SIRE
Vous remonstre très humblement le sieur de Champlain que, depuis seize ans, il auroit travaillé avec un soing laborieux tant aux descouvertures de la Nouvelle France que de divers peuples et nations qu’il a amenez à nostre cognoissance, qui n'avoient jamais esté cognues que par luy ; lesquels luy ont donné telle et si fidèle relation des mers du nord et du sud, que l’on n'en peut doubter, qui seroit le moyen de parvenir facilement au royaume de lu Chine et Indes orientales, d’où l’on tireroit de grandes richesses, oultre le culte divin qui s’y pourroit planter, comme le peuvent tesmoi-
(1) Copié dans les manuscrits de Peiresc, registre VIII, fol. 378, à la bibliothèque de la ville de Carpentras. Il existe à la Bibliothèque nationale, à Paris, sous le N° 9097, Fonds français, un recueil de pièces relatives à l'Amérique formé au commencement du XVIIe siècle par le P. Léonard de Sainte-Catherine. On y trouve un mémoire imprimé, in-4° de 25 pages, commençant par ces mots : ‘* Au Roy, Sire, le sieur Champlain remonte très humblement à vostre majesté que les travaux par lui soufferts, aux descou. vertes de plusieurs terres, lacs et rivières du pays de votre Nouvelle France, depuis vingt sept ans, au lieu de le détourner d'y servir votre Majesté....’?
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gner nos religieux récollés, plus l'abondance des marchandises dudict pays de la Nouvelle France, qui se tireroit annuellement par la diligence des ouvriers qui s'y transporteroient, Que sy ce dict pays estoit délaissé et l'habitation abandonnée, faulte d'y apporter le soing qui seroit requis, les Anglois ou Flamans, envieux de notre bien, s'en empar{erJoit en jouissant du fruict de nos labeurs, et empeschant par ce moyen plus de mille vaisseaux d'aller faire pescherie des poissons sec, vert, et huiles de baleynes, comme ils ont déjà faict au nord [des] habitations du sieur de Poitrincourt, que des Jésuites [avoient établies et] qu'ils [ont] prises et brullées, comme l’a faict veoir ledict Champlain à messieurs de la chambre de commerce, qui se sont bien et duement informés sur chasque point des articles cy attachés. Et considérant le bien et l'utilité qui en peut revenir, tant à la gloire de Dieu que pour l'honneur de Sa Majesté et bien de ses subjets, elle auroit donné son advis pour le présenter à sadicte Majesté et nosdicts Seigneurs de son conseil les moyens qu’elle doibt donner pour une si sainte et glorieuse entreprise. A ces causes, ledict Champlain supplie très humblement sadicte Majesté et nosdicts seigneurs de son conseil luy donner moyen de fortiflier et augmenter son desseing. Et d'autant que ledict de Champlain, en ceste présente année, faict le voiage de la Nouvelle France, il supplie humblement sadicte Majesté d'avoir pour agréable que le sieur baron de Roussillon, l’un des commissaires de ladicte chambre de commerce, aye le soing de vacquer aux chnses nécessaires pour la dicte entreprise, et poursuivre l’accomplissement dudict advis de ladicte chambre de commerce près de sadicte Majesté et nosdicts seigneurs d , son conseil, pendant l'absence dudict de Champlain ; lequel continuera à prier Dieu incessamment pour le bien et accroissement de vostre
dicte Majesté.
ndises nt par e dict porter à notre urs, et r faire me ils court, ullées, ambre hasque ‘utilité eur de s pour onseil rieuse ambley donautant voiage [ajesté in des ng de pour-- ) compnseil, era à
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Pièce 2 (Liv. 2, ch. 6, p. 66)
L'UTILITÉ que le sieur de Champlain dict et entend que le roy recepvra de l'entreprise de la Nouvelle France, s'il plaict à Sa Majesté d'y entendre (1)
Premièrement. — Sadicte Majesté establira la foy chrestienne parmy un peuple infini d'âmes, lequel ne tient ny n’a aucune forme de religion quelle qu'elle soit, et néantmoings ne respire autre chose que la cognoissance du culte divin et humain, selon qu'il est rapporté par la relation de tous ceux qui ont fait le voyage dans ladite Nouvelle France.
