CHAPITRE TROISIÈME
Champlain part pour Cahiagué.— Il visite plusieurs villages hurons. — Préparatifs du départ pour la guerre. — L'armée grossit. — Départ définitif. — Trajet parcouru.— Traversée des lacs Couchichine, Ouentaronk et des Entouoronons. — Brûlé envoyé chez les Andastes. — Durée du trajet — Escarmouches.— Fortifications iroquoises.— Attaque du fort ennemi. — Défense désespérée des Iroquois — Blessures de Champlain.— Retour des armées huronnes.— Champlain chez Darontal. — Champlain visite la Nation du Petun,la Nation Neutre, les Cheveux Relevés. — Querelle entre Algonquins et Hurons.— Champlain règle la question. — Croyance des Hurons.
Le rendez-vous général des Hurons pour leur guerre contre les Iroquois, avait donc été fixé à Cahiagué. Dix Français armés d’arquebuses partirent de Carhagouha, le 14 août 1615, sous le commandement de Champlain. En routeils visitèrent les villages des Tohontahenrats et des Attignenonghacs. Beau pays, bien arrosé et de bonne culture. Partout des fruits sauvages, très savoureux, entre autres celui du podophyllum peltatum, ressemblant au citron dans sa forme, mais dont le goût est plutôt celui de la figue. Les essences forestières que mentionne Champlain sont le chêne, l’orme, le hêtre et le sapin. Tout ce pays était bien peuplé, mais les nations qui l'habitaient étaient plongées dans la plus complète ignorance d’une divinité. ‘“ C’est grand dommage, s’écrie Champlain, “que tant de pauvres créatures vivent et meurent sans avoir “ la connaissance de Dieu, et même sans aucune religion ni
“ loi, soit divine, politique ou civile, établie parmi eux.” A part cette ignorance de ce qui rend l’homme supérieur à la brute, ces sauvages étaient avares à l'excès et menteurs par système.
Le 17 août, la petite bande de Français atteignit la bourgade de Cahihzgué, Grande fut la joie des sauvages à leur arrivée ; mais ils avaient résolu de ne pas attaquer les Iroquois cette année-là, à cause du retard de Champlain qu'ils n’attendaient plus. Cependant ils eurent bientôt changé de résolution, quand ils apprirent que les Andastes, leurs amis et alliés, s'étaient offerts à leur fournir cinq cents hommes pour les aider dans leur guerre contre les Cinq-Cantons.
Les préparatifs du départ traîuèrent en longueur, et Champlain dut les presser de se mettre en marche, car ils avaient une longue course à poursuivre, Tous les guerriers n'étant pas encore rendus à l’appel, il fallut, en les attendant, se livrer au divertissement, et pendant dix jours ce ne fut que festins, danses et tabagies. A mesure que les sauvages voyaient grossir leurs rangs, ils dvenaient de plus en plus confiants dans le succès de leurs armes. La présence seule de Champlain et des Français avec leurs arquebuses, augmentait beaucoup leurs espérances de victoire,
Enfin le départ général eut lieu le premier jour de septemmbre. Champlain et sa troupe firent la traversée d’abord du lac Couchichine, puis ils atteignirent le lac Ouentaronk ou Simcoe. Ici on résolat d'envoyer au pays des Andastes (1), un parti d’émissaires pour les avertir de se rendre en un lieu déterminé où on les attendrait en vue d’une attaque simultanée des farouches Iroquois. Douze sauvages s’offrirent pour
(1) La nation des Andastes était alors cantonnée vers la Virginie actueile
entreprendre ce long et pénible trajet, Etienne Brûli, l'interprète, obtint de Champlain la permission de les accompagner. Ces braves partirent, le huit du même mois, pendant que le gros de l’armée se mettait en marche. L'on traversa le lac Ouentaronk à l’est, puis le iac à l’Eturgeon après avoir fait un portage de dix lieues. De ce dernier lac s'échappe la rivière Otonabi qui va se décharger dans le lac au Riz. La rivière Trent les conduisit ensuite jusqu’à la baie de Quint, dans le lac Ontario ou des Entouoronons (1). “ Là, observe “ Champlain, est l'entrée de la grande rivière de