme » butlerienne : il y a mis ou indiqué toutes les idées accumulées en dix ans de tranquille rumination. Dans les trente années de vie littéraire qui vont suivre, il les affermira de preuves, les enrichira de détails, les mènera à l’état adulte. Mais il a déjà, à cette date, amassé le principal de sa fortune.

Erewhon, à vrai dire, avait peu de chances de rencontrer un accueil unanime. Il n’était qu’une chose à laquelle les critiques ne pouvaient se tromper, c'était le style. Le jeune Forbes Robertson, auquel Butler avait prêté l’ouvrage dès sa parution, s’écria le lendemain : « Sam, my people say you

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are a great writer! ! » L’Athenaeum et le Speclator, le même jour’, faisaient grand éloge des cinq ou six premiers chapitres d’Ærewhon. Ts en louaient les qualités littéraires « tout à fait remarquables », et en comparaient l’auteur, l’un à Swift, l’autre à Edgar Poe. La Drawing Room Gazetle, quelques semaines après, l’égalera à Molièreÿ. Mais, par ailleurs, le livre était difficile à classer. Son intention était trop vague, sa composition trop fantaisiste, son ton à la foistrop léger et trop mordant pour qu’il pût être pris au sérieux. Butler luimême avait voulu qu’il fût amusant. Or c’est précisément cet humour qui fit son demi-succès, et le limita. Butler, sans le savoir, partait du mauvais pied. Il se donnait, dès son premier ouvrage, pour un humoriste à la manière de Swift, maischez qui le cynisme et ie paradoxe apparent ne recouvraient qu’un « message » illusoire, si même il ne raillait pas pour le pur plaisir de railler. « We conjecture, disait le Spectator, that the author is a universal sceptic ». Quelques années plus tard, Butler avouera sa position et laissera confirmer publiquement les tendances « nettement sceptiques » de ses premiers livress. Mais les lecteurs de 1872 ne savaient que penser. Erewhon, œuvre d’un libre penseur honteux, choquait les uns, décevait les autres, et ne parvenait à être ni assez léger, ni assez sérieux pour se faire pardonner complètement. L’anonymat, l'ironie continuelle, l'aspect purement négatif de la critique le rendaient « puzzling » pour un public qui, sourdement écartelé par des tendances contradictoires, eût mieux admis un dessein plus franc. Ce fut sans doute l'erreur initiale de Butler de croire que le lecteur victorien devait être conquis par surprise, séduit, trompé. Il est permis de supposer que s’il eût débuté par une attaque, même violente, à visage découvert, le tolle qu’il aurait soulevé dans certains camps n’aurait pas plus nui à sa carrière que le dédain silencieux qu'il récolta par

1. Sir Johnston Forbes Robertson, À Player under two Reigns, ch. IV.

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