‹ Samuel Butler (1835-1902): Étude d'un Caractère et d'une IntelligenceChapitre 70 sur 255 · Aujourd’hui à la Tate Gallery de Londres · texte numérisé non relu

Aujourd’hui à la Tate Gallery de Londres

4, Voir dans NW. B., p. 259, l’apologue du peintre qui a fait deux parts de sa vie : l’une est consacrée à son art, et nul ne lui en sait gré; il passe l’autre à peindre des tableaux tels que le public les aime, et gagne ainsi de l'argent.

retrouvait à ces moments de détente quelque espoir de réussir un jour. Il continuait de fréquenter l’atelier de Heatherley, où il trouvait plus facilement, et à meilleur marché, des modèles; mais il travaillait sans passion. Le découragement le gagnait ; il persévérait quand même, harcelé par la nécessité. A partir de 1876, l’Académie Royale n’accepta plus ses tableaux! : on en avait assez de revoir les mêmes têtes sans expression, le même dessin gauche, les mêmes couleurs ternes. Il ne sut pas chercher, étreindre son génie original, et peut-être, à la fin, harassé de soucis, l’esprit obsédé d’idées nouvelles, travaillait-11 trop vite et trop mal. Il tenta de se cantonner dans l’aquarelle, qu'il réussissait mieux cependant. Ce fut une autre impasse. Vint un jour, enfin, où ses yeux s’ouvrirent. Vers 1877, il dut s’avouer son échec, l’inanité de ses efforts, de ses espérances. Il se résigna alors à n’être désormais qu’un amateur sans talent. Il notera plus tard, en parlant de cette période, et précisément de cette année-là : « Here my life as an art-student, for I never was more, may be said to end. It fizzled out? » Butler, ainsi qu'il l’avait longtemps craint, n’avait pu éviter de tomber « entre deux sièges® ».

« Fhave had, écrivit-1l à Miss Savage en juin 1876, the worst three years I ever had since the horrors of cbildheod and boyhoodi. » Sa santé s’en trouvait plus mal, ce qui ne laissait pas de le préoccuper. Il attachait à cette question une importance capitale; presque chacune de ses lettres contient une remarque sur sa condition physique. Son séjour au Canada lui avait été, sur ce point, salutaire, mais le bénéfice de cette cure de grand air fut vite perdu. Les maux d’yeux, dont il souffrait depuis sa jeunesse, et de violents bourdonnements d'oreilles vinrent le tourmenter à nouveau. Les docteurs lui recommandaient le changement d'air; lui-mème sentait tout le prix de ces vacances italiennes qu’il s’accordait chaque année, non comme une récompense, mais comme un traitement

1. Butler exposa 6 tableaux à l’Académie Royale : 1 en 1869, 1 en 1871, 2 en 1874 et 2? en 1876 (M., I, 236).

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