Saint-Lau- “rent.” La traversée du lac Ontario se fit promptement, Parvenus à la rive opposée, les sauvages cachèrent leurs canots dans les bois, et continuèrent leur route à pied à travers la forêt traversant la rivière Chouaguen ou Oswégo, qui prend sa source dans le lac Téchiroguen ou d’Oneida, très fréquenté par les Troquois dans leurs expéditions de pêche. Le 9 octobre l’armée hurcnue n’était plus qu’à quatre lieues des fortifications de l’ennemi, et, ce jour-là, onze Troquois, quatre femmes, trois hommes et quatre enfants, tombèrent entre les mains des compagnons de Champlain, qui les retinrent prisonniers, Celui-ci empêcha Iroquet, chef de la Petite Nation, de se livrer à des cruautés à l'égard des femmes, en lui représentant que c'était de la barbarie que de maltraiter des personnes faibles et sans défense, Les procédés cruels que les sauvages avaient l'habitude d’employer à ‘égard de leurs prisonniers de guerre révoltaient Champlain, et il réussit à plusieurs reprises, grâce à des remontrances souvent accompagnées de menaces, à sauver des horreurs
(1) Les Entouoronons, qui donnèrent leur nom à ce Jae, formèrent plus tard l’une des grandes familles de la confédération iroquoise, sous le nom de Tsonnontouans.
d’un martyre lent, sinon d’une mort terrible, ces pauvres misérables qui ne s'attendaient guère à rencontrer de la compassion chez leurs ennemis,
Les Iroquois étaient occupés à leur récolte de blé-d’Inde, lorsque les Hurons et leurs alliés apparurent à leurs regards, dans l'après-midi du dix octobre. Cinq semaines s'étaient écoulées depuis le départ de Champlain de Cahiagué, Son armée avait franchi un espace considérable, On était bien aise de se reposer un peu, avant d'attaquer ouvertement des adversaires dispos.
La première journée fut consacrée à de légères escarmouches, auxquelles les Français prirent part avec une imprudence telle que, sans Champlain, ils seraient tombés dans quelque embuscade, Au lieu de présenter un front uni, ils s'étaient débandés et tiraient de côté et d'autre sur les Iroquois éparpillés sous bois. Champlain rangea ses gens en ordre de bataille, et tous ensemble commencèrent un feu bien nourri qui produisit un effet terrible, vu que les Iroquois n’avoient jamais entendu le bruit du mousquet. Epouvantés, ils se retirèrent précipitamment dans l'enceinte de leur fort, laissant derrière eux quelques morts, mais emportant les blessés,
Le village iroquois était entouré de quatre fortes palissades de trente pieds de hauteur, faites de gros arbres liés les uns aux autres par des branches, ne laissant entre elles que l’espace d’un demi-pied, par où il était impossible de se glisser à l’intérieur. Au-dessus de cette muraille résistante, se trouvait un parapet ou chemin de ronde, d’où partaient des gouttières destinées à faire couler de l’eau tout le long du retranchement, au cas où l’ennemi s’aviserait d’y mettre le feu, Un étang situé tout à côté, permettait de distribuer l’eau avec profusion, Les Iroquois n'avaient donc rien à craindre sous ce rapport.
Profitant de l'expérience acquise, la veille, par la sortie inconsidérée de ses soldats, Champlain enjoignit à tous ses guerriers, indistinctement, de se montrer moins prompts à l'attaque, et surtout de ne rien entreprendre sans son commandement formel, Aux sauvages il essaya de faire comprendre que pour vaincre il fallait nécessairement procéder avec ordre et sans précipitation, et non pas agir chacun à sa guise, sans s'occuper d’obéir aux capitaines de leurs tribus respectives, ‘“ Mais, remarque Champlain, les chefs n'ont “ point de commandement absolu sur leurs compagnons, qui “ suivent leur volonté et font à leur fantaisie, qui est la “ cause de leur désordre et qui ruine toutes leurs affaires, “ Car, ayant résolu quelque chose entre eux. il ne faudra “ qu’un bélitre pour rompre leur résolution et faire un nou- “ veau dessein (1).”
