‹ Samuel Champlain [microforme]Chapitre 67 sur 117 · HÉLÈNE BOULLÉ FEMME DE CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

HÉLÈNE BOULLÉ FEMME DE CHAMPLAIN

Champlain avait épousé, le 30 décembre 1610, Hélène Boullé, fille de Nicolas Boullé, secrétaire de la Chambre du roi (1). La famille Boullé était calviniste, et partant coreligionnaire de Pierre du Guast, sieur de Monts, qui avait poussé Champlain à contracter ce mariage disproportionné d’âge et de fortune, La jeune fille n'avait pas encore atteint sa douzième année, tandis que Champlain comptait quarante ans sonnés. Hélène Boullé apportait six mille livres dans sa corbeille de noces, et le futur mari ne faisait que lui assurer

(1) La famille du Boulay, écrit M. &scar de Poli, était ancienne à Paris, où Jacques du Boulay était trésorier du roi en 1341, et portait un écu chargé de trois trèfles, En 1698, Henri-Charles du Boulay fit enregistrer à Paris des armoiries qui ont un point de ressemblance avec celles de Jacques. Les du Boulay saintongeois pourraient être un rameau de cette famille parisienne venue du côté de La Rochelle, pour cause de protestantisme. Toutefois, on trouve en 1375 ‘“ Mgr Jehan du Boulay, chevalier bachelier, ” dont un des écuyers est appelé ‘‘ Perrin de Xantonge.'’

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la jouissance de tous les biens qu’il possèderait à sa mort. En vertu des conventions matrimoniales, les parties contractantes n’eurent la liberté de vivre ensemble qu’au bout de deux ans, en attendant la nubilité de la jeune demoiselle, Ce fut après ce laps de temps que madame Champlain entra dans le giron de l'Eglise catholique, malgré les persécutions qu’elle dut subir du côté de sa famille. Il est assez plausible de croire que ce fut grâce aux sollicitations de Champlain que s'opéra cette heureuse conversion.

Ce ne fut que dix ans après son mariage que Champlain eut la consolation de pouvoir emmener sa chère épouse au Canada. L'on conçoit aisément qu’il eût été cruel d'exiger de cette enfant, élevée dans un milieu comme Paris, de venir plus tôt à Québec, bourg presque désert, dépourvu de tout amusement, Même en 1620 son voyage était peut-être prématuré. La société de Québec ne comptait encore que quatre ou cinq personnes du sexe, n'ayant aucunes prétentions aristocratiques, et s’occupant plutôt d'élever leurs enfants que: des plaisirs du monde. Madame Champlain avait amené avec elle trois servantes, qui devaient partager son isolement,

Avant de quitter Paris, Hélène Boullé avait dû comprendre qu’elle serait exposée à bien des ennuis, Sielle n’en avait pas calculé la somme d’inconvénients, jamais elle n’eût montré autant de résignation à son sort, Le courage qu’elle déploya en entreprenant la traversée de l’océan, ne faiblit pas devant les ennuis de la vie solitaire, à côté d'artisans et d’ouvriers. Mais l’affectiou pour son mari suppléait à tout, et l’on peut ajouter que les consolations de la religion lui aidèrent puissamment à rompre la monotonie de son existence en Canada,

L'histoire rapporte que madame Champlain, devenue l’hôte de la modeste habitation de la basse-ville, consacrait beau-

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coup de son temps à l'étude de la langue algonquine, et s’oceu- | ait aussi de catéchiser les petits sauvages. (C’est par là NEA qu’elle sut s'attirer l'affection de ces barbares. La mode du 4 fl. f: temps voulait que toute personne de qualité portât à sa cein- - 4} ture un petit miruir de toilette. Les naturels étaient émer- da ill vcillés de voir se reproduire exactement leurs traits derrière its cette glace polie, et ils disaient dans leur naïveté enfantine : | “ Une femme aussi jolie, qui guérit nos maladies, et qui nous 1 4 if “aime jusqu’à porter notre image près de son cœur, doit être ot Il ‘ plus qu’une créature humaine.” Aussi lui vouaient-ils une OR | espèce de culte, à défaut de la divinité suprême dont ils HE | n'avaient qu’une idée bien imparfaite.