Secondement.—Le roy se rendra maistre et seigneur d’une terre de près de dix-huit cens lieues de long, arrousée des plus beaux fleuves du monde et des plus grands lacs en plus grande quantité et les plus fertiles et abondants en toute sorte de poissons qui se peuvent trouver, comme aussy des plus grandes prairies, campagnes, forests remplies la plupart de noyers et coutaulx très agréables où il se trouve grande quantité de vignes sauvages, lesquelles apportent le grain aultant et plus gros que les nostres, toutes cultivées qu’elles sont.
Tiercement.—Le sieur de Champlain prétend trouver le passage de la mer du sud pour aller à la Chine et aux Indes orientales par le moyen du fleuve Saint-Laurent, qui traverse les terres de ladicte Nouvelle France, et sort icelluy fleuve d’un lac contenant environ trois cens lieues, duquel lac sort un fleuve, lequel entre dans ladicte mer du sud, suivant la relation faicte audict sieur de Champlain par quantité de peuple, ses amis audict pays ; lesquels il a visité et et recongneus, aïant remonté ledict fleuve Saint-Laurent plus de quatre cens lieues dans le dict lac de trois cens, auquel voyage il a trouvé des villes fermées en quantité, enceintes et closes de bois, à la mode qu'elles sont pour le jourdhuy dans Mouscovye ; desquel. les villes peut sortir deux mille hommes armés à leur mode, ou quelcune aultre, moins.
(1) Zbidem, f. 384.
Que sadicte Majesté retireroit un grand et notable profit des imposts et denrées qu’elle pourroit mettre sur les marchandises sortant du dit païs, suivant le mémoire donné, comme aussy de la douane des marchandises qui viendraient de la Chine et des Indes, laquelle surpasseroit en prix dix fois au moings toutes celles qui se lèvent en France, d'autant qu'au passage prétendu par le sieur de Champlain passeroient tous les marchands de la chrestienté, s’il plaict au roy leur octroyer ledict passage, pour oster un raccourcissement dudict passage de plus d’un an et demy de temps, sans le dangier des coursaires et de la foriune de la mer et du passage, par le grand tour qu’il convient de prendre maintenant, rapporte mille sortes d'incommodités aux marchands et voyageurs.
Ce que ledict sieur de Champlain dict d'abondant et entend de faire soubs le bon vouloir de Sa Majesté si elle a pour agréable de commencer et poursuivre ladicte entreprise et de faire à Québec; lieu de l'habitation du sieur Champlain, assise sur la rivière Saint-Laurent, en un détroict d’icelle rivière, qui peut contenir environ neuf cens ou mille pas, une ville de la grandeur presque celle de Saint Denis, laquelle ville s’appellera, s’il plaict à Dieu et au roy Ludovica, dans laquelle on fera faire faire un beau temple au milieu d'icelle, dédié au Rédempteur, et nommé le Rédempteur en signe et commémoration du bien qu'il plaira à Dieu faire à ces pauvres peuples, lesquels n’ont aucune cognoissance de son saint nom, de porter la volonté du roy à les faire venir à la congnoissance de la sainte foy chrestienne et au giron de nostre mère saincte église.
Il sera faist un fort composé de cinq bastions, à cousté de ladicte ville, sur un certain lieu relevé des deux coustés, lequel commandera sur ladicte ville et sur le destroit de ladicte rivière ; de l’autre cousté de laquelle et vis-à-vis se fera un fort de mesme grandeur pour barrer entièrement le passage de ladicte rivière, comme estant l'entrée et la porte dudict païs, sous laquelle on n’y peut aucunement entrer, estant despuis l'embouchure de ladicte rivière jusques dans la mer,-laquelle embouchure dans la mer peut contenir environ trente lieues jusques audict Québec, qui est distant de ladicte embouchure de quelques six vingts lieues, le pays tout remply à droite et à gauche de montagnes et rochers espouvantables, lesquels il n’y a moyen de traverser, ne s’y trouvant aucun port ny havres pour tirer les vaisseaux, sinon un, nommé Tadoussac, auquel
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lieu se retirent les grands vaisseaux. Et là il sera faict un fort sur une pointe d’icelluy, fort adventageuse, auquel l’on mettra garnison, et laquelle garnison sera changée de six mois en six mois.
Ledict Tadoussac est au-dessoubs dudict Québec, environ trente et cinq lieues. Entre ledict Québec et Tadoussac ny a amis ny ennemis, ny s'y peuvent loger.