Champlain proposa à ses alliés un plan d’attaque, le seul à son avis, susceptible de réussir. L'on construirait un cavalier en bois ; posé près de la muraille de fortification, il permettrait aux Français de tirer par-dessus la palissade et de déloger ainsi les Iroquois assez audacieux pour se tenir sur le parapet, Par ce moyen, l’on pourrait mettre le feu au pied du mur sans s’exposer à recevoir les pierres dont les galeries étaient amplement pourvues. Ce plan fut agréé, et le cavalier, une fois construit, fut transporté à l'endroit le plus favorable.
Champlain résolut de frapper immédiatemant un grand coup, sans attendre l’arrivée des Andastes, dont on n'avait encore ni vent ni nouvelles. Temporiser, du reste, eût été inutile, car l'ennemi aurait profité de ce répit pour se retrancher avec plus de soin. Six ou sept Français commencèrent
(1) Voyages de Champlain, liv. IV, ch. VII, :
le feu du haut du cavalier, Au même moment les Iroquois faisaient pleuvoir une grèle de pierres sur leurs assaillants, Embusqués derrière la palissade, ils pouvaient diriger d’un œil sûr leurs flèches meurtrières sur les Hurons disséminés autour du mur d'enceinte, Quelques-uns de ces derniers, s'étant approchés de trop près avec des torches ou fagots enflammés, furent aussitôt repoussés sous une avalanche de gros cailloux, Le vent contraire favorisant les assiégés, les flammes tourbillonnaient dans une direction opposée,
Jusque-là les chances de la bataille étaient également partagées; mais Uhamplain et ses gens, faisant toujours des décharges répétées sur l'ennemi, réussirent à le déloger du parapet d’où venait le plus sérieux danger, Ceux qui se tenaient dans l’enceinte virent bientôt leurs rangs s’éclaircir sous les coups des balles francaises. Mais, si grâce à cette fusillade, la bataille semblait prendre une bonne tournure, les Hurons, de leur côté, n’obtenaient aucun avantage avec leurs flèches. Quand ils apportaient le feu au pied de la citadelle de bois, il s'échappait des gouttières des torrents d’eau qui l’éteignaient et rendant humides tout le mur extérieur, ôtaient toute chance aux assiégeants de réussir par le feu. Par contre les traits des Iroquois atteignirent Ochateguin et Orani, deux chefs hurons et une quinzaine de guerriers. Champlain lui-même reçut deux coups de flèches, l’un dans une jambe et l’autre à un genou. À cette vue les Hurons perdirent contenance, et se retirèrent confusément à quelque distance, emmenant les blessés à leur suite,
Ce premier combat avait duré trois heures, Tout s'était passé sans ordre, au milieu des cris et d’un brouhabha indescriptible. Champlain n'avait pu se faire entendre durant la mêlée, chacun donnant des ordres, personne ne les exécutant. En somme le résultat n'était pas b'illant. Les Iroquois
avaient bien perdu quelques-uns des leurs, mais ils restaient maîtres chez eux, tandis que les assaillants se retiraient alarmés, sans espoir de revenir à la charge, surtout si les Andastes tardaient trop à venir à la rescousse, Les sauvages ne sont guère opiniâtres dans l'exécution de leurs projets ; un seul combat suffisait d'ordinaire à leur soif de vengeance. La vue des blessés les portait au découragement, Aussi Champlain, qui connaissait leurs coutumes à cet égard, n’insista point pour une seconde attaque, Cependant il consentit à attendre pendant une semaine les cinq cents hommes que Brâûlé et ses compagnons étaient allés quérir,
Dans l'intervalle les deux camps ennemis se bornèrent à des escarmouches de peu d'importance, mais qui seraient tournées au désavantage des alliés de Champlain, si les Français ne se fussent montrés, chaque fois, armés de leurs arquebuses. Alors les Iroquois reculaient, en se plaignant amèrement de cette intervention d'étrangers dans une affaire de sauvages. Dans leurs discours ils reprochaient aux Hurons leur poltronnerie, A dire le vrai, si Champlain n’eût pas été présent, les Iroquois auraient eu facilement raison de leurs assaillants,