Madame Champlain vécut respectée des Français de l’habi- | ] tation et des autres. On ne sait pas au juste quelle fut la D nature de ses rapports avec les familles installées à Québec. 4° Il est peu probable qu’elle gardât une réserve complète à à l'égard de la famille Hébert, comme semble le croire l’abbé À Faillon. Toute distinguée qu’elle fût par le rang et la posi- h } tion de son époux, elle dut avoir quelque liaison avec la femme de Couillard, qui était à peu près de son âge, lour- fl Li quoi eût-elle consentie à vivre seule, durant les absences jh répétées de Champlain, au lieu de chercher des distractions | légitimes dans le commerce journalier avec des personnes | {| aussi respectables que Marie Rollet, Marguerite Lesage, Fran- LA: çoise Langlois et Marguerite Langlois ? | Après avoir séjourné à Québec pendant quatre ans, madame Champlain retourna dans sa famille, à Paris, rue ir dl Saint-Germain l’Auxerrois, Les Chroniques de l'Ordre des ei Ursulines donnent pour raison de ce départ l'ennui qu’elle {LL avait éprouvé. Nul doute que les privations, la peur des : RM là Iroquois, qui étaient déjà la terreur de la colonie, l’engagè- He rent à rentrer dans son pays natal. Elle n'oublia pas toute- |

fois le Canada; elle lui porta même beaucoup d'intérêt, lorsqu'elle devint religieuse à Meaux, où nous la retrouvons vingt-cinq ans plus tard,

Les Chroniques des Ursulines racontent ainsi la première phase de sa vie: “ On la maria devant sa sœur ainée, et “ même avant qu'elle eût atteint l’âge de douze ans, pour ‘“ ménager son avantage, qui s’offrit en la personne de M. de “ Champlain, gentilhomme de mérite, capitaine de la marine “et lieutenant pour le roi en la Nouvelle France, où il avait “ déjà conduit et introduit les ouvriers évangéliques.… Elle “ fit fort généreusement ses adieux; puis elle quitta Paris et “ l’ancienne France pour la nouvelle, l’an 1620, Elle s’em- “ barqua avec son mari et traversa seize cents lieues de mer “avec toutes les incommodités d’une longue et fâcheuse “ navigation.

“ Les sauvages à son arrivée la voulaient adorer comme “une divinité, n'ayant jamais rien vu de si beau. Ils adini- “ raient son visage et ses habits, mais par-dessus tout un “ miroir qu’elle portait à son côté, ne pouvurt comprendre ‘“ comment toutes choses étaient renfermées dans cette glace, “et se trouvassent tous pendus à la ceinture de cette dame. “ Elle ne fut pas longtemps sans entendre et parler passable- ‘“ ment la langue barbare des sauvages, et tout aussitôt elle ‘apprit à prier Dieu à leurs femmes et à leurs enfants.

“ Enfin elle coula quatre années dans cette manière de vie, “au plus beau de son âge, dans un lieu pire qu’une prison et “ dans la privation d’une quantité de choses nécessaires À “ la vie. En effet la disette des vivres et d’autres fortes rai- “ sons obligèrent M. de Champlain de repasser en France et “ d'y ramener sa femme (1).”

(1) Chroniques des Ursulines.

Le fondateur de Québec fit un séjour de près de deux ans à Paris (1624-26) et, étant retourné au Canada, il n’en repartit plus qu’en 1629, Durant ces trois années, madame Champlain vécut dans le grand monde comme n’y étant point, tant elle était absorbée par l'amour des choses divines. Poussée par l'esprit d’en haut, elle se sentit la vocation religieuse à un tel degré, qu’elle courut à son mari pour lui demander la permission de se renfermer dans un couvent d’'Ursuülines. Champlain ne crut pas devoir obtempérer à cette demande, qui pouvait n'être qu'un caprice ou une résolution de nature passagère. Afin de mitiger son refus il lui offrit de vivre dans la continence le reste de ses jours.

Champlain quitta son épouse pour la dernière fois, en 1633, et ne la revit plus. Après sa mort, en 1635, le Père Charles Lalemant, qui l'avait assisté dans ses derniers moments, informa sa veuve de la lugubre nouvelle, Madame Champlain ressentit une extrême douleur de cette mort, qui cependant lui rendait sa liberté, lui permettant d'accomplir son dessein de se donner à Dieu dans la solitude du clottre.

Par son contrat de mariage, le fondateur de Québec devait laisser à sa femme, si elle lui survivait, la jouissance de tous ses biens. Le testament de Champlain vint tout déranger, Entratnée par une dévotion extraordinaire à Notre-Dame de Recouvrance, et présumant aussi que sa compagne, dont la piété dépassait peut-être la sienne, applaudirait à ce legs louable, Champlain institua l’église qu'il avait fondée sa légataire universelle, En effet, la veuve ne présenta pas d'opposition, et le prévôt des marchands de Paris confirma le testament, par sa sentence du 11 juillet 1637. Néanmoins le testament fut cause d’un procès célèbre.

