‹ Samuel Champlain [microforme]Chapitre 90 sur 117 · LE TOMBEAU DE CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE CHAMPLAIN

Voici en deux mots les phases de la question. Il y eut d’abord ce qu'on appelle la querelle des antiquaires: MM. les abbés Laverdière et Casgrain d’un cèté, et M. S. Drapeau de l’autre. Jusqu'en 1866, nous étions sous l'impression que la Chapelle de Champlain était attenante à l’église de Notre- Dame de Recouvrance. Ferland le dit dansson Cours d’'Histoire du Canada, volume premier, page 273. Cette opinion

fort respectable déjà, parce qu’elle émanait d’une autorité

aussi considérable, pouvait être plus facilement acceptée après la lecture attentive de la Relation de 1636, où le Père Le Jeune nous rapporte ce qui se passa lors de la cérémonie des funérailles de Champlain :

“ On lui fit, dit-il, un convoi fort honorable, tant de la part du peuple que des soldats, des capitaines et des gens d'église. Le Père Lalemant y officia et l’on me chargea de l'oraison funèbre, où je ne manquai point de sujet.

“ Au sortir de ces devoirs funèbres, M. de Chateaufort prit sa charge, selon le pouvoir que lui en donnaient Messieurs de la Compagnie, par les lettres qui furent ouvertes et lues à l'heure même en présence du peuple assemblé en l'Eglise : ces Messieurs m'en avaient fait le dépositaire pour les produire en temps et lieu comme je fis.”

Ainsi parle le Père Le Jeune.

Si l’on s’en teuait rigoureusement au texte de la Relation, on pourrait conclure que le sépulcre de Champlain avait été

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NOTES KEXPLICATIVES 467

érigé, sinon dans les caveaux de Notre-Dame de Recouvrance, du moins dans une chapelle latérale, comme semble le croire l'abbé Ferland.

Suivons bien l’ordre des funérailles. Champlain mourut dans une des chambres du fort Saint-Louis, après une maladie de deux mois et demi. Quelques semaines auparavant, il avait fait son testament, Il ne renfermait aucune disposition pour qu’il fût enterré dans un lieu plutôt que dans un autre, bien que l’on pourrait croire que Champlain, avec son humilité bien connue, avait pu manifester le désir d’une sépulture dans un modeste cimetière,

On cite le cas de M, de Mésy qui avait demandé d’être enterré dans le cimetière des pauvres. C’est un fait isolé, car tous les gouverneurs qui décédèrent à Québec après lui, furent déposés dans les voutes de l’église des Récollets : Frontenac, de Callières, Vaudreuil et Longueil étaient de ce nombre,

Aux funérailles qui eurent lieu vers la fin de décembre, — Champlain ayant rendu le dernier soupir le jour de Noël — il y eut un convoi fort honorable, composé des citoyens, des soldats, des capitaines et du clergé. Toute la colonie était évidemment à Québec pour la cérémonie. Le Père Lalemant célébra l'office funèbre, et le Père Le Jeune fit l'éloge du défunt. Puis, au sortir de ces devoirs funèbres, le Père Le Jeune donna lecture des lettres constituant Bras-de-fer administrateur, en présence du peuple assemblé en l'église.

Si, après le service, il avait fallu reconstituer le cortège pour transporter la dépouille de Champlain, ne fût-ce qu’à une distance de deux arpents, il semble que le Père Le Jeune p'aurait pas manqué de mentionner ce détail comme complément de son récit, Mais il ne dit rien de plus, et il ajoute aussitôt, qu’il lut devant le peuple réuni dans l’église, les documents officiels dont il était le dépositaire.

11 découle done du texte même de la Relation, ou que l'inhumation se fit dans l’église même, ou dans son voisinage immédiat, Lorsque Ferland disait qu’elle a. -it eu lieu dans une chapelle attenante à Notre-Dame de Recouvrance, il n’était donc pas éloigné de la vérité.

J'ai écrit dans une brochure parue en 1880, que le corps de Champlain a pu être mis temporairement dans les caveaux de l’église paroissiale, Cette opinion est soutenable, après l'explication que je viens de donner, L'église était alors située à l’endrcit où est. ie jardin du presbytère actuel de la haute-ville. Le portail faisait face au chemin qui conduisait de la côte de la Montagne au fort. Un autre chemin longeait l’église dans une direction à peu près parallèle à la rue de la Fabrique, Si nous plaçons le lieu de la sépulture près du chemin du fort, comme je l’ai toujours prétendu, nous trouvons que la distance est insignifiante, à peine cent pieds. Nous sommes à l’aise maintenant pour expliquer comment il se fait que le Père Le Jeune semble laisser croire que la foule n’a pas laissé l’église après les obsèques.

Qu’'avait-elle besoin en effet de se déplacer ? Le lieu de la sépulture est, pour ainsi dire, à la porte de l’église, Le clergé, les militaires, les capitaines forment le cortège, Un certain nombre de citoyens les accompagnent, Mais le gros des assistants ne bouge pas, attendant la fin de la cérémonie, pour écouter la lecture des lettres dont ils savent que le Père Le Jeune est porteur, Le prêtre a béni le sépulcre, où le cercueil de Champlain vient d’être déosé, et le clergé, les soldats et les chefs sauvages viennent reprendre tranquillement leur place à l'église.

Mais supposons que la sépulture ait eu lieu à une certaine distance de l’église paroïssiale, disons à deux arpents,

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est-ce que le peuple tout entier ne se serait pas mis en procession pour former un convoi à son souverneur ?

Prétendre le contraire serait peu raisonnable, Comment le Père Lejeune aurait-il négligé de relater cette dernière phase de la cérémonie, tout aussi imposante que la première, em. pruntant un caractère aussi éclatant ?

On a dit: “ Ce n’était pas la coutume, à cette époque, d'inhumer les laïques, même les plus marquants, dans les églises.” 11 est assez curieux qu’on vienne nous parler coutume à l’article des enterrements, dans une colonie aussi jeune, dans un pays de mission, où il n’y avait pas, après le premier quart de siècle de son existence, vingt-cinq colons stables,

Si on a voulu parler de la coutume en France, à la bonne heure ! Je puis affirmer cependant qu'au XVIL° siècle, dans la vieille comme dans la nouvelle France, on enterrait très souvent les laïques dans les églises. Je n'ai qu’un exemple à la mémoire et je le citerai. Le commandeur de Chastes, gouverneur de Dieppe, dont le travail pour l’établissement d’une colonie en Canada fut soudainement interrompu par la mort en 1603, reçut les honneurs de la sépulture dans l’église de Saint-Rémi, à Dieppe.

Quant au Canada, si la coutume n'avait pas pu être établie avant Champlain, elle le fut après. Pour cela, j'ai pris la peine de faire le relevé des sépultures des laïques dans les églises et chapelles durant la dernière moitié du siècle qui vit mourir le plus illustre de nos gouverneurs, et voici quel a été le résultat de mes recherches.

1635— décembre... Samuel de Champlain.

1641-20 mai, .……. François de Ré, dit Mr Gand.

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