L'heure de la retriite sonna, quand, 1u bout de huit jours, Champlain ne vit pas arriver les Andastes. Lui-même n’était pas fâché de mettre un terme à ces luttes inutiles. Sa promesse était remplie; il lui importait moins de servir les fins de ses-alliés, du moment qu'il s’aperçut qu’eux-mêmes préféraient s’en retourner dans leur pays. L'on se mit donc en route, chacun s’occupant de ses blessés. Les sauvages avaient cela de bon qu'ils prenaient un grand soin des vieillards, des malades ou des impotents. Durant la marche les guerriers les plus robustes se plaçaient à l'avant-garde sur les ailes et en arrière de la troupe, et formaient ainsi autour du corps des
h. | 30 GUERRE ENTRE HURONS ET IROQUOIS
| invalides un rempart contre toute invasion extérieure, Ci am- | plain, qui souffrait beaucoup de sa double blessure, dut se laisser garotter dans une espèce de hotte que les sauvages ï portaient à tour de rôle, Ainsi ficelé, comme un enfant au maillot, le fondateur de Québec laisse connaître toutes les tortures qu'il eut à endurer : “ Je le puis bien dire avec ll “ vérité, quant à moi, ayant été porté quelques jours, d’au- “ tant que je ne pouvais me soutenir, principalement à cause “ du coup de flèche que j'avais reçu au genou, car jamais je ‘“ ne m'étais vu en pareille géhenne, durant ce temps, car la “ douleur que j'endurais à cause de la blessure de mon genou | “ n’était rien au prix de celle que je supportais lié et garotté | “ sur le dos de l’un de nos sauvages : ce qui me faisait perdre | “ patience, et qui fit qu’aussitôt que je pus avoir la force de | “ me soutenir, je sortis de cette prison, ou à mieux dire de la | “ géhenne.” {ll De la ville iroquoise au rivage du lac des Entouoronons où | les canots avaient été laissés, la distance à parcourir était de trente lieues. Le lendemain du départ, 18 octobre, il tomba | |
| une neige abondante qui rendit la marche plus pénible et Il incommoda les blessés, surtout à cause du froid, Arrivé au 1 lieu de l’embarquement, Champlain demanda un canot et des | rameurs pour se rendre à Québec; c'était l’une des conditions acceptées par les sauvages, qu'aussitôt la guerre finie, ils le reconduiraient chez lui, Mais, comme ce départ n'aurait pas 1 fait leur affaire, ils suscitèrent toute sorte d’embarras pour nl l'empêcher, Lorsque les hommes furent engagés pour le voyage, il ne se trouvait pas de canot disponible, chacun avait besoin du sien, Champlain, qui connaissait leurs trucs, comprit qu’ils ne se souciaient pas de se séparer de lui, soit par crainte des Iroquois, soit pour délibérer au retour sur leur conduite future. Il résolut donc, quoique à contre-cœur,
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d’hiverner au milieu des Arenduronons, chez l’un de leurs principaux chefs, nommé Darontal, Ce capitaine appartenait à la tribu de la Roche ; il s'était fait remarquer par son grand attachement aux Français avec qui il avait été le premier à rechercher l'alliance, Champlain ne profita que pendant quelques jours de son hospitalité, Comme c'était la saison de la chasse, les sauvages partirent, chacun de son côté, les uns allant à la traque des ours ou des cerfs, et les autres, à la poursuite des castors, suivant le genre de prise qui leur agréait le mieux, Champlain accompagna son hôte à la chasse des cerfs, la plus noble de toutes, au témoignage des Indiens,
Ce fut pendant cette course à travers les forêts, que Champlain, s’étant misen frais d’abattre un oiseau rare, perdit de vue ses compagnons, et s’écarta si bien, à force de courir de côté et d'autre, qu'il lui fallut trois jours pour retrouver le camp d’où il était parti. Les sauvages l'avaient vainement cherché, durant l'intervalle, et lorsqu'il l’aperçurent, ils commençaient à craindre sérieusement pour sa vie, ‘“ Si tu ne “ fusses venu, lui dirent-ils, et que nous n’eussions pu te “ trouver, nous ne serions plus allés aux Français, de peur “qu'ils ne nous eussent accusés de t'avoir fait mourir.”