Ce que ledict sieur de Champlain dict estre nécessaire pour s'establir fermement dans ledict païs dela Nouvelle France est: premièrement, afin que ce saint œuvre soit bény de Dieu, d'y mener d’abord quinze religieux récolets, lesquels seront logés en un cloistre qui sera faict proche de ladicte église du Rédempteur;
Secondement y mener trois cens familles chacune composée de quatre versonnes, scavoir le mary et la femme, fils et fille, ou serviteur et servante, au dessous de l'aage de vingt ans, sçavoir les enfants et serviteurs.
Et d'autant que tous les estats qui subsistent sont appuiés politiquement sur quatre ares-boutants, lesquels sont la force, la justice, la marchandise et le labourage, ayant parlé en premier lieu pour ce qui est de l’église, il sera nécessaire d'y porter la force, laqueile sera de trois cens bons lLommes bien armez et disciplinez et lesquels néantmoïings ne laisseront de travailler à tour de rôle à ce qui sera nécessaire, n’estant besoing aux establissements de colonnyes d’y porter des personnes de quelque qualité que ce soit, qui ne sçachent à gaigner la vie,
Et sera consit'éré que, si ladicte habitation de Québec n'est maintenue et fortifiée de peuples pour habiter les terres voisines, et se fortifier à bon essient dans le pays, [il est à craindre] que les Anglois et les Flamans, qui sont nos voisins, ne nous en chassent, comme ils ont desjà faict les jésuites et le sieur Potrincourt, desquels ils ont prins et bruslé leur habitation.
Les Flamans sont logés en un lieu où ils ne permettent personne ailer que ceux de leur nation, lequel lieu n’est pas beaucoup esloi. gné de nous. Les Anglois sont logés aux Virginies, auquel lieu ils ne permettent entrer aucun François, comme aussy d'autre part du cousté du nort, où les dicts Anglois se sont logés, ne permettans aucuns étrangers que de leur nation faire la pesche de la baleine ; que, s’ils venoient à s'emparer du fleuve Saint-Laurent et de notre habitation, ils empescheroient du moings six cens ou sept cens vaisseaux françois, qui vont tout les ans à la pesche des morues; à
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quoy il est besoing de pourvoir et d'y mettre ordre de bonne heure.
Et s’il plaict à Sa Majesté octroier les deniers provenus des moyens ci-dessus, lesquels néantmoings ledict suppliant ne veut ni manier ni toucher, comme il a dict ci-dessus, pour l’espace de quinze années, l’on pourvoira à cet accident ; et ledict sieur de Champlain promet, ledict temps expiré, pourvu que desdicts moyens il en puisse tirer assez pour fournir aux frais desdictes familles et gens de guerre, sur le prix de son honneur et sa vie, rendre la chose tellement establie à Sa Majesté qu'il n’y aura force humaine à redoubter aux quatre villes basties en remontant le dict fleuve Saint-Laurent, accompagnées de bourgs et villages, comme aussy tous les peuples dudict pays tributaires à Sa Majesté. Il faut faire estat d'autant de familles et gens de guerre que dessus, le tout suivant et conformément à la supputation faicte cy-dessus, et y faire por. ter à quantité de toutes sortes d'animaux domestiques que nous avons par decça, lesquels ne sont au dict pays. Et faut faire estat de cest articles de quinze mille livres pour chaque année, et pour trois seulement consécutives. Pour l’establissement des autres trois par” ties de l’estat, sçavoir ; la justice, le commerce et le labourage, Sa Majesté sera très-humblement suppliée députer quelques-uns de son Conseil, pour establir et ordonner des loix fondamentales de l’estat, par lesquels toutes les chicaneries et procédures de ces quartiers seront retranchées et tous les différents terminés à la troisième tenue des causes et sans qu’il soit besoing de procureur ny d'avocat, et que la justice se fasse gratuitement.
Pour le faict des deux autres parties, il y sera mis ordre selon l'urgence des cas.
Sa Majesté sera très humblement suppliée par ledict sieur de Champlain, comme aussy nosseigneurs du conseil et messieurs de la chambre du commerce, que le sieur baron de Roussillon (1), l’un des commissaires de la dicte chambre de commerce, soit nommé pour l’un des directeurs du maniement des deniers qui provien-
(1) Quel était ce baron de Roussillon? M. Audiat dit que ce pourrait être Jean de Gontant, IIIe du nom, (petit-tils de Raymond de Gontant, marié à Anne d’Aurioles, dame de Roussillon) comte de Cabrères, baron de Roussillon, gentilhomme ordinaire de Ja chambre du roi, capitaine de cinquante hommes d’armes de scs ordonnances, sénéchal et gouverneur de Quercy. Muis cela est problématique.
