‹ Samuel Champlain [microforme]Chapitre 89 sur 117 · L£ IL · texte numérisé non relu

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des Noyers, secrétaire d'Etat, à Paris. Dans d’autres circonstances, il recueillait dans la maison de la compagnie (1) où il avait sa chambre, des sauvages rendus au dernier échelon de la misère,

Sa charité et sa compassion pour les pauvres sauvages étaient si grandes, qu’elles excitaient à chaque instant l’admiration des missionnaires, Non content de leur ouvrir sa bourse et sa maison, il courait au-devant d’eux pour les secourir, tantôt pansant leurs blessures, tantôt portant des remèdes dans leurs cabanes, et souvent en tenant sur les fonts baptismaux les enfants de ces infidèles.

Cette conduite, digne d’un missionnaire, fait souvent tomber sous la plume de l'écrivain des Relations des éloges eomme ceux-ci: “ M. Gand, homme tout à fait charitable (?) M. Gand n’a rien à soi (*....M. Gand, homme vraiment charitable (*)....” Que de traits ne pourrions-nous pas citer de cette inépuisable charité à l'égard de ces barbares, dont il voulait améliorer le sort ? C'était, à son sens, un moyen sûr d’opérer leur conversion, sans compter les profits matériels qui pourraient en résulter pour le pays.

M. Gand donna les plus beaux exemples de piété et de dévotion, S’agissait-il de la célébration solennelle d’une fête religieuse, on le voyait toujours au premier rang (5). Ainsise

(1) La maison des Cent-Associés était bâtie sur la rue Sainte-Anne, à Ja haute-ville. Elle mesurait 80 pieds de longueur, avait deux étages avec soussol. C'était un édifice assez agréable à l'extérieur, avec six fenêtres au grenier, sept au second et ciuq lucarnes. Lorsque la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance fut incendiée en 1640, M. Gand permit aux Jésuites de se retirer au premier étage, et le second fut converti en chapelle provisoire.

(2) Relation de 1635, p. 11.

(3) Relation de 1637, p. 24.

(4) Relativn de 1639, p. 19.

(5) M. Gand figure le premier sur la longue liste des marguilliers de la paroisse de Notre-Dame de Québec.

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faisait-il un honneur de porter le dais aux processions du saint Sacrement. La Relation de 1639 fait le récit d’une grande cérémonie religieuse, à l’occasion de la naissance d’un Dauphin. M. Gand figurait en tête de la procession avec six sauvages à sa suite, habillés à la facon française, dans des costumes tout chamarrés d’or sur tissus de soie, satin et velours. Madame de la Peltrie et M. de Montmagny formaient aussi partie du cortège.

M. Gand fut le bras droit des Jésuites dans l’œuvre d’évangélisation des sauvages, Que de services ne leur rendit-il pas ? Citons-en quelques exemples tirés des écrits des supérieurs de l’ordre,

C'était en décembre 1635, quinze jours avant la mort de Champlain, Un sauvage, mû d’un bon sentiment, rare chez les gens de son espèce, vint offrir aux Jésuites une petite fille pour la garder et la faire instruire. “ Cela nous réjouit fort, écrit le P. Le Jeune, car jusques ici la difficulté d’avoir des filles à été fort grande. Or, pour me délivrer de l’importunité de ces barbares, je leur conseillai de la présenter à quelque capitaine français ; c'est ainsi qu’ils nomment tous ceux qui ont quelque autorité ; je lui insinuai M, Gand, lequel je suppliai d'accepter cette enfant, et de faire quelque présent à ce sauvage, l’assurant que nous satisferions à tout, Il n’y manqua pas : il se montra fort content, il témoigna de l’affecuion à ce barbare, lui fit présent d’une couverture et d’une barrique de galette qu'on mit sur nos parties, la fit loger chez le sieur Hebout (!), et incontinent nous la ftmes habiller à la française, payant en outre sa pension; il est vrai que M, Gand lui voulut donner une robe à ses propres coûts, tant il

(1) Il s’agit de Guillaume Hubou, qui avait épousé Marie Rollet, veuve de Louis Hébert,

était joyeux de voir cette pauvre fille dans les voies de son salut, et encore de plusieurs autres (1).”

Dans une autre circonstance, M. Gand ne se montra pas moins bien disposé à venir au secours des Jésuites, souvent ahuris par le voisinage trop immédiat des sauvages, Un soir du mois de mars 1637, une troupe de petits sauvages, garçons et filles, chassés de leurs cabanes par la peur des Iroquois, fit soudainement irruption dans le couvent de Notre-Dame des Anges. Dans leur alarme ils venaient demander l'hospitalité pour la nuit, “ Nous leur dîmes, écrit le P, Le Jeune, que nous recevrions les garcons, mais que les filles ne couchaïent point en nos maisons ; ces pauvres petites sauvagesses ne voulaient point sortir ; enfin nous nous avisimes de prier M. Gand de les recevoir, ce qu'il fit fort volontiers, les faisant dormir auprès d’un bon feu. Ils firent le même quelque autre fois, et toujours nous prenions les garcons, et les filles se retiraient en la chambre de M. Gand.”

Une des œuvres capitales de cet homme charitable, et 3° peut-être la moins connue, est le don qu'il fit aux Jésuites de ses terres de Sillery, pour permettre l'établissement de la mission chrétienne de Saint-Joseph, devenue plus tard si florissante, “ M. Gand avait pris ce lieu pour soi, lisons-nous dans la Relation, mais il le consacra volontiers à un si bon dessein (?).”

Une aussi belle vie devait être couronnée par une mort de prédestiné, Dieu l’appela à lui le lundi de la Pentecôte, 20 mai 1641, Le même jour on chanta les vêpres des morts en son honneur, et le lendemain, après l'office des morts et le service funèbre, son corps fut déposé solennellement dans le

(1) Relation de 1636, pp. 54 et 55.

(2) Relation de 1638, p. 17.

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sépulcre particulier, à côté des restes mortels de son ami, le premier gouverneur de la Nouvelle-France, Dix-huit mois plus tard, le P. Raymbault, apôtre des Nipissiriniens, venait à son tour partager la couche funèbre de ces deux justes. La Providence a voulu que ce tombeau n’abritât que trois personnages ,mais qu'ils étaient bien dignes de reposer ensemble dans la mort, après avoir vécu de la même vie d’apôtre, chacun dans sa sphère spéciale.

Avant de fermer le cercueil de François de Ré, écoutons l'éloge qu’en a laissé le P. Barthélemy Vimont : ‘“ Cet homme de bien secourait fortement les sauvages qui se retirent à Saint- Joseph ; leurs conversions lui tauchaient les yeux et gagnaient le cœur, Il est mort dans un sublime exercice de patience ; en un mot, il est mort comme il avait vécu, c’està-dire en homme qui cherche Jieu avec vérité (1.”

Champlain et Gand étaient tous deux actionnaires dans la compagnie des Cent-Associés, mais pour une bien minime partie. Ils n’en retirèrent, comme bien d’autres, aucun profit particulier, donnant plus qu'ils ne reçurent jamais.

(1) Relation de 1641, p. 56.

Note W (Liv. 4, ch, 10, p. 357)

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