Une cousine germaine de Champlain, du nom de Marie Camaret, épouse de Jacques Hersaut, contrôleur des traites

foraines et domaniales de la Rochelle, attaqua le document sur deux points. Son avocat, maître Boileau, prétendit qu’il n’était pas conforme au contrat de mariage, et que, de ce seul chef, il devait être annulé, Il ajoutait de plus, à l’encontre de la vérité, qu'il avait été fabriqué par des mains étrangères, car on ne pouvait pas supposer que Champlain eût institué Vierge- Marie pour son héritière. Ce sont les termes mêmes de la disposition testamentaire. Le procureur général Bignon réfuta aisément les allégations du procureur de Marie Camaret, et il prouva que madame de Champlain elle-même reconnaissait la signature de son mari, son style et ses expressions, Ce legs à la Vierge-Marie n’avait rien que de très naturel dans la bouche de Champlain, “ que l’on sait, dit Bignon, avoir “ été assez accoutumé à se servir de paroles bien chrétien- “ nes pour avoir voulu, sur ce sujet, témoigner par exprès “ des sentiments particuliers d’une âme pieuse et catholi- “que.” Bien qu'il reconnût l'authenticité du testament, le procureur général finissait par conclure qu’il devait être rejeté, comme contraire au contrat de mariage, La Cour en jugea ainsi, et les biens de Champlain, moins une somme de 900 livres provenant de la vente de ses meubles, retournèrent à ses héritiers naturels.

Ce procès et d’autres affaires de famille retinrent madame Champlain dans le monde, pour dix années de plus, Ce ne fut que le 7 novembre 1045 qu’elle put entrer au monastère de Sainte-Ursule, à Paris, d’abord comme bienfaitrice, puis comme novice sous le nom de sœur Hélène de Saint-Augustin, “ Mais comme elle s'était trouvée maîtresse d’elle-même “ depuis l’âge de douze ans jusqu’à sa quarante-sixième ‘“ année où elle était parvenue alors, et qu’elle n’avait pres- “ que jamais été dépendante, ni de sa mère ni de son mari, “ toujours absent, il y eut quelque difficulté pour sa profes-

“ fession, et afin de les lever, elle proposa de fonder un “ monastère d'Ursulines à Meaux, ce qui fut agréé par Mon- “ seigneur Séguier, évêque de cette ville (1).”

Nous lisons dans les annales du premier couvent de Paris que madame Champlain destina tous ses biens à la communauté de nouvelle fondation. Elle obtint la Mère Madeleine de Milly de la Mère Dieu, alors maîtresse des novices, comme supérieure à Meaux. On la lui accordait pour deux ans, Elle ermimena aussi deux autres religieuses professes et une novice converse qui, l'ayant servie dans le monde, était entrée avee elle en religion. Toutes cinq partirent de Paris pour se rendre à Meaux, le 17 mars 1648,

Dix jours auparavant, l’évêque de Meaux, M® Séguier, avait consacré la fondation du couvent des Ursulines dans sa ville par un document, dont la teneur nous a été conservée,

‘“ Nous, Dominique Séguier, évêque de Meaux, conseiller ordinaire du Roi en ses conseils, 1° aumônier de S. M. reconnaissons et certifions que sœur Hélène Boullé dite de Saint-Augustin, veuve de défunt Samuel de Champlain, vivant capitaine de la marine du Ponant, lieutenant général pour le Roi en la Nouvelle France et gouverneur pour S. M. au dit pays, à présent novice Ursuline au couvent du dit ordre au faubourg St-Jacques lez Paris, mue d’un saint désir pour l'établissement d’une maison du dit ordre en la ville de Meaux, a libéralement donné à la dite maison, pour en commencer l'établissement et fondation, la somme de vingt mille livres et plusieurs meubles etaccommodements; en considération de quoi nous leur avons accordé et promis faire accorder par toutes les supérieures et religieuses de chœur qui entreront ou seront à l'avenir reçues dans la dite maison de

(1) Chroniques des Ursulines.

