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résidait alors Chaniplain. Celui-cise fit raconter les moindres incidents relatifs à l'affaire, Puis il examiua la question sous tous ses aspects. Pendant deux jours il consulta les anciens des deux nations concernées dans le litige, et il recueillit une bonne partie des suffrages en faveur de la paix ou d’une réconciliation sans condition, A tous il fit promettre de s’en rapporter à sa décision, quelle qu’elle fût, sinon il s’en retournerait chez Darontal, sans se préoccuper davantage de porter un jugement qui ne serait pas écouté. Les sauvages promirent tout ce qu’il voulut. Alors Champlain leur fit une semonce en règle, Comine nous pouvons nous en convaincre à la lecture de ses écrits :
“ Vous, Algonquins, dit-il, et vous, Hurons, vous avez tou- “jours été amis. Vous avez vécu comme des frères ; vous “ vous appelez de ce nom dans vos conseils, Votre conduite ‘aujourd’hui est indigne d'hommes raisonnables. Vous avez “ à lutter contre des ennemis puissants qui vous poursuivent “ partout, vous battent le plus souvent, et viennent faire des “ prisonniers jusqu’au cœur de vos villages. S'ils apprennent “ vos divisions et vos guerres civiles, ils s’en réjouiront, et “ feront tout leur possible pour vous diviser encore davan- “ tage, afin de consommer plus vite votre ruine, Comment, “ pour la mort d’un homme, vous en mettriez dix mille en “ danger de perdre la vie, et exposeriez les autres à être faits “ prisonniers,
“ Ilest vrai que la vie d’un homime est une chose pré- “ cieuse, Maïs vous, Hurons, considérez de quelle manière “ l’un des vôtres s’est rendu coupable de meurtre. Le pri- ‘“ sonnier.des Algonquins avait reçu sa liberté, et ceux-ci le “ considéraient comme un des leurs. En présence de ce ‘“ meurtre ils n’ont pu retenir leur colère, et sans réfléchir
“aux conséquences de leur acte, ils ont tué votre émissaire, “ et ils ont eu raison, Est-ce à dire qu’ils en veulent à toute “ votre nation. Remarquez de plus que les Algonquins “ n'étaient pas aussi attachés à leur prisonnier que vous le “ dites. La preuve est qu'après sa mort, ils l'ont mangé “ comme ils font de leurs plus mortels ennemis,
“ Je sais que les Algonquins regrettent beaucoup cette “ affaire malheureuse, et s'ils avaient su qu’elle dût ainsi “ tourner, ils auraient sacrifié le jeune Tsonnontouan, Ce “ peuple vous a remis deux prisonuières et vous a fait de “ beaux présents, qu'avez-vous à vous plaindre ? Soyez plus “ calmes, oubliez le passé, et soyez bons amis comme aupa- “ravant. A ces conditions je vous assisterai dans vos besoins “et continuerai à vous tenir en estime, Si ma décision ne “ vous agrée pas, venez en nombre à Québec ; là, vous ren- “ contrerez les capitaines des vaisseaux qui aviseront, eux, “aux moyens à prendre pour régler votre différend (1).”
Champlain fut écouté, Les sauvages se retirèrent chacun chez soi, et les gens d’Iroquet quittèrent le pays des Hurons pour n’y plus revenir, Champlain courut ensuite chez Darontal où il passa le reste de l'hiver à recueillir des renseignements sur les Hurons, Parmi les nombreux détails qu’il en a laissés dans ses récits de voyage, le fondateur de Québec s'attache à bien faire connaître le côté religieux de ce peuple. Les Hurons, comme nous l’avons vu, ne reconnaissaient aucune divinité, par conséquent ils ne possédaient pas de culte extérieur, pas d’idoles, pas d’autels, Le diable ou un être lui ressemblant, était le seul qui exerçât quelque e npire sur eux, Tout homme qui se distinguait des autres par sa valeur
(1) Voyages de Champloin,
guerrière, par des connaissances spéciales en médecine ou autrement, conquérait vite leur confiance, Voilà pourquoi le jongleur ou manitou, appelé encore du nom de oqgui, jouissait d’un* haute considération parmi eux. Mais il serait téméraire d'affirmer que les Hurons fussent complètement à la merci de l'esprit satanique, comme le furent pendant longtemps d’autres nations sauvages. C’est l'opinion de Champlain, qui rencontra chez les Hurons une volonté bien définie de s’instruire des pratiques du christianisme, Leurs tendances n'étaient pas absolument perverses, bien qu'ils se livrassent quotidiennement à des actes d’impudicité de nature révoltante, Le Père le Caron se faisait écouter, des heures durant ; ils avouaient eux-mêmes que tous ses discours surpassaient leur entendement, Néanmoins, ils déclarèrent au missionnaire et à Champlain qu’ils changeraient de vie si les Français venaient s'établir dans leur pays.
“ C’est un grand dommage, s’écrie Champlain, de laisser “ perdre tant d'hommes et les voir périr à nos portes, sans “ leur porter secours, qui ne peut être sans l'assistance des “ rois, princes et ecclésiastiques, qui seuls ont le pouvoir de “ ce faire: car aussi en doivent-ils emporter l'honneur d’un “ si grand œuvre, à savoir de planter la foi chrétienne en un “ pays inconnu, et barbare, aux autres nations, étant bien “ informé de ces peuples, comme nous sommes, qu'ils ne res- “ pirent et ne désirent autre chose que d’être pleinement “ instruits de ce qu'il leur faut suivre et éviter, c’est donc à ‘“ ceux qui ont le pouvoir d'y travailler, et y contribuer de “ leur abondance, car un jour ils répondront devant Dieu de “ la perte de tant d’âmes qu'ils laissent périr par leur négli- “ gence et avarice, car ils ne sont pas peu, mais en très grand ‘ nombre: or, ce sera quand il plaira à Dieu de leur en faire “ la grâce, pour moi j'en désire plutôt l'effet aujourd’hui que
“ demain, pour le zèle que j'ai à l'avancement de la gloire de “ Dieu, à l'honneur de mon roi, au bien et réputation de ma “ patrie.”
Travailler à la glorification du nom de Dieu et à la prospérité de sa patrie, tel fut le résumé de la carrière de Champlain. N'est-ce pas ! lus pur et le plus désintéressé des patriotismes ? Servir Dieu et s’employer à le faire servir, en prêchant d'exemple et de paroles: œuvre de missionnaire à laquelle notre Fondateur consacra toutes les actions de sa vie, Honorer son roi et son pays, en contribuant à augmenter le prestige de l’un et les richesses de l’autre : œuvre digne d’un véritable patriote,