‹ Samuel GobatChapitre 63 sur 70 · L'aide semblable à lai · texte numérisé non relu

L'aide semblable à lai

Souvenirs de Madame Marie Gobât.

Bédigés par Finie de ses files, M*m B. R.-G.

,. L'homme n'est point sans la femme, ni la femme sans l'homme dans le Seigneur.'' Il en était ainsi de nos parents; ils étaient tellement un, que la biographie de notre père serait incomplète sans une esquisse de celle

de notre mère. Car elle était vraiment „l'aide semblable à lui", partageant ses travaux, ne faisant rien sans ses conseils et sa permission; véritable „fille de Sara, qui obéissait à son mari et l'appelait son seigneur", mais sachant aussi, quand il était nécessaire, dire son mot avec une sincérité et une franchise parfaites. Le père, en retour, lui accordait sa plus complète et affectueuse confiance; il avait pour elle une sollicitude toute paternelle, et nous, enfants, avions le bonheur de voir en nos parents le tableau d'un mariage heureux, dans lequel l'autorité pleine d'attentions et d'égards du mari s'unissait à la soumission confiante et joyeuse de la femme. Dieu les avait préparés et réservés l'un pour l'autre; aussi lui rapportaient-ils la gloire de leur bonheur.

Notre mère, Marie-Christine-Régina, est née le 9 novembre 1813, seconde fille de M. Chr.-Henri Zeller, alors directeur de l'école des filles à Zofingue. Les parents Zeller, sept ans après, furent appelés à diriger l'orphelinat de Beuggen. Ils exercèrent là pendant quarante ans une activité des plus bénies, et c'est là que notre mère passa les paisibles et heureuses années de sa jeunesse. Elle fit, à l'âge de neuf ans, une expérience toute particulière de la grâce du Seigneur. Une profonde conviction de péché et un pressant besoin de salut la poussant à la prière fervente, elle put aussi avec joie rendre grâce pour le sang expiatore de Jésus - Christ versé pour elle.

Marie grandit au milieu d'un cercle nombreux de frères et de sœurs, sous la direction d'une sage mère. On ne faisait dans l'établissement, quant à la table et aux vêtements, aucune différence entre les enfants du

L'AIDE SEMBLABLE A I.n

directeur et les orphelins. Seulement quand il s'agissait de punir, le père était plus sévère pour ses propres enfants que pour les autres. Marie passa trois années, de 1828 à 1831, au Locle, avec sa sœur aînée, Hélène, et une intime amie, leur cousine Henriette Bertschinger, sous la bienfaisante influence d'une pieuse institutrice. De retour à Beuggen. Marie fut pour sa mère une aide vaillante, intelligente et de joyeuse humeur. Chacun l'aimait pour sa conscience délicate et sa franchise» Un des plus jeunes frères l'avait appelée, dans les années subséquentes: „notre autre mère".

Elle se rappelait toujours avec plaisir ces paisibles années, pendant lesquelles, loin du bruit du inonde, elle pouvait diligemment servir le Seigneur et se réjouir dans sa communion. En 1833 elle perdit le sentiment de cette jouissance vive de la grâce de Jésus, et elle en fut fort affligée. Sa prière était alors : „Voir Jésus lui-même ; lui parler à lui-même : voilà ce qu'il me faut. Autrement mon cœur se brise et je meurs de tristesse." Elle apprit par expérience que notre paix ne repose pas en nous-mêmes, sur nos mobiles impressions, mais sur Christ et son œuvre accomplie pour notre salut. Cependant quelques fragments de prières écrites, retrouvés parmi ses papiers, montrent que ce ferme fondement de la paix fut par moments voilé à ses yeux et qu'elle dut souvent marcher par un chemin obscur.

Ces dispensations mystérieuses du Seigneur la préparaient pour l'événement important qui allait, cette année-là , faire époque dans sa vie. Ce fut alors quelle devint l'épouse du missionnaire Gobât, qui la reçut, ainsi que nous l'avons vu dans son autobiographie, de la main de Dieu, comme la compagne pré-

destinée de sa vie. Notre mère nous a souvent raconté combien la demande en mariage du missionnaire, qu'elle révérait comme un serviteur de Dieu et un ami de ses parents, l'avait surprise. Elle vit surtout dans cette demande un appel du Seigneur, qui l'admettait à l'honneur de travailler dans sa vigne en Abyssinie, et ses sentiments trouvèrent leur expression dans ces mots de Marie, qu'elle aimait à répéter: „Voici, je suis la servante du Seigneur, qu'il m'arrive selon ta parole."

Notre mère avait conservé de cette jeunesse humble et retirée une candeur enfantine, qui la rendait extrêmement aimable dans les cercles plus élevés où elle vécut plus tard. Maintes fois nous en recueillîmes le témoignage de la bouche de ses anciens amis.

Il n'est pas besoin que nous parlions ici en détail de la noce, qui eut lieu à Crémine le 23 Mai 1834, du départ de Beuggen, du voyage et du séjour en Abyssinie (Voir les précédentes pages 200 à 232). Tant de privations et de souffrances s'accumulèrent à cette époque — de mai 1834 à décembre 1836 — dans l'existence de la jeune femme missionnaire, qu'on n'y peut penser sans se sentir à la fois ému et saisi de respect.

Notre père ne pouvait jamais raconter, sans que des larmes vinssent mouiller ses yeux, la naissance de son premier-né, alors que, sans force et mourant, incapable de se remuer sur son propre lit de souffrance, il ne pouvait que considérer sa jeune femme privée de tout secours humain, et la recommander à la miséricordieuse protection de Dieu. Mais bien plus profondes encore coulèrent sur eux les eaux de l'adversité lorsque, seize mois plus tard, la douce petite créature leur fut enlevée après une longue et douloureuse agonie. La maladie de notre

Page 1