Meaux, et incontinent après leur entrée ou profession, les articles et conditions qui en suivent, pour être inviolablement et perpétuellement gardées et observées selon leur teneur, Premièrement, que la dite sœur Hélène de Saint- Augustin sera tenue pour fondatrice de la dite maison de Meaux et qu'en cette condition elle. jouira des droits audedans d’icelie, dont jouissent ordinairement les fondatrices de semblables maisons, excepté de recevoir des filles pour rien, ni autres fondations à perpétuité: c’est à savoir, qu’elle sera exempte du lever à 4 heures et du grand office, qu’elle sera assistée dans ses besoins d’une sœur converse, un peu mieux nourrie que le commun, et logée dans une chambre à feu. Que néanmoins lorsque la maison sera en état un peu commode, elle sera tenue de recevoir une fille telle que la dite sœur Hélène de $Saint-Augustin voudra nommer pour religieuse du chœur, sans dot ni pension, et en attendant son âge, si elle est en bas âge, entre les pensionnaires, comme dit est. Que la fille qui sera reçue pour sœur converse nommée, sera soulagée à la prière de la dite sœur Hélène de Saint- Augustin, et selon qu’elle donnera avis de la nécessité, même après son décès, en cas qu’elle la survive, en considération de ce qu’elle a été à elle dès sa tendre jeunesse, et de ce qu’elle a porté quatre cents livres à la dite maison. Que les lettres que le Père Eustache Boullé, minime, frère de la dite sœur Hélène de $Saint-Augustin lui écrira, et elle à lui, ne seront vues par elle, etc. En témoin de quoi nous avons signé ces présentes, fait sceller de notre sceau et contresigner par notre secrétaire ordinaire le dixième jour de mars

MDCXLVIII.” SÉGUIER, E, de Meaux.

Par mondit seigneur, PETIT,

NOTES EXPLICATIVES 403 ji os Hélène de Saint-Augustin fit profession, le 4 août 1648, (4 ! À e* cinq mois après sa sortie du couvent de Paris. Pour se pré- LE ur parer dignement à cet acte solennel et pieux, elle avait, à 14 ‘1 L - force d’instances, obtenu la permission d'écrire ses fautes et 4] | de de les lire publiquement en communauté. Elle en fit la lec- ! Lu ture à genoux, pieds nus, une corde au cou, et un cierge \ es allumé à la main; et l’on ajoute que sa profonde humilité lui | | 1 ur fit même étrangement aggraver cette accusation. | 4 | | | lle La digne fondatrice des Ursulines de Meaux ne vécut que WA (| le six années dans son couvent, Elle mourut en odeur de vertu, | il ï le vingt décembre 1654, à l’âge de cinquante-six ans, À 3 4 eu te fi pd 1 || li- | Note J a À on (Liv. 3, ch. 5, p. 178) | | dit — ue (0 || ée, Hi Lil nt- LA COMPAGNIE DE LA NOUVELLE FRANCE fn à : 6e :

F ( Tout ce qui a rapport à la formation de la grande compa- 1 | ce gnie de la Nouvelle France comprend une série de documents [il ( les généralement épars, mais assez bien coordonnés dans le pre- it || A ite mier volume des Edits, Ordonnances royaux, déclarations 41) UN ne et Arréts du Conseil d'Etat du Roi concernant le Canada, à ns Le premier document porte pour titre : “ Compagnie du re- Canada, establie sous le titre de Nouvelle France, par les ars articles des vingt-neuf avril et sept may, mil six cens vingt- LA ju sept.” On le trouve inséré dans le Mercure François (1), et poil |

dans les Mémoires sur les possessions en Amérique (?) Ce à.

(1) T. XIV, p. II, p. 282.

(2) T. IL, pp. 8, 4, 5.

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document est donc double, le premier renfermant vingt articles, et le second trente-un, lesquels diffèrent essentiellement, L'acte du 29 avril expose les motifs qui ont amené le roi à fonder une nouvelle compagnie, ses obligations et les avantages qu’elle pourra retirer du Canada; celui du 7 mai est le contrat d'association où l’on trouve l’organisation de la comgnie, ses règlements, et tout ce qui en général concerne l’administration de ses deniers,

L'acceptation des articles du 29 avril devint officielle par un acte passé, le 5 août 1628, par devant Pierre Parque et Pierre Guerreau, notaires, garde-notes du roi au Chatelet de Paris.

L’acceptation des conventions du 7 mai se fit, le 6 août 1628, par devant les mêmes notaires.

Les articles des deux documents précités avaient été ratifiés par un arrêt du Conseil, le 6 mai 1628, tenu au camp devant la Rochelle, Le même jour Louis XIII émettait des lettres-patentes confirmatives de cet arrêt,

Des lettres d'attache du cardinal de Richelieu portant la ratification des articles du 29 avril et du 7 mai 1627, furent signées le 18 mai suivant,

Ces divers documents furent publiés en 1628, parti: dans le Mercure François, et partie dans une brochure grand inquarto de 23 pages. La liste des actionnaires fut aussi imprimée en un tirage à part, in-quarto de huit pages, portant pour titre : “* Noms, surnoms et Qualitez des Associez En la Compagnie de la Nouvelle France, suyvant les jours et dates de leurs signatures.”

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Note K (Liv. 3, ch, 6, p. 190)

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