SES EE
.-* oo a
SC
bonne portée de canon, avec l'intention de le couler. Une bordée terrible lancée par l’amiral anglais fut bientôt suivie d’une seconde, partie du navire français. On riposta des deux côtés avec la même vigueur, Trente bordées furent ainsi tirées de part et d'autre. De Caën tenta alors de s’échapper, mais Kirke, qui désirait en venir aux mains, ordonna l'abordage. Mais auparavant il avait fait descendre sur le tillac, Champlain et tous les Français qu'il conduisait à Tadoussac, avec défense de sortir de la chambre dont il avait eu la précaution de condamner les portes avec des fiches de fer. De sorte que les Français se trouvaient dans l’impossibilité de prendre fait et cause pour Emery de Caën.
La bataille s’engagea bientôt, mais on ne put ferrailler qu’à distance, car les deux vaisseaux ne se trouvaient accrochés que par leurs mâts de misaine, L’on dut se contenter de se lancer des projectiles à bras, faute de pouvoir lutter corps à corps. Les gens de Kirke eurent bientôt le dessous, et craignant une défaite, le capitaine anglais eut recours à une ruse qui lui réussit, Quelqu'un des hommes d'Emery de Caën ayant crié: Quartier ! Quartier ! c’est-à-dire : rendez-vous ! Kirke feignit de ne pas comprendre cette expression, et il s'empressa de répondre : Bon quartier, et je vous promets la vie sauve, et je vous traiterai à l’égal de Champlain que j'amène avec moi. A ces paroles, les Français hésitèrent, puis ils mirent bas les armes à la vue de Champlain, qui apparut soudain sur le pont du navire ennemi, Kirke l'avait fait sortir de sa prison temporaire en le menacant de mort, s’il ne donnait pas ordre à Emery de Caën de cesser le feu, Champlain se soumit, mais de mauvaise grâce, “ Il vous serait très facile, s'adressant à Kirke, étant en votre puissance, de me faire mourir dans l’état que je suis, Mais vous n’en retireriez pas grand honneur de manquer à votre
parole de me traiter avec les plus grands égards. Je ne puis commander à ces gens-là, et ne puis empêcher qu'ils ne fassent leur devoir, en se défendant, Vous devez les louer plutôt que les blâmer.” Cependant Champlain les supplia de se rendre à discrétion. Il fallait bien du reste en finir, car arrivèrent presque aussitôt deux pataches anglaises chargées de gens qui eussent réglé le sort du combat,
L'accord étant fait, Emery de Caën et Jacques Couillard, sieur de l’Espinay, son lieutenant, passèrent dans le vaisseau des Kirke et lui firent leur soumission, De Caën fut ainsi forcé d'abandonner son navire aux mains de l'ennemi, Il renfermait des vivres pour l'habitation de Québec, Si ses hommes ne l’uvaient pas trahi, le capitaine Français eût eu facilement raison de son adversaire. Les huguenots de l’équipage ne voulurent pas faire un mauvais parti à leurs coreligionnaires, que le hasard plutôt que l'amour des combats avait conduits sur les vaisseaux de Kirke, De Caën se trouvait ainsi puni par où il avait péché. En moins de deux heures toutes ses espérances du côté de la traite des pelleteries se trouvaient complètement anéanties. Non seulement il perdait son navire, mais, en outre, les cinq cents peaux de castor qu'il renfermait, et les marchandises qu'il destinait au trafic avec les sauvages. La perte, si elle eût été complète, représentait une somme de cinquante-et-un mille francs ($10,200).
Emery de Caën dut retourner en France. Il revint à Québec en 1631, muni d’un congé du cardinal de Richelieu pour la traite. Mais le commandant anglais la lui interdit, et mit des gardes sur son vaisseau, tant que dura la saison du commerce, Emery de Caën protesta contre la conduite de Kirke, et lui fit remettre un document officiel à cet effet (1).
(1) V. Pièce 14 en appendice.
Le neveu de Guillaume de Caën revint à Québec, l’année suivante, mais, cette fois, en qualité de commandant de la colonie, La Compagnie de la Nouvelle France, n'ayant pas eu le temps de préparer une flottille afin de prendre possession du Canada, s'était adressée à Guillaume de Caën que l'on croyait très riche et propriétaire de plusieurs navires, La Compagnie voulut, en même temps, lui procurer l’occasion de se refaire un peu de ses pertes, en lui accordant le privilège du commerce, mais pour une année seulement, Guillaume de Caën chargea son neveu de la mission, et la Compagnie lui adjoignit du Plessis Bochart,
De Caën arriva à Québec dans les premiers jours de juillet, accompagné de deux Jésuites, les PP. Anne de Nouë et Paul Le Jeune. Un courrier expédié quelques jours auparavant, avait sommé Thomas Kirke d’évacuer le fort, tout en lui exhibant une copie du traité de Saint-Germain-en-Laye, L’officier anglais ne fit pas la sourde oreille, et le 13 juillet il remit les clefs du fort entre les mains d'Emery de Caën et de du Plessis Bochart ; et, le même jour, les Anglais évacuèrent la place, ne laissant derrière eux que des ruines, mais pas un trop mauvais souvenir, Kirke s'était montré de bonne composition au cours des trois années de son séjour à Québec. Ses gens avaient souffert de faim et de maladies.
Il était temps que la France donnât signe de vie, car les habitants étaient décidés à s’en retourner en Frauce pour diverses raisons faciles à comprendre, entre autres par le manque de secours religieux. L'arrivée des Jésuites, coïncidant avec la nouvelle de la restitution du Canada à la France, vint apporter le bonheur au sein de ces familles désespérées. Elles avaient vu brûler l'habitation de la basse-ville, le magasin et les neuf mille peaux de castor qu’il renfermait,ruiner les cou-
ec srpe ».e RÉ
PR
: Er Re = dar