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dront ou pourront provenir, tant par le moïen des advis dudict sieur de Champlain qu'autres deniers qu'il plaira à Sa Majesté faire délivrer pour le faict et expédition de ladicte entreprise, sans toutefois toucher aux deniers etaffaires de la présente association destinée pour subvenir aux familles qui leur convient envoyer audict lieu, ny aussy en ce qui concerne la charge dudict de Champlain, ains ledict sieur baron, comme ‘intelligent des voyages, navigation et commerce, voir et juger au doigt et à l'œil de ce qui se fera et sera nécessaire en cette affaire, pour en faire son rapport à Sa Majesté, et à ceste fin qu’il se transporte sur lesdicts lieux.
Comme aussy la mesme supplication sera faicte en faveur des marchands qui ont contribué pour maintenir et entretenir le fort de Québec, assis au destroit de la rivière de Saint-Laurent, et que lesdits marchands soient préférés sur tous autres pour le faict du commerce dudict pays.
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Pièce 3 ail (Liv. 2, ch. 6, p. 66)
Supplique adressée par “ le sieur de Champlain ” à la Chambre de commerce, pour lui recommander ses voyages de découvertes au Canada (1)
Plaise à messieurs de la Chambre de Commerce,
Le sieur de Champlain supplie humblement estre entendu sur quelques faicts qu’il vous veut représenter pour l'honneur et gioire de Dieu, l'augmentation de ceste couronne et l’establissemont Gun grand commerce infaillible dans la Nouvelle France, comme il est spécifié aux articles cy-dessouphs :
Lutilité qui viendroii ex premier rang «: la pescherie des morues, qui se feroit annuelt:ment par la dereure arrestée des peuples qui seroit audict païs ‘le la Nouvelle France; où l’on pourroit faire du sel en bon nombre, et se fairoit deux sortes de pes-
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cherie qui seroit sec et vert, le sect pour l’Espaigne et le destroit, et le vert pour la France; et se tireroit, par la diligence des pescheurs, plus d’un million de livres par chacun an.
Plus la pescherie des saulmons, qui sont en telle quantité dans les ports et rivières que l’on en pourroit tirer par an, 100,000 livres.
Plus la pescherie de l'esturgeon marine, comme aussi des truites marines, qui est en telle quantité en la plupart des lieux qu'il s’en débiteroit en Allemagne, ou ès lieux que ce poisson est fort requis, par an, 100,000 livres.
Plus la pescherie des anguilles, sardignes, hurans et autres poissons, y est en telle abondance que l’on en feroit, par an, 100,000 livres.
Plus les huiles de baleines, dont le pays abonde, l'on en peut faire au dict pays, par an, pour 200,00 livres.
Plus l’on peut avoir des barbes desdictes baleines et dents de vache marine, qui sont meilleurs que le mortil, la livre valant vingt sols, et quantité de loups-marins ; et s’en feroit, par an, pour 500,000 livres.
Plus des bois, qui sont de hauteur émerveillable, se feroit nombre de bons vaisseaux que l’on pourroit charger des marchandises cydessus et autres, comme il sera dict cy-après. Desdicts bois se feroit pour de navires de plusieurs grandeurs, poutres, solives, planches de plusieurs sortes, comme chesne, ormeaux, hestres, noyers, planes, érables, bouleaux, cèdres, cyprès, chastaigniers, pruse, pins, sapins et aultres bois, se feroit merrains, bois de fentes pour fenestrage et lambris et pour aultres ameublements, dont la plupart desdicts sont propres ; et s’en feroit par an, pour 400,000 livres,
Plus il se retireroit nombre de goume, dont l'odeur tire à l’encens.
Plus des bois qui seroient inutiles se feroient des cendres ; et en tireroit-on, par an, pour 400,000 livres.
Des pins et sapins se tireroit bray, goudron, résine, par an, pour 100,000 livres.
Quant à la nature de la terre, il est certain qu'elle rend à leurs culteurs des bleds, mays, fèves, poids, racines dont la teinture dela racine fait une couleur pareille à la cochenille ; et si ladicte racine estoit cultivée, il s’en tireroit, par an, pour 400,000 livres.