Le retour à Cahiagué fut on ne peut plus pénible, Il fallut traverser de vastes sapinières, sillonnées de ruisseaux et parsemées de marais recouverts d’une légère couche de glace, trop peu résistante pour supporter le poids des chasseurs dont les épaules étaient chargées de lourds fardeaux. Après dix-neuf jours de cette marche pénible, ils atteignirent enfin le terme de leur course. Partis le 4 décembre, ils arrivèrent à Cahiagué, le 23, Ce même jour, survint Iroquet à la tête d’une bande d’Algonquins de la Petite-Nation, pour passer l'hiver au milieu des Hurons.
Ce fut durant cet hiver (1616) que Champlain visita les différentes tribus sauvages du pays. Il courut tout d’abord faire visite au Père Le Caron, qui vivait retiré dans sa cabane, à Carhagouha. Leur rencontre eut lieu le 14 janvier. Le Père Joseph recut Champlain avec toute la joie imaginable, Puis tous deux partirent pour la nation du Petun, qui n’était qu’à trois journées de marche, Le Père désirait s'initier à la langue de ce peuple, tout en donnant le baptême aux moribonds qu’il rencontrerait, La langue des Tionnontatés offrait beaucoup d’analogie à l’idiome huron, et le missionnaire en composa un dictionnaire qui s’est conservé dans les archives des Récollets, à Paris. Champlain, de son côté, recherchait l'amitié de ce peuple.
Les sauvages de la nation du Petun demeuraient au sud de la baie de Nataouassaga, dans un endroit rempli de côteaux et de vallons charmants, Les naturels y semaient surtout du blé-d’Inde, qui poussait bien,
De là, continuant leur course, Champlain et le Père Le Caron se rendirent tout près des villages habités par laNation- Neutre ou Attiouandaronks, appelée neutre, parce qu’elle prétendait garder une stricte neutralité à l'égard des Hurons et des Iroquois dans leurs guerres incessantes,
Nos voyageurs allèrent ensuite visiter la nation des Ondataouats ou Cheveux-Relevés, Comme c’étaient des connaissances de Champlain, ils l’accueillirent avec des transports de joie. Ces sauvages étaient en guerre ouverte avec les Atsistaéronons o" gens de la nation du Feu, appelés Mascoutens par les “urons, et dont la résidence était de l’autre côté de la rivière Détroit, sur les bords du lac Erié, Champlain recut des Ondataouats beaucoup d'informations sur les mœurs et coutumes des peupl des sauvages rénandues sur tout le territoire arrosé par les grands lacs.
Le Père Le Clercq dit que les deux Français reconnurent, durant leur voyage, sept nations, que le Père eut la consolation d’y souffrir beaucoup pour l’établissement du christianisme, et que les barbares le maltraitèrent cruellement à la sollicitation de leurs jongleur:,
Ce fut aussi durant l’hiver de 1616 que Champlain eut à juger une grosse querelle entre les Algonquins de la Petite- Nation et ies Hurons de ja tribu de l’Ours au sujet du meurtre d’un sauvage iroquois. Les Attignaouantans avaient confié au capitaine [roquet un prisonnier tsonnontouan, pour qu’il le fit brûler, conformément à la coutume suivie, Au lieu de le livrer aux flammes, Iroquet prit ce jeune homme en amitié, et le traita comme son enfant, Ayant été mis au courant de ce fait, les Attignaouantans envoyèrent un des leurs assassiner le protégé d’Iroquet. Cet acte aussi lâche que barbare souleva l’indignation des Algonquins, qui tuèrent le meurtrier huron, presque aussitôt après la perpétration de son forfait. Champlain se trouvait en présence de trois crimes qui criaient vengeance, et quand il arriva de sa longue course avec le Père Le Caron, chez les Tionnontatés, il était temps, car il y eût eu du sang de versé. Sa venue fut considérée comme providentielle, maïs la difficuité se présentait presque inextricable, Comment en effet régler ce différend, de manière à contenter les deux parties ? Nous allons assister à ce procès au cours duquel notre héros, dans ses fonctions de juge suprême, fit preuve d’une sagesse digre de Salomon. Champlain sut aussi mettre à profit la connaissance qu'il avait déjà pu acquérir du cœur de ces grands enfants de la nature, plus susceptibles de s’en laisser imposer par une subtilité ou un présent que par un argument sérieux,
Les témoins de part et d’autre se rendirent à Cahiagué où
D IR AC APRES NON TN TE DA ET E VAs S