(1) Zbidem, 1. 382,
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Plus l’on pourroit tirer un notable profit de la chanvre, que la mesme terre rapporte sans cultiver, qui en bonté et nature ne doibt rien à la nostre ; et en tireroit-on, par an, pour 300,000 livres.
Après ces choses, on met en considération le fruict quise retirera de plusieurs sortes de mines, comme argent, acier, fer qui rend 45 pour cent, du plomb qui rend 30 pour cent, du cuivre 18 pour cent, et ce que la demeure arrestée sur les lieux pourra descouvrir d’aultres minéraux ou aultres choses qui ne sont encore venues à nostre cognoissance ; et se pourroit tirer desdictes mines, par an, plus d’un 1,000,000 livres.
Plus se feroit des toiles, comme olonnes, de ladicte chanvre dudict pais; et se feroit cables, cordages, agrez pour toutes sortes de vaisseaux, pour plus de 400,000 livres.
Plus le trafic et commerce des pelleteries n’est à rejeter, tant de martres, castors, renards, loups-cerviers et aultres fourrures, avec peaux de cerf, eslans, bufles, qui sont choses que dès à présent on en peut tirer plus de 400,000 livres.
Plus l’on peut tirer dudict païs marbre, jaspe, albastre, porfil et aultres espèces de pierres qui sont de valeur; et peut s’en faire un notable profit.
Les vignes sont en quantité audict païs, que la terre rapporte d'elle-même ; que si elles estoient cultivées, elles rendroient de grandes utilités, comme des bleds et aultres choses, que la demeure arrestée pourra apporter par la diligence des habitants dudict païs.
Après toutes ces choses, on peut espérer à l’advenir la mesme abondance du bestail que nous voyons arriver au Pérou, depuis que les Espagnols y en ont apporté ; lequel aujourdhuy y abonde en telle sorte que presque il n’a plus de maistre ; et parle récit des Espagnols, il se retire des cuirs plus d’un million d’or par chacun an. Car la terre de la Nouvelle-France est tellement arrosée de toutes parts, que la fertilité des prairies y est présente pour la nourriture, multiplication dudict bestial, quand l'on l’y aura porté.
Oultre toutes ces choses, l’on peut espérer de treuver un chemin raccourcy pour aller à la Chine par le moyen du fleuve Saint-Laurent; et cela estant connu, il est certain que l’on y parviendra, moyennant la grâce de Dieu, sans beaucoup de difficultés; et dedans six moys le voyage se pourroit faire ; d’où l’on peut tirer un nota-
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ble profit, tel que le tire de Portugal et aulstres nations qui vont aux Indes. Car le sieur de Champlain a travaillé à icelle recherche despuis seize ans ; mais le peu d'assistance qu’il a eu ne luy a pu permettre de parvenir à la fin de son entreprise, comme il fera estant assisté et fera cognoitre la facilité de son entreprise.
Pièce 4 (Liv. 2, ch. 6, p. 66)
Délibéraiion de la Chambre de Commerce sur la requête de Samuel Champlain, et supplique au roi en sa faveur (1)
(Extrait des lettres de la Chambre de Commerce)
Veu par l: chambre la proposition faicte par le sieur de Champlain pour continuer la descouverture du pays de la Nonvelle France par le dedans des terres, suivant le cours de la grande rivière de Canada, dict de Saint-Laurent, et autres rivières et lacs qui y descendent, pour le moyen de laquelle on peut venir à la congnoissance d’un nombre infini de peuples jusques à présent incogneus, et les tirer des ténèbres de l'impiété et brutales mœurs èsquels ils ont toujours vescu et vivent encores, les amener à la lumière de la vraye religion et à une vie plus heureuse et civile, soubs l’heureuse conduicte de Sa Majesté très-chrestienne, de laquelle l'empire peut aussy grandement estre augmenté, réduisant en son obéissance un pays aussy grand que la moitié de toute l’Europe, peu esloigné et quasi soubs mesine ciel pararcolle (sic) (2) et température ; veu aussi les articles et mémoires contenant les autres utilités qui en peuvent revenir à Sadicte Majesté et à ses subjects, tant pour le grand nombre de denrées et marchandises des plus
(1) Zbid, f. 380: (2) Parallèle,
| vont erche
y a pu il fera
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, Chamonvelle grande s et lacs nir à la présent mœurs ner à la t civile, ne, de duisant te l'Eu- ) (2) et s autres ubjects, les plus
requises et nécessaires en France qui se tirent à présent à grand prix des pays estrangers, que par l'espérance qu’il y a fondé en bonne conjecture et apparence, de pouvoir, par le moyen du cours de la grande rivière, le plus long de toutes celles du monde, et dont a esté desjà recogneu jusques à huit cens lieues et plus, parvenir, à travers le continent, jusques à la mer du Sud ou du Nort, du costé de la Chine; par le moyen de quoy, les marchandises desdictes provinces, qui ne peuvent estre conduictes en ces cartiers du couchant que par une longue et périlleuse navigation, y seroient conduites à l’advenir par un chemin beaucoup plus court et plus seur, et qui estant entièrement dans les terres subjectes à Sa Majesté, obligera tous les estrangers qui désirent user de la commodité d'icelluy à prendre la loy d'elle, et apporteroit à ses subjects un grand moyen de s'enrichir par ce traficq ; ouy aussy ledict de Champlain par diverses fois, ensemble plusieurs autres personnes qui ont voyagé et faict séjour èsdicts lieux, mandés pour estre enquis sur la commodité ou incommodité desdictes propositions et mémoires, mesme sur la plainte faicte à la chambre, de ce que ledict Champlain et ses associés pour le commerce des castors et autres pelletteries sur ladicte rivière n'y ont faict conduire aucune famille pour peupler audict pays, encores que par le contrat de leur association ils fussent obligés à ce faire, en considération de ce qu’en leur faveur la liberté du commerce est ostée et interdite à tous autres marchands ; la matière mise en délibération et tout considéré, ladicte chambre est d'advis, soubs le bon plaisir du roi et de nosseigneurs de son conseil, qu'il est du bien et de l’honneur de son service et de la commodité de ses subjects de recevoir ladicte proposition le plus promptement que faire se pourra, pour éviter les inconvéniens que l’on prévoit pouvoir bientost advenir si elle est négligée et remise, et que, à cest effet, elle doibt estre humblement suppliée de vouloir ordonner nyens et fonds audict Champlain, suflisants pour faire conduire dicts lieux trois cens familles par chacun an, et continuer tant et si longuement qu’il sera jugé nécessaire pour peupler et establir de colonyes dans ledict pays, chacune desquelles familles sera composée de trois personnes au moings, et fournir des bestiaux et outils nécessaires, tant pour le labourage et culture de la terre, que pour l'exercice des arts et mestiers qui seront jugés propres pour ledict establissement, et y conduire une fois seulement trois cens soldats
pour : il en est besoing, avec les armes, recognoistre Sa Ma; y faire rendre l’obéissance et maintenir soubs son authorité suples et familles qui establiront la colonye ; et afin que,
pendunt que Sa Majesté ordonnera ce qui est nécessaire à la conduite desdictes familles et gens de guerre, les choses soient toujours maintenues de telle sorte, dans le pays, que ce qu'il y a de commencement de disposition au bien du service de Sa Majesté et à son obéissance, ne puisse recepvoir de diminution, mais aille augmentant en tant qu'il sera possible, elle sera humblement suppliée de confirmer audict de Champlain et ses associés, le privilège qui leur a esté accordé de faire ledict commerce de pelleteries sur ladicte rivière, privativement à tous autres pour le temps de ans qui en reste à expirer, à la charge expresse que, pendant chacune desdictes années restantes, ils seront tenus d'envoyer et faire conduire à Kébecq, où ils ont dressé leur habitation, dix familles composées comme il a esté dict cy-dessus, à leurs frais et despens; et moyennant ce, demeureront les dicts marchands et associés quittes, tant pour le passé que pour l’advenir, de toutes gratifications par eulx promises à quelques personnes que ce soit, soubs titre de pro-
tection ou quelque autre prétexte ou couleur que ce puisse estre, *
dont Sa Majesté sera suppliée les descharger, encore que volontairement ou autrement ils y fussent obligés, sans toucher néantmoings à l’appointement accordé par eulx audict sieur de Chainplain. Faict en ladicte chambre, le vendredy neufviesme jour de febvrier mil six cens dix-huit, et délivré suivant l’advis de ladicte chambre, du deuxiesme mars audict an.
Pièce 5 (Liv. 3, ch. 1, p. 126)